Je vais t'expliquer pourquoi la France s'effondre sur elle-même, et pourquoi je pense qu'on peut encore s'en sortir.
D'abord, qui je suis. Ingénieur logiciel depuis plus de quinze ans, je suis passé par l'entreprise et le conseil. Mon métier consiste à comprendre pourquoi un système ne fonctionne pas, puis à le corriger.
Je ne suis pas devenu libéral par idéologie.
Chaque fois que j'ai confronté ce que je croyais à la réalité, au travail, sur ma fiche de paie, dans les comptes publics ou sur le terrain social, j'ai dû réviser mes idées.
À force, j'ai fini du côté de l'école autrichienne.
C'est un courant d'économistes né à Vienne à la fin du XIXe siècle. Son point de départ est simple : personne, pas même un ministre, ne sait mieux que toi ce que vaut ton travail ni ce que tu dois faire de ton argent.
Alors, qu'est-ce qui ne marche pas en France ?
Le problème de fond, c'est une idée, celle que l'État doit tout prendre en charge :
Ta santé
Ta retraite
Ton logement
Ton emploi
Ton pouvoir d'achat
Cette promesse coûte très cher, et quelqu'un doit la payer.
Ce quelqu'un, c'est toi, et plus largement tous ceux qui travaillent et produisent.
Pour tenir sa promesse, l'État prélève toujours plus. Quand les impôts ne suffisent plus, il emprunte.
Or une dette se rembourse avec les impôts de demain. Il prélève donc aussi sur ceux qui travailleront plus tard, y compris tes enfants.
Pour gérer tout cet argent, il faut une administration énorme :
Des normes
Des formulaires
Des agences
Des contrôles.
Chaque nouvelle règle en appelle une autre, et chacune doit être financée.
Du coup, l'argent n'arrive plus là où il devrait aller.
Chaque euro absorbé par la gestion, la coordination et le contrôle est un euro qui n'arrive pas sur le terrain :
À l'hôpital
À l'école
Au commissariat.
Tu paies de plus en plus, et tu vois pourtant les services se dégrader.
En parallèle, travailler plus rapporte de moins en moins. Créer une entreprise devient un parcours d'obstacles. Ceux qui le peuvent partent travailler et investir ailleurs.
Un pays où produire ne rapporte plus finit par s'appauvrir.
La colère des Français est donc légitime. La fiscalité les étouffe.
Bien sûr, chacun touche quelque chose :
Une aide
Une prime
Une exonération.
Mais ce que chacun touche, il l'a d'abord payé, et souvent bien plus cher. Tout le monde essaie de vivre aux dépens de tout le monde, et à la fin, tout le monde y perd.
Sauf que cette colère se trompe de cible.
Face à un problème causé par trop d'État, on réclame encore plus d'État. Plus de dépenses, plus d'aides, plus de taxes sur les autres.
On demande davantage de socialisme pour soigner les effets du socialisme. C'est ça, la tragédie française.
Et on nous l'a transmise. Toute une génération a grandi en entendant que ses difficultés venaient toujours d'ailleurs : de la pauvreté, du système, d'un État qui n'en ferait pas assez.
On lui a appris à réclamer avant de lui apprendre à construire.
Aujourd'hui, ces jeunes héritent de la dette et de la colère, sans les outils pour s'en sortir.
Pourquoi ne pas tout simplement réformer ?
Parce que notre modèle social a été construit pour un monde qui n'existe plus. Il a été mis en place après la guerre, à une époque où l'économie française progressait de plus de 5 % par an et où les naissances explosaient. Il y avait beaucoup de jeunes actifs pour peu de retraités, et la croissance remplissait les caisses toute seule.
Aujourd'hui, la croissance tourne autour de 1 %, la population vieillit, et chaque actif doit financer toujours plus de monde.
Le modèle n'a pas été pensé pour ça.
Résumé du CV.
Des députés achetés au mois.
Petrobras pillé sous ses mandats.
Deux condamnations annulées sans que le fond soit jamais jugé.
Un dictateur défendu et conseillé.
La démocratie "relative".
Une dette qui gonfle chaque mois.
Si un homme politique français avait ce CV, Mélenchon le traiterait de corrompu, Tondelier exigerait une commission d'enquête, et Paris ne lui aurait jamais remis la moindre médaille.
