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En France, on devient juge à 24 ans. Au Royaume-Uni, il faut en avoir 40 et quinze ans de prétoire derrière soi.
En France, on peut devenir magistrat à 24 ans, parfois sans avoir jamais ouvert un code civil. Au Royaume-Uni, on accède à la même fonction autour de 40 ans, après quinze années d'expérience professionnelle. Ces deux chiffres, posés côte à côte, disent presque tout sur deux conceptions opposées de ce que doit être un juge.
Bertrand Saint-Germain, auteur d'une étude publiée en mai 2026 par l'Observatoire des décisions de justice, a développé cette comparaison dans un entretien diffusé par le Cercle Aristote (@Cercle_Aristote). Un choix de civilisation, pas un détail technique.
Saint-Germain rappelle que l'entrée dans la magistrature française se fait en moyenne à 24 ans et que 75 % de ces jeunes magistrats n'ont pas suivi d'études juridiques, issus qu'ils sont de concours ouverts à des profils variés. Le modèle repose donc sur la formation interne, dispensée après recrutement, par une institution qui socialise ses propres recrues dans un univers clos, sans confrontation préalable avec le monde professionnel ou les réalités économiques et sociales que les juges seront amenés à trancher.
Le contraste avec le modèle britannique est saisissant. Là-bas, quinze années d'expérience professionnelle constituent le minimum requis avant d'accéder à la fonction. On devient juge après avoir exercé comme avocat, juriste d'entreprise ou conseiller juridique. On a plaidé, perdu, négocié, rencontré des justiciables dans leur diversité. Cette trajectoire ne garantit pas l'impartialité, mais elle ancre le juge dans une réalité que la formation initiale seule ne peut pas transmettre.
Le recrutement n'est pourtant que la première couche du problème que Saint-Germain soulève. Car une fois intégrés dans le corps, les magistrats français évoluent dans un système de promotion qui, selon lui, échappe largement à toute logique méritocratique ou institutionnelle neutre. « Ce sont les syndicats qui déterminent qui parmi les juges sont en situation de grimper, de pouvoir prétendre à une promotion. Et ça, ça s'apparente vraiment à une prise de pouvoir, une domination de cette république des juges qui n'est plus acceptable. »
Toujours selon Saint-Germain, cette emprise ne se limite pas aux carrières individuelles. Elle déterminerait la composition du Conseil supérieur de la magistrature, l'instance qui juge les juges, ainsi que celle des commissions d'avancement, dont les membres sont désignés sur des listes syndicales. Le corps jugerait donc ses propres membres selon des logiques d'appartenance que rien d'extérieur ne vient contrebalancer.
Face à cela, Saint-Germain cite la Roumanie comme exemple d'une piste concrète : les juges y remplissent des déclarations d'intérêt rendues publiques. Il ne s'en fait pas le promoteur naïf : « Cette transparence n'est pas une garantie absolue, mais à tout le moins ça permet de savoir, de connaître ces juges, de savoir ce qu'ils font. » Ce que la France n'a pas jugé nécessaire d'imposer.
Reste à mesurer ce que ce silence coûte à la confiance des citoyens dans leurs juridictions, et si un corps recruté jeune, formé en vase clos et promu par ses propres syndicats peut encore prétendre incarner une justice rendue au nom du peuple français.
En France, les syndicats de magistrats ne défendent pas seulement leurs membres. Ils choisissent qui monte.
Selon Bertrand Saint-Germain, qui présente le rapport de l'Observatoire des décisions de justice (ODJ) publié en mai 2026 dans un entretien diffusé par le Cercle Aristote (@Cercle_Aristote), les syndicats déterminent qui est promu, et donc qui dirige. Un pouvoir de sélection sur l'institution judiciaire elle-même.
Le rapport s'attaque à une réalité rarement nommée frontalement : la syndicalisation politique au sein de la magistrature. Bertrand Saint-Germain l'expose sans détour : les syndicats déterminent la composition du Conseil supérieur de la magistrature, l'organe chargé de juger les juges. Ce sont eux qui décident en pratique des carrières. « C'est-à-dire que ce sont les syndicats qui déterminent qui parmi les juges sont en situation de grimper, de pouvoir prétendre à une promotion. Et ça, ça s'apparente vraiment à une prise de pouvoir, une domination de cette République des juges qui n'est plus acceptable. »
La contradiction est structurelle. La magistrature est censée incarner l'indépendance du droit, son imperméabilité aux pressions extérieures, sa neutralité face aux pouvoirs politiques. Le rapport de l'ODJ pointe exactement l'inverse : selon Bertrand Saint-Germain, ce seraient des organisations à orientation politique qui régulent de l'intérieur les carrières de ceux qui rendent la justice. Une logique qui, toujours selon son analyse, aboutirait à ce qu'une « oligarchie de juges syndiqués se protège, se promeut et finalement impose ses valeurs à la société toute entière ».
