Loi sur le référendum et dialogue politique : plaidoyer pour une démocratie du désaccord
Carte blanche n° 331
La loi portant organisation du référendum vient d’être adoptée sur fond de boycott de l’opposition parlementaire et de critiques d’une partie de la société civile. Face à cette controverse, une exigence s’impose : confronter nos idées et reconnaître la légitimité de l’adversaire, dans le respect des règles communes. Des débats télévisés équitables, notamment sur les médias publics, permettraient de soumettre les réformes à une véritable disputatio et d’éclairer le jugement citoyen en prévision d’un éventuel référendum. Le chef de l’État ayant annoncé l’imminence des structures de dialogue national, rien n’est encore définitivement tranché. La discussion peut toujours influer sur la suite des événements.
La démocratie n’est pas un orchestre condamné à l’unisson. Des voix différentes peuvent s’y faire entendre sans qu’aucune renonce à sa singularité. Ce qui les rassemble n’est pas l’obligation de jouer la même note, mais le respect d’une partition commune ; les règles qui permettent à chacun de s’exprimer et à tous de vivre ensemble. Majorité et opposition, nous pouvons défendre des convictions opposées sans se regarder en ennemis. Nos stratégies politiques peuvent s’opposer sans que l’une ou l’autre soit contraire aux intérêts du peuple.
Notre pays a payé un lourd tribut à l’intolérance et à la radicalisation des antagonismes. Les drames que nous avons connus, et dont les conséquences pèsent encore sur notre destin collectif, devraient nous avoir appris à combattre une idée sans disqualifier celui qui la porte, à défendre une conviction sans dénier à l’autre le droit d’en avoir une différente. Il ne s’agit pas de céder à un irénisme de façade, mais de faire du désaccord une force de la démocratie.
La démocratie exige de vivre ensemble malgré nos désaccords. Au sein de la majorité, nous devons assumer nos choix sans mépris ; l’opposition, quant à elle, a le droit de les contester sans diabolisation. Car, la République n’appartient à aucun camp, mais à tous les Congolais.
Je remercie l’ honorable Gaston Musemena, ancien ministre de l’Enseignement primaire et secondaire, pour son honnêteté intellectuelle.
Bien qu’il appartienne aujourd’hui à une famille politique opposée à la mienne, il reconnaît la pertinence de plusieurs propositions que je lui avais faites à l’époque pour sortir ce secteur du gouffre. À ces jours, elles sont toutes couvertes de poussière dans les tiroirs du ministère de l’éducation nationale.
Je l’ ai rappelé maintes fois dans certaines de mes cartes blanches. D’aucuns auraient pu y voir un canular destiné à l’autocélébration. Il a prouvé que les idées se jugent pour ce qu’elles valent, et non selon le visage ou la couleur politique de celui qui les porte.
Toutefois, je lui rappelle qu’à l’époque concernée, c’est l’ancien Président Joseph Kabila qui était le Chef de l’ Exécutif.
Ci-dessous, l’intégralité de son message :
Cher aîné et collègue Steve Mbikayi,
Oui, vous m'avez proposé beaucoup de choses , fruit de votre libre pensée positive, notamment la suppression des épreuves d'évaluation des élèves dites Examen d'Etat, convaincu qu'elles ne reflétaient plus le niveau réel des élèves, à juste titre d'ailleurs, mais , collègue, nous n'étions que membres d'un gouvernement qui avait un chef impulseur dans un régime de coalition et qui avait déjà défendu le programme de son gouvernement à l'assemblée nationale sans faire allusion à ces réformes, considérées par moi, majeures.
A l'enseignement primaire , secondaire , technique et professionnel, l'Examen d'Etat était devenu (et est encore) presqu'une institution, notamment thermomètre de l'unité et de la cohésion nationale , donc un enjeu politique de taille.
