Élections en Haïti : l’introuvable calendrier masque de vrais problèmes
Dans les pays où les élections régulent le jeu politique, les échéances électorales sont inscrites dans la loi. Les dates sont connues. Les rendez-vous sont fixés des années à l’avance, et tout est mis en place pour respecter la durée des mandats et renouveler le personnel politique.
En Haïti, depuis que la Constitution de 1987 a prescrit des élections, plus souvent que de raison, les rendez-vous avec les urnes ne tiennent pas. On les saute, on les évite, on les contourne. Pour dix mille raisons.
Des fois, les échéances électorales haïtiennes ne figurent dans aucun calendrier connu.
Après dix ans sans élections, le pays se trouve dans une situation rocambolesque en 2026 : il y a des élections annoncées, une date retenue et la certitude qu’elle n’est pas la bonne.
C’est ainsi que les élections prévues pour le 13 décembre 2026 sont sur le papier la prochaine étape pour doter le pays de responsables élus. Mais, dans les faits, le Conseil électoral provisoire (CEP) multiplie les rencontres pour établir un autre calendrier.
La multiplication des rencontres organisées par le CEP masque mal le vrai malaise qui entoure le calendrier introuvable.
Réunir les partis et acteurs politiques pour s’entendre sur la date des prochaines élections n’a aucun sens.
Chercher à recueillir l’agrément de la communauté internationale pour statuer sur la bonne période pour organiser le scrutin n’est pas sérieux.
Demander aux forces de sécurité quelle serait la bonne date pour fixer le jour du scrutin, c’est donner aux hommes en arme une mission qui n’est pas la leur.
Appeler le peuple en ses comices relève d’une décision politique, qui doit ensuite être traduite en disposition organisationnelle et sécuritaire. Dans cet ordre.
La constitution ou les lois de la République fixent le calendrier et toute la machine, du Conseil électoral aux partis politiques, des forces de l’ordre aux Nations Unies en passant par les pays amis doivent suivre, chacun en ce qui le concerne.
Tenir élection est un acte de souveraineté.
Chercher des soutiens ou des prétextes pour avancer ou reculer un rendez-vous électoral, c’est fragiliser le processus avant, pendant et après, car chaque intervenant pourra ensuite remettre en question sa participation ou son adhésion.
Haïti ne peut pas se doter d’un calendrier électoral et s’y tenir, pas plus qu’il n’a pu s’entendre sur un décret électoral, le pays en a déjà connu trois versions cette année sans qu’aucune élection ait été organisée.
Il y a un problème, de vrais problèmes qui empêchent la tenue des élections en Haïti. Le calendrier est le moindre d’entre eux.
Frantz Duval
Magik 9: Panel Magik reçoit ce mercredi 21 octobre 2026 Sherlyne Charles et le Dr Chequina Chéry pour parler de la campagne du « GSCC » contre le cancer du sein et Andy Marcellus de Coppos-Haïti au sujet du processus électoral.
🇫🇷 Près de deux siècles après l'abolition de l'esclavage en France, en 1848, le Parlement a entériné mardi, par un ultime vote du Sénat, l'abrogation symbolique du "Code noir" et des principaux textes ayant encadré l'esclavage dans les colonies françaises ⤵️
Editorial
Les accalmies sont trompeuses en Haïti
Le Nouvelliste | Publié le : 2026-10-20
Depuis le dimanche 18 octobre 2026, quatre soldats salvadoriens sont portés disparus. Leur véhicule a été retrouvé calciné.
Depuis, aucune nouvelle de leur sort. Les nombreuses opérations, terrestres et par hélicoptère, réalisées sans interruption depuis dimanche après-midi par les forces de sécurité, n’ont pas permis de les localiser.
Des informations non vérifiées évoquent une issue funeste pour ces hommes venus en Haïti prêter main-forte à la Force de répression des gangs et au peuple haïtien.
Au même moment, lors d’une réunion du Conseil de sécurité des Nations Unies, Carlos Ruiz Massieu, représentant spécial du Secrétaire général pour Haïti et chef du Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH), a fait état de 1 123 morts et de 440 blessés en Haïti entre juillet et début octobre 2026. Ces victimes sont liées aux violences des groupes armés.
Selon le rapport périodique du Secrétaire général de l’ONU présenté ce lundi 19 octobre 2026 au Conseil de sécurité, malgré l’intensification des opérations des forces de sécurité, les groupes armés continuent de s’en prendre aux populations et étendent leurs attaques aux zones rurales.
