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dans l'affaire, ce sont *toujours* les racisé-es que la gauche piétine, méprise, délaisse ➡️ bref, il faut rejeter le récit raciste de la France périphérique, qui ne peut définitivement pas être un récit pour la gauche si cette dernière prétend être sérieuse sur l'antiracisme
mais en plus, (a) masque (b) car cette homogénéisation trompeuse de la soi-disant "France périphérique" présente cette dernière comme seule et unique victime de processus qui touchent aussi nombre de zones urbaines, notamment de quartiers populaires dans des villes de banlieue
même quand elle n'y recoure pas de manière explicite, la gauche reste imprégnée du récit de la soi-disant "France périphérique" car c'est toujours les habitant-es de ces territoires géométriquement (mais pas forcément socialement) périphériques qu'il faudrait aller reconquérir
pourtant, le *premier* enseignement de la géographie en tant que science sociale étudiant la production de l'espace (discipline dans laquelle Guilluy est formé) reste encore aujourd'hui de rejeter cet amalgame entre périphérie géométrique et périphérie sociale/politique
la gauche qui répète en boucle qu'il faut "regagner les campagnes" essaie de se sortir des critiques sur les angles morts racistes de sa stratégie en disant qu'il faut portant "une ligne qui parle aux banlieues comme à la France périphérique" n'a pas compris le véritable problème
en parlant de France périphérique depuis près de 20 ans, Christophe Guilluy a induit une confusion majeure : ce qui est périphérique au sens géométrique du terme (soit ce qui se situe en-dehors des centres urbains) serait aussi périphérique (= dominé) au sens social et politique
ce qui les rassemble, ce n'est donc pas de subir une même domination économique comme cela est prétendu à travers le récit de la France périphérique, mais c'est bien la défense de leur commune blanchité, soit la politisation de leur position dominante dans l'ordre racial
le point (a) est extrêmement important, puisque les habitant-es des campagnes désindustrialisées de la Haute-Marne ou de la Meuse ne subissent absolument pas les transformations du capitalisme de la même manière que les riches ménages retraités en PACA
deux choses doivent absolument être rappelées, d'abord (a) la grande variété de territoires rassemblées sous l'appellation homogénéisante de "France périphérique", mais aussi (b) le fait que ces formes de "déclin territorial" touchent aussi nombre de territoires urbains
il ne s'agit pas de dire que les populations qui peuplent la prétendue "France périphérique" ne subissent aucun déclin territorial (mêlant désindustrialisation, dévitalisation, raréfaction des services publics, etc) mais qu'il ne s'agit que d'une partie d'une réalité plus large
le récit de la "France périphérique" repose sur une lecture victimaire de la blanchité contemporaine, pour activer de puissants affects identitaires au sein d'une population qui se considère comme déclassée pour des raisons objectives entendables mais qu'il faudrait nuancer