A mon humble avis , et je reconnais que je peux aussi me tromper, il y a des réformes qui dépendent totalement de la politique générale du pays à être présentées et défendues par un candidat président de la République pendant la campagne électorale et le gouvernement qu'il va mettre en place s'il gagnait va les dérouler dans son programme pour obtenir le quitus des représentants du peuple.
Revenant à votre préoccupation principale de l'esprit de guerre , de l'imposition militaire,...je pense aussi , et je peux toujours me tromper , qu'il devait s'agir de la vision du leader principal du régime à insuffler à son peuple par son comportement de fureur de vaincre, de sacrifices physiques et morales pour y parvenir. Il va sans dire que tous ses collaborateurs et membres de sa famille politique et biologique devraient l'accompagner dans cette vision .
J'ai eu la chance de faire plusieurs jours en Chine sur les traces de Mao Tse Tung ( dans plusieurs provinces et dans plusieurs villages) pour comprendre le rôle exemplaire d'un leader dans une révolution qualitative .
Prêchons par l'exemple pour convaincre le peuple et le peuple va nous suivre . Je parle de nous dirigeants ,tous , sans distinction partisane . Parler sans jamais prêcher par l'exemple, par les sacrifices , la bonne gouvernance rassurante de l'ensemble de la même population dont on se reclame protecteur...ne peut rassurer ce même peuple qui est réellement intelligent et qui observe nos faits et gestes , nos discours et nos actes concrets
Cher collègue, je dois être sincère avec vous comme toujours, j'apprécie beaucoup votre courage et j'aime non seulement lire vos cartes blanches mais aussi vos échanges dans des groupes.
Gaston Musemena Bongala
Ancien ministre de l’EPST
Gouvernement : pour des sanctions à l’égard des ministres défaillants
Carte blanche no 332
Dans un régime semi-parlementaire, la cohésion de la majorité ne se décrète pas. Elle se nourrit de la qualité de l’action gouvernementale et de la confiance que les élus veulent bien accorder. Or, les comparutions ministérielles devant l’Assemblée nationale tendent à s’enliser dans la routine : réponses évasives, complaisance de circonstance, suites incertaines. La discipline majoritaire ne doit pourtant ni étouffer les interrogations légitimes ni dispenser le gouvernement de rendre compte. Soutenir n’est pas renoncer à contrôler.
Que la compétence de certains ministres soit contestée, que leur gestion prête le flanc à des soupçons d’enrichissement injustifié : les faits doivent être établis, les responsabilités fixées. Ni la rumeur ne tient lieu de preuve, ni l’appartenance à la majorité ne saurait servir de protection. Le dialogue politique en perspective ne peut ni retarder la correction des défaillances avérées ni faire obstacle au pouvoir discrétionnaire du Président de la République pour un réajustement gouvernemental qui s’avère nécessaire.
Le contrôle parlementaire, singulièrement les questions orales avec débat, doit arracher des réponses précises et produire des suites concrètes. Il y va d’une acribie sans relâche. Sans elle, le contrôle dégénère en rituel, dilue l’imputabilité politique et entame la crédibilité de toute la majorité.
Lorsque l’opposition pèse peu, la vigilance au sein de la majorité devient d’autant plus indispensable. Insuffisances gouvernementales, soupçons de malversations, invisibilité persistante de certains ministres ; autant de motifs d’un examen rigoureux, sans confondre présomption et preuve. Les députés qui couvrent les défaillances risquent d’en devenir les cautions et d’en payer le prix électoral. La complaisance, cette obséquiosité de circonstance, n’est jamais une stratégie durable.
Alerter, demander des comptes, c’est contribuer à corriger les dérives, soutenir utilement l’action du président de la République et préserver sa crédibilité.
Pour ne pas galvauder l’action de son Chef, la majorité doit être exigeante envers elle-même. Sanctionner les membres gouvernement défaillants n’est pas trahir sa famille politique. C’est assumer sa responsabilité envers les citoyens.
