Contrairement à ce que laissent entendre toutes les prises de parole un peu basiques ces temps ci, l’arrêt de la mono culture du pin dans les Landes et en Gironde pose pleins de questions. Ce sont des régions marécageuses et sableuses, on a planté des pins pour les rendre ⤵️
@Lejeune_paris@EricKLein_@X@lemondefr@BernardArnault En effet! Je me suis trompé. C’est le quotidien Libération et L’Humanité qui tirent des subventions publiques une part importante de leur revenu (apparemment sans que ce soit majoritaire, mais il y a un peu de flou sur le CA réel)
La moitié du Bassin évacuée.
Pas nous, Dieu merci.
Notre tournoi de bridge annulé quand même, et interdiction de sortir le bateau....
...C'est le Covid 2.0....
On a connu des étés plus agréables.
Est-ce que son propos vous scandalise ? Sérieusement ?
C’est probablement parce qu’il le formule avec un vocabulaire pauvre, sans emballage universitaire, sans phrases interminables, sans concepts fumeux et sans le vernis sacerdotal de la sociologie française. Mais le fond de son propos n’a rien de marginal. C’est exactement ce qu’une partie des sciences sociales françaises raconte depuis des décennies avec un ton docte : l’école serait une machine à reproduire les dominations, le mérite serait une fiction bourgeoise, l’examen serait un dispositif de tri social, et la réussite scolaire des héritiers ne serait que la transformation du capital culturel familial en diplôme légitime.
Autrement dit, ce jeune enseignant rend visible l’arnaque. Quand il dit qu’il faut laisser passer la triche parce que certains élèves seraient défavorisés par leur origine sociale, leur famille, leur quartier, leur rapport à la langue ou leur expérience du racisme, on comprend immédiatement l’absurdité du raisonnement. Mais dites la même chose avec Bourdieu et Passeron, parlez de "violence symbolique", de "capital culturel", de "reproduction sociale", de "dispositif docimologique" , et la bêtise change de statut. Elle ne s’appelle plus complaisance, elle s’appelle sociologie critique. Les Héritiers, 1964. La Reproduction, 1970.
C’est cela qu’il faut comprendre !
La version TikTok choque parce qu’elle enlève le costume. Elle montre à nu ce que l’Église de sociologie a longtemps rendu respectable : l’idée que l’individu ne réussit jamais vraiment, qu’il n’échoue jamais vraiment, qu’il n’est qu’un produit de structures, de dominations, de capitaux hérités et de rapports de force symboliques.
À partir de là, même la triche peut devenir une réparation. Même la fraude peut devenir un acte de justice sociale. Même l’abandon de toute exigence peut devenir une résistance à l’ordre dominant.
Il lui aurait suffi de ne pas parler comme un cassos des réseaux sociaux. Il aurait fallu trois concepts, un ton pédant, une citation de Bourdieu, une autre de Dubet, éventuellement Lahire pour l’inégalité des enfances, et France Inter aurait trouvé cela profond.
Le problème n’est donc pas qu’il dise quelque chose d’inédit. Le problème est qu’il dit crûment ce que des générations de sociologues ont maquillé en pensée savante.
🇫🇷 Le Canard enchaîné a dévoilé que le Cese, le Conseil économique, social et environnemental, un organisme d’État peu connu et à l'utilité purement consultative, a lancé un appel d'offres de 285 000 euros afin qu'un communicant définisse la « raison d'être » du Conseil et en fasse une « plateforme de marque ».
Le Conseil, qui ignore lui-même son identité, coûte entre 35 et 45 millions d'euros aux finances publiques chaque année.
🚨 Il drogua 248 femmes dans son bureau d'État. Personne n'a été jugé.
Il était Haut Fonctionnaire à l'Égalité au ministère de la Culture.
Entre 2009 et 2018, il convoquait des femmes pour de faux entretiens d'embauche. Il glissait du Furosémide dans leur café — un diurétique puissant — pour les forcer à uriner devant lui. Il les photographiait à leur insu.
📌 248 victimes recensées
📌 180 parties civiles constituées
📌 Des candidates, des collègues, une sous-préfète
Dans les couloirs, son surnom : "le photographe".
