Condamnée mais candidate.
Je respecte la justice de mon pays. Et je respecte les électeurs, qui auront à choisir l’avenir de notre pays dans 10 mois. Mais je veux dire aux Français, avec gravité, ce que ce moment signifie.
Si Marine Le Pen est aujourd’hui aux portes du pouvoir, ce n’est pas par la force de ses idées. C’est par l’accumulation des échecs de ceux qui gouvernent la France depuis vingt ans. Cet échec il porte un nom, celui de l’impuissance publique. Cet échec, c’est un constat : une école qui recule, une justice qui n’exécute pas ses décisions, des services publics à bout de souffle et un État qui promet et qui ne tient plus…
Ce ne sont pas les Français qui ont failli. Ce sont des politiques menées sans vision, sans constance et sans courage.
La colère des Français est donc légitime. La question est de savoir ce que nous en faisons.
Je ne crois pas aux anathèmes. Ils nourrissent ce qu’ils prétendent combattre. Je ne crois pas davantage aux alliances de circonstance, conclues la peur au ventre entre deux tours, pour prolonger cinq ans ce qui vient d’échouer pendant vingt. Je crois à une seule chose, une réponse à la hauteur du mal.
Rassembler tous les démocrates et tous les républicains sincères, quelles que soient leurs familles politiques, autour d’un projet clair : redresser nos comptes avec justice, remettre le pays au travail et à la production, rétablir la sécurité partout et pour tous, redonner à l’État la capacité de tenir ses promesse, répondre au défi climatique.
Ce chemin est un chemin d’effort et de solidarité. Je ne promettrai pas aux Français que ce sera facile : ce serait leur mentir, et le mensonge public est ce qui a nourri le désenchantement. Mais l’effort partagé avec justice n’a jamais fait peur à notre peuple. C’est l’injustice qui le révolte, et l’impuissance qui le désespère.
Ce chemin est aussi un chemin de courage. Le courage de dire la vérité sur l’état du pays. Le courage de travailler ensemble quand tout pousse à se diviser. Le courage de préférer la France à son camp.
Notre pays s’est déjà relevé d’impasses que l’on disait sans issue. Il en a la force, il en a les talents, il en a l’histoire. Il lui manque une volonté commune. Cette volonté commune a un nom, le rassemblement dans l’esprit du CNR. Non pas contre quelqu’un, mais pour redresser notre pays et donner un avenir à nos enfants. Il ne s’agit que de volonté, la volonté de l’intérêt général.
Nous n’avons pas le droit d’échouer.
Dominique de Villepin
Parcoursup est une machine à stress, une machine à échec, une machine à complexité.
Derrière cette plateforme opaque, où des procédures trop peu lisibles pèsent sur l’avenir de nos enfants se cache une logique construite patiemment depuis vingt ans, et que le macronisme a empirée. Les études sont devenues un marché, où l’on se vend, où l’on s’achète. Un marché qui ne récompense pas toujours les plus méritants, mais parfois les mieux conseillés, les mieux entourés. Une reproduction sociale qui n’ose pas dire son nom.
Mais le plus grave, c’est la perte d’humanité. On a cru pouvoir confier l’avenir d’un enfant à un algorithme, en oubliant que l’orientation est un accompagnement. Aujourd’hui, les psychologues de l’Éducation nationale sont trop peu nombreux pour répondre à l’angoisse et aux besoins réels des élèves.
Il faut un coupe-circuit humain au cœur de Parcoursup. Je propose trois rendez-vous d’orientation, de la première à la terminale : un premier pour formuler son désir d’études, un deuxième pour l’affiner et encourager vers l’excellence ceux qui n’osent pas y croire, un troisième après le baccalauréat pour valider sa formation ou en trouver une.
Une Nation qui n’accompagne plus sa jeunesse est une Nation qui a renoncé à la regarder.
Il est des gestes modestes qui contiennent une civilisation tout entière. Préparer le thé, le servir, le recevoir : tout cela pourrait sembler infime. C’est pourtant une morale du monde. Aujourd’hui, je veux vous parler du « Livre du Thé », d’Okakura Kakuzō.
Face à un Occident sûr d’incarner à lui seul le progrès, ce livre nous dit qu’il existe des formes de grandeur qui ne passent ni par le bruit, ni par la conquête, mais par la délicatesse. Le thé y est une école de l’instant, où la beauté loge dans la trace, dans l’imperfection, où le « vide » est une place faite à l’autre, à la respiration, à l’invisible.
Lire ce livre aujourd’hui, c’est retrouver une boussole très contemporaine.
Première leçon : l’attention est une souveraineté. Dans un monde de flux et de notifications, tenir une tasse de thé en pleine conscience devient un acte de résistance.
