J’ai lu avec beaucoup d’intérêt la dernière chronique de Francis Vailles, qui aborde la question monétaire d’un Québec indépendant, tel que nous l’avons détaillé dans le Livre bleu. À mes yeux, il s’agit de l’analyse la plus rigoureuse publiée dans les grands médias sur la question.
Là où je nuancerais certaines critiques adressées au Livre bleu, c’est lorsqu’on invoque les exemples de l’Estonie, de la Slovaquie, de la Slovénie ou du Danemark pour remettre en question la pertinence d’une monnaie québécoise.
À mon sens, ces exemples démontrent plutôt l’inverse. Que certains de ces pays aient ensuite adopté l’euro, ou que le Danemark ait choisi d’arrimer sa monnaie à celui-ci, ne remet pas en cause leur capacité à avoir créé et administré leur propre monnaie. Il s’agit de deux questions distinctes.
L’Estonie, la Slovaquie, la Slovénie, la Lettonie, la Lituanie et la Croatie ont d’abord démontré qu’elles étaient capables de créer une banque centrale crédible, d’émettre une monnaie nationale et de mener une politique monétaire autonome. L’adoption ultérieure de l’euro relevait d’un choix souverain, et non pas d’un échec.
Le cas du Danemark est tout aussi révélateur. Il possède toujours sa propre monnaie et sa propre banque centrale, tout en conservant le pouvoir de modifier son régime de change ou d’y mettre fin. Le fait qu’il choisisse aujourd’hui de maintenir une parité avec l’euro n’enlève rien à sa souveraineté monétaire.
Au fond, la véritable question n’est pas de savoir si un État conserve éternellement le même régime monétaire, mais s’il est libre de le choisir. Les exemples européens montrent que oui. Le Québec, comme province canadienne, ne dispose pas de cette liberté, et c’est à ce problème précis que nous cherchons à remédier par l’indépendance. La souveraineté n’impose pas une monnaie, elle donne le droit d’en choisir une. Elle transforme une décision subie et imposée par un choix démocratique conçu par nous, et pour nous.
Le casse-tête du dollar québécois, La Presse
Commençons par nommer ce que cet article est réellement : une chronique économique respectable, signée par un journaliste de bonne foi, mais qui — consciemment ou non — recycle la rhétorique de la peur que le Canada fédéral distille depuis cinquante ans. Décortiquons-la argument par argument.
1. « Les coûts de transaction seraient un désavantage »
L'article évoque une pièce d'avion vendue de Montréal à Toronto comme si c'était une catastrophe insurmontable. Sérieusement ?
La Suède vend des Volvos en euros, en livres sterling et en dollars américains. La Suisse, enclavée dans la zone euro, fait des affaires avec la moitié de la planète avec son franc — et s'en sort fort bien. Les entreprises québécoises commercent déjà massivement en dollars américains avec nos voisins du sud. Gérer deux devises, ce n'est pas la fin du monde : c'est ce que font chaque jour des milliers de PME exportatrices. Des outils de couverture de change existent, les banques les offrent, les entreprises les utilisent. Ce « désavantage » se résume à un coût de gestion réel mais parfaitement ordinaire pour toute économie ouverte et souveraine.
2. « Le mal hollandais, c'est aussi un problème pour l'Ontario »
C'est vrai. Et c'est précisément le problème.
Que le mal hollandais affecte aussi l'Ontario ne diminue en rien l'injustice qu'il représente pour le Québec — il la confirme. Deux victimes d'une même politique monétaire dictée par les intérêts pétroliers de l'Ouest, ça ne fait pas une solution : ça fait deux nations mal servies par un régime monétaire conçu pour une économie qu'elles ne contrôlent pas. L'argument de l'économiste Ambler selon lequel « la corrélation pétrole-dollar s'est affaiblie ces dernières années » ne change rien à la réalité structurelle : le Québec n'a aucun levier sur la politique monétaire canadienne. Zéro. On subit — on ne décide pas.
3. « La péréquation compense en partie ces effets »
Voilà l'argument le plus révélateur de tous.