Ce mécanisme prend appui sur un profil d'entrée dans la magistrature sans équivalent dans les pays comparables. Bertrand Saint-Germain indique qu'un magistrat français entre en fonction à 24 ans en moyenne, et que près de 75 % des entrants n'auraient pas fait d'études juridiques avant d'intégrer la profession. À 24 ans, sans expérience du droit en cabinet, en entreprise ou dans une juridiction, on arrive directement dans l'institution. Le syndicat devient alors le premier cadre de socialisation professionnelle, le premier réseau, la première boussole de carrière.
Le contraste avec d'autres systèmes judiciaires est frappant. Bertrand Saint-Germain cite le Royaume-Uni : outre-Manche, on devient juge à 40 ans, avec 15 ans d'expérience professionnelle derrière soi. On arrive dans la fonction après avoir exercé, plaidé, conseillé, parfois perdu. L'institution reçoit quelqu'un qui a déjà une identité professionnelle formée. En France, c'est l'institution elle-même, via ses syndicats, qui forme cette identité.
Sur la transparence, le rapport regarde vers la Roumanie, où les juges sont soumis à une obligation de déclarations d'intérêt rendues publiques. Bertrand Saint-Germain commente : « Ce qui montre bien d'ailleurs que cette transparence n'est pas une garantie absolue, mais à tout le moins ça permet de savoir, de connaître ces juges, de savoir ce qu'ils font. » La transparence ne résout pas tout, mais elle crée une possibilité de regard extérieur que le système français ne prévoit pas dans les mêmes termes. Ce que l'on ne peut pas voir, on ne peut pas en débattre.
Reste à comprendre pourquoi ce sujet demeure aussi peu discuté dans le débat public français, alors que le rapport de l'ODJ en expose les mécanismes avec une précision qui rend l'argument difficile à contourner.
60 parlementaires suffisent à défaire ce qu'une majorité a construit. L'article 3 de la Constitution dit pourtant le contraire.
Le Conseil constitutionnel est censé garantir la Constitution. Il en vide le contenu le plus profond : la souveraineté du peuple. Deux décisions, prises à cinquante ans d'intervalle, ont suffi à renverser l'équilibre.
Tout commence en 1971. Le Conseil censure une loi au nom de principes absents du texte constitutionnel strict, en s'appuyant sur le préambule de 1946 et la Déclaration des droits de l'homme de 1789. Il s'arroge ainsi le droit de contrôler les lois au regard d'un « bloc de constitutionnalité » qu'il a lui-même élargi. Philippe de Saint-Robert résume le mouvement d'une formule : « Ça a commencé avec le droit des associations. » Il attribue cette dérive à une « erreur de Palewski », du nom de Gaston Palewski, alors président du Conseil constitutionnel. Une erreur, peut-être. Une rupture, certainement.
Le second tournant intervient sous la présidence de Valéry Giscard d'Estaing. Avant cette réforme, seules les plus hautes autorités de l'État pouvaient saisir le Conseil. Après, 60 députés ou 60 sénateurs suffisent. Philippe de Saint-Robert en tire la conséquence directe : « Giscard a ouvert la possibilité à 60 députés ou sénateurs de saisir le Conseil constitutionnel, ce qui a permis au Conseil de censurer des lois votées par la majorité du Parlement. » Une minorité parlementaire peut désormais défaire ce qu'une majorité a construit. Le mécanisme représentatif est court-circuité de l'intérieur.
La contradiction avec le texte constitutionnel est frontale. L'article 3 dispose que « la souveraineté nationale appartient au peuple qui l'exerce par ses représentants et par la voie du référendum ». Or une instance composée de neuf membres non élus annule des lois votées par cette représentation nationale. Philippe de Saint-Robert cite le même article pour rappeler que « nul individu, nulle fraction de la population ne peut s'en attribuer l'exercice ». Neuf membres nommés constituent précisément une telle fraction. Le Conseil constitutionnel fait exactement ce que la Constitution interdit.