Ce que l'État a fait :
🔴 2013 — Plainte. Classé sans suite.
🔴 2015 — Victime éconduite au commissariat.
🔴 2016 — Deux courriers aux ministres. Zéro réponse.
🔴 2018 — Mis à pied après une victime de trop.
Pendant ce temps, il siégeait au Haut Conseil à l'Égalité. C'est à lui que les victimes auraient dû se plaindre. C'est pour ça que personne ne l'a fait.
Révoqué en janvier 2019. Mais en 2025, il donnait encore des cours en école de commerce — sous un faux nom : Bernard Genre.
En 2023, le tribunal condamne l'État : entre 11 000 et 16 000 € par victime. Pour 9 ans de soumission chimique au travail.
Le 4 juin 2026, nouvelle audience. Le procès pénal n'a toujours pas eu lieu.
Ce n'est pas l'histoire d'un prédateur isolé.
C'est l'histoire d'une institution qui l'a protégé pendant 9 ans.
RT si l'État doit répondre.
🚨🎭 🇵🇸 SIGNALMENT : Frédéric Biessy (@FredericBiessy), figure de la gauche culturelle parisienne, directeur et copropriétaire des théâtres de la Scala à Paris et à Avignon (@Projet_Scala), pour son rôle dans les graves événements survenus lors d’une représentation scolaire le 4 juin 2026.
Parmi les 350 participants se trouvaient notamment une classe d’un établissement confessionnel juif ainsi qu’une classe du Lycée Pasteur de Neuilly-sur-Seine comptant plusieurs élèves de confession juive.
Devant cette assemblée de lycéens, Frédéric Biessy (@BiessyF) prononce un discours dans lequel il s'en prend à Donald Trump, Vincent Bolloré puis au « Chef », au « Pire de Tous » Benjamin Netanyahou, tout en reprenant des références à la « libération de la Palestine » sous les acclamations du public. La sous-directrice apporte à son tour son soutien à cette intervention. La tension monte.
Heurtés par ce discours hors de propos, les élèves juifs quittent la salle pour se concerter dans la rue sur leur participation, la prof de français du lycée Pasteur les convainc de revenir la tête haute pour présenter la pièce qu’ils préparent depuis 1 an, ils n'en joueront qu'une partie.
Lors de la pause, ils sont identifiés et violemment pris pour cible aux cris de :
« Free Free Palestine ! » « Free Gaza ! »
« Vous n’êtes que des pleurnichards ! »
Et même un :
« On va tous vous génocider »
La situation devenant intenable, l'enseignante accompagnant les élèves de Pasteur décide de mettre fin à leur participation avant la seconde représentation.
Au moment de quitter définitivement la salle, le groupe est hué, insulté et humilié. « Cassez-vous ! », « On ne veut pas de vous ici ! ». Certains élèves se font cracher au visage.
Aucun des enseignants présents, ni Frédéric Biessy, n’intervient pour mettre fin à ces comportements antisémites.
Un théâtre se revendiquant « d’intérêt public » et soutenu par l’argent du contribuable ne devrait jamais devenir le lieu où des lycéens juifs sont pris pour cible en raison de leur identité.
Ce jour-là, au Théâtre de la Scala, un parfum des années 30 a traversé la salle et les esprits..
cc @catherinepegard@MinistereCC@education_gouv@auroreberge@MBiessy@Academie_Paris@iledefrance@Paris
L’argument darmanesque selon lequel “on ne peut pas construire de prisons car les riverains refusent” est grotesque. On construit pourtant des centres pour migrants et des logements sociaux malgré les oppositions locales.
La vérité est simple : tant qu’il n’y aura pas plus de places de prison, aucune réforme ne changera grand-chose. Les juges n’incarcéreront pas davantage s’il n’y a nulle part où mettre les condamnés.
En 2017, Macron avait promis 15 000 places de prison.
9 ans plus tard : 4 500 places
Le juge qui proposait sa fille mineure à violer sur des sites internet échangistes n'a pas été révoqué et le CSM rejette la révocation du vice-procureur camé absentéiste donc oui, le CSM est problématique.
Dans un Etat de droit, la magistrature n'est pas un abri pour cas sociaux.