Contrôle parlementaire : la preuve par l’enseignement supérieur
L’Assemblée nationale vient de rappeler que le contrôle parlementaire n’est pas qu’un rituel. Une enquête a été menée sur la gestion des frais académiques et des frais connexes ; la ministre a été entendue ; un rapport a été établi. La plénière a recommandé des sanctions.
L’initiative est venue de la majorité, et c’est la majorité qui l’a votée. La méthode n’a pas été sacrifiée : entendre d’abord, établir les faits, tirer ensuite les conséquences. La solidarité politique n’a pas tenu lieu de protection ; la rumeur n’a pas tenu lieu de preuve. Il y fallait le respect de la procédure et la discipline de la famille politique.
Le Parlement a fait son office. À l’exécutif, désormais, d’assumer le sien. Une recommandation sans suite affaiblirait le contrôle même qui vient de faire ses preuves.
Le contrôle a fonctionné. Reste la suite. Une majorité exigeante envers elle-même ne trahit pas le chef de l’État. Elle en sert la crédibilité. La coïncidence est parfaite avec la carte blanche n° 332 du 27 octobre 2026.
Comme tout dirigeant, le président Tshisekedi a ses qualités et ses défauts. Son action peut être discutée, critiquée, contestée. Mais l’opposition à sa personne ou à son pouvoir ne saurait justifier le ralliement à des forces d’occupation. Aucun désaccord politique ne nous oblige à choisir la tutelle rwandaise. Aucune hostilité envers un président ne saurait nous conduire à livrer notre pays. Ne confondons pas le combat contre un pouvoir avec le combat contre notre propre souveraineté.
Levons-nous pour bouter les forces d’occupation hors de notre territoire. Ensuite, nous réglerons nos problèmes en famille. Nos divergences nous appartiennent ; elles ne donnent à aucune puissance étrangère le droit de disposer de notre avenir.
(in carte blanche no 327)
Joseph Kabila : l’énigme
Carte blanche n° 328
Je suis cartésien et j’entends le rester. Je ne confonds pas rumeur et preuve, soupçon et certitude. Mais je refuse de fermer les yeux quand les faits obligent à réexaminer ce que l’on avait refusé de croire. Réexaminer n’est pas conclure : c’est exiger des explications.
On a longtemps entretenu des doutes sur la filiation de Joseph Kabila avec Laurent-Désiré Kabila, et sur sa nationalité. Ces controverses ne m’ont jamais intéressé. Je me méfie des procès en identité, surtout lorsqu’ils tiennent lieu de débat politique. Ce sont les actes d’un dirigeant, ses choix et ses responsabilités qu’il faut d’abord interroger.
C’est sur ce terrain que l’évolution de la situation m’interpelle.
Joseph Kabila a dirigé notre pays pendant dix-huit ans. À ce titre, il a été commandant suprême des forces armées. Il a prêté serment. Il a incarné l’État, engagé sa parole et assumé la responsabilité de défendre la souveraineté nationale.
Notre pays a subi les agressions du Rwanda à travers le RCD, le CNDP, le M23, puis l’AFC/M23. Derrière ces appellations successives, une même entreprise : imposer à la RDC la volonté de son voisin. Aujourd’hui, Joseph Kabila prend la tête de ces mêmes troupes, rebaptisées « Forces pour la refondation de la nation », et entend reconquérir le pouvoir avec celles qu’il prétendait combattre hier. Pour servir quels intérêts ?
Lorsque Félix Tshisekedi a déclaré que l’AFC/M23, c’était lui, beaucoup ont douté. Avaient-ils raison de ne pas y croire ? La vraie question est ailleurs : depuis quand ?