Pour Lula, ils applaudissent.
Donc deux options. Soit ils n'ont jamais lu le dossier, et c'est de l'inculture. Soit ils l'ont lu, et ils applaudissent quand même un salopard.
"Le Brésil l'a fait, la France peut le faire", disent-ils.
C'est exactement ce qui m'inquiète : ils veulent faire la même chose ici.
La gauche française qui veut copier Lula, c'est ici : https://t.co/4v3JrrahPe
Dimanche, Lula a été réélu président du Brésil. Et la gauche française a fêté ça comme une finale de Coupe du monde.
Mélenchon : "Vive Lula, vive le Brésil de la dignité."
Manuel Bompard : "Nous y arriverons aussi en France." https://t.co/5ZtPZp9gzm
Le maire LFI de Saint-Denis : "Le Brésil l'a fait, la France peut le faire !" https://t.co/rjT8D0DFR3
Marine Tondelier : "Bravo à Lula pour ce comeback historique." https://t.co/0RglgfeX6b
Les Insoumis ont même créé une boucle WhatsApp calquée sur celle de sa campagne.
Bref, Lula est leur modèle. Et l'histoire d'amour ne date pas d'hier.
En 2019, Lula est en prison pour corruption. Mélenchon va lui rendre visite et déclare que personne ne le croit corrompu. Puis il ajoute : "Même Staline faisait mieux, il essayait d'avoir des aveux." https://t.co/Amp2O5obFX
Tu as bien lu. Selon Mélenchon, les juges brésiliens ont condamné Lula sans même chercher d'aveux, alors que Staline, lui, prenait la peine d'en obtenir. Pour défendre Lula, il présente Staline comme plus respectueux que la justice brésilienne.
En 2020, Anne Hidalgo remet à Lula la citoyenneté d'honneur de la Ville de Paris. https://t.co/VdtO9uzo9G
Puisqu'ils veulent s'en inspirer, regardons ce qu'il a fait. Son CV, ligne par ligne.
Ligne 1 : le Mensalão.
Sous le premier mandat de Lula, son camp verse chaque mois des enveloppes à des députés pour qu'ils votent ses lois. Des députés achetés au mois, comme un abonnement. En 2012, la Cour suprême condamne son ministre le plus puissant, José Dirceu, le président de son parti et son trésorier.
Ligne 2 : Lava Jato.
Les contrats de Petrobras, la compagnie pétrolière publique, sont gonflés pour reverser des commissions aux partis, à commencer par le sien. Le géant du BTP Odebrecht finit par plaider coupable aux États-Unis : 2,6 milliards de dollars d'amende.
Ligne 3 : Lula lui-même.
Condamné pour corruption et blanchiment.
Condamnation confirmée en appel.
580 jours de prison.
"Oui mais tout a été annulé !" Je t'entends d'ici.
Annulé, oui. La Cour suprême a jugé que le tribunal n'était pas le bon et que le juge avait été partial. Innocenté, non : elle n'a jamais examiné le fond. C'est comme échapper à un redressement fiscal parce que l'inspecteur s'est trompé de bureau. Ton dossier tombe, mais personne n'a dit que tu étais en règle.
Ligne 4 : la démocratie, sa grande passion.
En 2005, à côté d'Hugo Chávez, Lula affirme que le Venezuela souffre d'un "excès de démocratie". Trop de démocratie : selon lui, c'était ça, le problème du Venezuela.
Mai 2023 : il reçoit Nicolás Maduro, le successeur de Chávez, avec les honneurs. Le régime emprisonne ses opposants, et des millions de Vénézuéliens ont fui le pays. Lula explique que l'autoritarisme de Maduro est une "narrative" inventée par ses ennemis, et lui conseille de construire sa propre version pour se défendre.
Le président du Brésil qui donne des conseils de communication à un dictateur.
Le même jour, il raconte qu'il se dispute souvent avec des sociaux-démocrates européens qui ne comprennent pas que le Venezuela est une démocratie.
Relis bien : il reproche à la gauche européenne de ne pas voir de démocratie au Venezuela. Et cette même gauche européenne l'applaudit aujourd'hui.
Juin 2023, à la radio : "Le concept de démocratie est relatif."
Le président du Brésil. En direct. Sans rire.