Après l’affaire Lyhanna, toute la France a entendu parler entre autre de la responsabilité des magistrats.
Justement, parlons-en factuellement.
Un magistrat du paquet du 93 a acheté et consommé de la drogue pendant plusieurs années. Au point, selon la procédure disciplinaire, de ne plus être en mesure d’exercer correctement ses fonctions.
Pendant cinq années, il a donc financé un trafic qu’il était chargé de combattre jusqu’à se procurer sa drogue auprès d’un dealeur sur le même ressort territorial 😳.
La sanction infligée à ce magistrat ?
Pas de révocation.
Pas d’exclusion de la magistrature.
Juste une rétrogradation et un changement de poste, mais c’est une blague ?
Sans généraliser ni faire le procès des juges, est-ce que l’institution judiciaire mesure le signal calamiteux envoyé aux Français 🇫🇷 ?
Dans un pays rongé par le narcotrafic, où des innocents meurent sous les balles des trafiquants, peut-on considérer qu’un magistrat ayant participé à cette économie criminelle conserve sa place dans la magistrature, qu’il soit bon ou pas d’ailleurs ?
Qu’en pense Gérald Darmanin ?
Qu’en pense Emmanuel Macron ?
🔴⚖️ Port-Sainte-Marie (47) - Peine réduite en appel pour celui qui avait tué Mélanie Lemée, gendarme, lors d'un refus d'obtempérer.
Lors du 3ᵉ refus d'obtempérer de la soirée, Yassine E.A., sans permis, sous cannabis/cocaïne, transportant 160 g de cocaïne, percute la gendarme à env. 150 km/h sans freiner.
Il avait ensuite tenté de fuir à pied.
Mélanie Lemée, également championne de judo, est morte en bord de route, l'un de ses collègues lui tenant la main alors qu'elle agonisait.
L'une de ses jambes avait été retrouvée à 50 m.
Le casier de Yassine E.A comportait déjà plusieurs condamnations pour délits routiers et stups.
Condamné à 26 ans de réclusion en appel.
Il encourait la confirmation des 30 ans de réclusion de la première instance.
(Source : Sud Ouest/La Dépêche/L'Essor - Photos : DR/archives Thierry Breton)
Je me suis longtemps passionné pour la psychologie, et une période m'obsède plus que toutes les autres.
L'après-guerre.
Le moment où des chercheurs se sont posé la question la plus dérangeante du siècle: comment l'Allemagne nazie avait-elle transformé des pères de famille ordinaires en bourreaux de camp?
La réponse, ils ne l'ont pas trouvée chez des monstres. Ils l'ont trouvée chez des hommes parfaitement banals.
Hannah Arendt a appelé ça la banalité du mal. L'historien Christopher Browning, en étudiant le bataillon de réserve 101 (des policiers d'âge mûr, des pères, des commerçants), a montré que ce ne sont pas des fanatiques qui ont fusillé des civils, mais des hommes normaux incapables de désobéir au cadre dominant.
Puis vint Milgram. À Yale, environ deux tiers de gens ordinaires ont infligé ce qu'ils croyaient être des décharges mortelles, simplement parce qu'une autorité en blouse blanche le leur ordonnait. L'expérience de la prison de Stanford a montré la même chose sous un autre angle: donnez à quelqu'un un rôle et un cadre, et il s'y conformera jusqu'à l'inhumain.
La leçon n'est pas allemande. Elle est humaine.
Le mécanisme s'active dès qu'un cadre moral dominant fait craindre la sanction sociale plus que ne compte le témoignage de ses propres yeux. L'individu cesse de voir ce qu'il voit. Il voit ce que le cadre l'autorise à voir.
Maintenant, regardez Southampton.
Henry Nowak, 18 ans, poignardé, allongé au sol, répète aux policiers « j'ai été poignardé », « je ne peux plus respirer ».
Réponse de l'officier: « I don't think you have, mate. »
Pendant ce temps, son meurtrier retourne la situation d'une phrase: il aurait été victime d'une agression raciste. Quatre mots ont suffi pour déplacer le soupçon de l'agresseur vers la victime.
Et l'officier a obéi. Pas à un ordre. À un cadre.
