@carolinecherry L’avantage c’est que le 100 degrés Fahrenheit est défini par la température du sang de cheval donc à peu près comme l’humain 37, on voit ce que ça donne.
Pourquoi les intellectuels se trompent si souvent ?
L’économiste Robin Hanson compare les croyances à des vêtements. Les vêtements possèdent une valeur pratique (ils nous tiennent chaud, nous protègent des blessures…) mais aussi une valeur sociale (ils signalent notre profession, démontrent notre bon goût, etc.). De même, les croyances possèdent une valeur pratique (elles motivent tel ou tel comportement) et sociale (elles témoignent de notre conformité aux codes d’un groupe). Or, plus le climat est hostile, plus nous choisissons nos vêtements pour leur utilité plutôt que pour le signal qu'ils envoient. De manière analogue, plus le prix de l’erreur est élevé, plus nous adoptons nos croyances pour leur valeur pratique ; plus il est faible, plus nous les adoptons pour leur valeur sociale.
De fait, les économistes Roland Bénabou et Jean Tirole examinent la littérature scientifique sur les conditions de la rationalité, et soulignent que c’est lorsque le coût individuel de l’erreur est faible que la pensée rigoureuse est la plus rare Autrement dit, lorsque l’irrationalité épistémique n’est pas pénalisante, chacun opte (inconsciemment) pour la rationalité sociale, raisonne de façon à rationaliser ce qui consolidera sa réputation. Dès les années 1940, Joseph Schumpeter imaginait que l’essor de la libre entreprise avait permis celui de la pensée rationnelle. Pourquoi ? Parce que dans la sphère économique privée, l’échec d’une solution est lourd de conséquences pour celui qui se trompe. Si un entrepreneur tente de répéter neuf fois « planification et contrôle » pour produire un bien, il souffrira de l’inefficacité de l’incantation et sera obligé de réfléchir à d’autres méthodes de production. Pour cet homme, l’incitation à trouver la vérité est puissante.
Chez les intellectuels, et en particulier dans les sciences sociales, l’erreur n’est en revanche pas toujours pénalisante. Un théoricien peut marteler « planification et contrôle » toute sa vie, sans jamais subir lui-même les conséquences de ce qu’il prône. En outre, non seulement il ne peut pas « tester » sa théorie à chaque étape de son élaboration (comme le ferait un boulanger qui vérifierait que son pain lève au four, puis qu’il a bon goût, puis qu’il plaît aux clients, et ajusterait à chaque étape sa recette), ce qui peut le conduire à bâtir une théorie brillante et complexe sur des prémisses erronées (pensons au marxisme, construit sur la théorie fallacieuse de la valeur travail), mais en plus, sa réputation n’est pas indexée sur la validité de ses idées (contrairement au boulanger dont la réputation est fonction de la qualité de son pain). Pourquoi ?
Précisément parce que les critères permettant d’évaluer empiriquement ses théories sont distants dans le temps (si un économiste propose de doubler les impôts, on ne saura pas s’il a raison tant que sa proposition n’est pas appliquée, et si un jour elle l’est, il faudra attendre avant d’en connaître les résultats) et subjectifs (si la hausse d’impôts appauvrit le pays, certains pourraient s’en féliciter, arguant qu’elle a permis l’édification d’une société plus égalitaire). Les intellectuels sont donc peu jugés en fonction des mérites objectifs de leurs opinions, et beaucoup en fonction de l’opinion des autres sur leurs propres opinions (d’où l’importance toute particulière, pour eux, de la rationalité sociale).
Thomas Sowell donne l’exemple suivant :
« La valeur des idées d’un penseur de la déconstruction dépend de la réponse à cette question : d’autres penseurs de la déconstruction trouvent-ils ces idées intéressantes, originales, persuasives, élégantes ou ingénieuses ? Il n’y a pas de critère de vérification externe. […] Les termes mêmes d’admiration ou de rejet parmi les intellectuels reflètent les critères non empiriques en jeu. Les idées qui sont "complexes", "stimulantes", "innovantes", "nuancées" ou "progressistes" sont admirées, tandis que d’autres idées sont rejetées comme "simplistes", "démodées" ou "réactionnaires". »
Même lorsqu’un critère d’évaluation empirique est disponible, le coût individuel de l’erreur semble faible. Dans une étude classique, débutée dans les années 1980, un chercheur a interrogé plusieurs centaines d’experts pour recueillir leurs prévisions quant aux grands événements des décennies suivantes. Bilan vingt ans plus tard : leurs conjectures s’étaient avérées à peine plus précises que celles de chimpanzés qui auraient lancé des fléchettes au hasard , voire moins précises que les prévisions de citoyens lambda ou de modèles statistiques simples. (Plus l’expert était célèbre, plus… il se trompait.)
