On tirera les leçons de ce qui n’a pas été fait depuis 2022 pour prévenir et lutter plus efficacement contre les grands feux.
Mais une chose est certaine : il faut écouter les professionnels de la forêt. Ceux qui en ont la connaissance et la pratique. À elles seules, les injonctions contradictoires qui encadrent leur activité sont devenues criminelles.
Il faut faire confiance à celles et ceux qui savent, parce qu’ils pratiquent, et leur redonner un véritable pouvoir d’intervention. Comme il a fallu faire confiance aux hospitaliers à l’hôpital durant la crise du Covid, avant le retour des gestionnaires et des « spécialistes » — ceux de la chanson de Jean-Roger Caussimon, magnifiquement interprétée par Léo Ferré — de la gestion comptable des dépenses de santé.
Il faudra enfin agir autrement et ne plus oublier le gémissement des pins et l’effroi des humains.
François Mauriac l’écrivait dans Thérèse Desqueyroux : « Le gémissement des pins d’Argelouse, la nuit, n’était émouvant que parce qu’on l’eût dit humain. »
Je viens de cette Gironde forestière. Ma maison familiale est à quatre kilomètres de Malagar. Mes premiers souvenirs de vacances sont à Biscarrosse. Ma mère aimait regarder le coucher du soleil sur l’océan. Puis nous rentrions à Langon, dans notre 2 CV, par des routes qui ne sont aujourd’hui plus que des paysages de cendres.
Nous sommes tous les enfants d’un paysage, d’un horizon, d’une terre.
Juillet en politique (21/07)
Dans cette pré-campagne présidentielle, à qui va profiter la séquence estivale ? Qui, à la rentrée, fin août/début septembre, aura marqué des points ? Qui en aura perdu ?
À vrai dire, il ne se passe pas grand-chose. Quelques clapotis, mais aucune lame de fond. Édouard Philippe, en déplacement à La Baule, enregistre le soutien de Franck Louvrier (LR). L’édile, qui est un fin politique de la catégorie des Raminagrobis, dit adresser une carte postale à Bruno Retailleau afin qu’il cesse de ne s’adresser qu’aux siens. Du bel ouvrage !
Gabriel Attal était, il y a deux semaines, au parc Borély, à Marseille, pour le Mondial de la pétanque. Mais, décidément, un pur Parisien, même en empruntant l’autoroute du Soleil, a quelques difficultés à se transformer en Pagnol. « La pièce était si mauvaise que les acteurs eux-mêmes partaient avant la fin »… Les chapeaux à plumes du « bloc central » commencent à suer à grosses gouttes : et si le match Philippe-Attal ne se réglait pas rapidement ? Serait-il raisonnable d’attendre les tirs au but en février 2027 ? Et Retailleau peut-il être ce que Bayrou fut à Macron en février 2017 ?
Côté centre-gauche, on observe la compétition Glucksmann-Hollande-Cazeneuve, et cela commence à vider la salle. On peut comprendre la stratégie et le calendrier de François Hollande. Mais pour les deux autres ?
Et si l’été 2026 était celui d’une consolidation, à bas bruit, de Jean-Luc Mélenchon face au retour fracassant de Marine Le Pen ? « À la fin, ça se terminera entre eux et nous », disait le premier. Quand la seconde laisse entendre qu’elle préférerait un affrontement au second tour face à un représentant de la décennie macroniste, tout en se léchant les babines à l’idée d’une qualification du candidat insoumis.
Dans un tel scénario, qui bénéficierait le plus d’un vote « tout sauf… » ? Les sondages actuels indiquent que Mélenchon serait le plus rejeté. C’est bien mal connaître sa capacité à se polir, à apparaître, au fil de la campagne qui vient, comme un vieux lion, debout sur son rocher, qui ne rugit mais qui a l’expérience des combats.
Hakuna Matata.
Juillet en politique (17/07)
27… 28… 29… Cela n’en finit plus. La liste des présidentiables s’allonge de jour en jour sans que cela ne provoque la moindre étincelle. Tout s’empile. Rien ne prend. Rien ne brille. On verra d’ici la fin de l’année, d��autant que l’on parle désormais des « candidats de l’automne ». Ceux qui observent, en embuscade, une offre estivale qui se consume lentement.
Deux seuls candidats sont aujourd’hui assurés d’un solide socle électoral et d’un leadership incontesté dans leur camp : Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Un casting du second tour déjà écrit ?
Les sondages présentent aujourd’hui le « bloc central » – une expression qui s’est progressivement imposée alors qu’elle relève déjà, à bien des égards, d’une illusion – comme la seule offre en mesure de disputer au leader insoumis une place au second tour face à la candidate du RN. Laquelle, selon ces mêmes enquêtes d’opinion, l’emporterait quel que soit son adversaire.