Deuxième leçon : la douceur est une force. La civilisation se mesure à sa capacité de préserver des formes de délicatesse.
Troisième leçon : l’imperfection est humaine. Le « Livre du thé » valorise la patine, la fissure, l’objet imparfait, parce que l’imperfection dit le vivant.
Quatrième leçon : la rencontre des cultures exige l’humilité, parce que la vraie modernité sait accueillir plusieurs manières de vivre.
Au fond, le thé n’est pas le sujet : le sujet, c’est la dignité de l’instant, et la possibilité, au milieu du bruit, de redevenir présent.
Aujourd’hui, 23 juin 2026, la France fait entrer Marc Bloch au Panthéon.
À cette occasion, je voudrais vous parler du « non » de Marc Bloch. Un « non » qui unit chez un même homme le savant, le citoyen, le soldat, le résistant.
Le premier non de Marc Bloch est peut-être le plus évident, c’est le non à l’abdication. Lorsque Vichy l’exclut de la fonction publique en vertu du statut des Juifs d’octobre 1940, il entre dans la clandestinité, rejoint Franc-Tireur puis les Mouvements unis de la Résistance, est arrêté, torturé, puis exécuté par la Gestapo le 16 juin 1944.
Mais ce non de l’action a été préparé par un non de l’intelligence. L’Étrange Défaite est un refus de l’alibi, des consolations faciles, des explications paresseuses. C’est un non à la résignation nationale comme au mensonge patriotique. Il aime la France assez pour ne pas lui mentir.
Le « non » de Marc Bloch est une fidélité. À la vérité contre le confort. Au pays contre ses mensonges. À la liberté.
À une époque saturée de récits faciles, de simplifications identitaires, de manipulations du passé, de brouillages volontaires de la vérité, Marc Bloch nous rappelle qu’il n’y a pas de liberté commune sans probité intellectuelle.
De la sueur, oui, mais pas de sang, ni de larmes : de la méthode, du courage et de l’ambition.
Les solutions existent pour une politique budgétaire à la hauteur de la France.
Contre le déficit ? Une loi organique budgétaire, quinquennale et contraignante.
Pour investir dans l'avenir français ? Un fonds de solidarité et de souveraineté.
Pour le progrès écologique ? Une taxe carbone, juste, adaptative et supportable.
Pour le pouvoir d'achat ? Des factures d'électricité basées sur le coût de production national et non sur le prix du marché européen.
Le développement complet à lire dans mon interview @lopinion_fr
Dominique de Villepin
Cyrano de Bergerac.
Cette oeuvre, nous croyons tous la connaître. Mais qui prend vraiment le temps de comprendre ce qui se passe dans cette fable politique, sociale, humaine, écrite dans une France déchirée et qui résonne aujourd’hui plus fort que jamais ?
La première leçon de Cyrano de Bergerac, c’est que la liberté commence par un refus. « Non merci ! » dit-il, à cet ordre social fondé sur la dépendance, la hiérarchie et la flagornerie qui masquent la médiocrité.
La deuxième leçon de Cyrano de Bergerac, c’est que le pouvoir se nourrit de récits. Cyrano est un héraut de la résistance intellectuelle.
La troisième leçon de Cyrano de Bergerac, c’est que se masquer, c’est se condamner soi-même. Celui qui dissimule ne protège personne, et le mensonge finit toujours par exiger son sacrifice.
Enfin, quatrième leçon : le courage est un panache.
À l’heure où tant de gens croient que le progrès doit être désincarné, Cyrano croit encore aux étoiles, à la lune, à la beauté des mots, à un monde qui n’aurait pas renoncé à sa part de magie. Son panache, c’est l’élégance de celui qui tient debout, et qui sait que les dogmes meurent dès qu’on cesse d’y croire.
Résister, au fond, c’est raconter autrement. C’est le chemin que nous voulons tous encore emprunter : montrer la force d’une France qui se relève sans cesse, qui prend la parole et assume fièrement sa singularité, son ardeur. Une France qui retrouverait confiance en elle. Une France qui aurait, encore, du panache.
En ce 18 juin, jour de résistance, je me félicite qu’Edouard Philippe rejoigne solennellement mon appel lancé en mars dernier dans le @Grand_Continent le « moment européen ». De l’« eurogaullisme » en passant par la « souveraineté intégrale » et à un « pacte européen », les bonnes idées n’appartiennent à personne. C’est le rassemblement qui compte comme tous les gaullistes le savent. Aussi, je laisse le soin aux exégètes de lire l’original ci-dessous. Anticipant votre prochain texte, ayant lu le vôtre attentivement, je me permets de vous soumettre une autre idée en cette période de canicule : l’écogaullisme. Partageons le pouvoir de dire Non !
https://t.co/JkQx34ERBc
Le 18 juin est plus qu’une date. C’est un appel immortel au sursaut. Menacée d’une vassalisation silencieuse, l’Europe vit un moment gaullien : elle doit s’organiser pour conserver sa liberté.