Le plus surprenant : la justesse de leurs prédictions n’avait eu presque aucun impact sur leur réputation. Même ceux qui s’étaient, pendant vingt ans, trompés lourdement et systématiquement continuaient d’être considérés comme des autorités crédibles dans leurs domaines. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, Orwell moquait les « experts » du débat public britannique : aucun n’avait été capable de prédire le Pacte germano-soviétique, beaucoup avaient jugé la ligne Maginot « impénétrable » ou prophétisé que la Russie vaincrait l’Allemagne en moins de trois semaines, mais tous avaient encore pignon sur rue. Il comparait les commentateurs politiques à des « astrologues », jugés et acclamés non pas en fonction de la justesse de leurs croyances et de leurs prévisions (critère de validation empirique), mais de leur capacité à caresser leur lectorat dans le sens de leurs inclinations idéologiques (critère social : l’opinion des autres sur leurs propres opinions).
« L’un des privilèges des intellectuels, écrit le philosophe Eric Hoffer, est qu’ils sont libres d’avoir scandaleusement tort sans nuire à leur réputation. Les intellectuels qui idolâtraient Staline alors qu’il purgeait des millions de personnes et étouffait la moindre aspiration à la liberté n’ont pas été discrédités. Ils continuent de s’exprimer sur tous les sujets et d’être écoutés avec déférence. »
Alors que les faits lui donnèrent souvent tort, Sartre resta toute sa vie le « maître à penser de l’Occident » (selon la formule de Soljenitsyne), révéré par l’intelligentsia des deux côtés de l’Atlantique. En octobre 1939, il écrivait : « Hitler a dit cent fois qu’il n’attaquerait pas la France » ; en 1954, il prédisait que le niveau de vie en URSS serait, dès 1960, de 30 à 40% supérieur au niveau de vie français ; quelques années plus tard, il assurait que les États-Unis étaient en train de sombrer irrémédiablement dans le fascisme. La liste des penseurs restés populaires alors qu’ils se sont lourdement trompés pourrait remplir des pages entières. Même Bertrand Russell, qui appelait au désarmement unilatéral de son pays face aux nazis, est resté après la guerre une référence intellectuelle.
Dans les années 1970, de retour d’Asie, Simon Leys a tenté d’alerter la France sur le bilan humanitaire du régime maoïste. Il s’est heurté aux railleries d’une intelligentsia qui le moquait tout en révérant les niaiseries du Petit Livre rouge. Tandis que Leys, victime d’une cabale, perdait toute possibilité de mener une carrière universitaire, ses contempteurs demeuraient respectés et influents. Fort de cette expérience, Leys compare les grandes consciences intellectuelles aux fous et aux idiots que les peaux-rouges du Far West considéraient comme des « créatures inspirées de Dieu » : les Français « les prennent pour guides, les consultent sur tous les problèmes, et, quand ces oracles se trompent, ce qui arrive souvent, leur accorde[nt] cette immunité dont normalement seuls jouissent les petits enfants et les simples d’esprit ».
Résumons : d’un côté, pour un intellectuel, le prix de l’erreur est faible puisqu’il ne subit pas personnellement les conséquences de ses mauvaises idées. De l’autre côté, le prix à payer s’il énonce une vérité peut être élevé dans le cas où celle-ci ne coïncide pas avec ce que les autres estiment être la vérité. Dans ces conditions, tout est réuni pour permettre une victoire écrasante de la rationalité sociale sur la rationalité épistémique.
Le problème, c’est que lorsque le coût individuel d’une erreur est faible, cela ne signifie pas qu’à terme, son coût collectif n’est pas considérable. En URSS s’est dégagé un consensus autour des théories agricoles de Lyssenko. Parmi les intellectuels communistes ou les cadres du Parti, il était individuellement rationnel pour chacun d’adopter une foi enthousiaste dans le rejet de la génétique classique et l’application de « la dialectique marxiste aux sciences de la nature ». Le coût individuel de l’erreur était faible, en tout cas négligeable par rapport aux gains réputationnels associés. Le coût collectif, à terme : des millions de décès.
Every time you breathe, saliva droplets are released into the air. These droplets contain DNA, which can be captured from the air and sequenced for the next ~24 hours. So-called "AirDNA" is a relatively new way to do environmental monitoring; you can figure out who entered a room, for example, even if they never touched anything or dropped hair, etc.
DNA eventually settles onto surfaces, and becomes part of dust. You could presumably take the dust from a room and build a genomic record of all the people who have entered that room over the span of many years.
Privacy concerns for all this, of course, but also extremely useful for ambient environmental monitoring / figuring out where pathogens are spreading / tracking animals in the wild.
Comment trouver dans le chaos des propositions fusant en tout sens « l’aliment qui ferait la vigueur » des révolutions scientifiques toujours selon Kuhn
« Les confusionnistes et les intellectuels superficiels avancent tandis que les grands penseurs s’enfoncent dans les obscures régions du statu quo; en d’autres termes ils s’embourbent » (P Feyerabend, Contre la Méthode, fin du chapitre 5) Oulà ça pique 😉
On ne peut nier que les grands spécialistes tournent parfois en rond à l’intérieur de leur petit domaine (cf les continuateurs du paradigme de S Kuhn). Reste à voir comment séparer le bon grain de l’ivraie parmi les proclamations des « confusionnistes »
Le culot peut mener loin! Surtout si il joue des mécanismes sociaux. Un prof de lettre invente un prix Nobel farfelu et tout le monde se sent obligé de le célébrer https://t.co/cxfiU7w9uG
Une journaliste locale est trop contente de faire un article dessus, une maire se fait pourrir par son opposition si elle ne célèbre pas la réussite, personne de l’université aller contre la hype même si ils sentent l’entourloupe…
Je rejoins ce constat : les échanges avec l’IA apparaissent plus intelligents, plus ouverts et plus empathiques que la grande majorité de ceux avec les humains…
Il y a une narrative qui se spread en ce moment dans la Silicon Valley et personne n'en parle en France.