D’ici la fin de l’année, ou au tout début de 2027, une question, une seule, va s’imposer jusqu’au dimanche 2 mai : qui peut battre Marine Le Pen ?
Si l’offre politique est aujourd’hui aussi pléthorique et finit par devenir si soporifique, c’est peut-être parce qu’elle traduit d’abord une crise de l’incarnation. Aucun prétendant ne parvient encore à se hisser au niveau du duel-duo Le Pen/Mélenchon. Le macronisme n’a pas totalement tué la politique mais les dégâts sont considérables.
Une trentaine de candidats pour 2027 ! De Gaulle avait raison lorsqu’il confiait que ce qu’il fallait redouter après son départ n’était pas le vide, mais le trop-plein.
Nous y sommes.
Juillet en politique (13/07)
Macroniste un jour, macroniste toujours.
Ça cogite chaudement dans les QG de campagne climatisés pour définir une nouvelle stratégie après l’éviction de Jordan Bardella et l’annonce de la quatrième candidature présidentielle de Marine Le Pen. Quatre, comme Jean-Luc Mélenchon. Les plus ou moins jeunes pousses devront patienter, le temps que l’herbe devienne plus verte et plus fraîche. Pour 2027, seuls les grands fauves, ceux qui connaissent les points d’eau et les règles de la savane politique, semblent en mesure de survivre.
Gabriel Attal aurait sans doute préféré une confrontation avec le jeune président du RN. Il le connaît. Il l’a déjà affronté lors de débats télévisés. Pas de KO. Les rencontres se sont jouées aux points, avec, à chaque fois, un avantage pour Attal.
Mais face à Marine Le Pen, ce n’est plus la même limonade.
Les stratèges attalistes ont donc longuement planché pour redéfinir leur ligne. Avec quels résultats ?
« Vous en avez marre de la vieille politique ? Nous aussi ! » Encore faut-il convaincre qu’aux yeux d’une majorité de Français, la « vieille politique » n’est pas précisément incarnée par les personnalités au pouvoir, dans l’entourage immédiat d’Emmanuel Macron, au cours des dix dernières années. Macroniste un jour, macroniste toujours.
Gabriel Attal teste un autre angle d’attaque : il serait aujourd’hui le seul candidat en mesure d’incarner la « nouvelle génération » lors de la présidentielle de 2027. Lors de son élection, en mai 2017, Emmanuel Macron avait 39 ans. S’il était élu l’an prochain, Gabriel Attal deviendrait, à 38 ans, le plus jeune président de la République de l’histoire de la Ve République, devant Emmanuel Macron.
Formidable.
J’aime beaucoup @fogiesbert. Il fait partie de ces grands fauves qui existent aussi bien en politique que dans le journalisme. L’odeur de 2027 commence à lui ouvrir l’appétit.
De profundis. Le dernier clou sur le cercueil d’une grande primaire à gauche, hors LFI, vient d’être planté par les militants socialistes. Hier soir, ils ont rejeté la proposition d’Olivier Faure. Sur la question la plus stratégique du moment pour l’espace social-démocrate, le premier secrétaire du PS est clairement mis en minorité.
État des lieux.
Après le vote sur la censure du gouvernement, où Olivier Faure n’avait déjà pas été suivi les députés PS, Boris Vallaud remporte s’impose de nouveau. Cela fait moins de bruit que l’affaire Jubillar, que les développements judiciaires concernant le RN ou que la qualification des Bleus en demi-finale de la Coupe du monde. Pourtant, les conséquences politiques pourraient être lourdes pour la gauche et pour la présidentielle.
En octobre, les adhérents du PS et ceux des formations partenaires, notamment Place publique, désigneront leur candidat à l’Élysée. Pour l’instant, un seul s’est déclaré : le d��puté de l’Eure Philippe Brun.
Raphaël Glucksmann peut-il ne pas y aller ? Il ne peux concourir briguer sans l’appui de l’appareil socialiste. Et Olivier Faure ? Jérôme Guedj ? Vallaud ? Que feront les ex-insoumis Autain et Ruffin ? Karim Bouamrane dit qu’il sera candidat sans passer par une primaire.
Reste la pièce maîtresse de ce Cluedo politique. « Dans cette bataille qui s’engage », Il a un nom, un visage. Il ne présentera pas sa candidature à un processus de primaire.
Si le processus tourne au fiasco, si la gauche social-démocrate s’enlise dans une compétition crépusculaire, il pourra apparaître comme le recours.
Pourquoi se presser lorsqu’on attend depuis dix ans ?