Janvier 2026 : Maduro est capturé par les forces américaines. L'homme que Lula présentait comme la victime d'une campagne de dénigrement sera jugé à New York pour narcoterrorisme.
Ligne 5 : le modèle social.
Fin 2022, la dette publique du Brésil pèse 71,7 % du PIB. En août 2026, elle atteint 82,9 %. Onze points en moins de quatre ans, sans pandémie ni récession. Les aides sociales sont réelles, personne ne le conteste. Mais elles sont payées à crédit, et ce sont les Brésiliens de demain qui rembourseront.
Vive Lula, vive le Brésil de la dignité. Les sondages et les commentateurs experts bla bla prédisaient son échec certain.
Il vient de gagner ! Il a battu l'extrême droite et les ingérences étrangères.
La magnifique campagne de masse a rassemblé le peuple des favelas et les salariés dans les urnes contre la dictature de l'argent-roi et du mépris du peuple.
Ah oui, selon le terroriste lui-même "Trappes est un repère d’islamistes".
Pas de bol pour lui : il fréquentait les manifs pro-palestiniennes en 2018, et la victime (Pengo Bossio Wangi) était chrétienne - donc une minorité dans une ville estimée à 60-70 % musulmane.
Les chiffres, eux, ne mentent pas : 50 à 80 départs vers Daech depuis Trappes (le record national relatif), rapports de 2016 sur le salafisme et les Frères musulmans, "bastion du djihadisme français".
Même le tireur raciste a fini par constater l’évidence que certains nient encore.
Une partie de la gauche aime le peuple, tant qu'il vote bien.
Elle défend l'ouvrier, l'aide-soignante, le chauffeur de bus, la caissière.
Jusqu'au jour où l'ouvrier, l'aide-soignante, le chauffeur et la caissière votent pour le mauvais parti.
Ils ne sont alors plus le peuple. Ils deviennent des "fachos", et on n'a plus besoin de les écouter.
Pourtant, quand tu demandes à ces électeurs ce qu'ils veulent, la liste est banale :
Rentrer chez soi le soir sans avoir peur.
Finir le mois.
Vivre de son travail.
Une école où les enfants apprennent à lire.
Ils viennent de partout et ont toutes les origines, toutes les religions. Tu peux trouver leurs solutions mauvaises et les combattre. Mais faire comme si leurs questions n'existaient pas, c'est les mépriser.
Or cette même gauche répète depuis des années deux principes justes : ne jamais essentialiser un groupe, et chercher les causes d'une colère avant de la juger.
Ces principes valent aussi pour l'électeur du RN. Comprendre sa colère ne veut pas dire l'approuver.
Il ne reste qu'une question, posée sur le ton de l'évidence : comment peut-on voter RN ?
Pourquoi ces principes s'arrêtent-ils au bureau de vote ? Parce que quand tu es sincèrement convaincu d'incarner le Bien, celui qui n'est pas d'accord avec toi ne se trompe plus. Il devient méchant. Et on ne débat pas avec un méchant, on cherche à le faire taire.
Dostoïevski a décrit ce glissement mieux que n'importe quel politologue. Dans "Crime et Châtiment", publié en 1866, Raskolnikov, un étudiant pauvre de Saint-Pétersbourg, construit une théorie : certains hommes supérieurs auraient le droit de franchir la morale ordinaire, si c'est pour faire avancer l'humanité. Il se range parmi eux. Puis il tue une vieille prêteuse sur gages, persuadé d'agir pour le bien.
Sa certitude d'être du bon côté ne l'a pas retenu. Elle lui a donné la permission.
À l'échelle d'un pays, le raisonnement est le même : je suis le camp du bien, donc les règles qui valent pour tout le monde ne s'appliquent plus à mes adversaires. Le débat, la liberté de parole, l'élection elle-même deviennent négociables.
Dimanche 25 octobre, sur LCI, le maire LFI de Saint-Denis, Bally Bagayoko, s'est dit favorable à ce qu'on interdise au Rassemblement national de s'exprimer dans les médias pendant la campagne présidentielle, au nom de la lutte contre le racisme.
Un parti pour lequel des millions de Français votent, privé de parole avant l'élection.
L'histoire a déjà montré où mène cette pente.
