Mais de quel consensus parles-tu exactement ?
Le fait que je t’aie cité, dans un premier message, des muhaqqiqun tardifs ne transforme pas les siècles précédents en ijma'.
Et surtout, ton affirmation ne tient même pas historiquement.
On trouve chez de grandes autorités hanbalites des propos qui rendent impossible ton récit d’une exclusion unanime des Ash'arites pendant des siècles.
À propos du Qadi Abu Bakr al-Baqillani, l’un des plus grands imams ash'arites, Abu al-Hasan al-Tamimi al-Hanbali disait à ses compagnons :
« Attachez-vous à cet homme, car la Sunna ne pourra jamais se passer de lui. »
Et Abu al-Fadl al-Tamimi al-Hanbali, 'Abd al-Wahid ibn Abi al-Hasan al-Tamimi, disait :
« Ma tête et celle du Qadi Abu Bakr Muhammad ibn al-Tayyib [al-Baqillani] ont reposé sur un même oreiller pendant sept ans. »
Puis, au décès d’al-Baqillani, Abu al-Fadl al-Tamimi assista aux condoléances pieds nus, accompagné de ses frères et de ses compagnons, et ordonna que l’on proclame devant son convoi funéraire :
« Voici le défenseur de la Sunna et de la religion ! Voici l’imam des musulmans ! Voici celui qui repoussait, contre les opposants à la Loi révélée, les attaques de leurs langues ! Voici celui qui a composé soixante-dix mille feuillets en réfutation des athées ! »
Puis il resta trois jours avec ses compagnons à recevoir les condoléances sans quitter sa place, et il allait ensuite visiter sa tombe chaque vendredi.
Donc, dès 403 H, des figures majeures du hanbalisme ne traitent manifestement pas al-Baqillani comme le représentant d’une secte unanimement rejetée hors de la Sunna.
Et ce n’est pas tout.
Au Ve siècle, le Qadi Abu Yaʿla al-Farra', l’un des plus grands imams du madhhab hanbalite, écrit à propos des traditions des attributs :
« Les savants d’Ahl al-Hadith et les Ashʿarites se sont accordés à accepter ces traditions. Parmi eux, certains les maintiennent telles qu’elles sont — ce sont les gens du hadith — et d’autres les interprètent — ce sont les Ash'arites. »
Donc non, le tableau historique n’est pas :
« Pendant 600 ans tout le monde les excluait, puis deux Hanbalites tardifs ont soudainement brisé le consensus. »
Les sources montrent quelque chose de beaucoup plus nuancé : certains Hanbalites ont sévèrement critiqué des doctrines ashʿarites, certains ont employé Ahl al-Sunna dans un sens plus restreint, tandis que d’autres ont reconnu aux Ashʿarites une appartenance à Ahl al-Sunna dans un sens plus général.
Et c’est précisément pour cela qu’il faut arrêter de confondre :
« telle doctrine ashʿarite est une bidʿa »
avec :
« les Ashʿarites sont absolument exclus d’Ahl al-Sunna sous toute acception ».
Ce ne sont pas les mêmes propositions.
Et il y a un deuxième problème dans ton raisonnement : ta manière de balayer les muhaqqiqun du madhhab simplement parce qu’ils sont tardifs.
C’est justement méconnaître ce qu’est le tahqiq d’un madhhab.
Un madhhab ne se transmet pas en ouvrant quelques textes anciens, puis en déclarant que tout ce qui vient après n’a plus aucune valeur. Les muhaqqiqun héritent de plusieurs siècles de riwayat, de wujuh et de divergences internes ; ils les recensent, les confrontent et font le tarjih entre elles.
Ibn Hamdan dit même explicitement :
« On ne tient pas compte de la simple antériorité ou postériorité. »
Et il précise que celui qui n’est pas lui-même qualifié pour effectuer ce tarjih doit le prendre auprès des imams du madhhab.
C’est exactement pour cela qu’al-Mardawi écrit al-Insaf et al-Tanqih : déterminer le sahih min al-madhhab, le mashhur et ce sur quoi repose effectivement le madhhab après examen des différentes transmissions.
Al-Hajjawi explique ensuite dans al-Iqnaʿ qu’il retient :
« Ce qu’ont prépondéré les spécialistes du tarjih. »
Donc non, je ne prétends pas qu’un muhaqqiq tardif est infaillible ni que « tardif = forcément vrai ».
Je dis quelque chose de beaucoup plus simple :
tu ne peux pas annuler le tahqiq des autorités reconnues dans le madhhab par le seul argument : “ils sont tardifs”.
Si tu prétends qu’ils se sont trompés, très bien : réfute leur tahqiq.
Montre quelles sources ils ont mal comprises, quelles transmissions ils ont ignorées, quel tarjih ils ont mal effectué et pourquoi ta reconstruction personnelle du madhhab serait supérieure à la leur.
Mais dire simplement :
« cet auteur est plus ancien, donc le muhaqqiq tardif ne compte pas »
n’est pas une méthodologie hanbalite du tarjih.
Quant à l’ijmaʿ, Ahmad ibn Hanbal lui-même disait :
« Celui qui prétend l’ijma est menteur ; peut-être les gens ont-ils divergé […] qu’il dise plutôt : “Nous ne savons pas qu’ils aient divergé.” »
Donc si tu affirmes un consensus, apporte le consensus.
Nomme celui qui l’a rapporté, définis exactement la proposition sur laquelle tous se seraient accordés, et montre l’absence de contradicteur.
Pour l’instant, tu n’as établi ni un ijma' de six siècles, ni que les muhaqqiqun que je cite auraient « brisé » un tel ijma'.
Tu as simplement transformé l’absence d’une citation que je ne t’avais pas encore donnée en unanimité historique, puis transformé la simple ancienneté d’un auteur en argument suffisant pour écarter le tahqiq des autorités postérieures du madhhab.
Ce n’est précisément pas du tahqiq.