Pour répondre à ce défi je propose une méthode - un pacte pour une Europe libre - et une boussole - la souveraineté intégrale.
À partir de juin 2027, la France remettra de l’ordre chez elle et proposera ce nouveau chemin à nos partenaires. Pour rester libres.
➜ https://t.co/2EqPqsRZBN
La question n’est plus : pour ou contre l’IA.
L’intelligence artificielle est là, elle s’est imposée dans nos vies professionnelles, personnelles, publiques. Elle existe et elle grandit, elle apprend tous les jours et s’améliore sans cesse.
La question, c’est donc : quel monde voulons-nous ?
Un monde où l’intelligence artificielle remplace les consciences humaines, où les Etats-Unis sont capables de dicter la pluie et le beau temps parce que nous les aurions naïvement laissé prendre des décennies d’avance ? Ou un monde où la France et l’Europe ont su défendre leurs principes, leur identité : humanité, responsabilité, souveraineté ?
L’IA, c’est l’autre nom de la question sociale. L’IA, c’est l’autre nom de la question politique. L’IA, c’est l’autre nom de la question culturelle.
Nous voulons être libres. Libres encore, libres à nouveaux. Libres comme Français et Européens. Libres comme acteurs économiques. Libres de nos pensées, de nos récits, de nos imaginaires.
Dans ma dernière chronique publiée sur le site de La France Humaniste, je propose des pistes pour construire enfin une IA du bien commun.
Lire la chronique : https://t.co/odhRy95TkM
Faire d’une guerre américaine perdue une paix mondiale réussie
Ça y est. Enfin presque. Enfin peut-être. L’accord, que Donald Trump a déjà annoncé une quarantaine de fois, semble enfin arrêté. C’est un protocole d’accord, ce qui est différent, un peu plus qu’un cessez-le-feu, un peu moins qu’un accord. Le protocole d’accord en 20 points sur Gaza nous a montré ce que cela voulait dire. Au fait où en est Gaza ? Nulle part. Rien n’a changé. Le mouroir reste coupé du monde.
D’abord ce protocole d’accord est l’illustration d’un principe diplomatique important. Les « faucons » disent toujours qu’on ne fait pas d’omelettes sans casser des œufs. Les « colombes » leur répondent qu’il est très difficile de faire rentrer l’omelette dans les œufs, après.
Où en sommes-nous aujourd’hui ?
En gros nous avons eu 60 jours de guerre (28 février - 8 avril), la limite, d’ailleurs de ce que Donald Trump pouvait faire sans l’aval de son Congrès.
Puis 60 jours d’une situation « ni guerre, ni paix » (8-avril-15juin) avec un détroit d’Hormuz qui n’était ni ouvert, ni fermé.
Commencent désormais 60 jours de négociations sous le protocole d’accord, ouvrant une situation « ni paix ni guerre », avec un détroit qui cette fois n’est ni fermé, ni ouvert.
Et le 15 août qu’aurons-nous ? 60 jours de paix ?
Il faut dire avec franchise que c’est une guerre perdue pour les Etats Unis et qu’il s’agit en effet de s’en dépêtrer rapidement. Il y a le feu au lac, plus exactement au Détroit. C’est une défaite stratégique, mais aussi culturelle qui montre l’incapacité de l’administration Trump à considérer le monde et, en l’occurrence l’Iran, dans toute sa complexité et sa diversité culturelle. C’est l’impensé des peuples dans l’épaisseur de leur histoire et de leurs héritages.
Les Etats Unis sont sous pression en raison de l’urgence pour l’économie mondiale et même la leur. La pression inflationniste et récessive s’intensifie. A partir du 20 juin environ, les experts de l’Agence Internationale de l’Energie indiquent que nous entrerions dans une zone de pénurie qui accélérerait les tensions énergétiques mondiales. L’automne sera difficile, même avec cet accord, car la reprise du transit pétrolier et gazier sera graduelle et incertaine et des réparations importantes seront nécessaires. Fatih Birol, directeur général de l’AIE l’a dit, cette crise est en intensité supérieure au choc pétrolier de 1973 et 1979 et à la crise gazière de 2022 réunis.