Le rapport fait également état de 689 femmes et filles violées par des gangs en juillet et août de cette année, dont 87 % lors de viols collectifs.
Il relève aussi les dommages causés par les opérations des forces de sécurité: depuis le mois de juillet, 808 personnes ont été tuées ou blessées, dont 148 sans lien avec les gangs.
Par ailleurs, près de 1,5 million de personnes ont fui leur domicile en raison des violences, parmi lesquelles plus de 740 000 enfants.
Les chiffres sont aussi accablants qu’il y a un ou deux ans. Depuis juin 2021, le pays paie en sang, souffrances et deuil le prix des combats qui se déroulent sous les yeux de tous.
Tous les jours, des citoyens haïtiens sont victimes directes ou collatérales. Hier, c’étaient des Kenyans, cette semaine, des Salvadoriens.
Les accalmies sont trompeuses en Haïti.
Frantz Duval
Magik 9: Panel Magik reçoit ce mardi 20 octobre 2026 le maire adjoint de Kenscoff Jean Max Duvivier au sujet des funérailles du maire Jean Masillon, Emmelie Prophète et Johanny Stanley Joseph pour parler du lancement de l’Académie haïtienne de la propriété intellectuelle.
Editorial
Haïti, pays englué dans le piège du passé
Le Nouvelliste | Publié le : 2026-10-17
Nous sommes le 16 octobre 2026.
Hier, 15 octobre, marquait l’anniversaire du retour au pays du président Jean Bertrand Aristide en 1994. Demain, 17 octobre, marquera le 220e anniversaire de l’assassinat du Père de la Patrie, Jean Jacques Dessalines.
Hier et demain ramènent Haïti à son passé.
Quels sont les rêves, les projets, les rendez-vous qui peuplent vos pensées et vous font avancer vers de nouvelles frontières ?
Peu d’Haïtiens sont en mesure de répondre à cette question.
Hier comme aujourd’hui, beaucoup peinent à se projeter. Demain encore, nos projets personnels et collectifs risquent de se réduire à un horizon étriqué.
Dans un pays où plus de la moitié de la population n’a pas trente-cinq ans, il n’est pas normal que la nostalgie et les regrets occupent une place plus importante dans nos têtes que le désir de construire et d’ouvrir de nouvelles perspectives.
Ce 16 octobre 2026, nous pouvons dire avec certitude ce qui s’est passé dans le pays le 15 octobre 1994. Rares sont, en revanche, ceux qui savent quelles cérémonies marqueront le 220e anniversaire de la mort de Dessalines.
Le déroulement du 17 octobre 2026 reste inconnu pour des millions d’Haïtiens.
Les fêtes de Noël de 2026 aussi. La tenue des prochaines élections également.
Pour beaucoup, le calendrier ne contient ni date assurée ni échéances claires. Nous traversons les jours comme ils viennent.
Ici, seul le passé est certain et c’est un signe de l’échec national.
Nous avons cessé d’inventer nos lendemains. Chaque jour, un peu plus, nous perdons la capacité de penser l’avenir, de concevoir des projets et de croire qu’ils peuvent se réaliser.
René Préval, ancien président d’Haïti, disait « naje pou nou sòti ». C’était cynique aux yeux de certains, individualiste pour d’autres.
« Naje ou sòti » était aussi une dynamique, un défi, un but.
Quel est le leitmotiv national aujourd’hui ? Où allons-nous collectivement ? Qu’est-ce qui nous motive ? Qui nous guide ?
Un pays, une société, chaque citoyen, chaque jour, doit apporter sa pierre pour contribuer à construire un édifice réel ou imaginaire.
Chacun doit chercher à dépasser ce qu’il a accompli la veille. Chacun doit se poser la question si lui-même, la société dans laquelle il évolue et son pays avancent dans la bonne direction pour que demain soit meilleur qu’hier. .
Ici, trop souvent, nous avons la certitude qu’hier était meilleur que demain ne pourra l’être.
Les femmes et les hommes ne doivent pas s’arc-bouter à leur passé.
En Haïti, nous sommes coincés entre l’imparfait consolateur et le futur introuvable.
Frantz Duval
Magik 9 : Panel Magik reçoit ce samedi 18 octobre 2026, Jean Andre Victor, président de l'AHDEN, autour de l’inauguration d’une journée scientifique et le Dr Romain Exilien qui commentera son texte Universités, élites, État : le cercle qui peut construire et détruire une nation.