Philippe de Saint-Robert nomme cette contradiction sans détour. Il décrit une instance devenue « tout à fait politique », et résume l'impasse ainsi : « Il y a neuf clampins au Conseil constitutionnel qui viennent d'annuler la loi au motif que ce serait un cavalier législatif. » Le grief technique du cavalier législatif est ici ce qu'il est souvent : un outil procédural mis au service d'un choix politique. Et l'on présente cela comme la garantie de l'état de droit. Philippe de Saint-Robert va plus loin : « Tout ce qu'on raconte sur l'état de droit, c'est en fait le contraire de la démocratie. »
L'argument ne reste pas abstrait. Philippe de Saint-Robert cite l'exemple d'Amélie de Montchalin, récemment nommée à la Cour des comptes, qui avait félicité Annie Dalgoto pour ne pas avoir respecté la loi sur la parité. Ce que ce cas révèle, c'est une logique cohérente : quand l'élite institutionnelle applaudit le non-respect de la loi au nom de valeurs jugées supérieures, la hiérarchie des normes affichée dans les discours officiels ne correspond plus à celle qui opère en pratique.
Philippe de Saint-Robert, qui a vu défiler sept présidents de la République, trace une piste de sortie aussi simple qu'elle est rarement envisagée : « Il n'y a qu'un moyen : que le Conseil constitutionnel censure un texte, que le président de la République juge qu'il a outrepassé ses pouvoirs et qu'il le promulgue quand même. » Il rappelle qu'un précédent existe. En 1962, le général de Gaulle avait utilisé l'article 11 pour faire adopter par référendum l'élection du président au suffrage universel direct, alors même que le Conseil constitutionnel s'était déclaré incompétent pour contrôler une loi référendaire. De Gaulle a passé outre. La Ve République a continué.
« Si un président de la République n'a pas le courage de passer outre, on n'en sortira pas. » Voilà ce que Philippe de Saint-Robert constate après avoir traversé sept présidences. Reste à savoir si l'une des prochaines trouvera ce courage, ou si la souveraineté populaire continuera de s'effacer derrière le gouvernement des juges, pendant que les discours officiels continuent de célébrer la démocratie.
Le premier, tout le monde l'a déjà vu en photo. Le troisième, presque personne ne saurait le placer. Trois villages classés parmi les plus beaux de France, à situer sur la carte.
Un musée consacré à la langue française, inauguré par un président qui s'exprime en anglais à l'étranger.
En 1539, François Ier signait à Villers-Cotterêts, dans l'actuel département de l'Aisne, l'ordonnance qui imposait le français comme langue officielle de tous les actes publics du royaume. Cinq cents ans plus tard, Emmanuel Macron a choisi ce même château pour y installer un musée consacré à la langue française. Le geste se voulait solennel. Il révèle surtout une contradiction que Philippe de Saint-Robert, ancien commissaire à la langue française, formule sans détour.
« Cette histoire du château de Villers-Cotterêts, moi ça me fait penser à l'idée qu'il ait voulu mettre la langue française au musée un peu. Parce que personne n'y va. » Le mot est dur, mais il pointe quelque chose de réel : célébrer un texte fondateur dans un lieu que personne ne visite, c'est lui rendre hommage en l'enterrant.
Car pendant que le musée ouvrait ses portes, les pratiques continuaient dans l'autre sens. Philippe de Saint-Robert évoque Emmanuel Macron s'exprimant en anglais lors de ses déplacements en Allemagne. Il cite aussi des responsables européens francophones, Charles Michel, Christine Lagarde et Ursula von der Leyen, qui choisissent l'anglais dans les enceintes communautaires. Des dirigeants qui ont le français, et qui ne s'en servent pas.
Ce choix mérite d'être mesuré à l'aune d'un fait que rappelle Philippe de Saint-Robert : l'anglais n'est la langue nationale que de deux petits pays membres de l'Union européenne, Malte et l'Irlande. L'hégémonie de l'anglais dans les institutions n'est donc pas une nécessité géographique ni démographique. Une convention, librement reconduite, par des dirigeants qui pourraient en choisir une autre.
La comparaison internationale rend la contradiction plus frappante encore. Philippe de Saint-Robert relève qu'en Inde, le gouvernement favorise le retour du hindi dans les universités au détriment de l'anglais. En Chine, toujours selon lui, l'anglais est devenu facultatif dans les deux plus grandes universités du pays. Des puissances qui s'étaient longtemps alignées sur la langue du dominant font le chemin inverse, au moment même où la France accélère dans l'autre direction.