La péréquation comme compensation à notre impuissance monétaire. Autrement dit : puisqu'on vous vole votre capacité d'agir, on vous rendra quelques miettes en échange de votre silence. C'est exactement l'équation coloniale que Pierre Bourgault dénonçait avec rage : un peuple qu'on maintient dans la dépendance en lui faisant croire qu'il en profite. Le Québec envoie des dizaines de milliards à Ottawa chaque année. La péréquation ne compense pas notre manque de souveraineté — elle le masque.
4. « Le Québec est tellement intégré à l'Amérique du Nord qu'une monnaie indépendante serait douteuse »
C'est l'argument du professeur Bouakez de HEC. Respectons l'homme — réfutons l'argument.
L'intégration économique n'est pas une chaîne : c'est un contexte. Le Danemark est profondément intégré à la zone euro — il a pourtant gardé sa couronne. La Norvège commerce avec toute l'Europe — elle a refusé l'euro deux fois par référendum. La Suisse est littéralement entourée de pays euros — elle défend son franc bec et ongles. L'intégration économique et la souveraineté monétaire ne sont pas contradictoires. Ce sont des choix politiques. Et ces choix appartiennent aux peuples — pas aux départements d'économie appliquée.
5. « Le Canada n'accordera peut-être pas facilement ses pouvoirs monétaires »
Enfin — voilà une vérité que l'article dit sans le vouloir pleinement.
Si le Canada refuserait d'accorder au Québec sa juste part de la Banque du Canada après l'indépendance, c'est la preuve que cette union monétaire n'a jamais été une union entre égaux. C'est la confirmation que le Québec a toujours été le partenaire mineur, le locataire qu'on tolère. Et la conclusion logique n'est pas « restons donc dans le Canada » — c'est « créons notre propre banque centrale, comme 163 nations l'ont fait avant nous ».
En conclusion
L'article de La Presse pose de bonnes questions. Mais il répond avec le réflexe pavlovien du chroniqueur économique canadien : oui, mais c'est compliqué, risqué, incertain. Comme si rester dans le Canada n'était pas, lui aussi, un choix risqué — celui de confier notre avenir monétaire, fiscal et démographique à un État que nous n'avons jamais vraiment choisi, et dont nous n'avons jamais signé la constitution.
Le dollar québécois sera ce que nous en ferons. Comme le franc suisse. Comme la couronne norvégienne.
Comme toutes les monnaies de tous les peuples qui ont eu le courage de se gouverner eux-mêmes.
La question n'est pas : est-ce que c'est compliqué ? La question est : est-ce que nous en valons la peine ?
La réponse a toujours été oui.
#polqc
https://t.co/r0ntfrJ7PA
Ce matin, @CharlesMilliard, ose une réplique de 500 mots aux 524 pages du Livre bleu. J’avais assez hâte d’en prendre connaissance, d’autant que nous avons dit explicitement que nous mettions au jeu notre travail afin d’entamer la discussion avec les Québécois, desquels fait partie M. Milliard.
Ma déception a été rapide. M. Milliard appuie sur les mêmes boutons que ses prédécesseurs en parlant d’instabilité (deux fois), d’incertitude (deux fois), de chicane (deux fois), de séparation (six fois) et des « priorités réelles » (c’est-à-dire les vraies affaires). Rien de bien original. De notre côté, nous considérons que l’avenir national du Québec est « une vraie affaire » et qu’il est davantage incertain pour le Québec de rester dans le Canada. Également, je le dirige vers le projet national de notre Parti, qui est public depuis des mois (https://t.co/iebpQyDcyi...): des propositions pour une province, il y en a! Je cherche en vain le programme de sa formation politique.
Surtout, le Livre bleu traite d’environnement, d’agriculture, de ressources naturelles, d’énergie, de transports, de santé, de programmes sociaux, de protection du consommateur, de régime du travail, d’économie, de justice, de culture, de communications, en plus des questions fondamentales pour le Québec comme la vitalité de la langue française, sa place dans le Canada, ainsi que les institutions de ce dernier. Peut-on sérieusement avancer que ce ne sont pas des « priorités réelles » ?