Magik 9: Panel Magik reçoit ce vendredi 16 octobre 2026 l’ancien ministre Camille Édouard Junior pour commenter son article « Décret électoral et rapport du groupe d’experts : la fracture entre la ligne morale et la ligne légale » et Édens Débat sur les enjeux des élections de mi-mandat aux Etats Unis pour la communauté haïtienne.
Editorial
Sur qui va se renfermer le piège des sanctions ?
Le Nouvelliste | Publié le : 2026-10-15
Incapable de faire évoluer la liste des personnalités sanctionnées par le Conseil de sécurité des Nations Unies, qui ne compte que neuf noms, l’ONU semble miser sur une nouvelle stratégie. Les sanctions sont décidées par le Conseil, sur recommandation du Comité d’experts qu’il a crée par une résolution.
Ce mercredi 14 octobre 2026, en adoptant une nouvelle résolution, le Conseil de sécurité n’a pas seulement décidé « de prolonger pour 13 mois le mandat du Groupe d’experts sur Haïti mis en place depuis 2022 par la résolution 2653 (2022) », il a aussi introduit de nouvelles dispositions, qui s’imposent à tous les États membres.
Le Conseil de sécurité de l’ONU « demande aux autorités haïtiennes de présenter dans les douze mois suivant l’adoption de la résolution, puis chaque année, un rapport au Comité établi par la résolution 2653 (2022) sur les progrès réalisés concernant les critères énoncés au paragraphe 16 de la présente résolution, et les exhorte à informer et à présenter chaque année un exposé au Comité des sanctions sur les progrès de mise en œuvre des sanctions, y compris les actions législatives, réglementaires et d’application, ainsi que les défis rencontrés », peut-on lire dans cette résolution.
Les autorités haïtiennes devront rendre compte des mesures prises, de celles qu’elles ont tenté de mettre en œuvre et des obstacles rencontrés. Une épée de Damoclès semble suspendue au-dessus de leurs têtes.
En effet, le Conseil de sécurité de l’ONU « exprime sa préoccupation face aux informations faisant état de détournement, de malversation et de corruption des ressources publiques, qui constituent un risque pour la paix, la sécurité et la stabilité d’Haïti », peut-on lire dans la résolution 2831 (2026), adoptée par le Conseil de sécurité lors de sa 10241e séance, le 14 octobre 2026, et qui renouvelle pour 13 mois le mandat du Groupe d’experts.
Par ailleurs, le Conseil de sécurité « souligne que les individus se livrant directement ou indirectement à des activités criminelles ou à la violence impliquant des groupes armés et réseaux criminels, ou se livrant à des activités déstabilisant Haïti par l’exploitation ou le commerce illicite de ressources naturelles, peuvent être inscrits sur la liste des sanctions », la résolution ne précise toutefois pas quels actes de corruption liés aux ressources publiques pourraient entraîner des sanctions.
Le Conseil de sécurité de l’ONU considère cependant que l’exploitation ou le commerce illicite de ressources naturelles constituait des « activités de déstabilisation d'Haïti » et « encourage en outre les autorités haïtiennes à adopter un décret réglementant l’exploitation des civelles et le commerce associé ».
Les anguilles haïtiennes se retrouvent ainsi au cœur d’une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU. Celui-ci estime que «la situation en Haïti continue de constituer une menace pour la paix et la sécurité internationales dans la région » et qu’il agit « en vertu du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies ».
La résolution adoptée ce 14 octobre élargit les domaines susceptibles d’attirer l’attention des experts. Leurs filets pourraient désormais se tendre ailleurs, en quête de nouvelles prises…
Frantz Duval
Panel Magik : Magik 9 reçoit ce jeudi 15 octobre 2026 Guichard Doré au sujet du projet de réformes des retraites de l’ONA et le directeur général de la Protection civile Emmanuel Pierre sur la préparation aux urgences en Haïti
Magik 9: Panel Magik reçoit ce mercredi 14 octobre 2026 le professeur Amary Joseph Noël qui reviendra sur l’Assemblée du consensus national organisé par REN, Jean Bonald G. Fatal qui analysera la réforme des retraites proposée par l’ONA et sur l’impact du nouveau code fiscal sur les travailleurs et Bruno Guglielminetti qui reviendra sur la controverse entourant le roman « C’était ça ou mourir » de l'écrivain canado-haïtien Thélyson Orélien.