En novembre 1917, quelques semaines après la prise du pouvoir par Lénine, la Russie élit une Assemblée constituante. Les bolcheviks n'obtiennent qu'environ un quart des voix. L'Assemblée se réunit en janvier 1918, et Lénine la fait dissoudre dès le lendemain.
Je ne mets pas la gauche française au niveau des bolcheviks. Je dis que le totalitarisme naît bien avant les camps : le jour où un camp décide que l'autre n'a pas le droit de gagner.
En 2027, une démocratie se jugera à une seule chose : la façon dont chacun réagira si c'est l'autre qui gagne.
🚨✍️ UNE PÉTITION SUR LE SITE DE L’ASSEMBLÉE NATIONALE DEMANDE LA FERMETURE DE CNEWS ET LE RETRAIT DE SA FRÉQUENCE TNT.
Elle dénonce les propos racistes et discriminatoires diffusés sur la chaîne, ses nombreuses sanctions financières ainsi que ses manquements au pluralisme politique.
La pétition réclame le retrait immédiat de son autorisation de diffusion sur la TNT et la fermeture de CNews.
https://t.co/0xnwKJ9W0O
Marc a raison, Sarah Knafo a donné un vrai cours de rhétorique, en direct, face à deux journalopes qui lui tendaient des pièges.
Si tu débutes, c'est la séquence parfaite pour apprendre. Tu as sûrement déjà vécu ce genre de scène : en réunion ou à un repas de famille, quelqu'un te pose une question qui t'accuse déjà. Quoi que tu répondes, tu as l'air de te défendre. Elle a utilisé quatre techniques, et tu peux toutes les réutiliser dès demain.
Technique 1 : regarder ce que la question sous-entend.
Une question piégée cache presque toujours une accusation. On reproche à Knafo des tweets "laconiques", autrement dit de ne pas avoir assez réagi. Si elle se justifie, elle accepte l'accusation. Alors elle fait l'inverse : elle demande qu'on lise son tweet en entier à l'antenne. Il fait six paragraphes, et l'accusateur se retrouve en PLS.
Retiens : avant de répondre, demande-toi ce qu'on essaie de te faire admettre.
Technique 2 : faire dire la règle à voix haute.
Quand quelqu'un t'accuse, il s'appuie sur une règle, même sans la dire. Ici on accuse Knafo d'inspirer la violence par ses idées. Au lieu de se défendre, elle demande : "Êtes-vous en train de dire qu'un discours est responsable des crimes commis en son nom ?" Une fois la règle posée, elle l'applique à d'autres cas. C'est alors à son interlocuteur d'expliquer pourquoi elle ne vaudrait que pour elle.
Retiens : fais dire la règle, puis vérifie qu'elle vaut pour tout le monde.
Technique 3 : demander du précis quand on t'oppose du vague.
"Beaucoup d'économistes contestent vos chiffres." La phrase impressionne justement parce qu'elle ne donne aucun nom. Knafo répond : "Citez les noms." Quand ils arrivent, l'accusation rétrécit : l'un des économistes cités juge ses chiffres corrects, PLS encore une fois.
Retiens : un "tout le monde dit que" ne vaut rien tant qu'il n'a pas de nom.
Technique 4 : parler de la vie concrète de ceux qui t'écoutent.
Elle ne parle pas en milliards. Elle prend un salarié à 2 000 € net par mois et raconte ce qu'il paie sur toute sa carrière, puis ce qu'il touche à la retraite. Chacun peut se mettre à sa place. Et elle résume en une phrase qu'on retient : le pouvoir d'achat, c'est l'argent que l'État ne te prend pas.
Retiens : un exemple que l'auditeur peut vivre bat dix statistiques à la con.
Beaucoup diront qu'elle a esquivé les questions.
En réalité, elle a répondu à ce qu'elles cachaient. C'est beaucoup plus difficile, et ça s'apprend.
La prochaine fois qu'on te tend un piège, ne réponds pas tout de suite. Commence par demander : "Qu'est-ce que vous voulez dire exactement ?"
Deux journalopes, une invitée, et un piège dès la première question.
Elle refuse chaque prémisse, fait préciser chaque question avant d'y répondre, et demande des noms quand on lui oppose "des économistes".
Victoire par KO sur le terrain des idées. À revoir pour qui s'intéresse à la rhétorique.