« L’écologie du bon sens », ou l’aveu d’un homme qui ne sait pas lire un système
Il y a une constante chez les responsables politiques qui se réclament du « bon sens » : ils confondent toujours une solution et un composant. Ils listent des briques : clim, bassine, dessalement… et traitent de dogmatique quiconque demande ce que la brique fait au reste du système.
C’est la faute d’ingénierie la plus basique qui soit. Ajouter un cache sans regarder la bande passante. Doubler la pompe sans vérifier la conduite. Ça se corrige en deuxième année d’école. Pas au ministère, apparemment.
Exemple. La clim ne détruit pas la chaleur, elle la déplace - plus le travail du compresseur. de Munck et al. (CNRS/Météo-France) : jusqu’à +2 °C de température de rue en généralisation sur Paris. Vous ne climatisez pas la ville. Vous climatisez chez vous contre votre voisin.
Et le pic de demande tombe le jour où le parc est contraint par l’étiage et les rejets thermiques. 2003, 2018, 2019, 2022. Demande ↑ et offre ↓, même instant, même cause. En ingénierie ça porte un nom : défaillance corrélée. Proposer de saturer le point de saturation, ce n’est pas du bon sens, c’est ne pas avoir lu le schéma.
Même chose sur l’eau. Sécuriser la ressource étend la surface irriguée et fait monter la consommation nette : Grafton et al., Science, 2018. Ce n’est pas un slogan de militant, c’est le paradoxe d’efficience, documenté depuis 160 ans.
Quant au dessalement, il enterre son propre argument. 3-4 kWh/m³, sur le littoral. Le prélèvement agricole français se compte en milliards de m³/an ; les plus grosses usines du monde en centaines de millions. Il faudrait en aligner des dizaines, à 300 km des côtes, en remontant. Ce n’est pas une solution refusée : c’est une solution délirante, hors gabarit.
Sur les feux, il désigne le seul acteur sans levier. Le moteur de l’accumulation de combustible, c’est la déprise rurale. Les vrais leviers : ~90 % de départs humains, et une conformité aux OLD autour de 30 % (rapport sénatorial 2022).
Et La Teste - son propre exemple - se retourne intégralement. Ce qui a bloqué la gestion préventive là-bas, c’est le statut de forêt usagère : droits d’usage médiévaux, morcellement, entretien DFCI dilué. Un problème de droit de propriété, transformé en procès des écologistes par quelqu’un qui n’a pas ouvert le dossier.
Le point commun de tout ça : chaque mesure d’adaptation a une enveloppe de fonctionnement. La clim tombe avec le réseau. La bassine ne se remplit pas après deux hivers secs. Le dessalement tombe avec le prix de l’énergie. L’adaptation achète des degrés, pas tous les degrés.
Alors non, le technosolutionnisme ce n’est pas aimer la technique. C’est croire qu’un système couplé se traite module par module - et appeler « dogme » l’exigence de vérifier les couplages.
Le contraire du bon sens, c’est exactement ça.
@Eco_SophieM@GeWoessner Le BRGM ne dit ni que c’est dangereux, ni que c’est sûr. Il dit qu’on ne peut pas conclure à partir de ce qui lui a été fourni.
Le BRGM a émis des réserves sur les études hydrogéologiques du projet, dans deux rapports (BRGM/RP-73880-FR, sept. 2024 ; RP-74213-FR, fév. 2025). La CLE du SAGE Nappes Profondes écrit en mars 2025 qu’il faudrait de nouveaux éléments « de manière à lever les réserves émises par le BRGM ». Le BRGM n’a en revanche pas rendu d’avis sur le projet : ce n’est pas son rôle.
https://t.co/5aZEeAeOBl
Exactement. Et le recours a un objet précis : deux rapports du BRGM, connus de tous les acteurs, n’ont pas été joints au dossier d’enquête publique.
L’insuffisance du dossier soumis au public est un moyen que le juge administratif retient régulièrement.
Le juge ne dira pas si le projet est bon. Il dira si l’autorisation est légale. C’est le contrôle, pas le blocage.
Le BRGM n’est pas une ONG : c’est un établissement public de recherche géologique. La CLE du SAGE est composée d’élus, d’usagers et de services de l’État. Le CSEG est un conseil scientifique.
