Combien de ministres cocaïnés au gouvernement ?
C’est officiel : la grande opération "Exemplarité 2.0" du gouvernement Lecornu est un triomphe.
Après avoir annoncé à grand renfort de tambours et de trompettes une campagne historique de dépistage anti-drogue au sommet de l’État, Matignon nous offre le twist final digne d’une série Netflix qui aurait été annulée avant la diffusion du dernier épisode : les résultats resteront secrets.
Parce que rien ne dit mieux "nous n’avons rien à cacher" que… de tout cacher.
« On n’est pas un tribunal », a sobrement expliqué l’entourage du Premier ministre. La formule est magnifique de candeur feinte.
Lancée le 16 juin pour marquer le "changement d’échelle" dans la lutte contre le narcotrafic, cette initiative devait concerner ministres, directeurs de cabinet, préfets, ambassadeurs et, plus largement, toute personne détenant une habilitation « Secret Défense » ou ayant accès à des informations sensibles. Autant dire : à peu près tous ceux qui comptent, décident, ou se font photographier en veste bleue devant une carte de France.
L’idée était belle sur le papier glacé du storytelling gouvernemental : montrer que l’État est exemplaire, qu’il ne tolère pas que ses élites sniffent pendant que les forces de l’ordre risquent leur vie en bas des tours et que les préfectures pondent des plans "Place nette" à tour de bras. Une opération "mains propres" qui prouverait que le pouvoir ne se contente pas de faire la morale aux cités, mais qu’il la fait aussi à lui-même.
Mais voilà. Deux semaines plus tard, c’est le grand classique français : beaucoup d’annonce, très peu de lumière. On nous promet la guerre totale à la drogue, on finit avec le secret défense sur le taux de positivité chez les décideurs. C’est presque poétique, dans un registre désespéré.
On nous explique doctement que « ces postes sont vulnérables ». Ah bon ? On ne s’en serait jamais douté. On aurait presque pu croire que confier la sécurité, l’économie et la diplomatie du pays à des personnes potentiellement sous influence chimique était une bonne idée. Heureusement, grâce à cette campagne révolutionnaire, on saura… qu’on ne saura rien. Et c’est là toute la beauté du dispositif : il crée du savoir qui n’en est pas, de la transparence qui obscurcit, de l’exemplarité qui exemplarise surtout l’art de la dissimulation.
Parce qu’il faut bien l’avouer, l’idée qu’il y ait zéro consommateur de substances illicites parmi nos brillants dirigeants semble aussi crédible qu’un ministre de l’Intérieur qui prendrait le métro aux heures de pointe, poireautant sur le quai avec son titre de transport et son gobelet réutilisable.
En attendant, la France entière retient son souffle. Pas pour connaître les résultats, on ne les aura jamais, ils ont rejoint le grand cimetière des promesses de transparence où reposent déjà les déclarations de patrimoine « complètes mais pas tout à fait publiques » et les contrôles fiscaux des ministres « approfondis mais confidentiels ». Non, la France retient son souffle pour savoir si ce grand numéro de prestidigitation permettra quand même de lutter efficacement contre le trafic.
Parce que c’est bien joli de faire des tests salivaires dans les ministères, sous les ors de la République, pendant que les dealers continuent de tenir les halls d’immeubles. Mais tant qu’on ne publie rien, on peut toujours se dire que tout va bien. Que l’État est clean. Que le problème, vraiment, c’est les autres.
Après tout, dans la grande tradition républicaine, il est un principe qui semble désormais gravé dans le marbre : ce qui se passe à Matignon reste à Matignon. La confiance démocratique, elle, reste à la porte.
Prochain épisode : « Opération Transparence Totale sur les frais de représentation ». On vous promet déjà que les notes de restaurant resteront confidentielles, par respect pour la vie privée des homards et le secret-défense qui entoure, visiblement, tout ce qui pourrait ressembler à un début de redevabilité.
"Les réseaux sociaux ont donné le droit de parole à des légions d'imbéciles qui, avant, ne parlaient qu'au bar, après un verre de vin et ne causaient aucun tort à la collectivité. On les faisait taire tout de suite alors qu'aujourd'hui ils ont le même droit de parole qu'un prix Nobel. C'est l'invasion des imbéciles".
Umberto Eco
Généreuse, conviviale, amoureuse de nos terroirs, ainsi était Maïté - à l'image de sa cuisine.
Avec elle disparaît l'une des plus charismatiques ambassadrices de notre gastronomie et de nos traditions.
En pensée avec sa famille et tous ceux qui ont grandi avec la cuisine des mousquetaires.