En ces temps d’avalanches d’écrits sur Marc Bloch, s’il est un ouvrage à lire c’est bien celui-ci. Vivant et savant, adossé à une histoire intellectuelle tout aussi soucieuse d’idées que de pratiques et même de psychologie. Admirable !
Daniel Halévy, condisciple de Marcel #Proust au lycée Condorcet, nous parle de son camarade.
« Il était si singulier que j’hésite à vous répondre. Il était bien là, du lycée, et il ne semblait pas qu’il fût tout à fait des nôtres. Je me souviens d’un jour, causant avec quelques camarades, je sentis quelque chose qui me touchait l’épaule, je tournais la tête, c’était Proust. Je fis un mouvement un peu brusque et je me souviens qu’il se produisit une altération des traits sur le visage de Proust. Je lui avais fait de la peine. Ce que je pensais, avec un peu d’agacement, et je crois que je pensais quelque fois qu’il était un peu poseur. Eh bien je me trompais. Il était tout d’un coup triste, parce qu’il sentait tout d’un coup que tous ces garçons, oui nous tous, nous étions des garçons, lui était autre chose. Nous avions dans ma classe, un Sardou, un Bizet, un Robert de Flers, un Fernand Gregh, et nous savions bien qu’au premier dans cette petite catégorie d’êtres, il y avait Proust, nous le savions.
Nous avions organisé une revue au sortir du lycée Condorcet, qu’on avait appelé le Banquet, et naturellement nous avions demandé à Proust d’en être, et Proust n’avait pas refusé, dans sa gentillesse, et il nous avait donné une copie, et nous l’avions lu avec une surprise horrifiée. Nous devions la refuser. Qu’est ce qui était arrivé, quel malheur ? Le malheur est que Proust était devenu homme du monde. »
Merci à André V.
#litterature #lecture #livres 📚📚📚
PORTRAIT D’ÉCRIVAIN : DRUON
Maurice Druon naît le 23 avril 1918 à Paris. Fils de l'acteur d'origine russe Lazare Kessel, qui se donne la mort en 1920, il est adopté par le notaire René Druon, qui a épousé en secondes noces la mère de Maurice, et dont il prend le nom. Il grandit toutefois sous l'influence intellectuelle majeure de son oncle maternel, Joseph Kessel, qui l'initie très tôt aux milieux littéraires et journalistiques parisiens. Après des études de lettres et de sciences politiques, Druon est élève officier de cavalerie à Saumur lors de la débâcle de 1940. Une fois démobilisé, il reste un moment en zone libre, puis rallie Londres, suivant l’exemple de son oncle.
Cette filiation spirituelle et militaire culmine en exil lorsqu'ils se retrouvent le 30 mai 1943, dans un hôtel de la banlieue londonienne avec la musicienne Anna Marly et quelques amis pour composer un chant qui deviendra l'hymne de la Résistance française au nazisme et à l'occupation allemande : « Le chant des partisans ». Ce texte capital scelle leur compagnonnage de guerre et de lettres, inscrivant définitivement le nom de Druon dans l'histoire de la Libération. En marge de cette action collective, il publie l’année suivante « Lettres d’un Européen » (1944), un essai prémonitoire où il formule ses premières réflexions sur l'avenir politique et institutionnel du continent au-delà du conflit.
Au sortir de la guerre, Druon transpose son observation des structures sociales dans une vaste fresque romanesque. Le premier volume, « Les Grandes Familles » (1948), obtient le prix Goncourt et dissèque avec une ironie glacée la déchéance de la haute bourgeoisie d'affaires et de l'aristocratie financière. Il prolonge cette anatomie du pouvoir et du cynisme avec « La Chute des corps » (1950) puis « Rendez-vous aux enfers » (1951), deux romans qui complètent ce cycle tragique sur l'usure biologique et morale des élites.
En 1955, s'appuyant sur une rigoureuse méthode de documentation collective, Druon entame la publication des « Rois maudits » (1955-1977). Ce cycle historique en sept volumes, qui s'ouvre avec « Le Roi de fer » pour s'achever plus de vingt ans plus tard avec « Quand un roi perd la France », reconstitue les mécanismes politiques, les complots et les crises dynastiques de la France médiévale. La prose, volontairement dénuée de lyrisme décoratif, s'attache à la mécanique froide de l'ambition d'État. La saga connaît un succès considérable et durable à travers le monde. En marge de ce chef-d’œuvre, il signe un ouvrage singulier pour la jeunesse, « Tistou les pouces verts » (1957), une fable pacifiste qui interroge l'absurdité du monde adulte à travers le prisme de l'enfance.
Sa fascination pour les figures d'autorité et les récits fondateurs se déplace ensuite vers l'Antiquité. Avec « Alexandre le Grand » (1958), il retrace le parcours du conquérant macédonien, érigeant le chef de guerre en mythe politique, avant de publier « Les Mémoires de Zeus » (1963-1967), une réécriture ambitieuse de la mythologie grecque qui interroge l'origine des lois humaines et de l'ordre cosmique.
Son élection à l'Académie française en 1966 ancre définitivement l'ancien résistant dans les structures de l'État. Devenu une figure majeure du gaullisme, il publie « La Parole et le Pouvoir » (1974), un ouvrage théorique nourri de son expérience de ministre des Affaires culturelles de 1973 à 1974. Nommé secrétaire perpétuel de l'Académie française en 1985, il consacre les décennies suivantes à une défense intransigeante des institutions et du patrimoine linguistique, publiant coup sur coup « Lettre aux Français sur leur langue et leur âme » (1994) et « Le Bon Français » (1999). Sa trajectoire littéraire s'achève par un retour aux sources familiales avec ses mémoires « L’aurore vient du fond du ciel » (2006).
Maurice Druon meurt le 14 avril 2009 à Paris. Sa prose classique et sans illusion laisse le portrait d’un homme qui aura passé sa vie à ausculter les structures du pouvoir, des Capétiens aux salons de la Ve République.
[RÉACT] Gilles Candar est historien, spécialiste de l’histoire des gauches. Il est président de la Société d’études jaurésiennes.
Il réagit aux propos du sociologue @NicolasFramont , sur @LibreQg.
Retrouvez le réact de Gilles Candar en intégralité le 29 juin sur YouTube.
J’ai toujours regretté que dans sa série allégorique des pierres, Alfons Mucha n’en a créé que quatre.
Alors en voici vingt et une, inspirées de son art, des femmes fleurs précieuses, formant comme les arcanes d’un tarot arc-en-ciel en ce début du mois des fiertés.
le 1er juin 1925 décès à Paris de Lucien Guitry comédien, il repose auprès de ses fils Sacha et Jean et de sa belle-fille Lana Marconi, 1er division du cimetière de Montmartre