Depuis quand Joseph Kabila a-t-il rejoint cette entreprise ? Après son départ du pouvoir ? Avant ? Alors qu’il présidait la République, était-il à la fois le commandant suprême de notre armée et le chef de ceux qui nous faisaient la guerre ? Derrière les affrontements publics, quels arrangements, quelles fidélités, quels liens ? Jusqu’où remontent-ils ? Quelle part de responsabilité porte-t-il dans la mort de dix millions de Congolais victimes de cette entreprise macabre ?
Un ancien chef de l’État à la tête des forces qu’il prétendait avoir vaincues. Comment ne pas interroger la réalité des combats d’hier, la sincérité des engagements pris et le sens de certaines décisions ? La République était-elle infiltrée à ce point ? Depuis quand ? Jusqu’à quel niveau de l’État ? Avec quelles conséquences pour notre armée, notre avenir et notre souveraineté ?
Ces questions ne sont pas abstraites. Elles concernent les soldats tombés au front, les populations livrées aux violences, les millions de déplacés et tous les citoyens à qui l’on demandait de croire en leurs institutions. Un peuple n’est pas une masse à gouverner : c’est une dignité à défendre. Les Congolais ont le droit de savoir si ceux qui parlaient et agissaient en leur nom servaient la République ou d’autres intérêts.
En prenant la direction de troupes rwandaises déguisées en rébellion, Kabila cherche à reprendre les rênes du pays. Pour quel projet ? Diriger encore, à la fois, l’armée congolaise et les forces qui la combattent ?
Aujourd’hui, malgré l’évidence, certains Congolais se disent neutres. Entre Tshisekedi et Kabila, que le meilleur gagne, répètent-ils. Mais où est passé le patriotisme ? La neutralité devant une agression n’est pas de la prudence. C’est une complicité tactique.
Je ne transforme pas les rumeurs anciennes en preuves. Mais je refuse qu’elles détournent le débat de ce que les actes révèlent. Ma préoccupation n’est plus de savoir ce que l’on dit de Joseph Kabila. Elle est de savoir ce qu’il a fait, pour qui, et depuis quand. Quels intérêts a-t-il servis au pouvoir ? Quels intérêts sert-il aujourd’hui ? Et depuis quand ces intérêts guident-ils son action ?
La réponse appartient au peuple congolais.
Depuis quand Joseph Kabila a-t-il rejoint le camp de nos agresseurs ? Après son départ du pouvoir ? Avant ? Alors qu’il présidait la République, était-il à la fois le commandant suprême de notre armée et le chef de ceux qui nous faisaient la guerre ? Derrière les affrontements publics, quels arrangements, quelles fidélités, quels liens ? Jusqu’où remontent-ils ? Quelle part de responsabilité porte-t-il dans la mort de dix millions de Congolais victimes de cette entreprise macabre, dont le brave Mamadou Ndala ?
(in carte blanche no 328)
Ma préoccupation n’est plus de savoir ce que l’on dit de Joseph Kabila. Elle est de savoir ce qu’il a fait, pour qui, et depuis quand. Quels intérêts a-t-il servis au pouvoir ? Quels intérêts sert-il aujourd’hui ? Et depuis quand ces intérêts guident-ils son action ?
La réponse appartient au peuple congolais.
(in carte blanche no 328)
Agression de la RDC : la solution est militaire
Carte blanche n° 329
On nous le répète sur tous les tons : la crise congolaise n’aurait point de solution militaire ; tout devrait être confié au dialogue. Dialogue avec l’agresseur. Dialogue avec l’opposition armée. Dialogue avec l’opposition politique. Dialogue, dialogue, dialogue. Et beaucoup de Congolais reprennent ce refrain, comme si la litanie tenait lieu de stratégie.
Pourtant, depuis les premières heures de l’agression rwandaise, les dialogues se sont succédé sans changer le fond : Dialogue de l’Outeniqua sous la médiation de Nelson Mandela, dialogue de Sun City, facilité par le président Sud africain Thabo Mbeki, celui de la cité de l’Union Africaine, présidé par Edem Kodjo, celui de la CENCO, de Doha ou de Washington, ils n’ont offert aux protagonistes que le loisir de se revoir. Sur le terrain, la mort poursuit son lent travail de fourmi. Les Congolais continuent de mourir. Notre territoire demeure occupé.