Les conséquences dépassent le périmètre hexagonal. Philippe de Saint-Robert observe que les pays africains francophones « nous lâchent », non par rejet du français, mais parce que la France elle-même semble se détourner de cet héritage. Le désengagement vient d'abord de Paris. Ce que les autres perçoivent comme un signal, c'est moins une décision explicite qu'une série de renoncements répétés, chacun présenté comme anodin.
Reste à comprendre ce que vaut une politique linguistique qui consacre un monument à une langue tout en l'abandonnant dans la pratique quotidienne de ses propres représentants. Le château de Villers-Cotterêts témoigne, mais de quoi exactement : d'un attachement vivant, ou du souci de donner une sépulture digne ?
Le Guyana était l'un des pays les plus pauvres d'Amérique du Sud. Il fore aujourd'hui dans les mêmes eaux que la Guyane française.
La France laisse ses voisins exploiter le pétrole qui borde son propre territoire. La situation en Guyane française mérite qu'on s'y arrête.
Le Brésil, le Surinam et le Guyana exploitent déjà les réserves pétrolières qui entourent ce département français. Pendant ce temps, la France ne tire rien du sous-sol qui lui appartient. Pas une plateforme, pas un baril.
Dans un entretien consacré à l'exploitation pétrolière en Guyane et à la souveraineté énergétique française, @Poulin2012 rappelle que Total avait pourtant identifié dès 2010 des gisements prometteurs au large de ce territoire. Plus de quinze ans ont passé. Les gisements sont toujours là. Les voisins, eux, forent.
L'écart entre les deux situations est brutal. D'un côté, trois pays qui ont regardé le potentiel de leur littoral et décidé de l'exploiter. De l'autre, la France dispose des mêmes ressources à portée, avec une entreprise nationale qui les a identifiées et documentées, et choisit pourtant de n'en rien faire. Une question de décision politique, pas de capacité technique ni de capital.
Ce choix prend place dans un contexte plus large. La souveraineté énergétique de la France est déjà fragilisée par la fermeture de Fessenheim et la réduction du parc nucléaire engagée sous Emmanuel Macron. Deux piliers de l'indépendance énergétique nationale ont reculé en même temps : le nucléaire domestique, affaibli par une décision intérieure, et le potentiel pétrolier guyanais, laissé en jachère pendant que les voisins avancent.
Poulin le dit précisément : la ressource n'a rien d'hypothétique ni de mal connue. Total l'a identifiée. Les délimitations existent. Ce qui manque, c'est la volonté d'en faire quelque chose, alors même que les États riverains ont tranché depuis longtemps.
La comparaison avec le Guyana est particulièrement parlante. Ce pays, longtemps parmi les plus pauvres d'Amérique du Sud, a engagé l'exploitation de ses gisements offshore et transforme aujourd'hui sa situation économique en conséquence. Il est littéralement voisin de la Guyane française. Les mêmes eaux, les mêmes formations géologiques, deux trajectoires radicalement différentes.
On présente souvent la non-exploitation comme une posture environnementale ou une prudence raisonnée. Mais la comparaison rend l'argument difficile à tenir : si le problème est environnemental, il concerne également le pétrole que le Brésil ou le Guyana extraient dans ces mêmes eaux. Ce pétrole existe et sera consommé. La seule différence porte sur qui en tire les revenus, qui contrôle la chaîne, et qui décide du rythme.
Reste à comprendre pourquoi la France, seul pays de la zone à disposer d'une entreprise ayant déjà cartographié ces ressources, est aussi le seul à n'en avoir rien fait depuis quinze ans.
Les 600 milliards de dette française inscrits au bilan de la Banque de France ne lui appartiennent pas.
La Banque de France détient environ 600 milliards d'euros de dette française. Ce chiffre circule dans le débat public depuis des années, souvent accompagné d'une promesse simple : il suffirait de l'annuler. Le problème, c'est que ce chiffre ne décrit pas ce qu'on croit.
Dans un entretien consacré au rachat de titres souverains par la BCE et à ses implications pour la souveraineté monétaire française, Thierry Breton pose le cadre juridique sans détour. L'article 123 du TFUE interdit formellement à la Banque centrale d'acheter des titres publics sur le marché primaire, c'est-à-dire directement auprès des États. Ce verrou est présenté, par ses partisans, comme la garantie d'une monnaie stable, protégée des pressions politiques. Christine Lagarde l'a elle-même qualifié en 2021 d'« un des piliers fondamentaux de l'euro », ajoutant que toute annulation des dettes publiques détenues par l'institution serait « inenvisageable » et constituerait une « violation du traité européen ».