Un cadre qui lui a appris, pendant des années, qu'une plainte pour racisme est l'accusation la plus dangereuse de sa carrière. Plus dangereuse, dans son réflexe conditionné, qu'un corps qui se vide de son sang devant lui.
Exactement le mécanisme de Milgram, de Browning. Un homme normal qui cesse de croire ses propres yeux parce qu'un cadre moral lui a appris ce qu'il devait craindre.
C'est précisément ça qui me terrifie.
Souvenez-vous: le monde entier s'est agenouillé pour quatre mots, « I can't breathe ». Des entreprises, des gouvernements, des stades entiers.
Henry a prononcé les mêmes mots, en train de mourir. Il n'y aura ni genou à terre, ni hashtag, ni minute de silence.
Parce que sa mort ne sert pas le cadre. Elle le contredit.
Et un système qui apprend à une société entière à faire passer l'accusation de racisme avant les faits, avant le corps, avant la vie, n'est pas une posture morale inoffensive.
C'est une machine à fabriquer des hommes qui, face à un enfant en train de mourir, choisissent les menottes.
La prochaine fois que tu vois une âme perdue défendre le socialisme économique ou le communisme comme un modèle de vertu, partage lui ce post. Ça évitera peut-être une nouvelle boucherie.
« On n'a jamais vraiment essayé le vrai communisme. »
Si. On a essayé. Une vingtaine de fois. Sur quatre continents. Pendant un siècle. Et on a les chiffres.
Chine, Grand Bond en avant (1958–1962). Les historiens indépendants ayant accédé aux archives provinciales convergent sur une fourchette de 30 à 45 millions de morts. Frank Dikötter (Université de Hong Kong), à partir des archives du PCC, retient 45 millions, dont 2,5 millions battus à mort ou exécutés par la milice. Yang Jisheng, ancien journaliste de l'agence Xinhua, dix ans d'enquête, retient 36 millions dans Stèles. L'historien chinois Yu Xiguang, vingt ans de recherche, monte à 55 millions. Pour donner une échelle : c'est la totalité des morts de la Seconde Guerre mondiale, concentrée sur quatre ans, dans un seul pays, sans guerre.
URSS. Holodomor 1932–1933, famine planifiée en Ukraine, reconnue comme génocide par le Parlement européen le 15 décembre 2022. Goulag, Grandes Purges 1936–1938, déplacements forcés de populations entières. Le bilan retenu par le Livre noir du communisme tourne autour de 20 millions de morts pour l'ensemble de la période.
Cambodge, Pol Pot. Environ 2 millions de morts en moins de quatre ans, soit près d'un quart de la population. S-21, Choeung Ek, évacuation forcée des villes en quelques jours.
Corée du Nord, Vietnam, Europe de l'Est, Afrique communiste, Amérique latine. Encore plusieurs millions cumulés.
Bilan global retenu par le Livre noir du communisme : environ 100 millions de morts. Chiffre repris en 2006 par la résolution 1481 de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, et en 2023 par une résolution au Parlement européen. On peut discuter la marge — 80, 90, 100 millions selon les méthodologies — mais comme l'écrivait Laurent Joffrin dans Libération, pourtant pas suspect de complaisance avec la droite : à 60 millions au lieu de 100, le communisme deviendrait-il présentable ?
Et le contre-exemple « doux » ? Venezuela. Pas de goulag, pas de famine planifiée. Juste l'application méthodique du programme. Résultat sur dix ans : le PIB s'est contracté de plus de 75 % entre 2014 et 2021 — la plus grande contraction économique en temps de paix depuis 45 ans selon l'Institute of International Finance. Inflation annuelle de 130 060 % en 2018 selon la Banque centrale du Venezuela elle-même, dépassant 1 000 000 % la même année selon le FMI. Près de 8 millions de personnes — soit environ 25 % de la population — ont quitté le pays. Le plus grand exode de l'histoire de l'hémisphère occidental sur les 50 dernières années selon l'OEA et le HCR. En 2024, 82 % des Vénézuéliens vivaient dans la pauvreté, dont 53 % en extrême pauvreté.
Zéro exception. Zéro contre-exemple.