Aussi, M. Milliard ne dit pas la vérité. Il écrit notamment que nous souhaitions une chicane frontalière avec Terre-Neuve-et-Labrador, alors que, pour la première fois de l’histoire du mouvement indépendantiste, nous écrivons explicitement que nous considérons cette question frontalière réglée et qu’il ne sert à rien de revenir sur celle-ci (pages 122-123). Nous croyons que le Canada devra dédommager politiquement le Québec après un vote positif sur l’indépendance, mais sans changer un mètre de la frontière.
En vain, on cherche un interlocuteur crédible au Parti libéral pour débattre des questions fondamentales du Livre bleu. Quelqu’un dans le caucus de M. Milliard peut se porter volontaire à sa place ?
Le Parti Québécois vient de publier son Livre bleu sur l’indépendance. 276 pages de faits, de chiffres, de réponses concrètes.
J’en ai lu des passages. Voici ce qui m’est resté.
En 1840, les Québécois représentaient 100 % de la population de leur territoire. Aujourd’hui : 21,7%. En 2049 : moins de 20%, selon les projections de Statistique Canada. Nos sièges à Ottawa suivent la même courbe : de 35,9% en 1867 à 22,7% aujourd’hui.
Depuis 2011, on sait qu’on peut former un gouvernement majoritaire canadien sans un seul député du Québec. La Constitution n’a pas bougé depuis 1982. Meech. Charlottetown. Le Canada n’est pas malveillant. Il est irréformable. C’est différent — et c’est plus difficile à contredire.
Mais le Livre bleu ne s’arrête pas au problème.
Il décrit ce que serait le Québec pays.
Un État qui se classerait au 2e rang du G7 pour la santé de ses finances — devant le Canada, devant les États-Unis. Un État qui récupèrerait entre 13 et 16 milliards en éliminant la bureaucratie fédérale dédoublée, et les redistribuerait en baisses d’impôts, en services, en avenir. Un État dont la capitale serait Québec, qui siégerait à l’ONU avec sa propre voix, qui conclurait ses propres traités. Un État qui protégerait le français — pas par nostalgie, mais parce qu’il en aurait enfin les outils.
Ce n’est pas un rêve flou. C’est un plan documenté, avec des chiffres, des étapes, des précédents internationaux.
Tous les Québécois de moins de 49 ans n’ont jamais pu se prononcer sur leur avenir. Pas une seule fois.
C’est notre tour.
Lisez-le vous-mêmes : https://t.co/SOSNF6x7ax
Le PQ a fait un travail d'une rigueur remarquable, avec son Livre Bleu, allant plus loin, niveau détails et précisions, que jamais dans son histoire. Ceci ne peut qu'éclairer intelligemment le débat, et rassurer les indécis. Chapeau.
https://t.co/c3Aodp2mGk
Ottawa vient de résumer son approche : quand le Québec parle de décider par lui-même, Ottawa répond par des programmes, des enveloppes et du « fédéralisme coopératif ».
C’est précisément le problème.
Le Québec ne demande pas une faveur. Il ne réclame pas une subvention. Il pose une question démocratique fondamentale : qui décide de notre avenir?
L’Alberta peut mener son rapport de force. Le Québec, lui, forme une nation avec une Assemblée nationale, une langue commune, un droit reconnu de consulter son peuple et une histoire politique distincte. Réduire ça à une « menace référendaire », c’est refuser de voir le cœur du dossier.
Le vrai débat n’est pas : combien Ottawa promettra cette fois-ci?
Le vrai débat est : qui aura le dernier mot sur nos lois, nos revenus, notre langue, nos frontières institutionnelles, nos données, nos services publics et notre avenir collectif?
Une annonce n’est pas une liberté.
Un budget n’est pas une maîtrise.
Un partenariat n’est pas un pays.
Le Québec doit reprendre ses leviers. Calmement. Démocratiquement. Avec continuité, droits garantis et résultats observables.
#polqc