🚨 Ce qui me choque avec TotalEnergies, c’est qu’on est en train de transformer une crise énergétique en débat moral simpliste en cherchant un coupable facile plutôt qu’en regardant les mécanismes en face.
🛢️ Le prix du carburant reste une chaîne complexe avec un prix du brut négociés sur les marchés internationaux, des coûts de raffinage, de la logistique, de la distribution, l’impact du taux de change euro/dollar, et surtout de la fiscalité. En France, une part majeure du prix final est liée aux taxes et c’est une décision politique. Pendant des années, cette fiscalité a été acceptée, justifiée, intégrée dans le modèle. Apres, quand le prix devient trop élevé socialement, on change de narratif. On ne parle plus de fiscalité. On ne parle plus de dépendance énergétique. On ne parle plus de stratégie industrielle. On parle de Total.
➡️ On transforme un sujet complexe en opposition morale et ça devient intellectuellement faible parce que TotalEnergies n’est pas une station-service isolée. C’est un groupe mondial avec des activités diversifiées, des investissements massifs, des risques géopolitiques, et des cycles violents. Réduire toute cette réalité à “ils gagnent trop pendant que le plein coûte cher” relève du refus de penser.
📈 Il y a surtout une forme d’hypocrisie profonde dans ce débat. Quand les prix sont élevés et que cela génère des recettes fiscales importantes, personne ne remet en cause le système. Quand les prix deviennent politiquement sensibles, on cherche un responsable externe.
💰 C’est là que le terme de “superprofits” devient révélateur. Ce n’est plus un concept économique mais un outil rhétorique. Il ne cherche pas à comprendre d’où viennent les profits mais à les disqualifier. Il suggère qu’au-delà d’un certain niveau, le profit devient illégitime. On ne peut pas demander à ces entreprises d’investir des milliards, de prendre des risques industriels et géopolitiques considérables, de financer la transition énergétique, et dans le même temps considérer que leur rentabilité devient un problème dès qu’elle est visible. On ne peut pas construire une stratégie énergétique, industrielle et climatique crédible en diabolisant les acteurs capables de la financer.
🧐 Le plus frappant est que derrière cette polémique, il y a en réalité des contradictions que personne ne veut vraiment assumer. On veut une énergie accessible mais on veut aussi réduire la consommation d’énergies fossiles. On veut accélérer la transition mais on critique les profits qui permettent de l’investir. On veut protéger le pouvoir d’achat mais sans toujours questionner la structure du prix de l’énergie. On veut de la souveraineté énergétique mais on s’en prend aux groupes capables d’opérer à l’échelle mondiale. Quel désastre !
🤷♂️ Si le prix à la pompe est trop élevé, parlons fiscalité, dépendance énergétique, offre mondiale, infrastructures, mobilité. Si le pouvoir d’achat est sous pression, parlons salaires, redistribution, organisation du territoire. Si la transition énergétique est insuffisante, parlons investissements, réglementation, délais, acceptabilité sociale. Déplacer tout cela sur Total, c’est éviter le cœur du problème et relevé de la puérilité.
⚠️ Je suis très clair, le “Total bashing” n’est pas une analyse, c’est un raccourci. Un raccourci pratique, politiquement efficace mais économiquement pauvre. TotalEnergies ne fait rien d’autre que ce qu’une entreprise performante est censée faire dans son secteur : produire, investir, optimiser, et rémunérer ses actionnaires quand les conditions de marché le permettent.
🤔 La seule question qui compte est celle-ci : pourquoi notre système est-il à ce point vulnérable qu’un choc sur les prix de l’énergie suffit à déclencher une crise politique majeure ? Pourquoi préfère-t-on pointer une entreprise plutôt que d’assumer collectivement les choix énergétiques, fiscaux et industriels accumulés depuis des années ?
C’est là que se trouve le débat, pas dans le cours de Bourse de TotalEnergies.
La Guerre du Pôle n'aura pas lieu !
(Ce que vous n'avez jamais lu à propos du Pôle Nord)
🔸Vous l'ignorez, mais c'est au Pôle Nord que se joue l'un des bras de fer juridico-géologiques les + lents et les - couverts médiatiquement de la scène internationale.
P'tit rappel avant toute chose : au-delà de sa ZEE de 200 milles nautiques, un État peut revendiquer jusqu'à 350 milles de plateau continental étendu, à condition de prouver scientifiquement que le fond marin en question constitue le prolongement naturel de son territoire terrestre. Easy !
L'arbitre est la Commission des Limites du Plateau Continental (CLPC), organe onusien composé de 21 experts scientifiques.
Elle valide ou pas les données. Par contre, elle ne tranche pas les chevauchements, non, ça, c'est l'affaire de négociations entre États.