Depuis plus de trente ans, nous enseignons qu’il faut négocier lorsqu’on est agressé. Singulière école du patriotisme ! Apprendrait-on à nos enfants que, lorsque des brigands ont franchi le seuil de la maison, la réponse la plus sage est de parlementer sans fin avec eux, tandis qu’ils s’installent dans les chambres ?
Non. Cette conception doit cesser.
Si pendant les trente ans d’agression, notre enseignement civique avait appris à notre jeunesse qu’une part de son sol est occupée et qu’elle doit se former pour défendre l’intégrité du territoire, peut-être aurions-nous vu naître une autre culture nationale. Celle de la préparation permanente, de la défense de la patrie, de la reconquête de notre souveraineté, plutôt que des appels ponctuels d’enrôlement dans l’armée.
Hélas, nous réservons nos plus belles pages aux exploits de Jeanne d’Arc, à Charlemagne ou à la Révolution française, sans toujours accorder à notre propre histoire la place qui lui revient. C’est une aliénation intellectuelle. Elle se paie.
Lorsque j’étais ministre de l’Enseignement supérieur et universitaire, j’avais proposé à mon collègue de l’Enseignement primaire et secondaire de repenser nos programmes pour servir notamment la décolonisation mentale de notre peuple. La proposition est restée dans les tiroirs, à dormir sous la poussière. Combien d’autres y dorment encore ?
Une jeunesse ainsi formée finirait par s’interroger. Comment un pays si petit par sa superficie, sa population et ses ressources parvient-il à nous malmener depuis trente ans ? Qu’a-t-il de plus que nous ? Peut-être une préparation plus rigoureuse, une discipline plus constante, un patriotisme mieux cultivé.
Que nous manque-t-il pour nous lever et défendre la patrie ? Comment transformer notre supériorité démographique en capacité de défense, renverser le rapport de force, exercer notre droit de poursuite et contraindre le Rwanda à veiller sur sa propre sécurité plutôt qu’à menacer la nôtre ?
Aujourd’hui, nous avons un Président qui affiche sa détermination à en découdre avec le Rwanda et ses supplétifs. Qu’est ce qui croche ? Pourquoi prêter encore l’oreille aux discours qui nous endorment depuis des décennies ?
Dialoguer est une bonne chose. Mais un dialogue ne vaut que lorsqu’on est en mesure d’imposer le respect. Or le respect s’impose aussi par la capacité de défendre ses intérêts les armes à la main.
Pour cela, notre jeunesse doit être préparée, psychologiquement et civiquement, à défendre la patrie. Se défendre n’est pas frapper le premier. C’est pouvoir résister à l’agression, neutraliser la menace et infliger la défaite à qui nous attaque.
La paix ne se construit pas sur notre impuissance. Elle exige que nous retrouvions les moyens de faire respecter notre souveraineté.
Plaidons pour la paix, soit. Mais préparons-nous à l’imposer par la force, s’il le faut.
Le reste est une distraction.
Hélas, nous réservons nos plus belles pages aux exploits de Jeanne d’Arc et aux fureurs de la Révolution française, et nous n’accordons pas toujours à notre propre histoire, ni à la défense de notre souveraineté, la place qui leur revient. C’est une aliénation intellectuelle. Elle se paie.
Lorsque j’étais ministre de l’Enseignement supérieur et universitaire, j’avais proposé à mon collègue de l’Enseignement primaire et secondaire de mettre sur pied une structure chargée de repenser nos programmes, afin d’en tirer un enseignement qui servît la décolonisation mentale de notre peuple. La proposition est restée dans les tiroirs, à dormir sous la poussière. Combien d’autres y dorment encore ?