Aucun des trois n’a vocation à construire des usines - ils ont vocation à évaluer, et c’est l’État qui les a saisis.
Personne ne demande à un contrôleur technique de construire des voitures.
Les opposants au projet ne contestent pas l’aquaculture. Le Conseil Scientifique de l’Estuaire, la Commission Locale de l’Eau et le BRGM n’ont pas rendu d’avis sur la pisciculture en général - ils ont rendu un avis sur un prélèvement de 270 m³/h dans une nappe dont la déconnexion d’avec l’Éocène n’a pas été validée.
Le potentiel de l’aquaculture face à la surpêche est une chose. La qualité d’un dossier hydrogéologique en est une autre.
Sur quoi vous appuyez-vous ? Il n’existe aucune enquête d’opinion locale au dossier. Le seul instrument disponible, l’enquête publique, a recueilli plus de 20 000 contributions dont 95 % défavorables - vous pouvez contester leur représentativité, mais alors vous n’avez rien non plus pour affirmer que les habitants sont pour.
Et l’argument emploi tient à un chiffre non validé : 250 postes annoncés, contre environ 70 pour le projet comparable de Boulogne-sur-Mer à 9 000 t. Le CSEG le relève explicitement.
Quant aux retraités du Médoc : ils boivent l’eau de l’Éocène comme tout le monde.
Le principe de responsabilité se défend à une condition : qu’il reste quelqu’un de solvable à sanctionner quand le dommage survient.
Ici, l’État vient de supprimer les garanties financières ICPE via le statut PINM. L’exploitant est une SAS dédiée, le capital vient d’un fonds singapourien. Dans quinze ans, on sanctionne qui ?
Et on répare quoi ? Une amende ne repousse pas un biseau salé hors d’un aquifère captif. La responsabilité ex post fonctionne pour ce qui se répare.
Vous voulez ce régime ? Alors exigez les garanties financières qui vont avec. C’est la version cohérente de votre propre principe.
D’accord sur la méthode : on avance en regardant les risques, pas en bloquant par principe. Alors regardons.
« Un risque » au singulier ? Le CSEG en liste une dizaine, et rend un avis défavorable à l’unanimité : subsidence et submersion du site, bilan GES absent du dossier d’enquête publique, aucune ligne HT étudiée pour 80 GWh à prendre sur le réseau, 20 % seulement du flux rejeté passant par le traitement complet.
Sur la surveillance : une intrusion saline dans un aquifère captif ne se corrige pas en arrêtant les pompes. La surveillance détecte, elle ne répare pas. Et le statut PINM supprime les garanties financières ICPE : le coût d’un échec revient à l’État.
Surveiller un risque irréversible sans garantie financière, ce n’est pas être adulte, c’est parier.
Principalement, non. En volume, le produit principal du dessalement mondial c’est la saumure : 142 millions de m³/jour de saumure contre 95 millions de m³/jour d’eau douce (Jones et al., Science of the Total Environment, 2019). Soit 1,5 L de rejet hypersalin par litre d’eau potable.
Sur la côte israélienne, cette saumure sort à ~80 g/L, le double de la salinité normale.
En Méditerranée, les herbiers de posidonie en subissent les effets depuis des années et la posidonie, c’est la nurserie et le puits carbone du littoral.
De rien.
Ce sont des responsables de la filière maïs.
Éric Frétillère préside Irrigants de France et est vice-président de l’AGPM ; Franck Laborde préside l’AGPM et exploite 100 ha irrigués de maïs semence, grain et doux. Leur expertise agronomique est réelle et je ne la conteste pas.
Mais leur mandat est explicite : garantir l’accès à l’eau pour la filière maïs. Ce n’est pas un procès d’intention, c’est écrit noir sur blanc dans leurs propres communiqués. Renvoyer vers eux pour arbitrer la question du partage de l’eau, ce n’est pas convoquer des spécialistes neutres.
Sur l’hydrologie, la référence n’est pas syndicale. Ils sont tous deux en Adour-Garonne : le bassin où l’agriculture pèse 83 % de la consommation (SDES), et celui qu’Explore2 place en tête des dégradations : étiages jusqu’à -40 %, jusqu’à -60 % au Sud.