La Russie 🇷🇺 a déposé le premier dossier de l'histoire de la CLPC en 2001, rejeté faute de données suffisantes. Elle a relancé en 2015, puis déposé des addenda substantiels en 2021 poussant ses prétentions jusqu'aux limites des zones économiques canadienne et danoise, et revendiquant la dorsale de Gakkel. Komparazar...
En février 2023, la CLPC a rendu ses recommandations qui sont favorables sur la dorsale de Mendeleïev-Alpha, le bassin Podvodnikov et la dorsale de Lomonosov, soit 1 791 200 km² de fonds arctiques reconnus comme prolongement du plateau continental russe, une superficie légèrement supérieure à celle de la Libye, rien que ça.
Le Canada 🇨🇦 et le Danemark 🇩🇰 ont déposé leurs propres dossiers en 2013/2014 et 2019. Ces dossiers n'ont pas encore été examinés par la CLPC.
Étant donné l'arriéré de demandes mondiales, les recommandations pourraient prendre une décennie supplémentaire (presque aussi long que de la géologie).
Le résultat est largement prévisible avec une zone de chevauchement d'≈ 436 500 milles nautiques carrés (la superficie de la Mongolie) entre les plateaux continentaux canadien et russe auxquels s'ajoutent des chevauchements plus petits entre le Danemark, la Russie et le Canada.
Le Pôle Nord lui-même est au centre de cette triple intersection.
Les États-Unis 🇺🇲 n'ont pas ratifié l'UNCLOS (Convention des Nations unies sur le droit de la mer), de facto, ils ne sont donc pas liés par ses dispositions ni tenus de participer au système de partage des revenus prévu par la convention... Les US ont néanmoins publié leur propre revendication de plateau continental étendu en 2023 en invoquant le "droit international coutumier".
La Russie et la Chine 🇨🇳 ont alors immédiatement utilisé cette posture pour alimenter le narratif d'une Amérique qui contourne les règles qu'elle prétend faire respecter. Normal !
Cette battle, c'est au-delà du territorial vous l'aurez compris, les fonds arctiques recèlent des hydrocarbures, des nodules polymétalliques, des terres rares et les routes maritimes dont la navigabilité s'étend d'année en année avec la fonte, les rend de + en + accessibles...
D'ici 2030, la route maritime du Nord devrait être praticable 4 à 6 mois par an contre 2 à 4 aujourd'hui, ce qui rend d'autant + urgente la question de savoir qui contrôle le fond marin sous ces eaux.
La CLPC valide "scientifiquement" mais elle ne règle pas la politique.
Et personne ne sait encore comment 3 États aux intérêts très divergents vont partager un fond marin dont la valeur augmente à mesure que la glace disparaît...
I Lava You
Sources : IBRU / Durham University, Arctic Maps Series (mars 2023) ; Belfer Center for Science and International Affairs, Harvard (mars 2023) ; Lawfare Media, continental shelf analysis (janv. 2023) ; Wikipedia Territorial claims in the Arctic (mars 2026) ; Ted Stevens Arctic Security Studies Center, US ECS Special Report (juil. 2024)
Liens dispos sur demande en DM
Russie 🇷🇺 - Kazakhstan 🇰🇿 - Iran 🇮🇷 - Azerbaïdjan 🇦🇿 - Turkménistan 🇹🇲
La mer Caspienne disparaît, ça n'empêche pas de négocier sur la bête
[GRAND FORMAT]
🔸En juillet 2025, le niveau de la mer Caspienne a franchi les −29 m sous le niveau de la mer Baltique, le plancher absolu depuis le début des mesures instrumentales.
La baisse est effective depuis 1995 mais depuis 2020 elle s'est accélérée jusqu'à 30 cm/an selon les altimètres satellites de la NASA.
Entre 2006 et 2024, le niveau a reculé de 2 mètres et d'ici 2100, les projections montrent un risque non-négligeable d'une chute de 9 à 18m supp ce qui va concrètement réduire la surface totale d'un quart.
Dans le secteur nord-est du Kazakhstan, la côte a reculé de + de 50 km selon les endroits. Des ports de pêche se retrouvent à sec et des compagnies pétrolières qui draguent des chenaux toujours + longs pour atteindre leurs installations offshore... Tel est le menu actuel.
Le bassin nord, dont la profondeur n'excède pas 5 m pourrait disparaître totalement d'ici 2050... Avec des décors dignes de la mer d'Aral.
Pendant ce temps, 5 États riverains (Russie, Iran, Kazakhstan, Azerbaïdjan, Turkménistan) ont signé en 2018 une convention sur le statut juridique de la mer après 22 longues années de négociations. Le document règle partiellement la délimitation des fonds marins et le régime d'exploitation des hydrocarbures.
