J'ai touché à un tabou absolu : la subvention considérée comme un droit acquis, un droit à vie. Et le déchaînement de haine dont nous avons été l’objet – et dont nous sommes toujours l’objet – dit beaucoup du système où nous vivons : d’un côté, certains responsables politiques qui adorent distribuer l’argent du contribuable ; de l’autre, certaines associations qui considèrent que c’est un dû. La disproportion entre les attaques subies et les conséquences de nos choix en dit très long de notre rapport à la dépense publique.
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En 1907, on posait une pierre, on appelait le curé, et hop, on faisait tourner les machines.
Imaginez un peu : vous êtes en 2026, un entrepreneur Breton plein d’entrain, avec une idée de génie : monter une petite conserverie de petits pois et de pâté.
Pas de bol, on est au XXIe siècle.
Étape 1 : Achat des terrains - Vous repérez un joli champ à Pouldreuzic. Premier obstacle : l’enquête publique. Une association « Sauvons les limaces mélancoliques de Bretagne Sud » dépose un recours. Le préfet exige une étude d’impact sur la flore, la faune, les chauves-souris, les vents dominants et l’âme collective du village.
Pendant ce temps, un monument historique invisible à 47 km est découvert. Votre terrain devient subitement « zone de co-visibilité ». Il faut peindre l’usine en vert lichen certifié bio et la rendre semi-enterrée pour ne pas choquer les mouettes.
Bonus : un criquet protégé squatte la parcelle. Halte aux travaux !
Étape 2 : Pose de la première pierre (1907 : 4 jours après l’achat. Aujourd’hui : année 3)
Vous obtenez enfin le permis de construire. Sauf que l’association « Non aux Pois » (dirigée par un ancien cadre d’ONG reconverti en militant à temps plein) fait un référé. La commission de sécurité, la DDT, l’ARS, la DREAL, la DRAC et le Syndicat des Radiesthésistes Agréés veulent tous leur mot à dire.
Il faut aussi un bilan carbone, un plan de mobilité douce (vélo pour les camions ?), une étude sur les nuisances olfactives du pâté et une consultation des riverains à 10 km à la ronde.
Un voisin estime que « l’usine va baisser le prix de l’immobilier et attirer des touristes vulgaires ».
Étape 3 : Arrivée des autoclaves (1907 : 3 semaines. Aujourd’hui : 5 ans et demi)
Les machines arrivent enfin du port de Brest.Douane écologique : certification REACH, normes ISO 14001, label « Entreprise engagée pour la transition » (payant).
L’inspection du travail exige que les autoclaves soient accessibles aux personnes à mobilité réduite… même si c’est du lourd industriel. Un député écolo pose une question écrite à l’Assemblée : « Cette conserverie est-elle compatible avec les objectifs de neutralité carbone 2050 ? » Réponse du ministère : nouvelle étude.
Étape 4 : En 2026, pas de bénédiction religieuse. Mais une consultation citoyenne sur l’application « Démocratie Participative Locale » doit donner un avis sur le projet. Une pétition d'opposants sur le thème « Le petit pois, symbole patriarcal colonialiste ? » est lancée. L’avis de la Commission Nationale du Débat Public est sollicité du fait du montant du projet.
Étape 5 : Première production (1907 : 2 mois et demi après l’achat. Aujourd’hui : 2045, en Hongrie)
Vous finissez par produire vos premiers bocaux.Mais un contrôle de la DGCCRF révèle que l’étiquette n’est pas assez visible pour les malvoyants. L’usine doit être rebaptisée « Atelier de transformation durable et inclusif de légumineuses locales ». Et évidemment, un reportage d'Elise Lucet intitulé « Derrière le pâté : la face cachée de l’industrie bretonne » sort pile au lancement.
En 2026, on remplit 147 formulaires Cerfa, on finance 15 études, on négocie avec 8 administrations, on apaise 10 associations, et on finit par exporter l’idée en Pologne où tout le projet voit le jour en 9 mois.
Lecornu parle de "casse du siècle" sur le piratage de l'ANTS.
Sauf que c'est un casse de TP étudiant.
Une faille de 2007.
Avec 200 millions d'euros d'effet d'annonce par-dessus.
Le 15 avril 2026, deux choses se sont passées.
À Bruxelles, Ursula von der Leyen présente l'app européenne de vérification d'âge. "Techniquement prête". "Normes les plus élevées au monde" pour la vie privée.
