L’artiste Marina Abramović réalisait une performance artistique qui consistait à passer une minute de silence face à un inconnu, sans montrer aucune émotion.
Son ex conjoint de longue date est venu et ils ne s’étaient pas vu depuis leur séparation, 30 ans auparavant..💔
Quand les pierres ne reconnaissent pas les pas
Ils arrivent toujours pleins de bonnes intentions.
Ils cherchent la vraie Corse, celle de l’intérieur, celle que plus personne n’habite. Ils montent les routes en lacets, s’émerveillent d’un clocher fendu, d’un toit mangé par les ronces.
Ils prennent des photos, s’imaginent une vie simple, loin de tout, comme si l’isolement était un luxe, comme si le vide était un choix.
Et puis ils achètent. Une ruine, une maison sans toit, un “petit bijou” à retaper.
Et ils s’installent.
Mais ils ne savent pas où ils mettent les pieds.
Parce qu’un village corse, surtout dans ces hauteurs de Castagniccia, ce n’est pas un décor. Ce n’est pas une carte postale défraîchie qu’on vient repeindre avec ses rêves.
C’est une mémoire. Une matière vivante. Une densité sociale.
Un village, ici, n’est pas un lieu : c’est une appartenance.
On n’y vit pas parce qu’on l’a choisi. On y vit parce qu’on y est lié.
Par le sang, la terre, les morts.
Alors quand un étranger arrive, aussi bienveillant soit-il, il brise l’ordre symbolique. Il rompt une continuité. Il s’introduit dans une histoire qui n’est pas la sienne et souvent sans même le savoir.
Et c’est bien là tout le problème.
Ils ne savent pas.
Ils voient de vieilles pierres, pas des maisons pleurées.
Ils voient un clocher, pas les baptêmes et les enterrements.
Ils voient du silence, pas l’absence.
Leur regard est vierge et c’est cela qui offense.
Le village, ici, est une matrice.
On n’en vient pas par goût, on en vient par naissance.
Chaque ruelle a vu grandir, se battre, s’enterrer des familles entières. Et quand bien même il n’y reste plus personne, le souvenir y tient encore debout les pierres.
Dans ces villages, chaque seuil est une généalogie, chaque terrasse une histoire de famille. Ceux qui sont partis y laissent une blessure. Ceux qui restent s’y accrochent avec une forme de résignation.
Et ceux qui arrivent n’ont, eux, ni passé, ni dette.
Juste une envie. Et un titre de propriété.
Mais le territoire n’est pas neutre. Il n’est jamais neutre.
Le croire, c’est une erreur profondément moderne et coloniale, d’une certaine façon.
Croire qu’on peut habiter n’importe où parce qu’on en a les moyens, c’est oublier que certains lieux ont une âme, un code, une douleur.
Et qu’il faut les mériter.
On parle souvent de “revitaliser les villages”. Comme si les pierres se ranimaient au bruit d’une perceuse.
Mais un village n’est pas mort parce qu’il est vide.
Il est en deuil.
Et le deuil appelle le respect, pas l’enthousiasme.
Alors oui, ils repeignent, ils plantent, ils aménagent. Ils partagent leur bonheur sur Instagram.
Mais rien de ce qu’ils font n’a de racines.
Ils ne s’installent pas. Ils occupent.
Ils veulent la nature, mais pas la rudesse.
Ils veulent le silence, mais pas le poids de ceux qui se sont tus.
Ils veulent le vrai, mais sans la douleur.
Ils confondent la vie avec une idée.
Et le territoire avec un décor.
Mais ici, on n’est pas chez soi parce qu’on a les clefs.
On est chez soi parce qu’on y a laissé une part de soi. Parce qu’on a été vu enfant. Parce qu’on y a vieilli. Parce qu’on y a enterré des siens.
Il est fascinant, au fond, de voir à quel point l’époque autorise cette prétention : s’installer sans appartenir, occuper sans comprendre, et croire que la solitude équivaut à la liberté. On vit en Corse. Mais rien n’a été vécu. Ni l’hiver, ni l’ennui, ni l’exil des enfants, ni les funérailles de ceux qui ont tenu les murs avant. Ce n’est pas une vie : c’est une pose.
Le village n’est pas à vendre.
Même vidé de ses habitants, il reste habité.
Et ce qui ne vous reconnaît pas vous tolérera peut-être. Mais c’est tout.
PM Santucci
Les maraîchers corses ne doivent pas être une variable d’ajustement.
Ils doivent être les fournisseurs de fruits et légumes privilégiés chez tous les distributeurs. Il n’est pas normal que des produits arrivent de l’étranger pdt que certains maraîchers expédient et jettent.
La compagne et les filles de Marco Furfaro, détenu en Italie, s'occupent de la pépinière familiale, dont une partie a été incendiée le week-end dernier, la dernière en date d'une série de pressions, selon elles.
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