Un été parisien en Nouvelle France 🇫🇷
> réveil dans le 18e au son du muezzin
> déjà 44° dans la chambre de bonne à 900€
> descendre 7 étages à pied pour aller se faire dépouiller au Monoprix
> métro bondé, 20 min de retard
> open space avec un seul ventilo et des collègues qui te disent à peine bonjour
> salade sodebo à midi en écoutant un ministre qui t'explique que la clim c'est un truc de nazi
> 19h, pinte tiède en terrasse à 9€ entre deux bobos en crop top qui parlent de se déconstruire
> tu rentres à vélo, on t'a piqué ta selle et tu te fais asperger par un Eric Cartman sauce algérienne
> petit Tasty Crousty à emporter qui finit en sprint aux chiottes 2h plus tard
> ton seul festival de l'été vient d'être annulé par un préfet de 75 ans à lunettes rondes
> le weekend avec des pseudos amis, vous louez une maison bourgeoise en campagne pour déconnecter sous md
> t’as troqué les dimanches en famille pour des afters avec des toxicos qui te racontent que l’homme blanc est moche et raciste depuis le début de l’humanité
> tu émerges vers 18h et tu vois les story de ton pote d'enfance entouré de fitgirls à Bali
et tu te demandes pas à quel moment tu as merdé ?
Tu t'appelles Nicolas, t'as 45 ans, et t'es né à Saint-Ouen-l'Aumône.
Ton père est italien, ta mère russe: t'es un français comme tant d'autres, un blanc. Et tu vas choisir de le vivre comme un handicap.
T'as grandi dans un pavillon au crépi beige avec un scenic gris dans l'allée, entouré de haies de thuyas dans le Val-d'Oise, pas dans le Bronx.
À 24 ans tu veux percer dans le rap français.
Problème: en 2004, un p'tit Rital au teint clair qui a grandi entre un Franprix et un city-stade, ça fait pas rêver la France de SOS Racisme.
Le "marché" veut de la cité, de l'exotique, des raisons d'en vouloir au pays.
Alors tu fais ce qu'aurait fait n'importe quel bon commercial devant une étude de marché: t'ajustes l'offre.
Tu deviens manouche.
Tu sors "Patate de Forain", tu adoptes le vocabulaire romani dans tes textes, l'imagerie des camps de gens du voyage.
Chourave par-ci, Michto par-là, t'as jamais dormi dans une roulotte de ta vie mais t'as compris la règle d'or de ton terrain de jeu: être blanc, c'est pas bankable.
Et ça marche. Bien au-delà de de tes espérances.
Tu obtiens même le titre officieux de "meilleur punchlineur de France". Le déguisement t'a offert ce que ton état civil te refusait: la street credibilité.
Puis, pour capitaliser sur ton succès, tu pars t'installer en Thaïlande.
T'ouvres un Bar à Phuket: Chang tiède, go-go danseuses pour appâter le touriste allemand en sandalles-chaussettes et une affiche dans le Guide du Routard entre un temple bouddhiste et un massage thaï.
Là tu commence à te chercher de nouveau.
Quand le forain s'essouffle, tu enfiles une autre peau: le "Bad Cowboy". Veste en jean inspirée des gangs de motards Hells Angels. Le red neck, le white trash à l'américaine.
Tu te fais tatouer le visage entier entre deux séances de muscu et une picouse dans la guibole: à 40 piges, ta gueule ressemble à un atelier scrapbooking réalisé par un ingénieur sous Capri-Sun et protoxyde d'azote.
Dix ans plus tard, le mal du pays te tombe dessus comme le ciel te serait tombé sur la tête: tu rentres au bercail.
Pour quoi faire ?
Pour revenir dans le Val-d'Oise, à trois kilomètres du pavillon de tes parents: c'était pas si mal au final.
Tu ouvres une chaîne de burger hallal et sans alcool.
Tu sors un nouvel album, "Saint Sauveur" sur une direction artistique installant un esthétisme quasi religieux, avec comme titre phare: "Le Chevalier Blanc".
Là on pourrait croire qu'après le gitan, le Thaï et le cowboy, tu as trouvé la paix en revenant en France et que tu es à présent le repenti, l'assumé qui a découvert dieu.
Carte piège! Pour ta promo, tu viens nous raconter sur France Inter "On a essayé de me créer des origines, parce qu’on ne pouvait pas assumer d’écouter un blanc qui est fort".
Culotté Jarod. Comme si c'était pas toi qui avait t'étais inventé des vies pendant vingt ans, te voilà à chialer qu'on t'aurait privé du droit d'être un blanc fort.
Mais tu surenchéris, tu dis que tu n'aimes pas les masculinistes et que tu "apprends à te déconstruire". C'est plus le chevalier blanc c'est le social justice warrior maintenant.
Au rythme où tu suis la courbe, dans cinq ans t'arrêtes les peptides, tu fais ta transition, et tu sors un album-confession sur ton parcours de femme racisée en milieu périurbain.
Le vrai drame de cette histoire, c'est qu'au départ t'es juste un gosse qui a cherché toute sa vie un modèle d'homme à devenir: debout, fier, viril, et français. Et tu ne l'as pas trouvé.
Parce que dans ton monde biberonné à la subvention et à touche pas à mon pote, le seul héros homologué, c'était l'immigré cabossé qui en veut à la France.
Et ce vide-là: c'est le modèle français. Celui qu'on a rendu beauf, ringard, facho ou les trois à la fois.
C'est le mal de toute une génération qui a perdu ses repaires, pendant que toi t'en a fait un business plan.
T'as pas besoin de te déconstruire, Nico.
Pour ça, il aurait fallu avoir une colonne vertebrale.