Clermont-Ferrand. Un lycéen. D'une bravoure folle. "Ils peuvent me prendre, dit-il à ses amis, j'en ai tué assez pour qu'ils soient perdants". De fait, il est bien pris, le 17 juil. 1944. Mais c'est lui qui a le dernier mot : il saisit une arme et se tue. Claude Baccot. 19 ans.
Paris. Il en a déjà sauvé et il recommence : il faut partir, vite ! Le couple, qu'il connaît peu, le suit dans son propre domicile où il le cachera jusqu'à la Libération. Ils sont juifs polonais, lui officier de police. 15 juil. 1942, veille de la rafle du Vel d'Hiv. Roger Lanier
"J’ai aimé la vérité", dit-il. La sienne fut celle d'un homme qui, se déclarant "né juif", se voyait mourir "en bon Français". 4 ans de tranchées, volontaire en 1939 à 53 ans, un legs historique majeur, la Résistance : c'est en grand Français que périt Marc Bloch. En grand homme.
17 juin 1940. Pétain promet un armistice "dans l’honneur". "S’il n’est atteint de sénilité grave, réagit-elle,ce maréchal n’a jamais su ce qu’est l’honneur!" La mercière d'Arcachon va donc montrer en quoi cela consiste: 4 ans de Résistance,Ravensbrück, la victoire! Marie Bartette
Rennes. Elles aident leurs parents à tenir un hôtel. Avec eux, elles entrent en Résistance dès 1941. Et refusent des les abandonner quand l'étau se resserre. Sophie Alizon, 20 ans, reviendra de Birkenau où Marie, 22 ans, s'éteint le 4 juin 1943. Seule la mort pouvait les séparer.
Elle avait écrit: "La vie ne vaut pas cher,mourir n’est pas grave. Le tout,c’est de vivre conformément à l’honneur et à l’idéal qu’on se fait." Elle s'y tint. En se battant pour les réfugiés,les femmes,la Résistance. Le 31 mai 1943,pour ne pas trahir, elle se pend. Berty Albrecht
🇫🇷 Juin 1964, le Général de Gaulle refuse de participer aux commémorations du débarquement de 1944 : « La France a été traitée comme un paillasson. [...] Il faut commémorer la France, et non les Anglo-Saxons ! »
En octobre 1963, il explique son choix à Peyrefitte qui l'interroge : « Eh bien, non ! Ma décision est prise ! La France a été traitée comme un paillasson ! Churchill m'a convoqué d'Alger à Londres, le 4 juin. Il m'a fait venir dans un train où il avait établi son quartier général, comme un châtelain sonne son maître d'hôtel. Et il m'a annoncé le débarquement, sans qu'aucune unité française ait été prévue pour y participer. Nous nous sommes affrontés rudement. Je lui ai reproché de se mettre aux ordres de Roosevelt, au lieu de lui imposer une volonté européenne (il appuie). Il m'a crié de toute la force de ses poumons : "De Gaulle, dites-vous bien que quand j'aurai à choisir entre vous et Roosevelt, je préférerai toujours Roosevelt ! Quand nous aurons à choisir entre les Français et les Américains, nous préférerons toujours les Américains ! Quand nous aurons à choisir entre le continent et le grand large, nous choisirons toujours le grand large !" (Il me l'a déjà dit. Ce souvenir est indélébile.)
Le débarquement du 6 juin, ç'a été l'affaire des Anglo-Saxons, d'où la France a été exclue. Ils étaient bien décidés à s'installer en France comme en territoire ennemi ! Comme ils venaient de le faire en Italie et comme ils s'apprêtaient à le faire en Allemagne ! Ils avaient préparé leur AMGOT, qui devait gouverner souverainement la France à mesure de l'avance de leurs armées. Ils avaient imprimé leur fausse monnaie, qui aurait eu cours forcé. Ils se seraient conduits en pays conquis.