@NususAthar Le savant le plus ancien que tu es trouvé date de 1070h du coup tu es d’accord que durant plus de 600 ans les savants étaient en consensus que les achaa3ira étaient des innovateurs puis les 2 que tu as cité ont contredit se consensus
Des imams hanbalites sur l’appartenance des Ash'arites à Ahl al-Sunna wa-l-Jama'a
Petite réponse, volontairement rapide, à ceux qui prétendent que seuls des ignorants ou des “stupides” pourraient inclure les Ash'arites parmi Ahl al-Sunna.
Plutôt que de répondre à l’invective par l’invective, je vais simplement laisser parler plusieurs grandes autorités du madhhab hanbalite ayant explicitement soutenu cette inclusion. Je vous laisse ensuite apprécier vous-mêmes le minhaj de celui qui distribue ainsi les brevets d’intelligence.
Et précisons-le d’emblée : il ne s’agit pas ici de citations d’auteurs ash'arites parlant de leur propre école, mais bien de savants hanbalites, appartenant à différentes époques, qui exposent eux-mêmes qui relève d’Ahl al-Sunna wa-l-Jama'a et y incluent les Ash'arites.
1. 'Abd al-Baqi al-Mawahibi al-Hanbali
Taqi al-Din ʿAbd al-Baqi al-Mawahibi al-Hanbali (m. 1071 H) est un savant hanbalite damascène, également connu sous le nom d’Ibn Faqih Fussa, auteur notamment de al-'Ayn wa-l-athar fi 'aqa'id ahl al-athar.
Dans cet ouvrage, il intitule lui-même une section :
« Sur les divisions d’Ahl al-Sunna et la distinction entre Ash'arites et Hanbalites »
Puis il écrit :
« Les groupes d’Ahl al-Sunna sont trois : les Ash'arites, les Hanbalites et les Maturidites. »
2. Muhammad al-Saffarini al-Hanbali
Shams al-Din Muhammad ibn Ahmad al-Saffarini al-Hanbali (1114-1188 H) est l’un des savants hanbalites du XVIIIe siècle et l’auteur de plusieurs ouvrages, parmi lesquels Lawami' al-anwar al-bahiyya.
Dans Lawami' al-anwar al-bahiyya, il dit :
« Ahl al-Sunna wa-l-Jama'a se divisent en trois groupes :
les Atharites, dont l’imam est Ahmad ibn Hanbal — qu’Allah l’agrée ;
les Ash'arites, dont l’imam est Abu al-Hasan al-Ash'ari — qu’Allah lui fasse miséricorde ;
les Maturidites, dont l’imam est Abu Mansur al-Maturidi.
Quant aux groupes de l’égarement, ils sont extrêmement nombreux. »
3. ʿAbd Allah al-Qaddumi al-Hanbali
'Abd Allah ibn 'Awda al-Qaddumi al-Nabulusi al-Hanbali (1246-1331 H / 1830-1912) est un juriste et savant hanbalite palestinien, originaire de Kafr Qaddum, auteur notamment de al-Manhaj al-Ahmad fi dar' al-mathalib allati tunma li-madhhab al-Imam Ahmad.
Après avoir rapporté la classification Atharites / Ash'arites / Maturidites, il ne se contente pas de la transmettre : il la commente personnellement en disant :
« Je dis : il n’y a aucun doute à ce sujet, car ces trois groupes sont ceux qui sont désignés comme Ahl al-Sunna wa-l-Jamaʿa.
Ce sont ceux qui demeurent manifestes à toutes les époques et dans toutes les contrées ;
ils sont le groupe victorieux (al-ta'ifa al-mansura) et ils sont la grande masse (al-sawad al-a'zam). »
Des imams hanbalites sur l’appartenance des Ash'arites à Ahl al-Sunna wa-l-Jama'a
Petite réponse, volontairement rapide, à ceux qui prétendent que seuls des ignorants ou des “stupides” pourraient inclure les Ash'arites parmi Ahl al-Sunna.
Plutôt que de répondre à l’invective par l’invective, je vais simplement laisser parler plusieurs grandes autorités du madhhab hanbalite ayant explicitement soutenu cette inclusion. Je vous laisse ensuite apprécier vous-mêmes le minhaj de celui qui distribue ainsi les brevets d’intelligence.
Et précisons-le d’emblée : il ne s’agit pas ici de citations d’auteurs ash'arites parlant de leur propre école, mais bien de savants hanbalites, appartenant à différentes époques, qui exposent eux-mêmes qui relève d’Ahl al-Sunna wa-l-Jama'a et y incluent les Ash'arites.
1. 'Abd al-Baqi al-Mawahibi al-Hanbali
Taqi al-Din ʿAbd al-Baqi al-Mawahibi al-Hanbali (m. 1071 H) est un savant hanbalite damascène, également connu sous le nom d’Ibn Faqih Fussa, auteur notamment de al-'Ayn wa-l-athar fi 'aqa'id ahl al-athar.
Dans cet ouvrage, il intitule lui-même une section :
« Sur les divisions d’Ahl al-Sunna et la distinction entre Ash'arites et Hanbalites »
Puis il écrit :
« Les groupes d’Ahl al-Sunna sont trois : les Ash'arites, les Hanbalites et les Maturidites. »
2. Muhammad al-Saffarini al-Hanbali
Shams al-Din Muhammad ibn Ahmad al-Saffarini al-Hanbali (1114-1188 H) est l’un des savants hanbalites du XVIIIe siècle et l’auteur de plusieurs ouvrages, parmi lesquels Lawami' al-anwar al-bahiyya.
Dans Lawami' al-anwar al-bahiyya, il dit :
« Ahl al-Sunna wa-l-Jama'a se divisent en trois groupes :
les Atharites, dont l’imam est Ahmad ibn Hanbal — qu’Allah l’agrée ;
les Ash'arites, dont l’imam est Abu al-Hasan al-Ash'ari — qu’Allah lui fasse miséricorde ;
les Maturidites, dont l’imam est Abu Mansur al-Maturidi.