Une jeunesse vraiment formée au patriotisme finirait par se demander pourquoi un pays petit, petit par la population, petit par les ressources, parvient à nous malmener depuis plus de trente ans. Qu’a-t-il donc de plus que nous ? Peut-être le courage. La discipline. Le patriotisme de sa jeunesse.
(in carte blanche no 329)
Il y a des moments où l’équilibrisme est une félonie. Aujourd’hui, en RDC, nous avons deux camps : celui des patriotes républicains, alignés derrière le président Félix Tshisekedi, et celui des pro-rébellion, incarné par le tandem Joseph Kabila – Paul Kagame. Toute ambiguïté vaut trahison.
Le 20 février 2025, après la chute de Goma et de Bukavu, alors que beaucoup, la peur au ventre, faisaient déjà leurs valises, dans notre carte blanche n° 77, intitulée « Fatshi ne tombera pas », nous écrivions :
« Le Rwanda qui nous agresse n’a ni troupes ni moyens suffisants pour marcher jusqu’à Kinshasa en gardant des bases arrière solides. Il ne saura même pas occuper la moitié de la RDC. Croyez-nous.
À ceux qui sont déjà paniqués et découragés, nous conseillons de reprendre confiance et d’être rassurés : Fatshi ne tombera pas.
Ceux qui crient déjà victoire vont bientôt déchanter. »
Aujourd’hui, malgré la nouvelle aventure de Paul Kagame et Joseph Kabila, je réitère la même position.
Carte (tribune libre) n° 77 du 20/02/2025 :
Le 20 février 2025, j’écrivais :
« Les traîtres sont des bifaces qui sont dévoués quand tout va bien. Parmi eux, il y a ceux qui occupent les postes importants et que personne ne peut soupçonner et qui flirtent avec l’ennemi. Quand les choses ont commencé à tourner aux vinaigres, ils ont laissé le Chef seul au front et ont commencé à préparer leurs valises ».
(in tribune libre no 77 du 20/02/2025).
Après la chute de Goma et de Bukavu, même les plus loquaces du camp présidentiel étaient devenus taiseux.
Seuls quelques combattants, dont le gardien du temple, avaient continué à mettre leur verve oratoire et leur plume au service du régime. Le front médiatique s’était vidé.
En serait-il autrement si, par l’absurde, l’histoire se reproduisait un jour ?
Audience avec le conseiller politique de l’ambassade de France
Ce lundi 5 octobre 2026, en notre résidence, nous avons reçu en audience Monsieur Sofian Larousse, conseiller politique de l’ambassade de France en République démocratique du Congo.
Nos échanges ont porté sur l’actualité politique de l’heure.
Nous lui avons fait part des efforts entrepris par le Président de la République en faveur du retour de la paix en RDC, ainsi que du rôle que nous souhaiterions voir la France jouer dans ce processus, en usant de son influence internationale pour contribuer au respect du droit international, notamment par une condamnation ferme de l’agression de notre pays et l’exigence du retrait des troupes rwandaises du territoire congolais.
S’agissant du dialogue national, nous lui avons expliqué la différence entre les dialogues du passé et celui initié par le Président de la République alors que son mandat est encore en cours. Cette particularité, avons-nous souligné, devrait permettre au Président de piloter lui-même le processus, en tenant compte de toutes les sensibilités politiques, sans pour autant recourir à des interventions extérieures.
Concernant les réformes constitutionnelles envisagées, nous avons indiqué qu’elles nous paraissent nécessaires pour permettre d’améliorer la gouvernance du pays. Ces réformes peuvent, selon nous, être envisagées soit par voie référendaire, soit par la voie parlementaire (Congrès), conformément aux mécanismes prévus par la Constitution, notamment à son article 218. Les parlementaires ne sauraient être empêchés d’exercer les prérogatives que leur reconnaît la Constitution.
