« Poèmes saturniens » est l’œuvre de #PaulVerlaine. Premier éclat d’une mélancolie stylisée, où le vers vacille entre spleen baudelairien et musique intérieure. L’alexandrin devient soupir, le rythme plainte cosmique. Genèse du symbolisme en clair-obscur. Lu par Michael Lonsdale.
Pour ceux qui veulent en savoir plus :
En novembre 1893, Paul Verlaine, bien que marqué par l’usure d’une vie de bohème et une santé chancelante, voit son existence transfigurée par une invitation inattendue. Le jeune peintre anglais William Rothenstein, fervent admirateur de son génie, l’invite pour une série de conférences qui réveille en lui l'enthousiasme d'un adolescent. C’est ainsi qu’il entreprend, le 19 novembre, la traversée de Dieppe à Newhaven pour rejoindre les rives britanniques. À Londres, l’accueil est à la hauteur de sa légende naissante : le poète Arthur Symons devient son hôte dévoué, l’installant dans le cadre feutré du Temple.
Le point d'orgue de ce voyage se joue le 21 novembre, sous la charpente gothique de Barnard’s Inn Hall. Verlaine monte sur l'estrade et, bien qu’il ne maîtrise guère la langue de Shakespeare, commence à déclamer les « Poèmes saturniens » en français avec une voix mélodieuse et passionnée, dont la musicalité suffit à enivrer son public. Les étudiants et les jeunes esthètes décadents le contemplent avec une ferveur quasi mystique. Ce triomphe, à la fois discret et incandescent, se poursuit dès le lendemain à Oxford, puis à Salford, confirmant l'ascendant du maître sur la jeune garde intellectuelle anglaise.
Durant trois semaines, Verlaine délaisse sa condition précaire pour mener une véritable existence de poète célébré, loin de son ordinaire misérable. Il est fêté par les plus grands éditeurs comme William Heinemann ou John Lane, et reçu avec les honneurs chez Edmund Gosse ou Herbert Horne. Partout, on sollicite son autographe et on écoute sa parole comme un oracle. Cette parenthèse enchantée, loin de la misère parisienne, lui permet de rentrer en France les poches pleines et l'esprit nourri de souvenirs qu'il immortalisera dans son récit « My Visit to London ». Ce séjour demeure l'un des rares moments où Verlaine fut, de son vivant, pleinement reconnu et choyé, offrant un éclat de gloire magique et inattendu au cœur des brumes londoniennes.