Le 3 mai 1803, Napoléon vend la Louisiane aux Américains.
2 144 000 kilomètres carrés. Du golfe du Mexique jusqu'à la frontière canadienne, du Mississippi aux Rocheuses. Un territoire plus vaste que la France, l'Espagne, l'Allemagne et l'Italie réunies. 22% de la superficie actuelle des États-Unis.
Prix : 15 millions de dollars. Soit 80 millions de francs. Soit 3 cents l'acre.
Les Américains étaient venus à Paris pour acheter la Nouvelle-Orléans. Napoléon leur a proposé tout le territoire d'un coup. Ses négociateurs n'en revenaient pas.
Pourquoi brader un empire colonial entier ? Parce que son armée venait d'être décimée à Saint-Domingue par la révolte des esclaves et la fièvre jaune. Parce qu'une nouvelle guerre contre l'Angleterre se profilait. Et parce qu'il savait que sans flotte, la Louisiane tomberait aux mains des Britanniques.
Son calcul : mieux valait vendre le territoire aux Américains que le perdre face aux Anglais. Et créer un rival de l'Angleterre de l'autre côté de l'Atlantique.
Thomas Jefferson avait autorisé ses négociateurs à dépenser 10 millions de dollars maximum. Ils en ont dépensé 15. C'était une fois et demie le budget annuel de l'État fédéral. Pour financer l'achat, les États-Unis ont dû emprunter, à 6% d'intérêt, auprès d'une banque anglaise. La Barings.
En une signature, les États-Unis ont doublé leur superficie. L'achat de la Louisiane est l'acte fondateur de la conquête de l'Ouest.
Aujourd'hui encore, La Nouvelle-Orléans a un quartier français, des noms de rue en français, et des descendants de colons qui parlent encore la langue.
Mercator n’a jamais prétendu montrer les bonnes surfaces. Sa carte de 1569 porte dans son titre qu’elle est faite pour les marins : un trait tiré à la règle y donne un cap tenable en mer.
Ce qui l’a mise sur tous les écrans, c’est Google Maps, en 2005.
🇺🇳🌍 FLASH | L'ONU ADOPTE une réforme de la cartographie mondiale avec des tailles plus réalistes. L’Afrique est agrandie l’Europe et l’Amérique du Nord sont plus petites.
✅ POUR : 164 (dont France 🇫🇷)
🟰 ABSTENTION : 6
❌ CONTRE : 1 (États-Unis 🇺🇸)
Avant le mémorial, il y avait la morgue de Paris, à cet endroit exact.
Haussmann l'avait fait bâtir à la pointe de l'île, avec l'allure d'un petit temple grec. Les corps repêchés dans la Seine y étaient exposés derrière une vitre, sur des tables de marbre inclinées, pour que le public les identifie.
C'est devenu l'une des sorties les plus courues de la capitale. Zola en a tiré une scène de Thérèse Raquin.
Le préfet Lépine a fermé la salle au public le 15 mars 1907. Les bâtiments ont été démolis, un square a pris leur place.
Un demi-siècle plus tard, on a creusé dessous un lieu où l'on ne voit plus rien.
Derrière Notre-Dame, un chantier a déclenché une bataille autour d'un monument que presque personne ne voit. Et pour cause : il est entièrement enterré.
C'est le mémorial des martyrs de la Déportation, à la pointe de l'île de la Cité. Rien de lui ne dépasse du sol.
On y descend par un escalier serré entre deux murs de béton. En bas, une cour fermée, une grille hérissée de pointes face à la Seine qu'on ne peut pas atteindre. Puis une crypte où repose un déporté inconnu, et un couloir garni de 200 000 bâtonnets de verre, un pour chaque mort compté à l'époque.
Son architecte, Georges-Henri Pingusson, avait tout pensé pour une seule sensation : l'enfermement, l'oppression, l'impossibilité de sortir. Rien de doux, rien de vert.
Or le square qui le recouvre a fermé le 24 août, happé par le grand chantier des abords de Notre-Dame. Le projet arrache les ifs sombres qui cernaient le mémorial pour ouvrir, à la place, un jardin plus clair avec de nouveaux pavillons d'accueil.
D'un côté, on parle de rénovation et de verdure rendue aux Parisiens. De l'autre, des défenseurs du patrimoine crient au saccage et réclament l'arrêt du projet.
Un lieu de mémoire doit-il rester aussi rude qu'au premier jour, ou peut-on adoucir ses abords pour ceux qui viennent aujourd'hui ?
Le chiffre gravé sur le mémorial est celui de 1962 : 200 000 martyrs français morts dans les camps.
Les historiens comptent autrement aujourd'hui. Environ 86 800 personnes déportées de France pour faits de résistance ou de répression, et environ 76 000 juifs déportés.