Mais (vous me connaissez, il y a un mais) ce fameux rapport ne contient aucune disposition contraignante sur la gestion des niveaux d'eau. Russie et Iran ont régulièrement utilisé la convention environnementale de Téhéran pour bloquer des pipelines transcaspiens mais pas pour coordonner une réponse à la disparition progressive du plan d'eau lui-même...
La dimension militaire ne fait qu'aggraver la situation. En octobre 2025, la Russie, l'Iran, le Kazakhstan et l'Azerbaïdjan ont signé un accord de coopération navale excluant toute présence militaire étrangère dans la mer.
La flottille russe de la Caspienne, base de lancement de missiles de croisière contre l'Ukraine depuis 2022, opère dans des eaux dont la profondeur décline encore et toujours et devinez quoi ? La Russie détient la majorité des navires nécessitant des tirants d'eau importants pour fonctionner, décidément, ils sont de tous les "bons plans" et ça va les pénaliser ! La base de Kaspiysk, par exemple, construite à grands frais à partir de 2018, va voir ses conditions d'exploitation se dégrader avec le niveau...
La Banque mondiale projette que le volume de fret transitant par le Corridor médian (la route Chine-Europe qui traverse la Caspienne) pourrait atteindre 11 M de tonnes d'ici 2030. Ce corridor est précisément ce que le recul des eaux menace de rendre non navigable...
La mer Caspienne va mal car tous ces pays, ces rapaces ont négocié la souveraineté sur une mer mais personne n'a négocié ce qu'on ferait quand elle ne serait plus là.
Se gaver à court terme sans penser à ce que l'on fait de notre Terre, une habitude bien humaine n'est-ce pas ?
Si ce Grand Format vous a plu, n'hésitez pas à commenter (surtout) et à le partager dans vos sphères.
Les sources ayant permis la rédaction de ce post (les liens sont dispo en DM sur demande) ⤵️
Carnegie Endowment for International Peace, déc. 2025 ; NASA Earth Observatory, jan. 2026 ; Nature Communications Earth & Environment, avr. 2025 ; The Conversation / University of Leeds, sept. 2025 ; Planetary Security Initiative, jan. 2025 ; Jamestown Foundation, nov. 2025.
[2/2]
🔸Pendant que Washington réduit sa présence, c'est Pékin qui comble le vide méthodiquement.
Comment cela pourrait être différent avec la Chine après tout ?
Le système Fengyun, piloté par l’Administration Météorologique de Chine (CMA) fournit déjà des données et produits à 133 pays et régions.
Contrairement à une perception occidentale souvent réduite à la "météo chinoise", il s’agit d’un réseau complet avec 9 satellites en orbite, 842 radars, plus de 90k stations au sol et une capacité de détection de 83% des phénomènes extrêmes.
Et la Chine ne va pas en rester là.
Pékin a annoncé le lancement de 3 nouveaux satellites géostationnaires Fengyun (on peut y revenir en détail si ça vous intéresse, dîtes le en commentaire) d’ici 2026-2027 : on va avoir un optique au-dessus de l’océan Indien et un optique et un micro-ondes au-dessus du Pacifique ouest. Ces engins vont nous offrir une surveillance à haute fréquence précisément adaptée aux zones à risque du Sud global.
La rhétorique officielle s’aligne sur l’initiative onusienne "Early Warnings for All" c'est à dire que la CMA propose un système d’alerte précoce en nuage, ouvert, gratuit pour les pays en développement, intégrant météo, hydrologie, océan et environnement.
Exactement les nations que les données américaines alimentaient jusqu’ici. Bye bye Donnie...
Pendant des décennies, les États-Unis ont assumé (à tort ? À juste titre ?) on peut dire par inertie, le rôle de gardien des alertes planétaires.
Les coupes silencieuses de ces 2 dernières années ont fissuré le monopole sans que l’opinion publique s’en alarme vraiment. Ça passe sous les radars.
Pas pour la Chine.
•
Si vous appréciez mon travail, likez, partagez, commentez et abonnez-vous à GeoTales, ��a m'aide vraiment puisque je n'ai absolument aucun revenu pour tout ce que je fais et produis et cela ne vous coûte absolument rien de votre côté !
Parlons encore de Sciences sur X !
•
I Lava You.
Fil - hier, Atlantico m'a interrogé sur le conflit en Iran, le voici :
Un bouclier magique, vraiment ? Jusqu'où tiendra la stratégie de défense mosaïque mise en place par le régime iranien
Présentée comme un rempart quasi indestructible, la stratégie de « défense mosaïque » du régime iranien est aujourd’hui mise à l’épreuve par les frappes ciblées menées par les États-Unis et Israël. Si l’élimination de figures clés — jusqu’au guide suprême Ali Khamenei — révèle des failles inédites, le système conçu pour survivre à la décapitation continue, pour l’instant, d’absorber les chocs. Décryptage.
Entretiens croisés avec Pierre Berthelot, Pascal Jouary et Emmanuel Razavi
1/...