À cette gauche qui répète depuis bientôt 5 ans les mêmes formules sur l’Ukraine: je vous réponds parce que vous êtes ma douleur et ma plus grande déception. À l’extrême droite dont les liens financiers avec la Russie sont documentés, je n’ai pas de questions.
Mais vous, allez au bout de vos phrases.
« Nous voulons arrêter la guerre. »
Nous aussi. Vous pensez vraiment que quelqu’un veut la paix davantage que ceux qui se réveillent avec des drones audessus de leur lit, qui enterrent leurs enfants, qui vivent amputés, sans maison, ou sous occupation russe ?
La question n’est pas de savoir qui veut la paix. La question est de savoir comment on arrête celui qui fait la guerre. Et là, soudain, vos phrases deviennent beaucoup moins précises.
« Cessez-le-feu immédiat. »
D’accord. Merci. La Russie refuse. Ou elle accepte, se réarme et recommence. Ce n’est pas une hypothèse pour nous. On a déjà vécu cette histoire. Un cessez-le-feu ne protège personne tout seul. Il faut quelqu’un pour le garantir, et quelque chose derrière cette garantie.
« Il faut négocier. »
Évidemment. Mais avec quoi dans les mains ? On parle beaucoup de la table des négociations comme si, une fois assis autour, le rapport de force disparaissait par politesse. Il ne disparaît pas. Si vous désarmez l’un pendant que l’autre garde ses missiles, son armée et son industrie militaire, vous avez déjà changé la négociation avant même qu’elle commence.
« Stop à l’escalade. »
So cute.
La Russie frappe Kyiv, c’est la guerre. L’Ukraine frappe ce qui sert à frapper Kyiv, c’est escalade! Donc la Russie peut conserver les moyens d’attaquer et l’Ukraine devrait renoncer aux moyens de répondre. Curieuse conception de la désescalade.
« Arrêtons les armes, elles alimentent la guerre. »
Alors répondez simplement: si l’aide militaire s’arrête demain, qu’est-ce qui arrête les missiles russes ? Rien. Vous pouvez diminuer la capacité ukrainienne de se défendre. Cela ne fait pas disparaître la capacité russe d’attaquer.
Et c’est là que ce discours devient un populisme dangereux. Vous faites croire qu’on pourrait éteindre la résistance ukrainienne depuis Paris ou Washington comme on éteint un interrupteur.
Je vous le dis: les Ukrainiens ne vont pas arrêter de se défendre. Même si l’OTAN le leur ordonne. Même si les Américains coupent toute l’aide. Même si Paris les invite à venir négocier autour d’une belle table à l’Élysée. Même si Zelensky leur dit lui-même d’arrêter. Ils ne vont pas arrêter.
Parce que pour eux ce n’est pas une théorie géopolitique. Ce n’est pas l’OTAN. Ce n’est pas le Pentagone. Ce n’est même pas Zelensky. C’est leur maison. Leurs enfants. Leur corps. Leur vie. Ils savent ce qu’il y a derrière la ligne d’occupation. Tortures. Exécutions. Détentions. Violences sexuelles. Enfants transférés. Répression de tout ce qui est ukrainien.
Vous parlez de « paix » comme si cette réalité cessait d’exister dès qu’on cesse de la regarder. Et venant d’une gauche qui se dit anti-impérialiste, c’est peut-être ce qui me révolte le plus. Une occupation ne change pas de nature parce que l’occupant est russe. Un peuple ne perd pas son droit de résister parce qu’il est européen, regarde vers Bruxelles ou demande des armes aux États-Unis.
Si votre anti-impérialisme ne reconnaît l’empire que lorsqu’il est occidental, alors ce n’est plus un principe. C’est juste votre géopolitique. Alors allez au bout de ce que vous proposez. Quels territoires ? Combien de gens laissés sous occupation ? Quelles garanties ? Qui les fera respecter ? Et si la Russie recommence, on fait quoi ?
Vous pouvez décider de ne plus aider les Ukrainiens. Mais vous ne pouvez pas décider à leur place qu’ils arrêteront de résister. Et surtout, vous ne pouvez pas décider à la place de la Russie qu’elle arrêtera de faire la guerre.
“je ne veux pas la guerre” n’est pas une stratégie. Et dans toutes vos formules, vous oubliez toujours la même réalité :
l’agresseur, lui aussi, a une volonté.