Soit près de 163 000 déportés au total, morts et survivants confondus.
Une large part de ces juifs étaient des étrangers réfugiés en France, que la dédicace range pourtant parmi les Français.
La muséographie refaite en 2016 distingue les différentes déportations. La dédicace de 1962, elle, n'a pas bougé.
L’un des tout premiers bâtiments au monde à montrer son squelette de fer à l’air libre n’était ni une gare, ni une tour.
C’était une fabrique de chocolat, posée à cheval sur une rivière à l’est de Paris.
Elle se trouve à Noisiel, en Seine-et-Marne. On l’appelle le moulin Saulnier, du nom de l’architecte qui l’a dessiné.
Tout commence par un pharmacien. En 1816, Antoine Brutus Menier fabrique des poudres médicinales et se sert du chocolat pour en masquer l’amertume.
Le chocolat n’est alors qu’un enrobage. Un détail au service du remède.
En 1825, il rachète un vieux moulin seigneurial au bord de la Marne, dans un village d’à peine cent habitants.
Son fils Émile-Justin comprend que l’enrobage vaut mieux que la poudre. Il abandonne la pharmacie et ne fabrique plus que du chocolat.
La demande explose. En 1869, il fait abattre le moulin pour en bâtir un quatrième, capable de suivre.
Jules Saulnier récupère les quatre piles de pierre plantées dans le lit de la rivière. Il pose dessus une ossature de fer entière, et la laisse dehors.
À l’époque, on cache le métal derrière la pierre. Ici, le squelette reste visible, et l’on remplit les vides avec des briques émaillées.
Ces briques dessinent des feuilles de cacaoyer et, partout sur la façade, la lettre M.
460 tonnes de fer. Dessous, les turbines de la Marne font tourner les meules qui broient les fèves.
Autour de l’usine, la famille bâtit une ville. Maisons ouvrières, écoles, réfectoires, mairie. On y naît, on y travaille et on y meurt sous le nom de Menier.
Jusqu’en 1914, c’est la plus grande chocolaterie du monde. Le cacao vient de ses propres plantations, au Nicaragua.
La dernière tablette est sortie de Noisiel en 1990. Le moulin, classé monument historique, tient toujours au-dessus de l’eau.
Un squelette de métal qui porte tout, une façade qui ne porte rien. C’est devenu le principe de presque toutes les tours du monde.
Les chauffeurs ont laissé tourner leur compteur pendant tout le trajet. À la fin, l'État a réglé la course, au tarif normal, comme pour un client ordinaire. La note se chiffrait en dizaines de milliers de francs.
Le 6 septembre 1914, les Allemands ne sont plus qu'à une cinquantaine de kilomètres de Paris. Le gouvernement a fui vers Bordeaux, et beaucoup croient la capitale déjà perdue.
C'est ce jour-là que l'armée française cesse de reculer et se retourne, d'un coup, contre l'envahisseur.
Depuis un mois, la guerre n'était qu'une longue retraite. L'armée allemande fonçait vers Paris à marche forcée, presque sans résistance.
Puis le général Joffre lance un ordre à toutes ses troupes : reculer n'est plus permis, on attaque, et l'on se fait tuer sur place plutôt que de céder un pas.
Sur la Marne, près de deux millions d'hommes s'affrontent pendant une semaine. C'est l'une des plus grandes batailles de toute l'Histoire.
Pour renforcer le front en urgence, le gouverneur de Paris réquisitionne les taxis de la ville. Près de 1 100 voitures roulent toute la nuit vers les combats, chargées de soldats.
Les Allemands sont arrêtés, puis repoussés. Paris est sauvé. On parlera du « miracle de la Marne ».
Mais les deux armées, épuisées, se figent alors dans des tranchées face à face. La guerre que tous croyaient courte va durer encore quatre ans.
Militairement, les taxis n'ont presque rien changé. Ils n'ont transporté que quelques milliers d'hommes, placés en réserve, qui n'ont jamais donné l'assaut. Mais l'image d'une ville envoyant ses taxis au front est devenue le symbole d'une nation tout entière en guerre.
Le 5 septembre 1781, une flotte française remporte au large de l'Amérique une bataille dont dépend l'indépendance des États-Unis.
Presque personne ne la connaît. Elle n'oppose pourtant aucun Américain.
Depuis des années, les insurgés américains se battent contre l'armée anglaise sans parvenir à l'emporter. La France, ennemie de l'Angleterre, a fini par entrer dans la guerre à leurs côtés.
Ce jour-là, dans la baie de Chesapeake, 24 vaisseaux français commandés par l'amiral de Grasse affrontent la flotte anglaise venue ravitailler ses troupes.
Les Anglais sont repoussés vers le large. Et c'est là que tout se joue.