C'est exactement ce qui se serait passé si je n'avais pas imposé, oui imposé, mes commissaires de la République, mes préfets, mes sous- préfets, mes comités de libération ! Et vous voudriez que j'aille commémorer leur débarquement, alors qu'il était le prélude à une seconde occupation du pays ? Non, non, ne comptez pas sur moi ! Je veux bien que les choses se passent gracieusement, mais ma place n'est pas là !
Et puis, ça contribuerait à faire croire que, si nous avons été libérés, nous ne le devons qu'aux Américains. Ça reviendrait à tenir la Résistance pour nulle et non avenue. Notre défaitisme naturel n'a que trop tendance à adopter ces vues. Il ne faut pas y céder !
En revanche, ma place sera au mont Faron le 15 août, puisque les troupes françaises ont été prépondérantes dans le débarquement en Provence, que notre 1re Armée y a été associée dès la première minute, que sa remontée fulgurante par la vallée du Rhône a obligé les Allemands à évacuer tout le Midi et tout le Massif central sous la pression de la Résistance. Et je commémorerai la libération de Paris, puis celle de Strasbourg, puisque ce sont des prouesses françaises, puisque les Français de l'intérieur et de l'extérieur s'y sont unis, autour de leur drapeau, de leur hymne, de leur patrie ! Mais m'associer à la commémoration d'un jour où l'on demandait aux Français de s'abandonner à d'autres qu'à eux-mêmes, non !
Les Français sont déjà trop portés à croire qu'ils peuvent dormir tranquilles, qu'ils n'ont qu'à s'en remettre à d'autres du soin de défendre leur indépendance ! Il ne faut pas les encourager dans cette confiance naïve, qu'ils paient ensuite par des ruines et par des massacres ! Il faut les encourager à compter sur eux-mêmes ! Allons, allons, Peyrefitte ! Il faut avoir plus de mémoire que ça ! Il faut commémorer la France, et non les Anglo-Saxons ! Je n'ai aucune raison de célébrer ça avec éclat. Dites-le à vos journalistes.
Ceux qui ont donné leur vie à leur patrie sur notre terre, les Anglais, les Canadiens, les Américains, les Polonais, Sainteny et Triboulet seront là pour les honorer dignement. »
Né Polonais, juif. Le 1er juin 1943, il est arrêté à Paris pour "terrorisme". Le 6 oct., il écrit à un de ses professeurs : "Je ne regrette rien. Je ne me sens pas [à] plaindre [...] Je sais pourquoi j’ai vécu et péri." 3 heures plus tard, il est exécuté. Chuna Bajtsztok. 19 ans.
🇫🇷 21 mai, 1⃣1⃣2⃣e anniversaire de la naissance de Romain Gary, né le 21 mai 1914, à Vilnius. Grand écrivain, héros de la France libre, diplomate, qui évoque ainsi le Général de Gaulle, dans son livre, Ode à l'homme qui fut la France :
« Ils sont très rares, les hommes que l’on peut qualifier de rêveurs réalistes. De Gaulle en était un par excellence : tacticien avisé, il n’en appelait pas moins les Français – voire, comme à regret, le monde occidental tout entier – à se hisser vers des sommets mythologiques et, pour autant que je sache, inexistants, ou pour le moins inaccessibles. […] Ainsi le réaliste en de Gaulle n’a-t-il jamais manqué de ruse pour servir le rêveur. La stratégie consistait à toujours viser le maximum, aussi haut et aussi loin que possible, avec l’espoir pratique et astucieux qu’il soutirerait ainsi de nous au moins le minimum. Car ce sempiternel étudiant de l’histoire savait qu’un idéal de « grandeur », cet idéal fût-il inaccessible et sublimé, souvent mystique sinon purement verbal, constitue un but qui laisse, s’il est poursuivi avec toute l’ardeur de l’esprit et du cœur, dans le sillage même de notre échec à l’atteindre, quelque chose qui ressemble fort à une civilisation. […] Quand bien même le but final serait pour l’homme hors de portée, sa poursuite à elle seule demeure une source de création, d’inventivité, de progrès et d’accomplissement. Personne ne savait mieux que de Gaulle que la civilisation occidentale était née de cette tâche, au fond impossible à accomplir : combler l’écart qui sépare la misérable réalité humaine du mythe de l’homme que celui-ci, par amour de soi, se sera plu à édifier.
