Quand j’étais plus jeune, à l’école, je ne comprenais pas Senghor.
Je me disais : qu’est-ce qu’il a vraiment fait pour nous ? Pourquoi ces discours, ces poèmes, ces concepts ? Pourquoi pas plus de rupture, plus de puissance, plus de développement immédiat ?
Avec l’âge, j’ai compris quelque chose que le jeune homme que j’étais ne voyait pas.
Léopold Sédar Senghor n’a pas hérité d’une nation.
Il a hérité d’un territoire.
Un territoire découpé par la colonisation, où cohabitaient plusieurs ethnies, plusieurs langues, plusieurs cultures. Rien qui, naturellement, ne formait un peuple uni.
Et pourtant, il fallait en faire un État.
Mieux encore : une nation.
Aujourd’hui, je voyage et je me sens sénégalais partout où je vais.
Ce sentiment ne vient pas seulement de la géographie. Il vient d’une construction.
Un drapeau.
Un hymne.
Une idée de ce que signifie être du Sénégal.
C’est immatériel. Presque invisible.
Mais c’est immense.
Bien sûr, je me sens aussi africain. Je me sens proche du Congolais, de l’Ivoirien, du Guinéen. Nos histoires se croisent, nos cultures dialoguent.
Mais ce fil qui me relie à une terre précise, à une nation appelée Sénégal, quelqu’un a dû le tisser.
Et c’est là que j’ai compris.
Pendant longtemps, j’aimais opposer Senghor à Wole Soyinka.
Soyinka disait :
« Le tigre ne proclame pas sa tigritude, il bondit sur sa proie. »
Et je trouvais cette phrase brillante.
Mais avec le recul, j’ai compris une chose : avant qu’un tigre ne montre sa tigritude, encore faut-il qu’il sache qu’il est un tigre.
C’est peut-être cela que Senghor essayait de faire : nous rappeler qui nous étions, nous redonner une conscience, une dignité, un socle commun.
Aujourd’hui, je ne suis pas d’accord avec tout chez Senghor. Et c’est normal. L’histoire n’est pas faite pour être récitée sans débat.
Mais une chose est incontestable.
Avec les armes qu’il avait — la culture, l’intelligence, la vision — il a contribué à faire de nous des Sénégalais.
Et ça, personne ne pourra jamais le lui enlever.
Alors au jeune homme que j’étais, qui critiquait sans comprendre, j’ai simplement envie de dire aujourd’hui :
Merci, Senghor.
“Sauver le soldat Diomaye.”
J’avais écrit cela il y a 2 ans.
Non pas contre lui.
Mais contre le piège politique qui l’entourait.
Le temps confirme souvent les analyses froides.
Le Sénégal vient peut-être de perdre 2 ans… hélas
Il y a un politicien au Sénégal qui expliquait hier que les fonds politiques étaient haram.
Un politicien issu d’une administration où le fonds commun est roi.
Un ministre qui demandait au peuple de se serrer la ceinture.
Un homme d’État qui ne semblait pas allergique aux déplacements en jet privé.
Puis un jour, il découvre qu’il disposait lui-même d’un fonds politique de 1,77 milliard FCFA.
Aujourd’hui, le voilà installé à l’Assemblée nationale.
Vous savez qui c’est ou je continue les indices ? 😌
Deux ans après les promesses de rupture, les Sénégalais attendaient des résultats.
Le constat aujourd’hui est brutal :
notation souveraine dégradée à plusieurs reprises
programme FMI suspendu
dette publique réévaluée à des niveaux alarmants
investisseurs dans l’attente
croissance des inquiétudes plus rapide que celle des réformes
Certes, une partie de cette crise provient de l’héritage laissé par l’ancien régime.
Mais à mi-mandat, les Sénégalais ne jugent plus un pouvoir sur ses explications. Ils le jugent sur ses résultats.
Pendant que le pouvoir parle de Macky Sall, le monde regarde les indicateurs.
Pendant que le pouvoir parle du passé, les investisseurs regardent l’avenir.
Le véritable débat n’est plus de savoir qui a créé les problèmes.
Le véritable débat est de savoir qui est capable de les résoudre.
Au delà de la stratégie que je trouve magnifique
Je constate qu’on peut faire voter des lois en urgence quand l’intérêt politique s’y retrouve
Pour l’amnistie
Fond politique
Mendicité des enfants
Violence policière
Transparence
Bref on peut circuler…