Le déclin du désir de lire des livres longs s’accentue à mesure que les résumés et les textes courts se généralisent. Il en résulte un environnement cognitif où la profondeur cède progressivement la place à la surface.
Un livre long exige une temporalité particulière. Pendant plusieurs jours, parfois plusieurs semaines, il faut garder en mémoire l’univers élaboré par l’auteur, retenir des éléments encore obscurs, accepter de ne pas comprendre d’emblée, suspendre son jugement et suivre un raisonnement dont la richesse n’apparaît souvent qu’à la fin de l’ouvrage.
Savoir de quoi parle un livre grâce à un résumé, ce n’est pas avoir vécu l’expérience intellectuelle de sa lecture. En voulant faire l’économie de cette expérience, nous ne risquons pas tant de perdre les grandes pensées que de les empêcher de prendre racine en nous et de contribuer ainsi au développement de notre intelligence.