Peu d’hommes dans l’Histoire ont partagé avec lui cet étrange privilège – celui de susciter notre intérêt pour eux-mêmes bien plus que pour leurs réalisations effectives. Pendant des années, j’ai été conscient d’assister aux exploits d’un très grand artiste. A cet égard, ce que de Gaulle a accompli est sans précédent, et je crois que c’est là que réside tout le secret de l’homme. Usant d’une habilité fantastique et d’un don nonpareil, il a incarné, comme on le dit d’un acteur, dix siècles d’histoire de France. Avec ces éléments historiques – et histrioniques – que tous les Français connaissent par cœur depuis l’école, avec des débris du passé, avec des morceaux appartenant à tous les Louis, avec cette lumière qui continue faiblement à nous atteindre depuis les étoiles mortes de notre glorieux passé, avec des éclats de pierre provenant de toutes nos cathédrales et de tous nos sanctuaires, de nos musées et de nos légendes, avec son génie, sa compétence, sa rigueur dans l’exécution, son fabuleux savoir-faire et son indéniable sagacité, il a bâti un être mythologique connu sous le nom de De Gaulle, auquel il se référait assez justement à la troisième personne, à l’instar d’un écrivain se rapportant au titre de son opus magnum. C’est cette œuvre d’art, cette création de soi qui comblait l’écart entre la magnificence du passé et les minables réalités du présent, qui éveillait comme par magie l’illusion de la continuité, et témoignait d’une future et immortelle grandeur. Ainsi, quelques notions clés de l’histoire, profondément enfouies dans la mémoire subliminale et l’inconscient collectif des Français, étaient utilisés par cet actor et auctor de génie pour créer ce « Moi, de Gaulle » qui touchait de manière irrésistible, fût-ce chez les plus sceptiques des Français, la corde toujours sensible de la nostalgie.
Jamais auparavant un homme ne s’était servi avec autant d’adresse d’un passé révolu en vue d’un dessein qui n’en était pas moins précis, conscient et calculé. Si de Gaulle, jusqu’à la toute dernière heure, a exercé sur les Français une telle fascination, ce n’est pas seulement parce qu’il avait redonné vie au passé, mais parce qu’il avait su jouer son rôle, parce qu’il l’avait donné en représentation avec une conviction si profondément contagieuse que le charme de l’acteur continuait à s’exercer sur l’assistance longtemps après qu’il avait lui-même quitté la scène. […] Plus que jamais, il est à présent ce qu’il n’a cessé d’être pour nous depuis le début : une force morale, un courant spirituel, une foi dans l’homme, dans un ultime triomphe de l’homme, une lumière. »
Romain Gary, Ode à l’homme qui fut la France [1997], éd. Paul Audi, Paris, Gallimard, « Folio », 2000, pp 11-15.
🚨 ALERTE LAÏCITÉ
Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, à l’iftar des ambassadeurs musulmans, à la Grande Mosquée de Paris :
"Je ne serai pas celui à expliquer aux enfants qu’en portant le voile, elles menacent le vivre-ensemble républicain."
Il ajoute qu’il "pousse et défend" toutes les initiatives pour "mieux faire connaître l’islam" car "le Président de la République est attaché à développer et mieux faire connaître l’islam".
C’est dit. C'est officiel👇
On attend le même soutien aux chrétiens de France à l'issue des fêtes de Pâques.
@christine_kelly@gabriellecluzel
#Laïcité #Islamisation #Nuñez
🇫🇷 Le nouveau porte-avions français sera nommé :
« France libre ». Un hommage supplémentaire à l'oeuvre du Général de Gaulle et au gaullisme qui sont encore les fondements de notre indépendance nationale et qui doivent le rester.
