L'abandon du SCAF, en état de mort cérébrale dès le lancement du projet, est un soulagement pour la souveraineté industrielle française. Malgré l’entêtement d’Emmanuel Macron qui n’a pas voulu mettre lui-même fin à cette impasse, Berlin ne fera pas main basse sur le savoir-faire français en matière d'aéronautique de défense.
Les choses étaient pourtant relativement claires au départ : aux Français la conduite sur l'avion commun et aux Allemands celle sur le char du futur (MGCA en remplacement du char Leclerc et du Léopard II), chacun préservant ses domaines d'excellence. Las, la volonté allemande d'obtenir les transferts technologiques liés à nos connaissances en matière d'avion de combat mettait en péril des dizaines d’années d’investissement et la maîtrise de technologies de défense stratégiques. Cette volonté s’est heureusement heurtée à la fermeté et au patriotisme d’Éric Trappier, le PDG de Dassault Aviation, qui a mieux su défendre les intérêts de notre pays que le président lui-même.
Si Dassault Aviation va pouvoir à présent s’atteler sans délai à concevoir l’avion de 6ème génération, le temps presse en revanche pour trouver un successeur au char Leclerc. Contrairement aux Allemands qui possèdent encore tous les savoir-faire et les lignes de production de chars blindés, ce n'est plus le cas de la France qui a arrêté de produire des chars lourds depuis 2008.
Emmanuel Macron est au pied du mur. Alors que le MGCS accumule les retards, nos industriels ont besoin d'un cap pour pouvoir se mettre à la tâche dès maintenant. Il faudra au minimum 10 ans avant d'aboutir à un char de 4ème génération. Nous en sommes capables, mais encore faut-il que nos dirigeants croient en nos ingénieurs, en nos capitaines d'industrie... et en notre pays.
Ce temps perdu regrettable n'est pourtant ni une surprise ni une première. L'histoire aurait dû permettre à Emmanuel Macron de s'éviter une telle humiliation.
Déjà, au sortir de la 2nde guerre mondiale, le projet de char de bataille européen standardisé avait échoué, pour des raisons similaires, et l'exemple du Rafale aurait dû nous vacciner. Alors que de nombreux pays européens choisissaient l'Eurofighter, les Français tiraient leur épingle du jeu en faisant confiance à Dassault. Aujourd'hui, le Rafale est notre plus grand succès commercial à l’export, tandis que l'Eurofighter peine à convaincre en dehors de quelques pays européens.
Il est vital de tirer les leçons de ces échecs répétés. Les matériels de guerre stratégiques ne sont pas et ne seront jamais des produits comme les autres, soumis aux lois du marché. Ils engagent notre survie en tant que nation et notre souveraineté. Une armée n'est pas un assemblage aléatoire de matériels génériques interchangeables sur étagère. Pour être efficace, de tels matériels doivent être produits dans l'optique de leur emploi et dans le cadre global d'une doctrine cohérente définie à l'échelle d’une nation souveraine.
La coopération pour la seule coopération n’a pas de sens dans des domaines aussi stratégiques que la défense nationale. La France, puissance nucléaire, n’a pas les mêmes besoins que l’Allemagne, puissance industrielle ayant sous-investi dans son outil militaire durant des décennies. Des partenariats européens de défense peuvent être menés à bien, mais seulement s'ils ont pour but de servir nos intérêts nationaux respectifs et notre autonomie stratégique commune. S'ils ne reposent que sur de l'idéologie, ils sont voués à l'échec. Le gâchis du SCAF en est un triste exemple.