Connaissez-vous Saint-Lambda, le 13e apôtre ?
On ne sait presque rien de certain sur Saint Lambda, sinon qu’il naquit un 29 février, circonstance qui marqua d’emblée son goût pour les singularités calendaires et les irrégularités du monde. Originaire d’une cité portuaire dont le nom s’est perdu (peut-être parce qu’il comportait trop de consonnes ?), il grandit parmi les scribes, les calculateurs et les marchands, apprenant très tôt à tracer des signes et à en contester le sens.
Dès son plus jeune âge, Lambda manifesta une fascination pour les lettres penchées, celles qui refusent la verticalité autoritaire et l’horizontalité rassurante. Alors que les autres enfants dessinaient des croix droites et des maisons carrées, lui, dans son coin, traçait inlassablement des formes obliques, disant que « la vérité ne se tient jamais tout à fait droite ». Ses maîtres s’en inquiétèrent ; ses compagnons s’en amusèrent ; mais lui persévéra.
À l’âge d’homme, il croisa la trajectoire du Christ et devint son 13ème apôtre, un prêcheur itinérant. Son enseignement, appelé plus tard « la voie oblique », reposait sur quelques principes simples : ne jamais prendre un chemin trop direct, se méfier des angles droits, et chercher dans toute chose son inclinaison secrète. Il parlait par paraboles déroutantes, comparant la vie à une lettre inclinée que chacun doit apprendre à lire de biais. On raconte qu’il refusait de bénir les édifices parfaitement symétriques, préférant les ruines et les constructions de fortune.
Sa renommée grandit, mais avec elle la suspicion. Les autorités romaines voyaient d’un mauvais œil cet homme étrange qui refusait tous les cadres, détournait les symboles et enseignait que la droiture pouvait être une illusion. On l’accusa d’encourager le désordre, voire de « pencher vers l’hérésie ».
Arrêté à la veille du printemps, Lambda fut interrogé. À toutes les questions, il répondit par des détours, des analogies et des figures obliques, si bien que ses juges, exaspérés, finirent par déclarer : « Puisqu’il ne marche pas droit, qu’il meure de travers ».
On ordonna donc qu’il soit supplicié le 1er avril sur une croix construite selon sa propre obsession : deux pièces de bois (une longue, une courte) formant un angle aigu, semblable à la lettre grecque lambda.
Arrivé sur le lieu de son exécution, Lambda contempla l’instrument et sourit. « Vous voyez, dit-il, vous avez enfin compris quelque chose ». Il demanda à être attaché contre la forme, épousant l’inclinaison du bois. Selon la tradition, ses derniers mots furent : « Rien n’est jamais tout à fait droit, pas même la fin ».
Après sa mort, ses disciples recueillirent quelques fragments de bois et les conservèrent comme reliques, affirmant qu’ils produisaient des guérisons inattendues, surtout chez ceux qui refusaient les évidences trop simples. Une petite communauté perpétua son enseignement, traçant des signes obliques sur les murs et célébrant sa mémoire chaque 1er avril, jour où il est permis (voire recommandé !) de ne pas prendre les choses au premier degré.
Désormais, on représente Saint Lambda sous les traits d’un homme barbu, légèrement penché, tenant à pleines mains une croix en forme de lambda. Il est devenu le patron des marginaux, des sceptiques, des poètes ambigus et de tous ceux qui préfèrent les chemins de traverse...
@fred_manfrin « Mon père, mon père, et n'entends-tu pas,
Ce que le Roi des Aulnes me promet à voix basse ?
Sois calme, reste calme, mon enfant !
C'est le vent qui murmure dans les feuilles mortes. » Goethe. Poème si triste, j’aurai appris quelque chose aujourd’hui. Prenez soin de vous.Merci