🇫🇷 4 janvier 1948, le Général de Gaulle prononce un grand discours à Saint-Etienne sur l'association capital-travail :
« L’association, qu’est-ce à dire ? D’abord ceci que, dans un même groupe d’entreprises, tous ceux qui en font partie, les chefs, les cadres, les ouvriers, fixeraient ensemble entre égaux, avec arbitrage organisé, les conditions de leur travail, notamment les rémunérations. Et ils les fixeraient de telle sorte que tous, depuis le patron ou le directeur inclus, jusqu’au manœuvre inclus, recevraient, de par la loi et suivant l’échelle hiérarchique, une rémunération proportionnée au rendement global de l’entreprise.
C’est alors que les éléments d’ordre moral qui font l’honneur d’un métier : autorité pour ceux qui dirigent, goût du travail bien fait pour les ouvriers, capacité professionnelle pour tous, prendraient toute leur importance, puisqu’ils commanderaient le rendement, c’est-à-dire le bénéfice commun. C’est alors qu’on verrait naître, à l’intérieur des professions, une autre psychologie que celle de l’exploitation des uns par les autres ou bien celle de la lutte des classes.
Leurs représentations pourraient et devraient être incorporées à l’État. Quelle importance prendrait alors un Conseil de la République où elles siégeraient en même temps que les représentations des assemblées locales. »
3 janvier 1951, lettre du Général de Gaulle à son fils Philippe pour lui présenter ses voeux : « Tu sais combien sont affectueux ceux que je forme pour vous trois. Nous avons, Maman et moi, le 30 décembre, pensé avec émotion à l’anniversaire de votre mariage. Dieu l’a béni déjà. Je suis sûr qu’il le fera encore. L’année sera sévère pour le pays. Mais je veux que tu saches, qu’en dépit de l’irritation que soulève en moi la bassesse du régime, j’ai confiance dans l’élasticité et la solidité profondes de la France. »
29 décembre 1940, le Général de Gaulle écrit à son fils Philippe, élève à l’École navale, située à Portsmouth :
« J’ai bien pensé à toi, mon fils dont je suis fier, le jour de tes dix-neuf ans. J’ai formé beaucoup de souhaits à ton intention et tu peux imaginer comment ces souhaits se résument dans l’immense drame que nous vivons. Je pense que tout va bien à l’École navale et que votre bateau navigue maintenant à ses heures. Une canadienne et des gants t’ont été envoyés hier. Tu me diras si tu les a reçus.
Les gens de Vichy sont en train de choisir décidément entre le crime et le salut. D’après mes renseignements l’opinion française et même les hommes de Pétain ont fait des progrès dans le bon sens au cours de ces dernières semaines. Mais, tels que je les connais, personnages au fond falots et d’ailleurs très compromis par leurs précédents abandons, je serais surpris qu’ils adoptent une attitude vraiment nationale et rentrent dans la guerre. Pourtant c’est toute la question !
Bonne année mon vieux garçon. Je t’embrasse de tout mon coeur.
Ton papa très affectionné. »
🇫🇷 22 décembre 1965, lors du Conseil des Ministres, le Général de Gaulle analyse les résultats de l'élection présidentielle et évoque la nécessité d'un « new deal » pour la jeunesse française :
« Voici comment j'ai vu les choses.
D'abord, la dispersion politique des Français. Parce qu'il n'y a aucun danger, aucune inquiétude profonde sur aucun sujet, notre pays s'éparpille tout naturellement. À partir du moment où il ne s'agit plus d'éviter le pire — les Allemands, les événements d'Algérie — on s'en va de droite et de
gauche.
Des réalités politiques sont apparues, qui ne sont pas nouvelles, mais qui sont caractéristiques.