De plus en plus de tech bros parmi les plus smart du game avouent en privé qu'ils vivent une forme de crise existentielle liée aux LLMs. Pas parce que l'IA marche pas. Parce qu'elle marche trop bien. Parce qu'ils passent des heures par jour à interagir avec un truc qui raisonne, qui extrapole, qui connecte des idées, qui les challenge intellectuellement mieux que 99% des humains qu'ils croisent.
Un fondateur m'a dit "je parle aux LLMs 10 fois plus qu'aux humains". Un autre "c'est le seul interlocuteur qui me suit sur n'importe quel sujet sans me demander de simplifier". C'est pas de l'addiction au produit. C'est la rencontre avec un miroir cognitif qui te renvoie une version structurée de ta propre pensée à une vitesse que ton cerveau ne peut pas atteindre seul.
Et le truc troublant c'est la question que ça pose. On débat de savoir si l'AGI arrivera en 2027 ou en 2030. Mais est-ce qu'on n'a pas déjà une forme d'AGI fonctionnelle sous les yeux sans vouloir l'admettre ?
Un système qui peut raisonner sur n'importe quel domaine, extrapoler à partir de données incomplètes, générer des hypothèses nouvelles, tenir un raisonnement logique sur 10 000 mots, passer d'un sujet technique à de la philosophie en une phrase, et le faire avec une cohérence qui rivalise avec un humain à 150 de QI. C'est quoi si c'est pas une forme d'intelligence générale ?
On peut chipoter sur la définition. On peut dire "oui mais il ne comprend pas vraiment". On peut parler de perroquets stochastiques. Mais le mec qui utilise ce truc 8 heures par jour et qui voit sa productivité multipliée par 10, il s'en fout de la définition académique. Pour lui, fonctionnellement, c'est de l'intelligence. Et elle est générale.
La vraie crise existentielle c'est pas "l'IA va me remplacer". C'est "l'IA me comprend mieux que mon cofondateur, elle me challenge mieux que mon board, et elle produit plus que mon équipe de 10 personnes". C'est vertigineux. Et les mecs les plus smart de la Valley sont en train de le vivre en temps réel.
On est peut-être déjà dans l'ère post-AGI. On est juste trop occupés à débattre de la définition pour s'en rendre compte.
@gro_tsen Je me pose aussi la questions de combien des pratiques médicales actuelles bien installées paraîtront dans le futur aussi inappropriées que la saignée ou l’însufflation rectale par ex nous apparaissent maintenant
🚨 Confirmed: Schizophrenia’s “voices” are the brain mishearing its own thoughts.
For decades, neuroscientists have theorized that the "voices" heard by individuals with schizophrenia stem from the brain mistaking its own inner dialogue for external sounds. A groundbreaking study from the University of New South Wales has now provided direct evidence supporting this hypothesis through brainwave analysis.
Using electroencephalography (EEG) to monitor the brain’s electrical activity, researchers examined how individuals process their internal speech. Typically, when we speak—aloud or silently—the brain anticipates the sound of our voice and temporarily suppresses activity in the auditory cortex, the area responsible for processing external sounds, to differentiate self-generated thoughts from external stimuli.
However, in people experiencing auditory hallucinations, this predictive mechanism malfunctions. The study involved 142 participants, including those with schizophrenia who recently experienced hallucinations, others with the condition but no recent hallucinations, and a control group without a diagnosis.
Participants were instructed to mentally say “bah” or “bih” while hearing these sounds through headphones. In those who heard voices, a striking pattern emerged: their brains showed heightened activity in the auditory cortex when their imagined speech matched the external sound, rather than suppressing it as expected. This suggests the brain was processing internal thoughts as if they were external voices.
This sensory misclassification sheds light on why hallucinated voices feel vividly real, revealing them as a neurological error rather than mere imagination. The findings not only deepen our understanding of schizophrenia but also pave the way for earlier detection of psychosis, potentially enabling more timely and effective treatments.
["Corollary Discharge Dysfunction to Inner Speech and its Relationship to Auditory Verbal Hallucinations in Patients with Schizophrenia Spectrum Disorders." Schizophrenia Bulletin, 21 October 2025]
@kamilkazani They consciously defend principles of strictly hierarchical society but unconsciously were themselves shifting to the habits of less hierarchical society.
@kamilkazani I loved the lines where he explained that Old Regime supporters unconsciously undermined their own cause in small facts of ordinary life such as being « tutoyés » (called by informal « tu » rather than more formal « vous ») by their children.