Le Porge, le Cap-Ferret, et le mot « sacrifice »
On entend dire que Le Porge a été « sacrifié » pour sauver les villas du Cap-Ferret. Que la lutte contre le mégafeu girondin serait, au fond, une affaire de lutte des classes. On peut comprendre la colère. 185 maisons détruites, c'est 185 familles dont la vie bascule. Cette douleur-là ne se discute pas.
Mais je crois que derrière le mot « sacrifice », il y a une réalité opérationnelle que l'indignation écrase. Et qu'elle mérite d'être comprise avant d'être jugée.
Quand un général voit son front enfoncé, il ne jette pas ses réserves dans la brèche. Il sait que les hommes engagés dans une position perdue ne la reprendront pas : ils y mourront sans rien changer au résultat. Alors il recule, il choisit un terrain défendable, et il y concentre tout ce qu'il a. Non par lâcheté. Non par mépris pour ceux qui tiennent encore la ligne. Mais parce que des moyens engagés là où ils n'ont plus d'effet ne sauvent personne, ni sur la position perdue, ni sur celle qu'on pourrait encore tenir.
Un Commandant des Opérations de Secours face à un mégafeu raisonne exactement de la même façon. Ce n'est pas une métaphore : les pompiers parlent de « fronts », de « flancs », de « lignes d'arrêt », de « repli tactique ». La terminologie n'est pas empruntée à la guerre par effet de style. Elle traduit la même logique de décision sous contrainte de moyens finis.
La question que se pose un COS n'est jamais « quelle zone mérite d'être sauvée ? ». Elle est : « où mes moyens ont-ils encore un effet ? ». Un Canadair qui largue 6 tonnes d'eau sur un front de flammes de 40 mètres de haut, poussé par 60 km/h de vent, ne protège rien. Il s'épuise. Le même Canadair repositionné sur un flanc où le feu arrive en lisière basse, avec un accès pour les engins au sol, peut stopper une progression et sauver un quartier.
Le critère n'est pas sociologique. Il est physique : direction et force du vent, relief, densité de la végétation, charge combustible, voies d'accès, points d'eau. Un COS qui répartirait ses moyens selon le revenu fiscal des habitants de chaque commune ne serait pas cynique. Il serait incompétent, parce qu'il gaspillerait des ressources là où elles ne changeraient rien.
Cela ne signifie pas, à mes yeux, que la décision prise en Gironde était nécessairement la bonne. Peut-être l'était-elle, peut-être pas. C'est précisément le rôle du retour d'expérience que de l'établir, à froid, avec les données que seul le CODIS détient : chronologies, relevés météo heure par heure, positions des moyens, ordres donnés. La colère des sinistrés est un droit. Mais je pense qu'elle ne peut pas tenir lieu d'analyse. Et plaquer une grille de lutte des classes sur une décision de commandement opérationnel, c'est, je crois, projeter sur un feu une intention qu'il n'a pas.
Le feu, comme l'ennemi, ne négocie pas. Il va où le portent le vent, la pente et le combustible. Et ceux qui le combattent n'ont qu'une seule question utile : où puis-je encore changer quelque chose ?
Je suis X2019.
Bastien Cuq aussi.
Donc quand il explique que l’X aurait “loué” ses élèves en uniforme à Bernard Arnault, je sais exactement ce qu’il fait : il déforme volontairement les codes de l’École pour fabriquer un scandale.
À l’X, l’uniforme n’est pas une soumission à Bernard Arnault.
C’est l’X.
C’est une école militaire.
On porte le Grand U pour les cérémonies, les événements institutionnels, les intervenants importants.
Bastien le sait. Il était là.
Enfin pas tout le temps, quand il a fallu faire la première année dans l'armée, plutôt que l'armée de terre, la marine ou encore les sapeurs pompiers, il a préférer faire un stage civile (comprenez un aménagement pour ne pas servir dans les armées car "trop dur").
Le fond du sujet est pourtant simple : Bernard Arnault, X69, ancien élève de l’École, a construit l’un des plus grands groupes mondiaux, fait rayonner la France à l’étranger, puis redonne 50 M€ à son école pour financer un institut de mathématiques et de sciences fondamentales.
Dans un pays normal, on dit bravo et merci.
En France, une minorité militante transforme ça en procès moral.
“Don défiscalisé.”
Oui, le mécénat est fiscalement encouragé. C’est le principe. Ça ne transforme pas 50 M€ en non-don. L’X reçoit bien 50 M€ pour des maths, des chercheurs, des doctorants, des conférences, du rayonnement scientifique.