Le 1er décembre 2016, François Hollande annonçait qu’il renonçait à briguer un second mandat. Dix ans plus tard, presque jour pour jour, choisira-t-il le début du mois de décembre 2026 pour annoncer sa candidature à l’élection présidentielle de 2027 ?
Comme Edmond Dantès : « Attendre et espérer. »
Quinze mois après le jugement de première instance, l’arrêt de la cour d’appel de Paris a rendu son éligibilité à Marine Le Pen.
On ne l’a peut-être pas assez souligné hier : cet arrêt a été taillé sur mesure pour lui permettre de prendre sa décision politique. Ce qu’elle s’est empressée de faire. Elle fait aujourd’hui partie des responsables politiques à connaître le temps long de la politique, avec une exposition médiatique maximale et permanente . Les succès et les épreuves. Les fidélités et les trahisons.
Il y a eu quelque chose d’étonnant dans son interview sur TF1. Gilles Bouleau n’était pas prêt. Elle, si. Et pas qu’un peu…
À la clé, une audience record de 7 millions de téléspectateurs.
Dans la foulée, la première affiche : « Pour la France, la renaissance ». Le site internet. Le premier déplacement dans une commune de la Sarthe conquise lors des dernières municipales. Jordan Bardella, « ni déçu ni soulagé » de ne pas être candidat à l’Élysée. Et les troupes du RN assurant le service après-vente médiatique : Tanguy, Chenu, Jacobelli, Diaz. Du bel ouvrage.
Puis est arrivé le premier sondage (Ifop-Opinion) réalisé après la décision de la cour d’appel : une gauche en cale sèche, avec un net avantage pour Mélenchon, qui n’a jamais été aussi haut aussi tôt ; un bloc central à l’arrêt ; une droite déclassée. Et Marine Le Pen à 36 %. L’effet « cour d’appel » la place donc au même niveau que Jordan Bardella. Au second tour, elle est donnée gagnante à 70 % face à Mélenchon, à 56 % face à Édouard Philippe et à 55 % face à Gabriel Attal.
Autant dire que le concert de casseroles, les « mains sales et têtes basses » ne constitueront pas une réponse à la hauteur de cette nouvelle donne politique. Pas plus que le « danger fasciste » n’a constitué une digue efficace face à la progression électorale du FN puis du RN au cours des vingt dernières années.
La question qui se pose désormais à la gauche pour la prochaine présidentielle tient en un mot : l’espérance. Est-elle en capacité de proposer un imaginaire ? Peut-elle de nouveau séduire et convaincre avec des idées ?
Quel futur désirable ?
Une primaire ?
Juillet en politique (6/07)
En conclusion du 40e Congrès du PCF à Lille, ce week-end, Fabien Roussel avait la même énergie qu’à l’ouverture des travaux. Et pour le connaître, je vous assure qu’il ne s’agit en rien d’un effet de tribune. Il est toujours ainsi.
Une anecdote. J’ai eu récemment au téléphone Olivier Marchais, le fils de Georges, qui est le grand copain de Fabien Roussel. Tous deux se connaissent depuis le lycée à Champigny-sur-Marne. En août, comme chaque année, ils retrouveront la Corse et le bonheur simple de vacances au camping, au bord de l’eau. Ils ont découvert cette belle montagne plongée dans la mer durant l’été 1988, lorsqu’ils sont partis avec un groupe de huit copains et copines. Ils voyagent léger : un sac à dos et un duvet. Ils font de l’auto-stop, avec une règle simple : les premiers arrivés à destination attendent les autres devant l’église du village. Ils dorment le plus souvent sur la plage.
Il y a quelques années, lors de son séjour insulaire, Fabien Roussel avait diffusé sur les réseaux sociaux une spectaculaire acrobatie : un saut périlleux arrière qui s’achevait dans l’eau turquoise. En rigolant, je demande à Olivier si Fabien va cette année reproduire l’exercice. Lui comme moi n’avons plus le physique pour une telle pratique. Cela se terminerait aux urgences. Fabien Roussel, lui, vient de perdre huit kilos.
Et il aime toujours autant se jeter dans le vide.
Hier, une solide majorité de congressistes a décidé de le reconduire à la tête du PCF et de lui ouvrir la voie d’une seconde candidature à l’élection présidentielle. Un vote interne le confirmera définitivement le 6 septembre, cinq jours avant l’ouverture de la prochaine Fête de l’Humanité, qui sera donc l’entrée en campagne du candidat Roussel. En fait, il est toujours en campagne !
Sitôt après la décision souveraine des communistes, Jean-Luc Mélenchon et ses lieutenants s’en sont émus. Pour eux, la candidature du secrétaire national du PCF en 2022 (802 000 voix) leur a été fatale dans la non-qualification du candidat insoumis au second tour, distancé de 420 000 suffrages par Marine Le Pen.