À chaque fois la même mécanique. Une caste auto-proclamée vertueuse s'empare du pouvoir au nom du peuple, et finit en nomenklatura planquée dans des datchas pendant que 99 % de la population fait la queue pour du pain. Quand Maduro distribuait ses CLAP — boîtes alimentaires rationnées et militarisées — c'était la même logique que Brejnev dans les magasins réservés de la nomenklatura, soixante ans plus tard, sous un drapeau différent.
Hayek avait tout prédit en 1944, dans La Route de la servitude. Et Mises encore avant, en 1920, avec le problème du calcul économique : quand tu remplaces les prix du marché par la planification centrale, tu détruis l'unique mécanisme capable d'agréger l'information dispersée dans des millions de têtes. Il te faut donc une autorité qui décide à la place de tous. Cette autorité ne peut pas connaître ce qu'elle prétend planifier, donc elle impose par la contrainte. Et comme ça échoue toujours — voir Venezuela, qui a appliqué la séquence à la lettre : contrôle des prix par la Fair Prices Act de 2014, puis nationalisations, puis hyperinflation, puis rationnement militarisé — il faut contraindre de plus en plus fort pour survivre.
La tyrannie n'est pas un dérapage du socialisme. C'est son équilibre logique.
Le capitalisme de marché n'est pas parfait. C'est juste le seul système connu dans l'histoire où des millions d'inconnus coopèrent sans qu'une caste armée les y oblige.
Les morts de Kolyma, du Laogai, de S-21 et des rues de Caracas vous demandent de ne pas recommencer.
J'adore me tromper, ça me permet d'apprendre. Si tu penses que je me trompe sur un point précis, dis-le moi dans les commentaires, je lis tout.
Après la French Theory, il faut remonter d'une génération. Parce que la French Theory n'est pas tombée du ciel : elle a poussé sur un terrain défriché par deux hommes. Deux Français. Deux Prix Nobel. Deux destins opposés qui éclairent, mieux que mille manuels, ce que nous avons fait de bien et ce que nous avons fait de mal au XXe siècle. Sartre et Camus.
Commençons par le second, parce qu'il mérite qu'on commence par lui.
Albert Camus naît en 1913 dans une famille de pieds-noirs pauvres de Mondovi, en Algérie française. Son père meurt à la Marne quand il a moins d'un an. Sa mère, femme de ménage, est à demi sourde et quasi analphabète. Il grandit à Alger, dans deux pièces sans eau courante, avec sa grand-mère qui le bat. Il attrape la tuberculose à 17 ans, ce qui le poursuivra toute sa vie. Tout, dans son origine, lui ordonnait le ressentiment. Tout, dans sa vie, refuse le ressentiment.
Il est boursier. Il est instituteur, puis journaliste à Alger Républicain où il écrit, dès 1939, des reportages sur la misère kabyle qui restent parmi les plus honnêtes jamais produits sur la condition coloniale. Il entre dans la Résistance, dirige Combat sous l'Occupation, écrit dans la clandestinité avec une corde autour du cou. Il publie L'Étranger en 1942, Le Mythe de Sisyphe la même année, La Peste en 1947, L'Homme révolté en 1951. Il reçoit le Nobel en 1957, à 44 ans, et dit qu'il aurait préféré le voir aller à Malraux. Il meurt en 1960 dans un accident de voiture stupide, sur une route de l'Yonne, à 46 ans, avec dans sa sacoche le manuscrit inachevé du Premier Homme, qui est peut-être le plus beau livre français du siècle.
Voilà la vie. Maintenant, l'œuvre, en une phrase : Camus a passé sa vie à dire que rien n'autorise l'homme à tuer un autre homme au nom d'une idée. Rien. Pas la révolution, pas le sens de l'histoire, pas le bonheur futur de l'humanité, pas le tribunal du peuple, pas la nécessité dialectique. Rien.
C'est cette phrase qui le perdra dans le Paris intellectuel d'après-guerre. Parce qu'à Saint-Germain-des-Prés, en 1951, dire cela c'était trahir. Trahir qui ? Le sens de l'histoire. Trahir quoi ? La cause. Et qui prononce l'excommunication ? Sartre.
Passons à lui.
