Quand j’étais petit, j’adorais les crêpes. J’adorais les crêpes avec un zeste d’orange et à la noix de muscade, parce que ma mère m’en faisait tout le temps.
Quand ma mère est décédée, il n’y a plus jamais eu de crêpes.
Parfois, la sœur de ma mère, ma tante, venait me rendre visite avec des crêpes. Sauf qu’elle n’avait pas le droit de me rendre visite, parce que mon père et ma belle-mère l’avaient interdit.
Du coup, on se voyait à côté de l’immeuble où je vivais, en face du lycée Joss à Douala, clandestinement. Je faisais exprès de manger le maximum de crêpes. À chaque fois qu’on se séparait, elle pleurait. Elle me disait : « Pars avec le reste. » Et je lui répondais : « Non. Si on se rend compte qu’on s’est vus, on va me tuer. »
Je devais la consoler, après avoir mangé le maximum de crêpes, puis rentrer… Mais ça valait tellement le coup.
Il y a quelques jours, j’étais en vacances, et ma tante me reparlait de ça. « tu étais trop petit. J’étais tellement démunie à l’époque. Je pleurais pendant des heures après qu’on se séparait. Mais tu as fini par grandir. »
Être orphelin, c’est si horrible. Ça te fuck ton brain éternellement.
Les réseaux sociaux vous ont fait croire que vous aviez de très grandes chances de devenir très riches et c’est pour ça que vous défendez des opinions politiques qui jouent contre vous-mêmes.