Oui, mais voilà : les adhérents du PCF, et plus encore ceux qui participent à un congrès, réunissant les cadres départementaux de l’organisation, n’ont pas gardé un souvenir impérissable des campagnes présidentielles avec Jean-Luc Mélenchon en 2012 et en 2017. Je peux très directement en témoigner. C’est aujourd’hui une vieille histoire. Mitterrand fut un machiavélien dans sa capacité à affaiblir électoralement le PCF. Jean-Luc Mélenchon avait les canines tout aussi acérées, mais cela s’est vu. Et les militants communistes sont des gens sensibles. Ils ont de la mémoire.
Oui, mais voilà : et, pour le coup, Jean-Luc Mélenchon ne s’est pas trompé sur ce point. La vie politique française a aujourd’hui l’élection présidentielle comme principale horlogerie. Tic… Tac… Tic… Tac… Le quinquennat (une belle connerie), l’inversion du calendrier électoral plaçant les législatives comme une élection secondaire (une très grande connerie), la personnalisation à outrance, et parfois même la peopolisation faute d’incarnation réelle (un drame), sont autant de réalités qui conduisent une sensibilité politique, un parti, à être présent dans la bataille présidentielle pour présenter des idées, un projet. Pour exister.
Oui, mais voilà. Fabien Roussel avance un argument auquel les opposants à sa candidature ont bien du mal à répondre. Le problème de la gauche n’est pas tant sa division que sa faiblesse. Combien y avait-il de candidatures de gauche en 1981 et en 1988 ? Le poids électoral de la gauche est le vrai défi. Sans réponse à cette question, quel avenir politique pour notre pays ? Roussel affirme que ses électeurs de 2022 n’auraient pas voté pour un autre candidat de gauche.
1/2
Juillet en politique (08/07)
Cela serait des plus cocasses.
Si la Cour de cassation rejetait le pourvoi de Marine Le Pen, le juge de l’application des peines du ressort judiciaire des Yvelines — département de résidence de la candidate à l’Élysée — disposerait d’un délai de quatre mois pour fixer les modalités de sa détention à domicile sous bracelet électronique.
Et il devrait, comme pour toute autre personne condamnée, prendre en compte ses « obligations professionnelles » afin de ne pas compromettre sa « réinsertion ».
« Allô, monsieur le juge. Demain, j’ai mon dernier grand meeting de campagne avant le premier tour du 18 avril. Je peux m’y rendre ? C’est important pour mon projet professionnel et ma réinsertion. »
« Vous avez mon accord, Madame Le Pen. Mais ne rentrez pas trop tard. »
« Allô, monsieur le juge. Demain, j’ai un débat télévisé avant le second tour du 2 mai. Il est important que j’y participe car, comme vous le savez, j’ai un projet de réinsertion à l’Élysée pour les cinq prochaines années. »
« Entendu, Madame Le Pen. Et, comme la dernière fois, vous regagnerez votre domicile sitôt le débat terminé. Je compte sur vous. »
Voilà… Voilà…
Les hauts magistrats de la Cour de cassation avaient annoncé qu’ils statueraient avec diligence en cas de pourvoi.
Officiellement, Marine Le Pen conteste l’interprétation retenue en première instance puis en appel de l’article du Code pénal relatif au détournement de fonds publics. C’est parfaitement son droit de soumettre cette question à la Cour de cassation. Qui, selon les plus éminents « spécialistes » ( pensée pour la chanson de Jean-Roger Caussimon interprétée par Léo Ferré) rejetteront le pourvoi.
Sa stratégie est donc avant tout un pari sur le calendrier politique et judiciaire. « Les Français seront juges », disait-elle hier soir sur le plateau de TF1.
Dans un climat aussi pestilentiel, où la justice et les magistrats sont directement mis en cause, où le peuple est opposé aux élites, il ne serait pas totalement surprenant que la Cour de cassation, puis le juge de l’application des peines, prennent au final un peu plus de temps que ce qui avait été annoncé avant l’arrêt de la cour d’appel.
À neuf mois du premier tour de l’élection présidentielle, Marine Le Pen n’est pas définitivement condamnée et l’exécution de sa peine est suspendue. Elle va remettre un peu d’ordre dans la maison RN, réaffirmer sa ligne. Vous ne la verrez pas aujourd’hui au Jimmy’z de Monte-Carlo, mais sur le marché de La Flèche, dans la Sarthe.
@acp34120 La Celle-Saint-Cloud, dans les Yvelines, où elle s’est installée en 2014 après avoir quitté la propriété familiale de Montretout à Saint-Cloud.