Quant aux groupes de l’égarement, ils sont extrêmement nombreux. »
3. ʿAbd Allah al-Qaddumi al-Hanbali
'Abd Allah ibn 'Awda al-Qaddumi al-Nabulusi al-Hanbali (1246-1331 H / 1830-1912) est un juriste et savant hanbalite palestinien, originaire de Kafr Qaddum, auteur notamment de al-Manhaj al-Ahmad fi dar' al-mathalib allati tunma li-madhhab al-Imam Ahmad.
Après avoir rapporté la classification Atharites / Ash'arites / Maturidites, il ne se contente pas de la transmettre : il la commente personnellement en disant :
« Je dis : il n’y a aucun doute à ce sujet, car ces trois groupes sont ceux qui sont désignés comme Ahl al-Sunna wa-l-Jamaʿa.
Ce sont ceux qui demeurent manifestes à toutes les époques et dans toutes les contrées ;
ils sont le groupe victorieux (al-ta'ifa al-mansura) et ils sont la grande masse (al-sawad al-a'zam). »
Je ne vais pas refaire sur Twitter le travail des muhaqqiqun hanbalites. Je consacrerai un post distinct à la question de la place des Ash'arites au sein d'Ahl al-Sunna selon les imams du madhhab.
Ici, mon propos est beaucoup plus précis : je vais simplement m'en tenir à Ibn Taymiyya lui-même, afin de montrer que le Qadi Abu Ya'la est, sur plusieurs fondements doctrinaux, bien plus proche d'Ibn Kullab, d'al-Ash'ari et de leurs compagnons que certains ne veulent aujourd'hui l'admettre.
La question n'est donc pas de prétendre qu'Abu Ya'la serait purement et simplement ash'arite.
Elle est beaucoup plus simple : selon Ibn Taymiyya lui-même, Abu Ya'la a-t-il adopté certains fondements communs à Ibn Kullab, al-Ash'ari et leurs compagnons, précisément sur des questions doctrinales qui constituent aujourd'hui des points de divergence majeurs entre vous et nous ?
Et sur ce point, les textes sont assez explicites.
1. Ibn Taymiyya place directement Abu Ya'la parmi ceux qui furent en accord avec Ibn Kullab et al-Ash'ari sur la négation de la subsistance en Allah de ce qui survient par Sa volonté et Sa puissance :
« Parmi les principes d’Ibn Kullab et de ceux qui furent en accord avec lui — tels al-Harith al-Muhasibi, Abu al-Abbas al-Qalanisi, Abu al-Hasan al-Ash'ari, les qadis Abu Bakr ibn al-Tayyib et Abu Ya'la ibn al-Farra, Abu Ja'far al-Simnani, Abu al-Walid al-Baji et d’autres personnages éminents, tels Abu al-Ma'ali al-Juwayni et ses semblables, ainsi qu’Abu al-Wafa ibn 'Aqil, Abu al-Hasan ibn al-Zaghuni et leurs semblables — figurait ceci : rien de ce qui se produit par la volonté et la puissance du Seigneur ne subsiste en Lui. Ils expriment cela en disant que les événements adventices (hulul al-hawadith) n’inhèrent pas en Lui. Sur ce point, ils furent en accord avec Jahm ibn Safwan et ses adeptes parmi les Jahmites et les Mu'tazilites. »
— Ibn Taymiyya, Majmu' al-Fatawa, t. 5.
Ici, Abu Ya'la n’est pas simplement cité à côté d’al-Ash'ari : Ibn Taymiyya les rattache explicitement à un même principe kullabite.
2. Ailleurs, Ibn Taymiyya explique encore qu’Abu Ya'la appartenait à une catégorie de gens attachés aux Salaf et aux traditions, mais ayant accepté certains fondements rationnels des mutakallimun :
« Un troisième type : ils avaient entendu les hadiths et les traditions (athar), et tenaient en grande estime la doctrine des Salaf. Mais ils partageaient avec les théologiens jahmites certains de leurs autres fondements. Ils ne possédaient pas, concernant le Coran, le hadith et les traditions, l’expertise qu’avaient les imams de la Sunna et du hadith, ni du point de vue de la connaissance et de la distinction entre ce qui en est authentique et ce qui en est faible, ni du point de vue de la compréhension de leurs significations. Ils estimèrent corrects certains des fondements rationnels des négateurs jahmites et virent les contradictions qu’il y avait entre eux. Tel est le cas d’Abu Bakr ibn Furak, du qadi Abu Ya'la, d’Ibn 'Aqil et de leurs semblables. »
— Ibn Taymiyya, Dar ta'arud al-'aql wa-l-naql, t. 7.
Donc Ibn Taymiyya reconnaît parfaitement leur attachement aux Salaf et aux athar, tout en affirmant simultanément qu’ils avaient adopté certains fondements rationnels provenant de la théologie du kalam.
3. Sur le Coran, Ibn Taymiyya associe directement l’argumentation d’Abu Ya'la à celle d’al-Ash'ari et de ses compagnons :
« Tous ceux-là argumentent en faveur de la prééternité (qidam) du Coran au moyen de leur argument bien connu, qui constitue un fondement de la doctrine : l’argument qu’ont employé al-Ash'ari et ses compagnons, le qadi Abu Ya'la, Ibn 'Aqil, Abu al-Hasan al-Zaghuni et d’autres. C’est celui dont il a été question précédemment, dans l’exposé du fondement de la première faction, d’après Abu al-Ma'ali, car il estimait l’avoir formulé de manière à repousser certaines questions. Nous avons déjà mentionné cela, et il est apparu qu’il l’avait fondé sur l’impossibilité de l’inhérence en Lui des événements adventices (hulul al-hawadith bihi). Nous le mentionnons ici tel que ceux-là l’ont exposé. »
— Ibn Taymiyya, al-Tisiniyya, t. 1.
Ici encore, ce n’est pas seulement une conclusion identique : Ibn Taymiyya parle d’un argument commun, qu’il qualifie de « fondement de la doctrine », utilisé par al-Ash'ari, ses compagnons et Abu Ya'la.