Jean-Paul Sartre naît en 1905 dans une famille bourgeoise parisienne. Père officier de marine mort tôt, mère qui le ramène chez son grand-père Karl Schweitzer, germaniste réputé, oncle d'Albert. Il grandit dans une bibliothèque. Khâgne à Louis-le-Grand, École normale supérieure, agrégation de philosophie. Il enseigne au Havre, à Berlin, à Laon, à Paris. Il écrit La Nausée en 1938, L'Être et le Néant en 1943, et invente l'existentialisme parisien dans les caves de Saint-Germain. Il refuse le Nobel en 1964 — geste élégant, le seul peut-être de toute sa carrière publique. Il meurt en 1980. Cinquante mille personnes suivent son cercueil au Montparnasse.
Et qu'a-t-il fait, entre ces deux dates, de l'intelligence prodigieuse qui lui avait été donnée ?
Il a menti. Il a menti froidement, savamment, longuement, sur le siècle le plus meurtrier de l'histoire humaine.
En 1954, Sartre fait son premier voyage en URSS. Il a 49 ans. Le Goulag est connu. Kravchenko a publié J'ai choisi la liberté en 1946. Le procès Kravchenko-Lettres françaises s'est tenu en 1949 à Paris, en public, et les survivants des camps soviétiques sont venus témoigner sous serment à la barre. Sartre sait. Tout le monde, à Paris, en 1954, sait. Pourtant il part. Il est reçu comme un prince par l'Union des écrivains soviétiques, hôtels, banquets, vodka, à tel point qu'il finit hospitalisé dix jours en coma éthylique. Il revient. Il accorde à Libération, en juillet 1954, une série d'entretiens. Il y déclare que le citoyen soviétique jouit d'une « entière liberté de critique », que la liberté d'expression y est plus réelle qu'en France. Cinq ans après le procès Kravchenko. Un an après la mort de Staline. Au moment même où les zeks remontent des camps par centaines de milliers et racontent.
Ce n'est pas une erreur. C'est un mensonge. Un mensonge proféré par un homme qui sait, à un public qui ne sait pas encore, pour servir un État qui assassine. Et c'est ce mensonge-là qui définit Sartre, pas la phénoménologie.
Il recommencera. En 1956, les chars soviétiques écrasent Budapest. Sartre prend ses distances pendant six ans. Puis il revient en URSS, onze voyages au total entre 1954 et 1966. En 1968, Prague. En 1973, Soljenitsyne publie L'Archipel du Goulag. Beauvoir, sa compagne, avait écrit dix ans plus tôt, en 1963, que les camps soviétiques étaient « vraiment des centres de rééducation » avec un « travail modéré », un « régime libéral », �� des théâtres, des bibliothèques », et « des relations presque amicales entre les responsables et les détenus ». Voilà ce qu'écrivait sur le Goulag la femme qui sera ensuite canonisée féministe par l'Amérique woke. Sartre ne l'a jamais démentie.
Puis vient le maoïsme. À 65 ans, le philosophe le plus célèbre de France se met à vendre La Cause du Peuple sur les Champs-Élysées. Il soutient les Khmers rouges naissants. Il bénit, depuis Paris, des régimes qui sont en train d'inventer le massacre de masse asiatique. Quand le Cambodge bascule en 1975 et que Pol Pot vide Phnom Penh en trois jours, il ne dit rien. Camus est mort depuis quinze ans. Mais Camus, lui, avait tout dit dès 1951.
Et puis il y a la pétition.
Le 26 janvier 1977, Le Monde publie une lettre ouverte adressée au Parlement français. Elle demande l'abrogation des articles du code pénal qui répriment les relations sexuelles entre adultes et enfants de moins de quinze ans. Le texte a été rédigé par l'écrivain Gabriel Matzneff, qui revendiquera la paternité du document en 2013 et ne reniera rien. La pétition soutient trois hommes en détention provisoire à Versailles, accusés d'avoir eu des relations sexuelles avec des enfants de 12 à 14 ans et de les avoir photographiés. Elle affirme que les enfants étaient « consentants », qu'ils n'ont subi « aucune violence », et elle conclut sur cette phrase : « Si une fille de 13 ans a droit à la pilule, c'est pour quoi faire ? »
Soixante-neuf signatures. Parmi elles : Aragon, Beauvoir, Barthes, Deleuze, Derrida, Dolto, Glucksmann, Guattari, Kouchner, Lang, Robbe-Grillet, Sollers. Et Sartre. Jean-Paul Sartre, 71 ans, philosophe de l'existence, prix Nobel refusé, conscience de la gauche française, a signé un texte demandant la dépénalisation des relations sexuelles avec des enfants de 12 ans. Foucault, à qui on l'a tant reproché, avait au moins refusé celle-ci, même s'il a signé d'autres textes du même esprit. Sartre, lui, a signé. Sans hésiter. Avec Beauvoir.
