mon pblm c'est que je me fais déjà un cadeau tous les mois + un cadeau pour féliciter mes petits accomplissements et aussi un cadeau qd je vais pas bien pour me réconforter #pourriegâtée🧍🏾♀️
Jamais j'aurais cru que le gouvernement accepte de donner mes compétences acquises après quasiment 4ans d'études aux aides soignants et aux pharmaciens : le suivi de pansement, la glycémie capillaire et insuline, l'administration des médicaments, le remplissage du pilulier (etc). Historiquement tous ces actes sont des soins infirmiers. Plus maintenant.
Mon diplôme d'état devenu caduque et obsolète est éparpillé façon puzzle.
Jamais j'aurais cru que l'État puisse décider qu'une infirmière libérale prendra sa retraite à taux plein à 67 ans et sans aucun critère de pénibilité alors qu'une infirmière hospitalière part à 62 ou 64 ans avec prise en compte des critères de pénibilité.
Jamais j'aurais cru que mon espérance de vie soit moindre à celle d'autrui et pourtant c'est vrai.
Jamais j'aurais cru qu'une telle injustice perdure : on part en retraite plus tard et on meurt plus tôt.
Jamais j'aurais cru qu'après nous avoir interdit de salarier des collègues pour se faire remplacer car la rétrocession d'honoraires était la règle, ce soit maintenant l'exacte inverse.
Jamais j'aurais cru que le gouvernement ne veuille plus de nous, soignants compétents du bobo jusqu'à la chimio. Nous devons être des techniciens, des effecteurs pour surtout ne pas réfléchir.
Avant la réforme, on posait des diagnostics infirmiers basés sur les besoins fondamentaux de l'humain, on analysait la situation globale du patient, bref nous avions une démarche d'analyse diagnostique puis venait le plan de soin.
Maintenant on coche des cases.
Jamais j'aurais cru me sentir à ce point disqualifiée, rendue inutile et obsolète. Jamais j'aurais cru que le gouvernement puisse nous proposer de nouveaux actes dans le but de libérer du temps médical, pas pour honorer nos compétences. Ces actes ne pourront jamais compenser les pertes financières dues à la réforme de 2020.
Jamais j'aurais cru penser reconversion.
Qui va nous soigner ?
Le pharmacien ? le facteur ? l'aide-soignant? Un système de santé sans soignants compétents motivés et bien rémunérés n'est pas viable.
Je suis infirmière libérale et jamais j'aurais cru en n arriver là.
Déjà, jamais j'aurais cru être obligée de quitter l'hôpital il y a 20 ans : les conditions de travail et surtout la rémunération, ne me permettaient pas d'élever et de vivre dignement avec ma fille (dernière fiche de paye après trois ans au centre hospitalier Ste Marie à Nice 1450 €nets)
Jamais j'aurais cru passer du paradis aux ténèbres du libéral.
Jamais j'aurais cru que notre rôle auprès de la population soit à ce point nié.
Jamais j'aurais cru que le gouvernement puisse imaginer un système de soins sans soignants compétents, engagés, motivés et bien rémunérés.
Jamais j'aurais cru qu'après avoir créé ma patientèle donc mon poste de travail, puis ma société d'exercice libéral, j'en arrive à penser reconversion.
L'État se gargarise avec « l'emploi des seniors » mais il fait tout pour détruire mon travail d'infirmière libérale alors que j'ai 57 ans. La plupart de mes collègues sont dans ce cas : on s'est jeté dans le grand hasard du libéral il y a 20 ans, on a créé notre poste de travail, et aujourd'hui on a peur pour l'avenir.
Jamais j'aurais ça, en ayant un diplôme d'état d'infirmier.
Jamais j'aurais cru que les gouvernements successifs allaient disqualifier pour finalement faire disparaître le métier d'infirmière à domicile.
Jamais j'aurais cru que l'État laisserait 125000 Infirmiers libéraux se faire éradiquer par un nouveau système dominé par les plates-formes numériques. Plate-formes qui d'ailleurs sont payantes.
Jamais j'aurais cru que le gouvernement nous laisserait sans aucune revalorisation de l'acte médico-infirmier depuis 2009.
Jamais j'aurais cru me déplacer à domicile pour 2,75 € bruts quand le kiné touche jusqu'à 4€ et le médecin 10€ euros pour les mêmes trajets.
Jamais j'aurais cru que nos syndicats majoritaires accepteraient une baisse des honoraires par la forfaitisation des soins.
Jamais j'aurais cru que la puissance publique puisse me dire qu'un patient grabataire avec ou sans poche de colostomie, avec ou sans aspiration bronchique, avec ou sans sonde urinaire, c'est la même chose.
C'est incroyable mais vrai, reprenons l'exemple de quelqu'un patient grabataire: les règles de cumul ont changé, la quasi-totalité des soins est comprise « dans le forfait ». Mais je peux vous garantir que quelqu'un qui porte un anus artificiel ou pas, ce n'est pas la même chose en terme de soins et de temps.
Pourtant la rémunération sera la même.
Mais plus le soin est long et complexe, plus je mobilise de compétences et plus j'engage ma responsabilité.
Pour rien.
Enfin pas pour vraiment rien parce que dans l'intérêt du patient j'apporte des soins curatifs et préventifs de qualité, mais pour moi, effecteur des soins, cette situation symbolise la disqualification de nos compétences.
On ne vit pas d'amour et d'eau fraîche
Si les soins de colostomie ou urostomie ou de sonde urinaire ne sont pas rémunérés, l'infirmière libérale engage bel et bien ses compétences et sa responsabilité pour l'hygiène et le bien-être du patient, pour rien.
Autrement dit les compétences que j'ai dans les mains ne valent rien.
C'est travailler autant pour gagner moins.
Jamais j'aurais cru que pendant la crise Covid le gouvernement décide de mieux rémunérer les pharmaciens que les infirmiers libéraux pour les tests antigéniques et les vaccins.
Jamais j'aurais cru que le gouvernement incite la population à se faire vacciner en pharmacie à grand coup de publicité dans la presse, à la télé etc. Même la communication officielle de la sécurité sociale campagne vaccinale ne mentionne que les médecins et les pharmaciens.
Ironie de l'histoire, la couverture vaccinale a baissé.