4. Il revient sur ce même rapprochement lorsqu’il examine les arguments en faveur de la prééternité du Coran :
« Nous disons donc : lorsque l’expert examine attentivement les arguments avancés par ceux qui disent que le Coran est prééternel (qadim) — tels al-Ash'ari et ses adeptes, ainsi que ceux qui furent en accord avec eux, tels le qadi Abu Ya'la et ses adeptes, Abu al-Ma'ali, Abu al-Walid al-Baji, Abu Mansur al-Maturidi et d’autres parmi les Hanbalites, les Shafi'ites, les Malikites et les Hanafites —, on constate, après vérification, que ces arguments n’indiquent rien d’autre que la doctrine des Salaf et des imams, celle qu’indiquent le Livre et la Sunna. »
— Ibn Taymiyya, Majmu' al-Fatawa, t. 6.
Remarquez ici la formulation : « al-Ash'ari et ses adeptes, ainsi que ceux qui furent en accord avec eux, tels le qadi Abu Ya'la et ses adeptes ».
Il peut ensuite considérer que leurs arguments correctement examinés aboutissent à la doctrine des Salaf ; cela ne change rien au fait qu’il établit lui-même leur accord sur cette argumentation.
5. Sur la négation du tajsim, du tarkib et du tab'id, Ibn Taymiyya rapproche également certains Hanbalites, dont Abu Ya'la, de la voie kullabite et ash'arite :
« Il ne fait aucun doute que ceux qui affirment ces attributs se répartissent en quatre catégories. Une catégorie les affirme tout en niant absolument l’attribution d’un corps (tajsim), la composition (tarkib) et la division en parties (tab'id), comme c’est la voie de la Kullabiyya et de l’Ash'ariyya, ainsi que d’un groupe de la Karramiyya, tel Ibn al-Haytham et d’autres. C’est également l’opinion de groupes parmi les Hanbalites, les Malikites, les Shafi'ites et les Hanafites, tels Abu al-Hasan al-Tamimi, son fils Abu al-Fadl, Rizq Allah al-Tamimi, al-Sharif Abu Ali ibn Abi Musa, le qadi Abu Ya'la, al-Sharif Abu Ja'far, Abu al-Wafa ibn 'Aqil, et Abu… »
— Ibn Taymiyya, Bayan talbis al-Jahmiyya fi ta'sis bida'ihim al-kalamiyya, t. 1.
Encore une fois, Ibn Taymiyya identifie une méthode qu’il attribue à la Kullabiyya et à l’Ash'ariyya, puis précise que cette opinion se retrouve également chez un groupe de Hanbalites, parmi lesquels il nomme Abu Ya'la.
6. Concernant les actes volontaires, Ibn Taymiyya rappelle précisément le fondement kullabite et ash'arite dont il vient d’être question :
« Quant à la question de la subsistance en Lui des actes volontaires (qiyam al-af'al al-ikhtiyariyya bihi) : Ibn Kullab, al-Ash'ari et d’autres la nient. C’est sur cette base qu’ils ont construit leur position dans la question du Coran, et c’est à cause de cela… »
— Ibn Taymiyya, Dar ta'arud al-'aql wa-l-naql, t. 2.
Et lorsqu’il décrit les divergences internes chez les Hanbalites sur cette question, il écrit :
« [Abu al-Hasan al-Tamimi et ses adeptes], ainsi que le qadi Abu Ya'la et ses adeptes, tels Ibn 'Aqil, Abu al-Hasan ibn al-Zaghuni et leurs semblables ; bien que, dans les propos du qadi, on trouve parfois ce qui correspond à ceci et parfois ce qui correspond à cela. »
— Ibn Taymiyya, Dar ta'arud al-'aql wa-l-naql, t. 2.
Cette dernière nuance est importante : Ibn Taymiyya reconnaît lui-même que les propos du Qadi ne sont pas toujours uniformes. Personne n’a donc besoin de prétendre qu’Abu Ya'la aurait suivi al-Ash'ari sur chaque question.
7. Même concernant certains attributs transmis, Ibn Taymiyya rapproche encore explicitement sa position de celle d’Ibn Kullab et d’al-Ash'ari :
« Ibn al-Zaghuni, le qadi Abu Ya'la et leurs semblables, bien qu’ils disent qu’il faut laisser le “venir” (maji') et l’“arrivée” (ityan) sur leur sens apparent, leur position à ce sujet est du même genre que celle d’Ibn Kullab et d’al-Ash'ari. Celui-ci également refusait l’interprétation figurative (ta'wil) de la descente (nuzul), de l’arrivée (ityan) et du venir (maji'), et les considérait comme relevant des attributs transmis (al-sifat al-khabariyya). Il disait que ces actes n’impliquent pas nécessairement les corps ; au contraire, ce qui n’est pas un corps peut également être qualifié par eux. »
— Ibn Taymiyya, Majmu' al-Fatawa, t. 6.
Donc soyons précis.
Personne n’est obligé de dire : « Abu Ya'la était Ash'ari » au sens d’une adhésion intégrale à toute l’école.
Mais dire qu’il n’aurait aucun fondement commun avec les Ash'arites sur des questions fondamentales, ou qu’il serait absurde de rapprocher sa méthodologie de la leur, devient difficilement défendable lorsqu’Ibn Taymiyya lui-même :
— le range parmi ceux qui furent en accord avec Ibn Kullab ;
— lui attribue certains fondements rationnels des mutakallimun ;
— associe son argumentation sur le Coran à celle d’al-Ash'ari et de ses compagnons ;
— le compte parmi « ceux qui furent en accord avec eux » ;
— et dit explicitement, sur certaines questions, que sa position est « du même genre que celle d’Ibn Kullab et d’al-Ash'ari ».
On peut discuter jusqu’où va cette proximité.
Mais on ne peut sérieusement faire comme si Ibn Taymiyya ne l’avait jamais établie.