L'interdit formel sur le marché primaire n'a pourtant pas empêché la BCE d'intervenir massivement sur le marché secondaire. Depuis 2015, d'abord pour écarter un risque de déflation, puis à partir de 2020 face au choc du Covid, les programmes de rachat ont produit des effets qui s'apparentent, dans les faits, à un soutien massif aux dettes publiques. La frontière entre marché primaire et marché secondaire est juridiquement nette. Elle est économiquement beaucoup moins évidente.
C'est là que la contradiction centrale apparaît. Les quelque 600 milliards d'euros de dette française inscrits au bilan de la Banque de France ne résultent pas d'une décision nationale. Ils résultent d'une politique décidée collectivement par le Conseil des gouverneurs de la BCE. La Banque de France, depuis le traité de Maastricht, est une composante de l'eurosystème : elle gère ces titres pour le compte de la Banque centrale européenne, qui en est la détentrice. Thierry Breton le formule sans ambiguïté : « Les titres qu'elle détient ne lui appartiennent pas au sens patrimonial du terme. Elle les gère pour le compte de la Banque centrale européenne. »
Ce point ruine l'argument de l'annulation unilatérale. Annuler une dette qu'on ne détient pas soi-même revient à annuler une créance appartenant aux autres membres de l'eurosystème. Thierry Breton rappelle également que cette configuration n'a rien à voir avec celle qui prévalait avant la loi de 1973 et avant le traité de Maastricht, quand la Banque de France pouvait financer directement l'État à coût nul. Ce régime a disparu avec l'intégration monétaire, et le confondre avec ce qui existe aujourd'hui fausse le diagnostic.
La vraie tension, Thierry Breton la nomme lui-même : si la France voulait réellement reprendre la main sur sa politique monétaire et annuler cette dette, « il faut dire que la France sort de la zone euro. Pourquoi pas ? Mais alors, disons-le et les Français choisiront. » C'est une phrase rare dans ce débat, parce qu'elle rend explicite ce que la plupart des discours maintiennent dans le flou : maîtrise pleine de la politique monétaire et maintien dans le cadre actuel ne coexistent pas.
Tant que les 600 milliards sont présentés comme une dette que la France pourrait effacer d'un trait de plume, la question de ce que signifie concrètement récupérer une souveraineté monétaire ne peut pas être posée honnêtement. Et une question qu'on ne pose pas honnêtement ne reçoit jamais de réponse sérieuse.
C'est l'histoire de trois Français, Clément Delangue, Julien Chaumond, Thomas Wolf, qui créent en 2016 ce qui deviendra le GitHub de l’IA : le Hub où le monde dépose et télécharge modèles et données.
La société qui vaut l’argent s’appelle "Hugging Face, Inc." Holding américaine, Delaware, siège Brooklyn.
La SAS parisienne existe : filiale, capital 10 000 €.
Station F les a incubés en 2017. Paris a souvent la plus grosse équipe. Le titre de propriété, non.
Dernière valorisation connue : 4,5 milliards $ en 2023, ~400 millions levés.
Revenus 2026 : ~150 millions $ annualisés.
Rachat rapporté par Nvidia : 12,9 milliards $.
Ni l’un ni l’autre n’a encore confirmé.
Au capital : Betaworks, Lux, Addition, Sequoia, Coatue, Salesforce, Google, Amazon, Nvidia, Intel, AMD, IBM.
Aucun fonds d’investissement français.
Pas la BPI.
Les fondateurs, eux, détiendraient encore un peu moins de 40 %. Quelques "angels" français (Pomel, Douetteau…) : tickets individuels, part mince.
La France a donné les hommes. Et n'a rien su retenir de ''actif.
Cocoricocue jusqu'au bout.
Mais du point de vue libéral, c'est la loi du marché des capitaux.
Du national, c'est un camouflet de plus pour la France.
L’UE a permis :
- la plus grand entreprise d’expropriation organisée des classes moyennes d’Europe de l’Ouest pour les pays de l’Est.
- à l’Allemagne de se constituer avec l’Hinterland son atelier productif
- aux entreprises françaises de délocaliser (deux tiers en Europe)
Concernant le référendum en Islande.