Privés de leur marine, les 8 000 soldats anglais retranchés à Yorktown se retrouvent pris au piège, encerclés par la terre et coupés de la mer.
Quelques semaines plus tard, le 19 octobre, ils capitulent. C'est la fin de la guerre, et la naissance d'une nation.
Deux siècles et demi plus tard, les Américains fêtent leur indépendance le 4 juillet. Presque personne ne se souvient qu'elle s'est jouée un 5 septembre, au large de leurs côtes, sur des navires français.
La récompense fit tant de bruit qu'un groupe d'écrivains suédois adressa une lettre d'hommage à Tolstoï, pour lui dire que le prix aurait dû lui revenir. Le premier Nobel de littérature restera celui d'un choix qu'on n'a jamais tout à fait pardonné.
Le tout premier prix Nobel de littérature de l'histoire n'a été remis ni à Tolstoï, ni à Zola, mais à un poète français que presque plus personne ne lit.
Il s'appelait Sully Prudhomme.
Rien ne le destinait aux vers. Il se forme d'abord pour devenir ingénieur, avant qu'une maladie des yeux ne l'oblige à tout arrêter.
Il tente le droit, s'ennuie dans une étude de notaire, puis se met à écrire. Un poème sur un vase fêlé, où l'eau s'échappe goutte à goutte sans qu'on le voie, le rend célèbre du jour au lendemain.
En 1901, le comité Nobel décerne son tout premier prix de littérature. Beaucoup attendaient le grand Tolstoï. Le jury choisit Sully Prudhomme.
Le monde des lettres crie au scandale. Il gardera toute sa vie l'ombre de ce choix contesté.
Il meurt le 6 septembre 1907, malade et retiré du monde. Le premier de tous les lauréats, et l'un des plus oubliés.
Freddie Mercury n'est pas né en Angleterre, mais sur une île de l'océan Indien, et sous un tout autre nom.
Il voit le jour le 5 septembre 1946 à Zanzibar, au large de l'Afrique de l'Est, dans une famille indienne de religion zoroastrienne. Ses parents l'appellent Farrokh Bulsara.
Enfant, on l'envoie en pension près de Bombay. Il y apprend le piano et monte son premier groupe.
À dix-sept ans, une révolution éclate à Zanzibar. Sa famille abandonne tout et se réfugie dans la banlieue de Londres.
Il entre aux Beaux-Arts, dessine, vend des vêtements sur les marchés, et chante le soir dans des groupes qui ne percent pas.
En 1970, il en fonde un nouveau avec deux musiciens londoniens et lui donne un nom : Queen. Dans la foulée, il troque Bulsara contre Mercury.
Cinq ans plus tard, il compose une chanson de six minutes, mi-opéra mi-rock, que les radios jugent trop longue pour être diffusée. « Bohemian Rhapsody » devient l'un des plus grands succès de tous les temps.
En 1985, au concert Live Aid, devant un stade comble et des millions de téléspectateurs, il tient la planète au creux de la main pendant vingt minutes.
Il meurt le 24 novembre 1991, à 45 ans, un jour après avoir révélé au monde qu'il était atteint du sida.
De Farrokh Bulsara, l'enfant de Zanzibar, le monde entier n'aura retenu qu'un seul nom : Freddie Mercury.
Le village de Savines a été entièrement reconstruit un peu plus haut, au bord du nouveau lac. Ses habitants ont vu leur village mourir sous les eaux et renaître à quelques centaines de mètres.
Pour dompter une rivière, on a englouti deux villages entiers sous plus de cent mètres d'eau.
C'était dans les Hautes-Alpes, il y a un peu plus de soixante ans. Aujourd'hui, c'est le lac de Serre-Ponçon, l'un des plus grands lacs artificiels d'Europe.
La Durance était un torrent capricieux : presque à sec l'été, dévastateur au printemps à la fonte des neiges. Pour la maîtriser, on décide dans les années 1950 de barrer la vallée.
Non pas un mur de béton, mais une montagne de terre et de roche : 123 mètres de haut, 650 mètres de long à la crête.
Derrière, l'eau monte. 2 800 hectares de vallée disparaissent, près de trois mille terrains de football.
Deux villages sont condamnés, Savines et Ubaye. 235 familles doivent partir, emportant leurs meubles, et parfois leurs morts, déménagés du cimetière.
Le barrage est mis en eau en 1961. Il éclaire aujourd'hui l'équivalent d'une ville de 300 000 habitants et arrose 75 000 hectares de cultures.
Quand l'été fait baisser les eaux, les ruines des maisons resurgissent parfois de la vase. Et au milieu du lac, sur un rocher devenu île, une chapelle du XIIe siècle veille toujours, seule rescapée du monde d'avant.