Je ne vais pas refaire sur Twitter le travail des muhaqqiqun hanbalites. Je consacrerai un post distinct à la question de la place des Ash'arites au sein d'Ahl al-Sunna selon les imams du madhhab.
Ici, mon propos est beaucoup plus précis : je vais simplement m'en tenir à Ibn Taymiyya lui-même, afin de montrer que le Qadi Abu Ya'la est, sur plusieurs fondements doctrinaux, bien plus proche d'Ibn Kullab, d'al-Ash'ari et de leurs compagnons que certains ne veulent aujourd'hui l'admettre.
La question n'est donc pas de prétendre qu'Abu Ya'la serait purement et simplement ash'arite.
Elle est beaucoup plus simple : selon Ibn Taymiyya lui-même, Abu Ya'la a-t-il adopté certains fondements communs à Ibn Kullab, al-Ash'ari et leurs compagnons, précisément sur des questions doctrinales qui constituent aujourd'hui des points de divergence majeurs entre vous et nous ?
Et sur ce point, les textes sont assez explicites.
1. Ibn Taymiyya place directement Abu Ya'la parmi ceux qui furent en accord avec Ibn Kullab et al-Ash'ari sur la négation de la subsistance en Allah de ce qui survient par Sa volonté et Sa puissance :
« Parmi les principes d’Ibn Kullab et de ceux qui furent en accord avec lui — tels al-Harith al-Muhasibi, Abu al-Abbas al-Qalanisi, Abu al-Hasan al-Ash'ari, les qadis Abu Bakr ibn al-Tayyib et Abu Ya'la ibn al-Farra, Abu Ja'far al-Simnani, Abu al-Walid al-Baji et d’autres personnages éminents, tels Abu al-Ma'ali al-Juwayni et ses semblables, ainsi qu’Abu al-Wafa ibn 'Aqil, Abu al-Hasan ibn al-Zaghuni et leurs semblables — figurait ceci : rien de ce qui se produit par la volonté et la puissance du Seigneur ne subsiste en Lui. Ils expriment cela en disant que les événements adventices (hulul al-hawadith) n’inhèrent pas en Lui. Sur ce point, ils furent en accord avec Jahm ibn Safwan et ses adeptes parmi les Jahmites et les Mu'tazilites. »
— Ibn Taymiyya, Majmu' al-Fatawa, t. 5.
Ici, Abu Ya'la n’est pas simplement cité à côté d’al-Ash'ari : Ibn Taymiyya les rattache explicitement à un même principe kullabite.
2. Ailleurs, Ibn Taymiyya explique encore qu’Abu Ya'la appartenait à une catégorie de gens attachés aux Salaf et aux traditions, mais ayant accepté certains fondements rationnels des mutakallimun :
« Un troisième type : ils avaient entendu les hadiths et les traditions (athar), et tenaient en grande estime la doctrine des Salaf. Mais ils partageaient avec les théologiens jahmites certains de leurs autres fondements. Ils ne possédaient pas, concernant le Coran, le hadith et les traditions, l’expertise qu’avaient les imams de la Sunna et du hadith, ni du point de vue de la connaissance et de la distinction entre ce qui en est authentique et ce qui en est faible, ni du point de vue de la compréhension de leurs significations. Ils estimèrent corrects certains des fondements rationnels des négateurs jahmites et virent les contradictions qu’il y avait entre eux. Tel est le cas d’Abu Bakr ibn Furak, du qadi Abu Ya'la, d’Ibn 'Aqil et de leurs semblables. »
— Ibn Taymiyya, Dar ta'arud al-'aql wa-l-naql, t. 7.
Donc Ibn Taymiyya reconnaît parfaitement leur attachement aux Salaf et aux athar, tout en affirmant simultanément qu’ils avaient adopté certains fondements rationnels provenant de la théologie du kalam.
3. Sur le Coran, Ibn Taymiyya associe directement l’argumentation d’Abu Ya'la à celle d’al-Ash'ari et de ses compagnons :
« Tous ceux-là argumentent en faveur de la prééternité (qidam) du Coran au moyen de leur argument bien connu, qui constitue un fondement de la doctrine : l’argument qu’ont employé al-Ash'ari et ses compagnons, le qadi Abu Ya'la, Ibn 'Aqil, Abu al-Hasan al-Zaghuni et d’autres. C’est celui dont il a été question précédemment, dans l’exposé du fondement de la première faction, d’après Abu al-Ma'ali, car il estimait l’avoir formulé de manière à repousser certaines questions. Nous avons déjà mentionné cela, et il est apparu qu’il l’avait fondé sur l’impossibilité de l’inhérence en Lui des événements adventices (hulul al-hawadith bihi). Nous le mentionnons ici tel que ceux-là l’ont exposé. »
— Ibn Taymiyya, al-Tisiniyya, t. 1.
Ici encore, ce n’est pas seulement une conclusion identique : Ibn Taymiyya parle d’un argument commun, qu’il qualifie de « fondement de la doctrine », utilisé par al-Ash'ari, ses compagnons et Abu Ya'la.
4. Il revient sur ce même rapprochement lorsqu’il examine les arguments en faveur de la prééternité du Coran :
« Nous disons donc : lorsque l’expert examine attentivement les arguments avancés par ceux qui disent que le Coran est prééternel (qadim) — tels al-Ash'ari et ses adeptes, ainsi que ceux qui furent en accord avec eux, tels le qadi Abu Ya'la et ses adeptes, Abu al-Ma'ali, Abu al-Walid al-Baji, Abu Mansur al-Maturidi et d’autres parmi les Hanbalites, les Shafi'ites, les Malikites et les Hanafites —, on constate, après vérification, que ces arguments n’indiquent rien d’autre que la doctrine des Salaf et des imams, celle qu’indiquent le Livre et la Sunna. »
— Ibn Taymiyya, Majmu' al-Fatawa, t. 6.
Remarquez ici la formulation : « al-Ash'ari et ses adeptes, ainsi que ceux qui furent en accord avec eux, tels le qadi Abu Ya'la et ses adeptes ».