“LVMH reçoit 275 M€ d’aides publiques.”
Très bien. Mais alors donnons toute la photo : LVMH déclarait aussi 3,8 Md€ de contribution fiscale en France hors TVA et 3,9 Md€ d’investissements en France la même année.
Oublier ça n’est pas une analyse.
C’est un tract.
“Bernard Arnault décide qui est financé.”
Oui. Un donateur choisit à quoi il donne.
C’est littéralement le concept d’un don.
Et ici, il choisit les mathématiques et les sciences fondamentales.
Qu’est-ce qu’on préfère exactement ?
Qu’il garde 50 M€ dans une holding ?
Qu’il donne ailleurs ?
Qu’il ne donne pas ?
Qu’il demande à un comité militant l’autorisation d’aimer les maths ?
Et surtout, regardons d’où parle Bastien.
Responsable énergie au Réseau Action Climat.
Le RAC, d’après ses propres chiffres, c’est environ 2 M€ de budget, 94% de ressources issues de subventions publiques et privées en 2024, et un métier fait de coordination, plaidoyer, expertise, communication, sensibilisation.
Donc on a une structure de plaidoyer subventionnée pour influencer la décision publique qui explique qu’il est inquiétant qu’un homme privé choisisse de financer les mathématiques avec son propre argent.
C’est l’inversion morale parfaite.
Bernard Arnault finance un bâtiment, des chercheurs, de la science.
La bureaucratie militante finance des rapports pour expliquer aux autres comment allouer l’argent qu’elle n’a pas créé.
Et ce que fait Arnault est banal dans tous les pays sérieux.
Aux États-Unis, les alumni financent Harvard, Stanford, Johns Hopkins. Des écoles, des programmes, des bâtiments portent leurs noms. Personne ne fait semblant de découvrir que la science a besoin d’argent, de prestige, de réseaux et de capital privé.
En France, certains voient un ancien élève financer les maths et leur premier réflexe est de salir.
400 personnes signent une pétition : elles prétendent parler au nom de toute l’X.
Non.
Une minorité bruyante n’est pas la communauté polytechnicienne.
Je suis aussi ancien élève de l’X.
Et je refuse que cette minorité parle en mon nom.
Je préfère une École qui attire des mécènes ambitieux, finance les maths, assume ses traditions, célèbre ses alumni les plus impressionnants et joue dans la compétition mondiale.
Il y a deux France.
Celle qui construit.
Et celle qui soupçonne, bloque, salit, pétitionne, puis se plaint du déclassement.
Mon choix est fait.
La France ne tient plus que grâce aux "invisibles".
Cette semaine, un chantier très technique, besoin d'un cordiste-soudeur. Le genre de type qu'on trouve pas à chaque coin de rue
On finit par en trouver, à 3h de route.
Malgré cela, le gars est sur le chantier à 8h45.
Chaussures de sécurité un peu usées. Pantalon dégueulasse.
Camion blanc aménagé, rempli de matos improbable.
Café thermos dans un gobelet en carton touillé avec une brindille trouvée sur place.
Une fois les instructions données, il a passé 8h accroché à une corde. Dans le noir.
À faire un boulot précis, physique, dangereux et surtout indispensable.
Le soir, chantier pas fini. Donc hôtel pour lui. Un Formule 1 un peu minable et bien bruyant.
Il me dit : "oh c'est pas grave, j'ai l'habitude, je suis en déplacement toutes les semaines".
Et le lendemain, il recommence.
A côté de cette réalité, on trouve la France officielle qui adore parler de résilience, de transition, de solidarité, de modèle social, de planification, de transformation...
Alors que la France réelle, elle, se lève tôt et fait le boulot.
Elle soude.
Elle nettoie.
Elle porte.
Elle conduit.
Elle répare.
Elle cuisine.
Elle construit (plus beaucoup à cause de la réglementation à tout va).
Elle entretient (pour combien de temps encore...).
Je pense à tous ces invisibles.
Le gars du bâtiment sous 35°.
La femme de ménage debout à 4h pour nettoyer des bureaux où personne ne veut la croiser.
L’agriculteur qui bosse 7 jours sur 7 pour des cacahuètes.
Le chauffeur qui avale les kilomètres.
Le technicien qui part en déplacement toute la semaine.
Voilà les vrais piliers du pays.
Pas les petits hommes gris qui pondent des normes depuis des bureaux climatisés (mais chut il ne faut pas le dire qu'ils ont la clim').