Les Etats Unis prennent leurs pertes d’après ce que l’on sait du protocole. L’Iran obtient gain de cause sur de nombreux sujets : le Liban inclus, la maitrise du passage dans le Golfe, l’accès graduel à des avoirs gelés, une exemption de sanctions sur les ventes de pétrole pendant les 60 jours et une levée graduelle par la suite, voire peut-être même l’évacuation militaire du voisinage de l’Iran qui pourrait fragiliser les Etats partenaires dans la région. A la différence de Saïgon et de Kaboul, il n’y aura pas d’images pour illustrer l’évacuation de leur ambassade. La douleur est la même.Les Etats Unis cèdent un peu plus de leur leadership et de leur soft power.
Les Etats Unis renoncent à atteindre leurs buts de guerre explicites,la destruction du programme nucléaire, le changement de régime à Téhéran et la fin de toute influence régionale de l’Iran. Le régime iranien sort renforcé politiquement de cette guerre, même si le peuple iranien a été exposé à des souffrances immenses et inutiles. L’Iran, affaibli mais renfloué et enhardi, considère qu’ayant survécu à la guerre, il l’a gagnée.
[1/3]
Un accord sur le nucléaire est envisageable et c’est une bonne chose, mais il sera en retrait en termes d’efficacité, de crédibilité et de légitimité par rapport à l’accord de 2015, appelé JCPOA, un accord déchiré par Donald Trump en 2018. Croyant tout emporter par la force, Donald Trump se retrouve avec un stock d’uranium scellé sous terre et un scénario nord-coréen à l’horizon. Sur les causes régionales de conflit, rien n’est réglé et nous avons désormais à faire à un conflit gelé aux dimensions du Moyen Orient, à condition qu’Israël y souscrive.
Pour aller enfin de l’avant, il faut inscrire la compréhension de ce moment dans une histoire plus longue, en dépit de l’aversion de notre époque à tout ce qui dépasse le culte de l’instantané. Nous devons en tirer les conséquences pour reprendre le travail de la paix.
Première dimension structurante, nous sommes entrés dans un âge de fer, ce temps où la guerre cesse d’être l’exception pour redevenir une méthode ordinaire. L’accélération de l’Histoire - 1979 et la révolution iranienne, 1989, 2001, 2008, 2014, 2022, 2023 - n’a pas ralenti ; elle s’est emballée. Et la séquence du Golfe réunit les trois visages du monde qui vient : un monde de la rareté, où un détroit pétrolier suffit à faire trembler l’économie mondiale ; un monde des empires, où la force se substitue au droit ; un monde sans règles, où le rapport de force ne connaît plus de dernière limite. Il va falloir une réorganisation substantielle de l’action internationale. Mais le dilemme de sécurité n’est pas la seule loi des affaires internationales. Il existe aussi un dilemme d’ordre, selon lequel si je veux qu’un autre Etat se plie à des règles communes, je dois moi-même m’y soumettre. Il y a un avantage collectif au respect des règles. Il est d’autant plus important que l’Etat a peu de chances d’être hégémonique par la puissance militaire. Cela suppose donc une alliance des Etats européens, des pays du Commonwealth, comme des puissances du Sud Global qui ne peuvent se satisfaire de l’évolution actuelle. Tous ceux qui sont assez puissants ensemble pour contraindre même le leader mondial ou les deux rivaux planétaires. Tous ceux qui ne le sont pas assez pour peser encore seuls. Notre avenir consiste en une coalition de l’universalité et de la diversité mondiale. Cette alliance pour la civilisation est possible. Elle doit parler de climat, d’IA, de sortie de la pauvreté et évidemment de paix.
Deuxième dimension structurante, la force ne fonde rien : elle s’est retournée contre ceux qui l’exerçaient, transformant une guerre éclair en enlisement, et une supériorité militaire en dépendance, au point que la première puissance du monde en est réduite à demander à ses alliés de déminer le détroit que sa propre guerre a fermé. Ormuz est ici la grande leçon. Pour qui ne voit que les rapports de force, c’est un point de passage que l’on tient ou que l’on perd. En vérité, c’est une vulnérabilité partagée : un détroit n’est pas une arme, c’est un bien commun qui n’appelle pas la domination mais la garantie collective — comme le Sund, Malacca, ou ces détroits du Bosphore et des Dardanelles que la Convention de Montreux a su soustraire à la logique de puissance dès 1936 en les plaçant sous garantie internationale, selon la logique assurantielle des relations internationales. Géré par la force, Ormuz devient un point de rupture mondial ; il ne sera durablement pacifié que régulé. Les hydrocarbures sont le charbon et l’acier de ce monde. Nous voyons les ondes de choc que cela produit, en termes géopolitiques et en termes climatiques. C’est une vulnérabilité globale, c’est donc un bien commun mondial qui nécessite une gestion globale. Une page se tourne pour l’OPEP, avec des Etats Unis devenus exportateurs nets d’hydrocarbures et des Emirats Arabes Unis qui en sortent.
[2/3]