Il peut ensuite considérer que leurs arguments correctement examinés aboutissent à la doctrine des Salaf ; cela ne change rien au fait qu’il établit lui-même leur accord sur cette argumentation.
5. Sur la négation du tajsim, du tarkib et du tab'id, Ibn Taymiyya rapproche également certains Hanbalites, dont Abu Ya'la, de la voie kullabite et ash'arite :
« Il ne fait aucun doute que ceux qui affirment ces attributs se répartissent en quatre catégories. Une catégorie les affirme tout en niant absolument l’attribution d’un corps (tajsim), la composition (tarkib) et la division en parties (tab'id), comme c’est la voie de la Kullabiyya et de l’Ash'ariyya, ainsi que d’un groupe de la Karramiyya, tel Ibn al-Haytham et d’autres. C’est également l’opinion de groupes parmi les Hanbalites, les Malikites, les Shafi'ites et les Hanafites, tels Abu al-Hasan al-Tamimi, son fils Abu al-Fadl, Rizq Allah al-Tamimi, al-Sharif Abu Ali ibn Abi Musa, le qadi Abu Ya'la, al-Sharif Abu Ja'far, Abu al-Wafa ibn 'Aqil, et Abu… »
— Ibn Taymiyya, Bayan talbis al-Jahmiyya fi ta'sis bida'ihim al-kalamiyya, t. 1.
Encore une fois, Ibn Taymiyya identifie une méthode qu’il attribue à la Kullabiyya et à l’Ash'ariyya, puis précise que cette opinion se retrouve également chez un groupe de Hanbalites, parmi lesquels il nomme Abu Ya'la.
6. Concernant les actes volontaires, Ibn Taymiyya rappelle précisément le fondement kullabite et ash'arite dont il vient d’être question :
« Quant à la question de la subsistance en Lui des actes volontaires (qiyam al-af'al al-ikhtiyariyya bihi) : Ibn Kullab, al-Ash'ari et d’autres la nient. C’est sur cette base qu’ils ont construit leur position dans la question du Coran, et c’est à cause de cela… »
— Ibn Taymiyya, Dar ta'arud al-'aql wa-l-naql, t. 2.
Et lorsqu’il décrit les divergences internes chez les Hanbalites sur cette question, il écrit :
« [Abu al-Hasan al-Tamimi et ses adeptes], ainsi que le qadi Abu Ya'la et ses adeptes, tels Ibn 'Aqil, Abu al-Hasan ibn al-Zaghuni et leurs semblables ; bien que, dans les propos du qadi, on trouve parfois ce qui correspond à ceci et parfois ce qui correspond à cela. »
— Ibn Taymiyya, Dar ta'arud al-'aql wa-l-naql, t. 2.
Cette dernière nuance est importante : Ibn Taymiyya reconnaît lui-même que les propos du Qadi ne sont pas toujours uniformes. Personne n’a donc besoin de prétendre qu’Abu Ya'la aurait suivi al-Ash'ari sur chaque question.
7. Même concernant certains attributs transmis, Ibn Taymiyya rapproche encore explicitement sa position de celle d’Ibn Kullab et d’al-Ash'ari :
« Ibn al-Zaghuni, le qadi Abu Ya'la et leurs semblables, bien qu’ils disent qu’il faut laisser le “venir” (maji') et l’“arrivée” (ityan) sur leur sens apparent, leur position à ce sujet est du même genre que celle d’Ibn Kullab et d’al-Ash'ari. Celui-ci également refusait l’interprétation figurative (ta'wil) de la descente (nuzul), de l’arrivée (ityan) et du venir (maji'), et les considérait comme relevant des attributs transmis (al-sifat al-khabariyya). Il disait que ces actes n’impliquent pas nécessairement les corps ; au contraire, ce qui n’est pas un corps peut également être qualifié par eux. »
— Ibn Taymiyya, Majmu' al-Fatawa, t. 6.
Donc soyons précis.
Personne n’est obligé de dire : « Abu Ya'la était Ash'ari » au sens d’une adhésion intégrale à toute l’école.
Mais dire qu’il n’aurait aucun fondement commun avec les Ash'arites sur des questions fondamentales, ou qu’il serait absurde de rapprocher sa méthodologie de la leur, devient difficilement défendable lorsqu’Ibn Taymiyya lui-même :
— le range parmi ceux qui furent en accord avec Ibn Kullab ;
— lui attribue certains fondements rationnels des mutakallimun ;
— associe son argumentation sur le Coran à celle d’al-Ash'ari et de ses compagnons ;
— le compte parmi « ceux qui furent en accord avec eux » ;
— et dit explicitement, sur certaines questions, que sa position est « du même genre que celle d’Ibn Kullab et d’al-Ash'ari ».
On peut discuter jusqu’où va cette proximité.
Mais on ne peut sérieusement faire comme si Ibn Taymiyya ne l’avait jamais établie.
Si tu te considères salafi, ce message s’adresse surtout à toi si tu es quelqu’un de simple, qui aime Allah et Son Messager Sallallahu alayhi wa salam et qui a sincèrement pensé qu’en suivant certains prédicateurs, tu suivais simplement « le Coran et la Sunna selon la compréhension des Salaf ».
Je ne te demande pas de devenir Ashʿarite, Māturīdite ou autre.
Je te demande seulement une chose :
vérifie ce qu’on t’enseigne.
Parce qu’il existe parfois une énorme différence entre les slogans et l’histoire réelle des doctrines.
On t’a probablement beaucoup parlé des Jahmites, des Muʿtazilites, des chiites et des « gens du kalām ».
On t’a expliqué qu’ils avaient dévié parce qu’ils avaient introduit dans la croyance des raisonnements et des conceptions étrangères à la voie des Salaf.
Très bien.
Mais regarde maintenant ce qui se passe lorsqu’on ouvre réellement les livres.
Ibn ʿĀshūr rapporte une ancienne controverse concernant la science d’Allah.