Sur la question des élections, nous lui avons indiqué que notre souhait est de les voir organisées dans le délai constitutionnel. Toutefois, à l’instar de la situation observée en Ukraine, la tenue des élections dans les conditions prévues par la Constitution peut se heurter à des contraintes particulières lorsque des portions du territoire national sont occupées par des forces étrangères.
De son côté, Monsieur Sofian Larousse a fait part de la disponibilité de la France à contribuer positivement à l’évolution de la situation sécuritaire et au retour de la paix en République démocratique du Congo.
La rencontre, qui a duré environ une heure, s’est déroulée dans une ambiance conviviale et empreinte de cordialité.
La vérité est que si le Président de la République invitait aujourd’hui l’opposition à discuter dans un cadre paritaire comparable à celui de Doha, elle peinerait à présenter un cahier des charges précis. Quelles revendications nécessiteraient un dialogue extra-institutionnel et un médiateur dit neutre ?
Parlerait-on de la guerre ? Non, puisque ce n’est pas l’opposition politique qui la mène.
D’un changement de Constitution ? Jusqu’à présent, le Président de la République n’a pas expressément annoncé une telle initiative.
De réformes constitutionnelles ? Elles doivent suivre les procédures prévues par l’article 218 de la Constitution.
Des élections de 2028 ? L’occupation d’une partie du territoire par des forces étrangères constitue aujourd’hui un obstacle majeur à la tenue normale du processus électoral.
D’un gouvernement d’union nationale ? Le contexte ne s’y prête pas, puisque le mandat du Président de la République court encore.
Enfin, d’un conflit entre l’opposition et le pouvoir nécessitant un dialogue sans toutes les forces vives ? Il faudrait alors l’identifier, en préciser la nature et expliquer pourquoi les mécanismes institutionnels seraient insuffisants pour le résoudre.
Ces réponses permettraient à l’opinion nationale de comprendre l’insistance des opposants sur un dialogue avec un médiateur neutre et le sens des manifestations organisées pour le réclamer.
(in carte blanche no 322)
La Constitution de 2006 a stabilisé le pays après les guerres. Après deux décennies de pratique, le semi-présidentialisme a révélé ses limites. Ambiguïté entre le Président et le Premier ministre, instabilité provinciale et fragilité des coalitions. La crise serait très aiguë si les deux personnalités étaient issues des familles politiques différentes.
Nous l’avions expérimenté à l’époque de FCC-CACH, entre le Président F. Tshisekedi et le Premier Ministre Ilukamba. Le cas le plus illustratif est celui de Kasa-Vubu et Lumumba.
(in carte blanche no 323)
Joseph Kabila, le rebelle : je l’avais dit avant
Carte blanche no 324
Telle une crieuse de l’aube traversant les rues désertes d’un quartier endormi de Kinshasa, j’ai pris l’habitude de devancer les événements et de déposer, longtemps à l’avance, des prédictions que le temps confirme.
Je ne jouerai pas la fausse modestie : je le rappelle.
À force de consacrer mon énergie et ma pensée à l’avenir de la patrie, je précède. Je dis longtemps avant ce que d’autres finissent par dire longtemps après, sans citer la source.
Et quand les faits surviennent, je ne cède pas à la mode des déclarations. Je puise simplement dans mes cartes blanches la réflexion qui épouse l’instant.
C’est précisément ce que je fais aujourd’hui.
Déjà, dans ma carte blanche n°109 du 29 mai 2025, il y a plus d’un an, je m’adressais à Joseph Kabila, alors que j’anticipais déjà son engagement dans une nouvelle aventure armée, en ces termes :
« Il a régné pendant 18 ans. Et maintenant, il revient avec les armes pour conquérir un “trône familial” en marchant sur les cadavres des Congolais. »
Sur cette aventure, j’avais donc déjà dit, il y a plus d’un an, ce que beaucoup disent aujourd’hui.
Voici l’intégralité de la carte blanche n°109 :