Une fois de plus, tous les sondages en début de campagne donnaient le oui vainqueur.
Après la campagne, le non à l’UE l’emporte.
Il n’y a pas de fatalité.
« Les Français ne veulent pas quitter l’UE » : organisons un référendum et une campagne pour voir.
Les résultats du référendum islandais sont quasiment définitifs : ça y est victoire du NON !
NON à l’UE malgré la propagande, les gros sous et l’ingérence massive de l’UE dans la campagne, que même le gouvernement islandais pro-oui a dû dénoncer !
Victoire du patriotisme et de la souveraineté !
Claque pour Ursula, Macron et cie !
➡️ À bas l’UE, vive les peuples libres !
Ce qu'on appelle la « statue de la liberté » dans les villes cubaines n'a aucun lien avec New York. Il s'agit de La Liberté guidant le peuple, coulée dans le bronze à la gloire de 1789.
La France n'a peut-être plus les armées ni les budgets de soft power des grandes puissances, et pourtant son imaginaire révolutionnaire continue de circuler dans le monde entier. Il y circule comme un langage vivant.
C'est ce que rappelle le chercheur Fabien Schang dans un débat consacré à l'avenir du clivage droite-gauche, diffusé par le Cercle Aristote. Avec des exemples datés et précis, il montre que 1789 reste une référence vivante, convoquée spontanément par des peuples qui n'avaient aucune raison de choisir la France plutôt qu'une autre révolution.
Le premier exemple que cite Fabien Schang est aussi le plus déconcertant : en 1917, au moment même où éclate la révolution bolchevique à Petrograd, la Marseillaise couvre l'Internationale dans les rues. Les révolutionnaires russes, au moment précis où ils font basculer leur pays, puisent dans le répertoire émotionnel de 1789. Le détail dit ce que représente alors la France dans l'imaginaire de ceux qui veulent rompre avec l'ordre établi.
Fabien Schang cite deux autres dates dans ce même registre. En 1942, à l'annonce de la victoire de la France libre à Bir Hakeim, les députés du Parlement chilien se lèvent, entonnent la Marseillaise et brandissent des drapeaux français. Des parlementaires sud-américains, en pleine Seconde Guerre mondiale, font de la résistance française leur cause. Toujours selon Fabien Schang, en 1956, les insurgés de Budapest chantent encore la Marseillaise en affrontant les chars soviétiques. Des Hongrois qui se soulèvent contre l'empire communiste empruntent leur symbole sonore à la révolution française.
L'exemple cubain reste le plus frappant. Fabien Schang explique que dans les villes cubaines, ce qu'on appelle localement la « statue de la liberté » n'a aucun lien avec celle de New York. Une reproduction en bronze de La Liberté guidant le peuple, le tableau peint par Eugène Delacroix en 1830. Cuba, qui a construit une identité révolutionnaire propre, a tout de même coulé dans le bronze l'image de la révolution française plutôt que celle de la révolution américaine ou de la révolution soviétique.
Fabien Schang le dit clairement à propos de l'Amérique latine : « Ils ont fait des statues de bronze de la liberté guidant le peuple. Encore aujourd'hui, c'est cette image-là, la liberté révolutionnaire bourgeoise de 1789, qui est considérée dans tout ce monde sud latino-américain comme la liberté, la révolution. »
Il y a ensuite un chiffre qui mérite qu'on s'y arrête. Fabien Schang cite une étude financée par les États-Unis en 2004, menée dans 37 pays, qui posait une question simple : quel pays devrait avoir la plus grande influence sur l'histoire du monde ? La réponse, à quelques exceptions près, désignait la France. Une étude commandée par Washington, dans 37 pays, dont le résultat pointe vers Paris. On peut imaginer que ce n'est pas exactement la réponse que les commanditaires espéraient.
Ce résultat prend tout son sens quand on comprend d'où vient cette influence. Elle repose sur une idée mise en scène le 10 et le 11 septembre 1789, à l'Assemblée constituante, lors du débat sur le veto royal : la question de qui détient la légitimité du pouvoir. Posée il y a deux cent trente ans, elle n'a jamais cessé de traverser l'histoire mondiale.
La France dispose d'un capital symbolique que ni sa politique étrangère ni son budget culturel n'ont réussi à épuiser, même quand l'un et l'autre ont tout fait pour y parvenir. Reste à comprendre pourquoi la France elle-même semble si peu décidée à s'en souvenir.