Jahm ibn Ṣafwān, Hishām ibn al-Ḥakam et des théologiens muʿtazilites ont discuté de cette question très précise :
la science d’Allah concernant les événements particuliers se renouvelle-t-elle lorsque ces événements se produisent ?
Retenons simplement cela.
Des siècles plus tard, Sulṭān al-ʿUmayrī affirme :
« La doctrine des gens de la Sunna et de la Jamāʿa est qu’Allah connaît les choses connues par une science éternelle quant à son genre, mais renouvelée quant à ses occurrences particulières. »
Comprends bien mon propos.
Je ne suis pas en train de te dire :
« ʿUmayrī = Jahm. »
Ce serait trop simpliste.
Je te demande quelque chose de beaucoup plus dérangeant :
comment une question et des formulations que l’on retrouve au cœur de controverses anciennes avec des Jahmites, des Muʿtazilites, des chiites et d’autres théologiens peuvent-elles aujourd’hui t’être présentées comme étant tout simplement “la croyance des Salaf”, sans même que l’on te raconte cette histoire ?
Voilà le problème.
Quand tu ne connais pas les livres, celui qui contrôle le vocabulaire contrôle facilement ta perception.
Il lui suffit de dire :
« ceci est la Sunna »,
« ceci est la croyance des Salaf »,
« cela vient des gens du kalām »,
« celui-ci est Jahmite »,
« celui-là est innovateur »,
et tu finis par penser que le débat est réglé avant même d’avoir lu une seule page des controverses dont on te parle.
C’est précisément ce dont je voudrais que les musulmans sortent.
Ne délègue pas entièrement ta religion à des prédicateurs contemporains.
Lis les anciens.
Lis les quatre écoles.
Lis les grands savants musulmans qui ont transmis cette religion pendant des siècles.
Lis les Ashʿarites, les Māturīdites et les Atharites eux-mêmes.
Puis compare.
Tu découvriras que l’histoire de la théologie musulmane est infiniment plus complexe que :
« nous = les Salaf ; tous les autres = les gens du kalām ».
Et surtout, réfléchis à une chose.
Si quelqu’un t’a appris à prononcer très facilement les mots « égaré », « innovateur », « Jahmite », voire « mécréant » contre des musulmans que tu n’as jamais lus…
mais qu’il ne t’a jamais appris l'histoire exacte des doctrines qu’il t’enseigne lui-même,
alors peut-être est-il temps de reprendre ton étude depuis le début.
Ton cheminement ne me rapporte rien.
Si tu restes salafi demain, je ne perds rien.
Si tu changes d’avis, je ne gagne rien.
Mais devant Allah, chacun répondra de ce qu’il a affirmé sur Sa religion et de ce qu’il a dit sur les musulmans.
Alors avant le takfīr.
Avant le tabdīʿ.
Avant les grandes étiquettes.
Ouvre les livres.
L’une des raisons pour lesquelles on met en garde contre les pseudos Sufis qui s’affilient à l’Ash’arisme alors qu’ils n’ont rien à voir avec cette noble école.
Voici un extrait où Yusri Jabr (très connu pour son fanatisme vis-à-vis d’Ibn Arabi) dit les propos suivants :
« Le serviteur est le Seigneur et le Seigneur est le serviteur.
Le serviteur est le Seigneur : c’est-à-dire qu’en sa réalité, il est Seigneur, tandis qu’en son apparence, il est serviteur. »
« Gloire donc à Celui qui s’est adoré Lui-même par Lui-même, s’est mentionné Lui-même par Lui-même, et que nul autre n’a mentionné, puisqu’il n’y a rien avec Lui si ce n’est Lui. »
Bizarrement vous ne verrez jamais les pseudos akbariens du net mettre en garde contre ces croyances répugnantes.
Ce qu’on nous vend:
Le Coran et la Sunnah selon la compréhension des pieux prédécesseurs 🤲🏻
Réalité:
La croyance des Hashwiyya et Karamites
Les arguments des Falasifa
L’adab des Shi’a
📚 Ibn Balban al-Hanbali, auteur de l’un des matn de fiqh hanbali les plus connus, n’etait pas simplement un compilateur de mukhtasarat.
Muhammad ibn Badr al-Din ibn Balban al-Ba'li al-Dimashqi, mort en 1083 H, fut l’un des grands savants hanbalites de Damas au XIe siecle de l’Hegire.
Les sources le decrivent comme faqih, muhaddith, ascete et imam, tout en soulignant un point interessant : bien qu’hanbalite, sa connaissance ne se limitait pas a son propre madhhab. Il avait approfondi le fiqh des autres ecoles au point d’enseigner les quatre madhhabs.
Apres la mort de Shaykh Ali al-Qubudi, il parvint meme a la direction de la vie savante de la Salihiyya.
Son quotidien donne une bonne idee du personnage : il quittait sa maison le matin pour rejoindre la madrasa al-Umariyya, puis partageait son temps entre la priere, la lecture du Coran, l’ecriture et l’enseignement.
De nombreux savants de son epoque prirent le hadith aupres de lui, parmi lesquels Abd al-Hayy al-Akri Ibn al-Imad, auteur des Shadharat al-Dhahab, ainsi que Muhammad ibn Muhammad al-Maghribi et d’autres grandes figures.
Il fut egalement khatib de la mosquee al-Muzaffari, connue comme la mosquee des Hanbalites. Les gens s’y rendaient pour prier et rechercher sa baraka.
L’auteur de sa biographie conclut en des termes particulierement forts :
« Il etait le reste des Salaf et la benediction des Khalaf. »
Et parmi ses ouvrages se trouve bien sur Akhsar al-Mukhtasarat, devenu par la suite l’un des textes les plus connus dans l’enseignement du fiqh hanbali.
Un savant hanbali qui enseignait les quatre madhhabs, formait les grands savants de son siecle et dont ses contemporains s’accordaient sur la superiorite.
1. Le livre dans lequel se trouve cette fabulation est rempli de mensonges et de calomnies donc on y accordera aucun crédit.