À Paris, le même jour, l'ANTS détecte une intrusion massive.
11,7 millions de Français.
24h plus tard, le consultant Paul Moore poste la démo du hack de l'app d'Ursula.
Moins de 2 minutes.
Sur Android. Sans outil spécialisé.
Une édition de fichier de configuration.
Petit disclaimer.
Je m'exprime peu sur l'actualité cyber sur twitter.
J'ai 6 mandats en cours. Pas de chaîne YouTube à nourrir. Pas de newsletter à promouvoir.
Et zéro CVE recyclée en thread alarmiste cette semaine.
Donc oui, j'arrive après les 800 premiers "ENFIN UN EXPERT OSE PARLER".
Sans emoji feu. Sans hot take.
Mais le dossier est trop bien aligné pour le laisser aux threads-alerte.
L'ANTS, c'est quoi ?
Le portail unique pour ta carte d'identité, ton passeport, ton permis, ta carte grise.
Le socle de ton identité administrative.
Date de naissance, lieu de naissance, nom de naissance.
Une fois dehors, c'est dehors pour toujours.
La cause technique tient en quatre lettres.
IDOR.
Insecure Direct Object Reference.
Sans jargon : tu modifies un chiffre dans une URL, le serveur te renvoie le dossier d'un autre citoyen.
Pas de zero-day.
Pas de génie criminel.
Le pirate (15 ans, interpellé) a qualifié la faille de "vraiment stupide".
Il a raison.
Cette faille IDOR figure dans le top 10 OWASP depuis 2007.
L'iPhone venait de sortir.
Dix-neuf ans dans tous les manuels.
Analogie pompiers.
Tu n'attends pas que ta maison brûle pour appeler les pompiers.
Tu installes les détecteurs AVANT.
L'État français a fait l'inverse.
Il a payé sa caserne (l'ANSSI). Il a financé son portail (315M€ de budget ANTS).
Il découvre, le jour où ça brûle, que les détecteurs n'avaient jamais été branchés.
Réponse politique : 200 millions d'euros pour acheter de nouveaux détecteurs.
Sauf que les anciens étaient déjà budgétés.
Le moment où ça devient gênant.
Si tu es une PME qui laisse fuiter des données ?
Jusqu'à 4% du CA mondial d'amende CNIL.
500M€ d'amendes prononcées en 2025.
L'ANTS, agence d'État qui gère tes papiers ?
Pas de MFA côté dev. Pas de détection des aspirations massives.
DMARC en mode "p=none" depuis juillet 2019.
Sept ans sans politique anti-spoofing sur un domaine .gouv.fr.
L'État sanctionne les autres.
Et laisse une faille de première année sur son propre portail.
La paille dans l'œil du voisin.
La poutre dans le tien.
Maintenant, l'alignement du 15 avril.
Pendant que l'ANTS s'effondre sur une faille de 2007, on annonce à 450 millions d'Européens qu'ils vont devoir scanner leur carte d'identité pour accéder à Twitch.
Promesse : "normes les plus élevées au monde".
24h plus tard : app piratée en 2 minutes.
Le pattern qu'il faut nommer.
→ Back doors dans les messageries chiffrées
→ Chatcontrol et scan automatisé des messages privés
→ Carte d'identité pour les sites adultes (déjà en vigueur)
→ Carte d'identité pour les réseaux sociaux (l'app hackée)
Le motif est toujours le même.
"Donne-nous tes données pour ta sécurité."
Confiées à des acteurs publics qui n'arrivent pas à fermer un IDOR.
Le problème, ce n'est pas l'enveloppe.
L'État met déjà 700M€ à 1Md€ par an dans le cyber.
L'ANTS avait 315M€ de budget propre en 2026.
Le problème, c'est la discipline d'exécution.
Et ça, personne ne l'achète avec un chèque annoncé en pleine crise.
La cybersécurité n'est pas une arrière-pensée.
Ça se planifie EN AMONT.
Avant le code. Avant la mise en prod.
Avant qu'on demande à 450 millions d'Européens de scanner leur identité pour aller sur Twitch.
Tant qu'on traite la cyber comme une réaction à l'incident, on signera tous les chèques de 200 millions du monde sans corriger l'écart.
Et on aura, tous les six mois, un nouveau "casse du siècle".
La faille de l'ANTS est de 2007.
La discipline d'exécution qui aurait dû la corriger, on l'attend depuis aussi longtemps.
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