Alors regardons leur bassin. Explore2 publie 187 fiches par secteur hydrographique. Le Gave d’Oloron et la Dordogne y figurent. Je lirai avec intérêt ce qu’ils en disent.
@sjowall69@Nain_Portekoi@FB_divers Ce qui est insupportable, c’est de proposer deux EPR pour aller chercher de l’eau à 200 km pendant qu’on dégrade celle qui coule déjà sous nos pieds.
Ça ne serait pas une opposition de principe : L’Espagne compte ~1000 usines de dessalement, Barcelone en tire un tiers de son eau potable. Ce qui s’y oppose, c’est ρgh.
Ton programme existe déjà d’ailleurs : il s’appelle le cycle de l’eau, il est solaire, il tourne H24, il livre 500 milliards de m³/an sur la France jusqu’à 4 800 m d’altitude, et il est gratuit. Le soleil y consacre l’équivalent de ~600 fois la production électrique française.
Le problème n’est pas de le remplacer. C’est qu’on a drainé, tassé et bétonné les sols qui le stockaient.
Alors comment expliquez-vous que le Parc Naturel Régional du Médoc et le Parc Naturel Marin de l’estuaire aient donné un avis favorable ? Ce sont des structures de protection de la nature.
Votre « TOUS » vient de tomber.
Et ceux qui ont émis des réserves ne sont pas des écolos : le BRGM est un établissement public de recherche géologique, la CLE du SAGE est composée d’élus et de services de l’État, le CSEG est un conseil scientifique.
Dites-moi lequel des trois est pavlovien.
Le stockage fait partie des solutions. Et la restriction seule n’est pas une politique, c’est un aveu d’échec de planification.
Le désaccord n’est donc pas sur le principe, il est sur trois conditions sans lesquelles le stockage aggrave le problème qu’il prétend traiter.
1. Sous plafond de volumes. C’est le résultat de Grafton (Science, 2018) : sans plafond, on étend les surfaces avec l’eau « économisée » et la consommation nette augmente. Le stockage doit être adossé à une allocation, sinon il ne fait que déplacer la contrainte d’un cran.
2. Rempli sur un excédent réellement excédentaire. Le prélèvement hivernal n’est pas gratuit : une partie soutient l’étiage du printemps suivant. Ça se démontre bassin par bassin, sur la base des débits et des niveaux, pas par un principe national. Là où l’excédent hivernal existe - et vos propres chiffres montrent qu’il augmente sur les deux tiers nord - le stockage est légitime. Ailleurs, il faut le prouver avant de creuser.
3. Compté honnêtement. L’évaporation des stockages artificiels, estimée à environ 1 Gm³/an par France Stratégie, n’entre dans aucun bilan. Et une retenue dite « de substitution » doit effectivement substituer : réduction vérifiée des prélèvements estivaux, pas addition.
Ajoutez-y la REUT, où la France est à moins de 1 % contre 14 % en Espagne, et vous avez une politique.
Sur ce programme-là, ok.
Eau et chaleur ne sont pas deux problèmes, c’est le même : la transpiration est le seul système de refroidissement de la plante. Plus de chaleur = plus d’évapotranspiration = plus d’eau nécessaire pour le même rendement. Stomates fermés, la feuille monte de plusieurs degrés au-dessus de l’air.
Le vrai constat, c’est que ce couplage devient perdant : passé ~35 °C à la floraison du maïs, la viabilité du pollen s’effondre - même irrigué. Les m³ d’eau ne rachètent plus rien. On prélève sur les milieux pour un rendement qui ne vient pas.
Mais vous avez raison sur la mutation. Avec une nuance : l’enjeu n’est pas de rendre le maïs résistant à 38 °C, on ne sait pas faire. C’est de déplacer la floraison hors de la fenêtre où ces 38 °C tombent. Assolement, variétés précoces, décalage des cycles.
On évite le seuil au lieu d’essayer de l’acheter au m³.
« Cellule nationale sécheresse. Trésorerie. Prise en charge de cotisations. Dérogations. »
→ Communiqué d’août 2026.
→ Déjà le comité national sécheresse de juillet 2022.
→ Déjà les cotisations MSA prises en charge en juin 2023.