La France tient encore grâce à deux choses.
1. Le capital hérité : routes, barrages, centrales, réseaux, bâtiments, savoir-faire.
2. Ces Français du terrain qui continuent, bon an mal an, à faire tourner la boutique comme ils peuvent.
Le problème, c’est qu’on les use à coup de taxes, de normes et de procédures de contrôle.
On leur vole une part énorme de leur travail.
Et comme ça ne suffit pas, on imprime de l’argent magique qui dilue leur travail pour financer un système qui détruit peu à peu l’envie de produire.
Pour le dire simplement, on détruit les incitations.
Pourquoi te lever tôt si ton effort est confisqué ?
Pourquoi prendre des risques si la médiocrité est subventionnée ?
Alors voilà, on est à la croisée des chemins.
Soit on continue à étouffer cette France invisible et inévitablement, elle lâchera.
Soit on la libère et ce pays repartira à une vitesse folle.
La France ne manque pas de travailleurs, elle manque d’air.
Le rapport Lyhanna montre que vous pouvez porter plainte pour les pires faits au monde, que le suspect peut avoir été accusé par une autre petite fille de dix ans pour cinquante viols, que cela a été prouvé par des lésions constatées, vous ne serez jamais qu'une feuille A4 sur une pile pour le procureur et la gendarmerie, jusqu'à la prochaine victime qui deviendra à son tour une bête feuille dans un tiroir jamais ouvert.
Que la honte s'empare des politiciens qui ne veulent pas parler de moyens quand ils ont davantage sacralisé le remboursement des cures thermales des vieux que la protection de la vie innocente des enfants.
Et que la honte s'empare des magistrats capables du pire corporatisme, prompts à défendre leurs pairs davantage qu'ils ne sont prêts à prioriser les enfants. Ils te sortiront toutes les tribunes dans les journaux et sur LinkedIn avant de reconnaître la possibilité de leur faillibilité. Leur job est de connaître la règle. Ils ont oublié l'égalité face au droit.
Ne les laissez pas dire, ne les laissez pas ne rien faire. On a droit à la colère.
@Phil_Tournier@JLeFlochImad Ok donc on leur donne un an de cours pour passer un bac sur des notions de début de collège , tout ça pour un coef 2. Bref bac populiste là où les moyens aurait dû être investis au collège pour assurer le niveau en fin de 3eme.
@MathdeProf Tout à fait d’accord. Les moyens mis au lycée pour ce tronc commun populiste aurait été mieux employé à s’assurer d’un niveau robuste en fin de collège .
Je reconnais quelqu’un d’intelligent à une seule chose : sa capacité à connecter les points, à être créatif au-delà de ses connaissances.
La mémorisation, la méthode, le savoir pour le savoir, le diplôme, la stagnation n’ont aucune forme de valeur.
J’ai beaucoup d’amis dans ce qu’on appelle avec mépris les couches “basses” : des électriciens, des carreleurs, des manutentionnaires, des gars qui se lèvent à 5h du matin et qui n’ont jamais mis les pieds dans un amphi.
Certains d’entre eux sont parmi les personnes les plus intelligentes que je connaisse.
Un électricien qui diagnostique une panne invisible raisonne en arbre de décision. Un carreleur qui calepine une pièce irrégulière fait de la géométrie appliquée sous contrainte. Un manutentionnaire qui optimise un flux de chargement résout un problème d’ordonnancement que des ingénieurs modélisent avec des solveurs.
Ils ne le savent pas, ils n’ont pas les mots pour le dire, et ils font des fautes d’orthographe en l’écrivant. Aucune importance. L’intelligence n’est pas dans le vocabulaire, elle est dans le raisonnement.
En face, vous avez l’énarque devenu perroquet à concepts qu’il ne maîtrise même pas. Il a appris à restituer, jamais à penser. Il confond la citation avec la compréhension, le diplôme avec la compétence, le jargon avec la profondeur.
Pendant des décennies, ce système a tenu parce que le savoir était rare. Celui qui avait mémorisé avait un avantage. Le “sachant” était un goulot d’étranglement rentable.
L’IA vient de rendre la mémorisation gratuite. Tout ce qui s’apprend par cœur, elle le restitue mieux, plus vite, sans ego.
Ce qui reste, c’est exactement ce qu’elle ne donne pas : le jugement, l’intuition forgée par le réel, la capacité à connecter des points que personne n’a connectés avant vous.
Le carreleur qui pense par lui-même va traverser l’ère de l’IA sans problème. Le perroquet à concepts va se faire écrabouiller.