1. Il existe maintenant un noyau très considérable, plus fort dans les régions les plus avancées, avec une compréhension des problèmes mondiaux — le Nord, l'Est, la Région parisienne — qui s'est manifesté puissamment dès le premier tour. C'est ce qui existe politiquement autour de moi ; et ça suffit pour avoir une majorité.
2. La complainte inguérissable des oppositions, dans une dispersion totale. Si elles l'avaient emporté, on ne peut pas imaginer qu'elles auraient pu gouverner.
D'avance, il était certain qu'elles n'auraient pas une majorité positive. Le problème était pour elles de recommencer un jeu dont tous, y compris eux-mêmes, savaient qu'il ne donnerait rien. Il n'y a pas une opposition, mais des foules d'oppositions, faites pour écarter le général de Gaulle, sans aucune possibilité de se substituer à lui. Les voix de Mitterrand étaient en majorité d'essence totalitaire, communiste et fasciste. Comment aurait-il gouverné ? Il ne l'a jamais dit et pour cause. Comment faire un gouvernement ? Que ferait ce gouvernement ?
Donc, la concentration du noyau qui me soutient contraste avec l'éparpillement des oppositions en face de moi.
La conjoncture était pour moi difficile :
— À cause de l'âge que j'ai — si j'avais quinze ans de moins, cela aurait été sensible dans mon comportement.
— À cause du plan de stabilisation : la démagogie a profité des remous et contrecoups qui l'ont suivi.
— À cause de notre décision de suspendre le Marché commun. Il fallait le faire ; mais ça permettait aux démagogues de dire que nous voulions casser l'Europe.
Les notables ont moins d'influence qu'autrefois. Les féodalités d'intérêt sont toutes contre l'État, dès qu'il apparaît comme fort et voulant gouverner. Elles entraînent contre l'Etat toutes les clientèles qu'elles peuvent : les partis, les syndicats, les journaux se dressent face à l'État s'il tient debout.
Le public n'est pas informé des réalités.
L'information est difficile parce que la presse est contre nous. Elle présente systématiquement notre action à notre désavantage. Par exemple, elle parle des "réussites et défaillances ". Elle veut ainsi se donner l'air objectif et balancé. Mais en réalité, elle mentionne en passant les réussites qui sautent aux yeux, tout en les minimisant, et elle s'arrange surtout pour mettre l'accent sur les prétendues défaillances, qu'elle m'impute.
Ces journaux, on les ménage, on est aux petits soins, on a tort. On leur accorde le monopole de la publicité, qu'on n'ose pas introduire à la télévision, on leur accorde des privilèges sur les tarifs postaux, etc.
Pour la radio et la télévision, on a ouvert les vannes au dénigrement. On l'a fait à l'excès. Je m'en accuse, j'ai voulu qu'on donne le même temps de parole à chaque candidat.
Pour le reste du temps, je ne suis pas sûr que la radio et la télévision nous soient si favorables. Elles sont bourrées de gens hostiles. Et peut-être qu'on ne s'en est pas servi comme on aurait dû le faire. (C'est pour moi ?)
Tout cela a donné le résultat que l'on sait. Peut-être qu'il ne pouvait pas être meilleur.
Dans la conjoncture présente, finalement, ces résultats ne sont pas si mauvais. Ils permettent à la Ve République de continuer son œuvre. Il n'y a pas de raison que les élections législatives ne soient pas à l'image de ce qui vient de se passer et que la majorité ne soit pas confirmée.
Personnellement, je l'y aiderai.
Quelle est la composition sociale des voix ? On ne peut pas contester que la plupart sont des voix populaires. On n'obtient pas la majorité dans tous les arrondissements de Paris, sans une masse de voix populaires. Je n'en dirais pas autant des voix Lecanuet : il y a des voix de bourgeois mécontents et de paysans, mais je serais surpris que ce soient les plus malheureux. Les ouvriers n'ont pas voté Lecanuet.