98 départements en alerte. −150 €/ha en blé tendre.
Quand « exceptionnel » revient tous les étés, ça s’appelle la moyenne !
Et pendant ce temps, le filet se rétracte. L’Indemnité de Solidarité Nationale, censée depuis 2023 remplacer les calamités agricoles, indemnise les non-assurés à 28 % en grandes cultures cette année. 21 % en 2027. 14 % en 2028.
Moins de droit. Plus de plans d’urgence discrétionnaires, annoncés chaque mois d’août.
Que de la réparation. Zéro adaptation. Rien sur l’assolement, l’autonomie fourragère, la couverture des sols, le calendrier hydrique.
On rembourse les dégâts d’un système qu’on refuse de changer. Chaque année un peu plus cher !
Vos chiffres sont exacts mais trois d’entre eux disent l’inverse de votre conclusion.
2,8 M ha équipés pour 1,8 M ha irrigués. Vous venez de signaler un million d’hectares de capacité installée non utilisée. Cette capacité ne dort pas au hasard : elle s’active en année sèche, c’est-à-dire exactement quand la ressource manque. La moyenne dit 6,8 % de la SAU ; la pointe dit autre chose. Un réseau se dimensionne sur la pointe, pas sur la moyenne - c’est vrai pour l’électricité, ça l’est pour l’eau.
« 1,7 % de la pluie efficace ». Troisième version du même dénominateur. La pluie efficace est annuelle et nationale ; l’irrigation est estivale et concentrée dans quelques bassins. En Adour-Garonne, l’agriculture pèse 83 % de la consommation du bassin (SDES). Le ratio national ne mesure aucune tension, il la dilue.
La répartition par culture. Elle est en surfaces, pas en volumes ni en calendrier. Et c’est là que ça se joue : le blé irrigué, c’est 1 à 4 passages au printemps. Le maïs en Poitou-Charentes, c’est 230 à 270 mm, soit 8 à 9 tours d’eau, entre juin et août (Arvalis). Même part de surface, pression sur l’étiage sans commune mesure. Additionner des hectares de vigne, de blé et de maïs pour conclure « le maïs n’est que 38 % » revient à additionner des veilleuses et des radiateurs pour parler de pointe électrique.
Personne ne parle de pillage. On parle de concordance de phase. Vos chiffres la documentent, ils ne la réfutent pas.
Pure Salmon a un site jumeau au Japon : Tsu, préfecture de Mie, même capacité annoncée de 10 000 t, même groupe, même technologie. C’est le seul point de comparaison réel pour Le Verdon.
Où en est-il ? 👇
- Travaux démarrés en 2020. Calendrier annoncé à l’époque par le porteur : écloserie en service fin 2024, installation achevée sur l’exercice 2025, puis 10 000 t/an à pleine capacité.
- La réalité : les premiers œufs ont été placés en écloserie le 14 mai 2026. Les premiers poissons sont entrés en bassins d’alimentation le 23 juillet. La construction du reste de l’installation se poursuit. Six ans après le premier coup de pioche, toujours zéro kilo commercialisé.
https://t.co/t85TNY5Wty
- Entre-temps, le fournisseur de technologie a changé. Le projet japonais devait utiliser AquaMaof. Après la rupture entre AquaMaof et 8F en janvier 2022, il utilise Pure Salmon Technology, société sœur du groupe. Un changement de moteur en cours de chantier.
- Et le financement a dû être complété en avril 2026 : 180 M$ de preferred notes menés par Fortress Investment Group, en complément de dette senior et mezzanine. Les preferred notes offrent un rendement supérieur aux obligations, mais un rang inférieur en cas de faillite.
- Pour être complet : Proximar Seafood récolte déjà du saumon atlantique en RAS près du mont Fuji, et vise 5 300 t en 2027. Donc c’est faisable. Mais Proximar a aussi perdu 50 000 poissons en février 2024 et 550 t en mai 2025. La maîtrise n’est pas acquise, elle s’apprend.
Rien de tout ça ne dit que Le Verdon échouera. Ça dit qu’on autorise 10 000 t en France pendant que le seul projet équivalent du même groupe, lancé six ans plus tôt, en est aux premiers alevins.
Le mot du CSEG pour qualifier ça : « expérimentation ».