2. En lui accordant même du crédit : qui sont ces 1000 savants ? On aimerait toutes les précisions possibles.
3. Qui est le Ahmad Ibn Hamzah dans le sanad ? Avec date de naissance et date de décès.
4. Le Abu 'Ali al-Haddad dans le sanad semble né en 419 après l'hégire et cette fabulation prétend qu'il aurait rencontré al-Nahawandi alors que ce dernier est mort en 394 après l'hégire.
5. Al-Nahawandi est un personnage peu connu. Il semble être un ascète et un maître spirituel qui fut disciple de Ja'far al-Julaydi.
6. Ibn abi al-Fawaris était un très grand savant du hadith thiqah comme le disent al-Dhahabi, al-Khatib al-Baghdadi, Ibn Makula, Ibn al-Nasir al-din, Ibn 'Abd al-Hadi al-Maqdisi, Ibn al-'Imad et bien d'autres.
7. Le sens apparent de la fabulation, si tant est qu'on lui accorde un quelconque crédit, ne dit pas qu'al-Dinawari a rencontré mille shaykhs partageant la position de ce al-Nahawandi sur le takfir des Ash'arites mais plutôt sur le hajr d'Ibn abi al-Fawaris.
C’est ça votre problème : zéro ʿilm, beaucoup de bruit et toujours cette mauvaise odeur.
À quoi te sert de revendiquer un madhhab si tu refuses de prendre en compte les muhaqqiqun de ce même madhhab ?
Qu’un savant extérieur à une école ait mal compris sa doctrine et l’ait jugée à tort, ça n’a rien d’extraordinaire. Les savants ne sont pas infaillibles, et mille raisons peuvent expliquer certaines appréciations ponctuelles.
C’est justement pour ça qu’on revient aux spécialistes hanbalites et à leur vérification des fondements du madhhab.
Donc empiler des citations de savants disant « les Ashʿarites pensent ceci ou cela » ne prouve rien à lui seul. Ce qu’il faut démontrer, c’est que nous, hanbalites, avons réellement des fondements incompatibles avec ceux des Ashʿarites.
Prouve les usul, pas ta collection de citations.
Réveille-toi, ton jahl devient pénible à regarder.
C’est qui, le « vous », dans cette affaire ?
Parce que nous, les hanbalites, nous avons toujours reconnu la place d’Ibn Taymiyya et pris de sa science. Mais considérer que le madhhab passe avant Ibn Taymiyya n’a jamais été une anomalie chez les hanbalites.
📚On connait tous la célèbre transmission du Muwatta par Yahya ibn Yahya al-Laythi. Mais un detail est beaucoup moins connu : il était issu des Masmuda de Tanger.
Le Qadi Iyad rapporte qu’il appartenait a une famille masmoudienne de Tanger, ensuite rattachée aux Banu Layth. Selon al-Razi, ce rattachement viendrait d’un de ses ancêtres, converti a l’islam par Yazid ibn Amir al-Laythi.
Yahya partit ensuite en Orient pour chercher la science. Il étudia notamment auprès de Malik ibn Anas, al-Layth ibn Sad, Ibn Wahb, Ibn al-Qasim et Sufyan ibn Uyayna. Il entendit directement le Muwatta de Malik et se forma particulièrement auprès d’Ibn al-Qasim.
A son retour en al-Andalus, son influence fut immense. Ibn Abd al-Barr rapporte que c’est notamment par Yahya ibn Yahya et Isa ibn Dinar que le madhhab de Malik s’est diffuse, tandis que sa transmission du Muwatta s’est imposee parmi les gens.
Et il existe une anecdote qui résume assez bien le personnage.
Un jour, alors qu’il étudiait chez Malik, on annonça qu’un éléphant était arrive. Tous les élèves sortirent pour aller le voir, sauf Yahya.
Malik lui demanda pourquoi il n’était pas parti avec les autres, puisque l’on ne trouvait pas d’éléphants en al-Andalus.
Yahya lui répondit :
« Je suis venu de mon pays pour te voir, apprendre de ta conduite et de ta science, pas pour regarder un éléphant. »
Malik fut tellement impressionne par sa réponse qu’il le surnomma al-'Aqil, « l’homme raisonnable ».
Un Masmoudien de Tanger, élève de Malik et d’al-Layth, devenu ensuite l’une des grandes figures de l’histoire du malikisme en al-Andalus.
🧵Parmi les grandes figures hanbalites damascènes : Ḥasan b. ʿUmar al-Shaṭṭī (1205-1274 H).
D’origine bagdadienne, il naquit à Damas, où il grandit dans les milieux savants et se consacra très tôt à l’étude puis à l’enseignement.
Jurisconsulte hanbalite, spécialiste des farāʾiḍ et auteur dans plusieurs disciplines, al-Shaṭṭī étudia notamment auprès de Muḥammad al-Kuzbarī, ʿAbd al-Raḥmān al-Kuzbarī, Mullā ʿAlī al-Suwaydī et Muṣṭafā al-Suyūṭī al-Ruḥaybānī.
Il écrivit en fiqh, tawḥīd, grammaire, calcul et autres sciences.
Parmi ses œuvres :
— un Mukhtaṣar du commentaire de la ʿAqīda d’al-Saffārīnī ;
— une épître sur la basmala ;
— des écrits sur le faskh al-nikāḥ, le taqlīd et le talfīq ;
— un commentaire du Ḥizb de l’imam al-Nawawī ;
— ainsi que des compositions consacrées au Mawlid et au Miʿrāj.
Il était également connu pour sa prose et sa poésie.
Il mourut à Damas en 1274 H et fut enterré au cimetière de Qāsiyūn, au pied de la montagne.
Une figure importante du hanbalisme damascène du XIIIᵉ siècle de l’Hégire, à une époque où le madhhab restait porté par des réseaux savants reliant Damas aux grandes familles et lignées hanbalites de la région.
Sources biographiques : حلية البشر في تاريخ القرن الثالث عشر لابن البيطار ; الأعلام للزركلي