Le Midi est en retard, notamment au point de vue politique, mais moins qu'on ne croit. La majorité a été acquise à Limoges, Guéret, Cahors. Il y aurait eu une majorité favorable à Marseille, Montpellier, Carcassonne, sans les pieds-noirs. On peut en dire autant de Toulon et de Nice. Les voix des rapatriés, pour des raisons de passion momentanées, sont contre moi. Il fallait me faire disparaître, à cause du chapeau de Gessler. Il faut donc entrer dans le combat dans le Midi, la bataille n'est pas perdue. Cela est vrai des villes, mais aussi des campagnes.
Ce scrutin constitue la consécration définitive du mode d'élection du Président de la République au suffrage universel direct. Le peuple a montré, par l'intérêt avec lequel il a suivi la campagne et par sa participation massive, que la réforme de 1962 a désormais droit de cité en France. Personne ne reviendra dessus. »
Après le Conseil.
AP : « Puis-je vous demander ce que vous aviez dans l'esprit quand vous avez dit qu'on ne s'��tait pas servi de la radio et de la télévision comme on aurait dû le faire ?
GdG. — Je ne dis pas que notre déconvenue, ce serait la faute de la radio et de la télévision par elles-mêmes. Seulement, je crois qu'il y a beaucoup à imputer à la façon dont nous nous en servons. Nous avons fait beaucoup de choses, mais nous les avons mal expliquées. Ou alors, nous les faisons expliquer à la radio et à la télévision par des gens qui sont intéressés à les présenter. Quand Jacquet explique le coup pour les autoroutes, on dit : "Oui, oui, mais enfin, il ne peut pas dire autre chose".
De même, pour l'Education nationale, nous faisons un effort énorme. Mais si c'est le ministre qui l'explique, ça ne prend pas, on le soupçonne de faire valoir son action. On ne peut pas être juge si on est partie.
Il aurait fallu que nous eussions des espèces de Michel Droit, qui auraient été capables d'expliquer notre action, sans cacher les objections. Il faudrait trouver chaque fois quelqu'un qui ait l'air impartial, et qui dise : "Tout de même, c'est incroyable, ce qui se fait." Si c'est un monsieur qu'on a pris en Allemagne, en Amérique ou ailleurs, et qui dit, mine de rien : "Oh là là, mais dites donc, c'est fou ce que la France change", ça fait beaucoup plus d'effet que si c'est nous qui le disons.
« S'il n'y avait pas eu cette irruption colossale de l'opposition »
AP. — Il y a eu un grave déséquilibre entre la période ordinaire, où la radio et la télévision donnaient souvent une impression d'autosatisfaction gouvernementale, et la période de la campagne où, tout à coup, nous sommes devenus pratiquement muets, et où l'opposition s'est emparée des ondes. L'opposition est passée de la diète à l'orgie. Raphaël-Leygues 3, qui était revenu d'Abidjan pendant la campagne, disait drôlement qu'il avait cru que l'ORTF avait été prise par les rebelles.
GdG. — Vous savez, les rebelles, ils y sont en permanence. On sent bien qu'une bonne partie des présentateurs se délectent de tout ce qui va dans le sens de l'opposition et de ce qu'on peut retenir contre nous !
AP. — Ce n'est pas l'avis de l'opposition et de la presse, qui affirment volontiers que la télévision est aux ordres. Et il y a le fait que la plus grande partie de la presse est antigouvernementale, et jette une suspicion sur ce que dit la radio et la télévision.
GdG. — Tout ça a pu jouer un rôle pour faire se prononcer contre moi ces 5 % qui auraient dû voter pour moi, tout en ayant des raisons d'être mécontents. S'il n'y avait pas eu cette irruption colossale de l'opposition pour formuler leurs griefs, ils auraient été beaucoup moins assurés dans leur opposition.
AP. — Ça a peut-être même porté sur plus de 5 %. Les sondages de l'IFOP, avant le début de la campagne, annonçaient que 68 % des Français s'apprêtaient à voter de Gaulle. Ils ont fondu pour tomber à 43 %. C'est une leçon pour l'avenir.
