🚨 Je vous raconte les dessous de cette histoire car c'est l'un des rebondissements les plus dingues de l'affaire FTX 👇
Le 13 mai 2022, Sam Bankman-Fried acquiert 7,6% des parts de Robinhood pour 650 millions de dollars (56 millions d'actions). Pour cela, il passe par une de ses sociétés-écrans basée à Antigua : Emergent Fidelity Technologies.
Emergent Fidelity Technologies détient donc 7,6% de Robinhood, l'application de trading préférée des jeunes américains. Jusque-là, tout va bien.
Mais à la fin de l'été 2022, ça ne va pas trop côté FTX. Alors SBF se dit qu'il faut emprunter de l'argent et se tourne pour ça vers son ami BlockFi. Pour garantir le prêt accordé par BlockFi à FTX, SBF propose de gager les actions Robinhood (les placer en garantie).
[Notons au passage BlockFi avait aussi emprunté près de 250 millions de dollars de... $FTT auprès de... FTX. Un beau bordel.]
SBF est donc obligé de conserver ces actions Robinhood, puisqu'elles servent de collatéral. Mais quand il commence à voir que les choses tournent mal à la fin de l'été 2022, SBF commence discrètement à les vendre, afin de récupérer des liquidités.
Novembre 2022 arrive et avec lui l'effondrement de FTX. Tout coule et on découvre les malversations de SBF, les prêts imbriqués et tout le bordel associé à la "galaxie" FTX, dont fait partie Emergent Fidelity Technologies.
Les jours passent et SBF finit par avouer en décembre 2022, sous serment, que l'achat des actions Robinhood a été financé par un emprunt opéré auprès de... Alameda Research, sa propre société. 546 millions de dollars auraient été empruntés pour permettre cet investissement.
Or, vous le savez aujourd'hui, les fonds d'Alameda ont grassement été mélangés avec ceux des clients de FTX.
Toujours est-il qu'avec l'effondrement de l'empire FTX, Emergent Fidelity se retrouve logiquement à mettre la clé sous la porte et à demander, au mois de février 2023, d'être placé sous la protection de la loi sur les faillites américaines.
Se pose alors la question de savoir ce qu'il va advenir des 7,6% d'actions de Robinhood. Rapidement, le Département de la Justice américain (DoJ) décide de se saisir des fonds, alors même que plusieurs parties s'opposent et tentent de reprendre le contrôle de ces fonds :
👉 SBF et ses avocats, qui tentent d'éviter la saisie des actions et comptent sur ces fonds pour financer sa défense. Ils considèrent alors que, jusqu’à preuve du contraire, SBF est innocent de toute fraude civile et qu’il est ainsi illégal pour ses créanciers d’exiger une saisie de ses actifs.
👉 BlockFi, qui considère que les actions Robinhood ont été placées en garantie du prêt octroyé à FTX et qu'elles lui sont donc dues.
👉 FTX, dont les nouvelles équipes déclarent que les actions Robinhood devraient rester sous le contrôle d'Emergent Fidelity Technologies et donc du Groupe tout au long de la procédure de faillite de FTX, afin d'être en mesure de dédommager les victimes.
👉 Robinhood, qui n'apprécie guère de voir 7,6% de ses actions se balader de procédures en procédures et qui souhaiterait logiquement racheter ses propres actions dès que possible.
Aujourd'hui même, l'affaire connaît un rebondissement. En échange de 605,7 millions de dollars, Robinhood réussit à conclure un accord avec le United States Marshal Service (USMS) pour acquérir ses propres actions : celles détenues auparavant par SBF. Suffisant pour faire grimper de près de 4% l'action Robinhood...
Si Robinhood semble donc tiré d'affaire, qu'adviendra-t-il des fonds récupérés par le gouvernement américain ? Qui récupérera le contrôle de ces derniers ?
Beaucoup de (nouvelles) questions et peu de réponses, alors même que ces fonds pourraient permettre d'indemniser les victimes de l'effondrement de FTX mais aussi de BlockFi.
Cette affaire dans l'affaire est symbolique. Elle démontre que l'empire FTX était fait d'imbrications si complexes, de magouilles si profondes, qu'il semble difficile d'imaginer pouvoir dénouer tous ses noeuds dans un horizon proche.
Les équipes de FTX ont beau travailler à la relance de la plateforme / à l'indemnisation des victimes, elles sont confrontées à un enchevêtrement de procédures juridiques aux intérêts opposés. Procédures qui prendront du temps, beaucoup de temps.
FIN.