Avec Hama Amadou disparaît un des acteurs de la conférence nationale de 1991, mais aussi et surtout un protagoniste de toutes les bifurcations de la vie politique au pays depuis lors. A la conférence, il opposa avec virulence, la réalité cruelle de la pauvreté de notre pays aux utopies d’étudiants révolutionnaires et aux calculs d’intellectuels impatients de s’accaparer du pouvoir. II sauva ainsi la face du régime militaire en déconfiture et de leurs supplétifs civils. II fut ensuite le premier ministre du président Tanja, après avoir été celui d’une cohabitation chaotique qui a renversé le président Mahamane Ousmane. II fut à son tour censuré par sa propre majorité, puis rebondit comme président de l’assemblée nationale dans une de ses alliances improbables avant de connaître une disgrâce dont il ne s’est jamais vraiment relevé. Ainsi aura été le destin d’un homme intelligent, peut-être plus tacticien que stratège, un homme qui connaît bien notre pays et savait reconnaître les siens et qui fut un adversaire politique que nul ne peut sous-estimer sans en payer le prix. RIP au premier ministre Hama Amadou et condoléances à sa famille, à ses camarades de l’ENA et à ses nombreux partisans. Qu’Allah lui accorde le paradis.