GdG. — Mais de toute façon, il devait y avoir une campagne. Avant qu'elle commence, beaucoup de gens n'avaient pas de griefs contre moi. Quand on leur demandait s'ils voteraient de Gaulle, alors qu'ils ne connaissaient personne contre lui, ça leur paraissait normal de répondre "oui". La question ne se posait pas. À partir du moment où elle s'est posée, ça devenait différent ; ce n'était plus une question de sentiment ; ça devenait une question politique. De toute façon, le pourcentage devait baisser. C'était forcé. »
En me raccompagnant, le Général me dit : « Il va y avoir de petits changements. À vrai dire, je pensais à un plus grand changement. Les conditions dans lesquelles s'est déroulée l'élection ne me laissent pas une grande marge. »
Le « plus grand changement », ç'aurait été évidemment celui du Premier ministre. La main sur la poignée de la porte, il reprend : « Ce qui apparaît, c'est le désir à peu près général d'un new deal, autrement dit d'un changement de style et d'objectifs, pour l'avenir proche et l'avenir lointain. Alors, le Mitterrand et le Lecanuet auraient été incapables d'atteindre les objectifs qu'ils faisaient miroiter, mais le fait même qu'ils les faisaient miroiter avait une certaine influence. La question, maintenant, c'est d'avoir un new deal à proposer, un grand but à donner.
AP. — La constatation la plus préoccupante, c'est que la jeunesse n'a pas bien voté. La IVe République, pour elle, c'est du passé, elle ne sait pas ce que c'est ; c'est comme la prise de Constantinople.
GdG. — Oui, c'est ça, c'est exactement ça. Il faut donner à la jeunesse des buts qui puissent lui communiquer un enthousiasme. La seule question, c'est le new deal, ce sont les objectifs nouveaux qu'il faut indiquer au pays, à la jeunesse. »
Inlassable, le voilà qui grimpe à nouveau sur son cheval. »
Alain Peyrefitte, C’était de Gaulle, tome 2.
1er février 1944. Un maquisard pense à sa mère adoptive. "Ce soir à 16 heures,écrit-il, je serai auprès de celle qui a tant fait pour moi et à qui je n’aurai survécu que deux ans. Je ne croyais pas faire une si belle fin." Jean Michenot était instituteur. Il est fusillé à 21 ans.
Arrivant à la gare du Nord pour prendre un train, je tombe à l’instant sur une centaine de « manifestants » réunis pour la grève d’aujourd’hui, qui se mettent à scander « Bellamy à l’échafaud ». Affligeante confirmation de la banalisation du mal que décrivait hier cet article de @csapin.
🇫🇷 22 septembre 1942, puissant et émouvant discours de Pierre Brossolette, prononcé à la BBC : « Français, ce n'est pas sans débat que j'ai accepté de payer mon tribut d'arrivant en parlant aujourd'hui à ce micro. Car je n'ai pas oublié que, dans le grand trouble des esprits et des coeurs d'avant-guerre, la voix de Pierre Brossolette a suscité des inimitiés tenaces aussi bien que des fidélités passionnées.
Et si j'avais pensé un instant qu'elle puisse maintenant encore révéler la moindre division parmi les Français qui souffrent et qui luttent, je me serais tu avec sérénité : je n'ai pas la nostalgie du micro. Mais il m'a finalement semblé qu'aujourd'hui trop de mains se sont tendues entre les Français qui se combattaient hier, il m'a semblé qu'à travers les épreuves douloureuses et héroïques de la Résistance, une trop profonde et trop magnifique solidarité, je dis mieux: trop profonde et trop magnifique complicité s'est forgé entre tous les Français, pour que tous n'accueillent pas avec sympathie ce soir une parole qui n'est plus que celle d'un soldat de la seconde bataille de France parlant à ses camarades de combat.