L’IA ne détruit pas l’intelligence. Elle détruit les imposteurs qui s’en réclamaient.
Il faut avoir l'honnêteté de reconnaître le coup de génie de la gauche, parce que c'en est un. Le plus grand hold-up rhétorique du siècle tient en un seul mot : raciste.
Voici le mécanisme.
Après 1945, après les droits civiques, l'Occident a fait du racisme le mal absolu. À juste titre : c'est une de ses plus grandes conquêtes morales. « Raciste » est devenu le mot le plus radioactif de la langue, l'excommunication moderne, la mort sociale instantanée.
Le coup de génie a été de détourner ce capital moral. Pas pour protéger des personnes : pour protéger une idéologie.
L'égalitarisme des résultats ne gagne jamais un débat sur les faits. Il produit l'inverse de ce qu'il promet, partout, à chaque fois. Alors plutôt que de gagner le débat, on a rendu le débat impayable. Tu questionnes les résultats de l'immigration sans assimilation ? Raciste. Tu défends le mérite ? Raciste. Les maths avancées ? Racistes. Les frontières ? Racistes. Le mot a cessé de décrire un comportement pour décrire une position sur l'échiquier.
Et regardez la beauté technique du dispositif. Pas besoin d'arguments : l'accusation suffit. Pas besoin de procès : la dénégation aggrave le cas (votre défensivité prouve votre culpabilité). Pas besoin de police : la peur fait le travail, chacun se surveille lui-même et surveille son voisin gratuitement. Il suffit d'exécuter publiquement quelques exemples par an pour tenir des millions de gens. Une idéologie irréfutable, protégée par un mot imprononçable. Les deux pare-feux du même système : la French Theory avait aboli la vérité, l'accusation a aboli le débat.
Est-ce qu'un comité s'est réuni pour concevoir ça ? Pas besoin. Les idées subissent une sélection darwinienne : celles qui survivent sont celles qui se défendent le mieux. Marcuse avait quand même déposé le brevet dès 1965, noir sur blanc : tolérance pour les mouvements de gauche, intolérance pour ceux de droite. Le reste a évolué tout seul. Il faut l'avouer : c'était génial.
Mais ce dispositif génial avait un coût, et le coût a un bilan. À Rotherham, le rapport officiel Jay a établi que des fonctionnaires britanniques ont laissé plus de 1 400 gamines se faire exploiter pendant seize ans, en partie par peur d'être traités de racistes s'ils nommaient les faits. Relisez cette phrase. Des enfants ont été sacrifiées à un mot. Voilà ce que veut dire idéologie mortifère : pas une métaphore, un bilan.
Et maintenant, regardez ce qui s'effondre sous nos yeux.
Une insulte ne fonctionne que si elle fait peur, et une monnaie ne fonctionne que si elle est rare. Ils ont imprimé le mot comme Weimar imprimait le mark. Quand tout est raciste, plus rien ne l'est. Résultat : des tweets qui commencent par « traitez-moi de raciste si vous voulez » récoltent des dizaines de milliers de likes et l'approbation de l'homme le plus riche du monde. Il y a dix ans, cette phrase était un suicide professionnel. Aujourd'hui, c'est un haussement d'épaules. L'hyperinflation a tué la monnaie.
Et voilà la vraie tragédie, que les faussaires devront porter : en imprimant le mot sans limite, ils l'ont brûlé pour tout le monde. Y compris pour nommer le vrai racisme quand il existe, car il existe. Les faux-monnayeurs ne détruisent pas que leur arme. Ils détruisent le mot dont une société honnête a besoin.
Privée de son mot magique, l'idéologie va maintenant devoir faire ce qu'elle n'a jamais su faire : gagner un débat sur les faits.
Elle ne le gagnera pas. Au travail.
@DembskiT@GabLattanzio Ses droits de filiation par exemple. Ou celui d’avoir une mère l’ayant porté en le reconnaissant comme son enfant , et non pas utilitaire . Celui de ne pas être volontairement mis au monde et rendu orphelin.
Entre 2006 et 2026, le budget de l'Education est passé de 81 à 89 milliards (en € de 2026).
Sur ces 8 milliards, 7 milliards sont consacrés... au trou des retraites.
L'augmentation du budget de l'école est un détournement comptable à la faveur des retraités.
Entre 2006 et 2026, le budget de l'Education est passé de 81 à 89 milliards (en € de 2026).
Sur ces 8 milliards, 7 milliards sont consacrés... au trou des retraites.
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