En deux cent quatre-vingts exactement le vers
Se fait lent doute et peintre en dedans, se desserre
Prend le temps des astreintes patiemment au vert
Est absent et lointain, déjà pareil estuaire
Met l'ensemble d'un dessein aux pages au pair
Descendant au poème comme un vieux désert
Où conduit le chemin qui traverse nos draps ?
Où conduit ce satin où repose l'émoi ?
Au moment du matin quand je suis dans tes bras
Quand sillonnés de fleurs les draps s'en vont hurler
À tes cils ce bonheur d'être pourtant froissés
Où conduit-on nos cœurs à toujours s'enlacer ?
Je te garde en secret dans un verbeux silence
Des éclats de bruit blanc envahissent mes sens
Un tambour surgit dans mon cœur plein d'absence
C'est ton pas qui approche, c'est ta belle essence
Puis tes lèvres s'ouvrent - la déhiscence -
Deux pétales couvrent ma faconde et mes sens
Le monde est soumis aux mystères
Plus terrifiants que nos réalités :
Ce que l'on croit savoir se terre
Sous d'innommables déliés.
Soit ! je pourrais tout fiche en l'air
Pour une minute de vos secrets ;
Je pourrais sans en avoir l'air
Sauter dans la mort où vous vous êtes cachés !
J'ai donné l'espoir & j'ai pris la peine en azur,
J'ai chanté les soleils, j'ai fâché les natures ;
J'ai voyagé, j'ai murmuré... Je suis l'été
Autant que l'hiver ; j'ai verdi puis fait glisser
Les feuilles sous les encres obscures ; j'étais
Entrée dans la Mort avec mon humanité !
Tandis que s’intensifie ma larme intérieure
La nuit qui console en faux éclats de couleurs
Sans prendre part au doute infini de mon cœur
Sur le jardin jette un regard neuf et vainqueur
Et la rosée peint de nitescence les fleurs
Toujours les ombres couvrent les ciels et les pleurs
J'ai là dix-neuf ans et du soleil dans le souffle
De soirée en soirée, je vais au bord d'un gouffre
D'amour et d'espoir (dont un jour on souffre)
Au fil du temps, l'image se camoufle
Mais j'ai des souvenirs qui restent gracieux
Qui sont gratuits et vraiment, ça rend bienheureux
Le chant qui habite, précieux, le vieux village,
Conquiert les cimes, les faîtes, le clocher sage,
La tradition perdue dans la nuit du présage
Et serpente entre les rues. S'il est du voyage
Le ciel incliné à mes yeux, sur mon visage
Fait tanguer des gouttes de lumière... Langage.
Comme rien n'est réel
Tristesse et joie sont ces rappels
D'un cœur qui bat, où s'amoncellent
Le sens et l'essence essentiels
-Une pensée inouïe se rebelle-
Un autre sommeil prend ses nuits
Contrarié, gauche, fait d'ennuis
Presque fuyant les insomnies
Un autre réveil rêve en lui
Dedans les solitudes, dehors la nuit noire,
Partout les poèmes fuient par leurs entonnoirs,
Se resserrant, s’emportant jusqu’à la mémoire !
Que l’encre aujourd’hui trouble le miroir frivole
Et que faussement s’écoule par ses rigoles
Un regard sur l’astre élégant qui dégringole !
Chantent les vents et les ondes
Sifflent sur la nuit profonde
Ah fugitive faconde
Quand je voudrais que m'inonde
La ronde des nébuleuses
Secrètes et lumineuses
Ma pensée s'en va encore
Par-dessus un ciel obtus
Que je n'ai jamais connu
Rêveuse
Je n'ai de frontière que mon corps
Par les canaux des songes, l'âme pousse un cri
Dit tout bas ses mystères mais (si fortement
Que) rien d'aussi fragile n'a autant d'élan !
Aux ressacs des pensées sous leur soleil de nuit,
Le langage de l'âme, oh, rêve éblouissant,
Bercement nous emporte et parfois nous traduit !
Livrer quelques pensées quand on n’a rien à dire,
Partir en poésie sur des soleils couchants,
Que c’est triste et pourtant ça nous donne un élan !
Celui de contempler le monde en devenir.
La nuit qui est tombée a fait naître un répit
Dans le long poème en vers qu’on nomme la Vie.
J’ai usé le monde endormi
En écoulant ma poésie
Là où personne ne la lit
Mais je n’ai jamais ressenti
Autant d’Âme sous mes écrits
Mes premiers vers ensevelis
Ressentent la fuite et la nuit
-Procès peut-être bien fortuit-
L’ombre que je suis devenue
A mis du sable jusqu’aux nues
Oui la vie est sombre qui me vient du fond des ombres
Mes tourments, ma misère, tout est en surnombre
Sors de l’encrier ô poème aventurier
Et comme un soleil, recouvre tout de beauté
Le ciel mouvant et le plus pur reflet
Il faut pour rendre un vers prendre au spleen qui m’obombre
Ta peau s’évapore en silence
Et mes yeux brûlent sous les pleurs
Ton âme couche dans nos fleurs
On fait le deuil de ton absence
À chaque jour suffit sa peine
Le ciel lourd pèse sur ma tête
Or la nuit toujours nous malmène
Et lux in tenebris lucet
Et rien ne fait plus jamais sens
Camail de nuées sombres
où siffle un zéphyr chaud
La nuit est comme une ombre
en tombant sur ma peau
Si je lève les yeux
avant de m’endormir
vêtue par la nuit bleue
quelques astres soupirent
Et je tisse en mon rêve
de fondantes lueurs
Les intrigues s’élèvent
par delà leur clameur
Mon cœur, mon pauvre cœur, qu’as-tu fait de ces heures
Blessées ? Mon faible cœur, sans orage et sans pleur,
Qui es pour mon malheur le maître et le complice
Des poèmes tristes où ma rime s’immisce,
Tout tremble au cœur du vers et je l’écris, ô cœur,
Et je me souviens de ma peur.
Entre l'ombre et la nuit à la tombée du soir
Le soleil s'est enfui dans un outre encensoir
De plus en plus languides les ombres s'effarent
Ce que j'ai à écrire au lieu de troubler l'art
Ces mots voués à l'oubli où raisonnent l'espoir
Et le rêve attendri, peut changer mon histoire
Le soleil nous sacre
En halos de nacre
Sur nos douces chairs
Foyers de lumières
Premières clartés
Longs soupirs d'été
Baisers éphémères
Embruns de la mer
Sur nos peaux de sel
Nous glissons nos mains
Un regard d'appel
Le plus cher destin
T'emmener chez moi
Blottie dans tes bras