Message à la droite française.
Vous allez probablement gouverner en 2027. Alors je vous parle franchement, de l'extérieur : je suis économiste de l'école autrichienne et je vous écris de Suisse.
Hier soir, à Limoges, une mairie de 1883 a brûlé et son clocher est tombé. Elle avait été payée par une France qui produisait encore. Elle a été brûlée par une France qui ne fait plus que distribuer. Les formes survivent longtemps à leur raison d'être. Puis elles brûlent.
Rien de ce que l'État pleure aujourd'hui n'a été bâti par lui. Les banques, les lettres de change, la comptabilité, les bourses : les villes les ont faites, entre marchands qui se devaient des comptes. La couronne les a encaissées et a appelé le produit « la France ». Le comité a hérité du tout. Les fruits de la liberté se récoltent dans des phases de non-liberté croissante, et c'est pourquoi l'on prend si facilement le centralisme pour la cause de la prospérité.
Je le dis comme je le pense : la Révolution française fut une erreur, et le centralisme qui la suivit en fut une autre. La théorie étatique de la monnaie n'a fait en 1789 que changer d'habit, de l'hermine au comité. Le comité est devenu ministère, le ministère déficit.
Écoutez la rue : elle veut plus d'État. Un des plus gros déficits de la zone euro, et une foule qui le veut plus gros. Une religion de salut dont le dieu est en faillite ne perd pas de fidèles ; elle hausse la voix et, hélas, ses briquets.
Il n'y a pas de complot, ni à gauche ni à droite. L'Occident s'est relâché après une surtension excessive et névrotique, et dans le vide s'est avancée la religion de substitution de l'étatisme : le salut par l'État, la rédemption dans le nous collectif. La plus grande part de la faute, aussi paradoxal que cela paraisse, revient aux prétendus conservateurs. Un appareil se nourrissait en parasite des institutions et consommait leur capital, et les conservateurs appelaient cela préserver. Ils ont donné bonne conscience au déclin.
Et l'immigration ? Vous pouvez la régler demain matin, vous n'aurez soigné que la fièvre. L'immigration de masse subventionnée vers l'État-providence, menée sous le mensonge du réfugié, est le dernier symptôme : le point culminant d'une naïveté hors du réel, d'un formalisme aveugle et de la consommation de statut et de revenu dans l'État thérapeutique. Qui y voit la cause confond la poussée de fièvre avec la maladie.
Et ne comptez pas sur le patriotisme pour vous sauver de l'étatisme : il en est la forme d'origine. La nation est née en 1789 avec le comité, la conscription et l'impôt pour tous, et la droite « patriote » vit aujourd'hui du même jeu à somme nulle que la gauche : servir les nôtres contre les autres avec l'argent d'une machine qui ne produit rien. Sans la machine, elle n'aurait rien à promettre. L'électoralisme est le cœur du système, pas une faiblesse de vos candidats : il sélectionne une classe qui distribue et une foule qui attend la distribution. Il est trop tard pour le patriotisme ; il faisait partie du problème.
Ne cherchez pas non plus le moment où revenir. Ce moment n'existe pas : tout moment que l'on voudrait ramener est une récolte, et les récoltes ne se répètent pas, mais bien les semailles. Ce qui demeure de la nostalgie, c'est le costume, et le costume pris au sérieux devient un jeu de rôle qui ne veut plus que célébrer sa certitude de salut.
On ne renoue pas avec un moment. On renoue avec un momentum : l'autonomie des villes, la décentralisation, la confiance entre étrangers, l'ambition culturelle, l'esprit d'entreprise, l'invention, l'individu qui ose quelque chose et en répond. La France en avait plus que quiconque, dans ses villes, ses foires, ses salons et ses ateliers.
Il n'y faut pas de programme ; les programmes sont la figure sous laquelle un moment se défend contre le temps. Il y faut des hommes qui fondent, découvrent, inventent, tiennent une maison sur des générations et contredisent une autorité lorsqu'ils savent mieux qu'elle. Et des institutions qui leur donnent durée, dignité et liberté, au lieu de les traiter en suspects.
On ne ramène pas 1883. On peut ramener ce qui l'a bâti.
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