Il faut le dire en français clair. Le philosophe officiel de la gauche française a passé trente ans à couvrir des États qui assassinaient et à signer des pétitions pour décriminaliser le viol d'enfants. Ce n'est pas une dérive tardive. Ce n'est pas un égarement d'un soir. C'est la trajectoire entière. Et cette trajectoire a été récompensée par les honneurs, les chaires, les éditions Gallimard, les funérailles nationales, et l'admiration de générations de professeurs qui continuent à le faire lire en terminale.
Camus, lui, a été traité d'idiot. De moraliste. De réactionnaire. De « belle âme ». Quand il publie L'Homme révolté en 1951 et qu'il y démontre, avec une rigueur que personne n'a jamais réfutée, que le marxisme-léninisme est un nihilisme qui justifie le meurtre par l'histoire, Sartre confie la recension du livre à Francis Jeanson, qui exécute Camus sur vingt et une pages dans Les Temps modernes. Camus répond. Sartre rétorque dans une lettre publique d'une cruauté inouïe : « notre amitié n'était pas facile, mais je la regretterai ». Camus est traité de petit bourgeois pied-noir qui se permet de juger les forces de l'histoire. Tout Saint-Germain rit. Camus rentre chez lui. Il a raison sur tout, et il le sait, et personne ne veut l'entendre. Il continue. Il défend les ouvriers hongrois en 1956 quand Sartre se tait. Il refuse de choisir entre le terrorisme FLN et la torture française parce qu'il refuse, par principe, qu'on tue des civils dans un tramway à Alger. Il dit cette phrase à Stockholm en recevant le Nobel : « Je crois à la justice, mais je défendrai ma mère avant la justice. » Phrase qui lui vaut, encore aujourd'hui, le mépris des gens qui n'ont jamais aimé personne d'autre qu'une abstraction.
Il meurt à 46 ans. Sartre vit jusqu'à 74 ans, perclus, alcoolique, aveugle à la fin, signant tout ce que ses gardiens lui font signer.
Le siècle a donné raison à Camus point par point. L'URSS s'est effondrée sous le poids de ses propres mensonges. Les Khmers rouges ont tué deux millions de Cambodgiens. Soljenitsyne avait raison. Kravchenko avait raison. Camus avait raison. Sartre s'est trompé sur tout ce qui comptait, et a aidé à couvrir, par le prestige de sa signature, tout ce qui méritait d'être combattu.
Et pourtant, dans les programmes de terminale, dans les bibliographies universitaires, dans les hommages d'État, c'est Sartre qui reste le philosophe. Camus est rangé au rayon littérature, comme un romancier sympathique mais un peu mineur. Le tribunal des intellectuels parisiens, qui s'est trompé sur tout, n'a jamais révisé son jugement.
Je m'excuse, donc, une seconde fois, au nom des Français. Pour avoir donné à Sartre l'autorité morale qu'il n'a jamais méritée. Pour avoir laissé Camus mourir presque seul, lâché par tous ceux qui auraient dû le défendre. Pour avoir transmis à trois générations l'idée qu'être de gauche c'était excuser les massacres pourvu qu'ils soient commis au bon nom. Pour avoir fait de la complaisance envers la pédophilie, en 1977, une signature de respectabilité intellectuelle.
Il faut renverser le panthéon. Camus au centre, Sartre au sous-sol. Pas par esprit de revanche. Par hygiène. Une civilisation qui confond ces deux hommes ne peut pas se défendre.
Pardon. Et au travail.