Et peut-être au contraire pour les mots de communion nationale que j'ai à prononcer sera-ce un poids supplémentaire que d'être dits par un homme qui passa naguère pour un partisan si violent. J'aurais voulu dès ce soir fixer devant vous, devant ceux qui ont été et sont toujours mes amis, devant ceux qui ne l'ont pas été naguère et qui le seront demain, la leçon de notre arrivée commune ici, à Charles Vallin et à moi, la leçon de cette arrivée que nous avons, l'un et l'autre, voulue commune pour montrer physiquement à tous qu'il n'y a plus entre les Français de fossé sinon le fossé séparant à jamais ceux qui veulent leur pays intact et libre et ceux qui le toléreraient mutilé et asservi...
Mais, aujourd'hui, je veux d'abord, parce que je crois que je le puis, je veux d'abord répondre à une des interrogations muettes mais ardentes de millions de Français et de Françaises.
Ces Français, ces Françaises, ils savent bien, certes, que ce n'est pas pour un homme que nous nous battons, mais pour une cause, que ce n'est pas un homme qui nous a rejetés dans la bataille, mais un geste, un sursaut — son geste, son sursaut — et que peu importe en principe le nom dont est signé le texte historique qu'aujourd'hui encore je ne puis relire sans que l'émotion me saisisse à la gorge, le texte que vous devriez tous savoir par coeur, le texte qui, à la fin tragique de juin 1940, nous a tous rappelés de l'abîme, en nous disant: « La France a perdu une bataille mais la France n'a pas perdu la guerre... Il faut que la France soit présente à la victoire. Alors elle retrouvera sa liberté et sa grandeur... ». Ils savent tout cela qui précisément donne à notre bataille son sens et sa splendeur. Mais je n'en connais pourtant pas beaucoup qui, malgré tout, ne se demandent pas avec une sorte de curiosité passionnée comment est l'homme en qui s'incarne depuis deux ans leur suprême espérance.
Eh bien ! La réponse à cette question muette, la réponse que n'ont pas pu vous donner ni ceux qui ne sont pas libres de parler de lui, parce qu'ils sont ses collaborateurs directs, peut-être puis-je essayer de vous la fournir, moi qui le connais déjà, mais qui peux m'exprimer sur lui avec la liberté d'un homme parlant d'un autre homme.
Et alors, moi qui depuis quinze ans commence à avoir suffisamment vu de choses et de gens pour savoir où est la grandeur et où est la bassesse, où est le calcul ou le désintéressement, où est la fourberie et où la probité, où sont les idées courtes et où les grandes vues d'avenir, je vous dois à tous, à vous tous qu'a soulevés d'un même souffle le geste du 18 juin 1940 : « Français, ne craignez rien, l'homme est à la mesure du geste, et ce n'est pas lui qui vous décevra lorsque, à la tête des chars de l'armée de la délivrance, au jour poignant de la victoire, il sera porté tout au long des Champs-Elysées, dans le murmure étouffé des grands sanglots de joie des femmes, par la rafale sans fins de vos acclamations. » Voilà ce que je voulais d'abord vous dire ce soir.
Mais voici ce qu'il faut que je vous demande. À côté de vous, parmi vous, sans que vous le sachiez toujours, luttent et meurent des hommes — mes frères d'armes —, les hommes du combat souterrain pour la libération. Ces hommes, je voudrais que nous les saluions ce soir ensemble.
Tués, blessés, fusillés, arrêtés, torturés, chassés toujours de leur foyer; coupés souvent de leur famille, combattants d'autant plus émouvants qu'ils n'ont point d'uniformes ni d'étendards, régiment sans drapeau dont les sacrifices et les batailles ne s'inscriront point en lettres d'or dans le frémissement de la soie mais seulement dans la mémoire fraternelle et déchirée de ceux qui survivront; saluez-les.
La gloire est comme ces navires où l'on ne meurt pas seulement à ciel ouvert mais aussi dans l'obscurité pathétique des cales. C'est ainsi que luttent et que meurent les hommes du combat souterrain de la France.
Saluez-les, Français ! Ce sont les soutiers de la gloire. »