Mais pourquoi donc ces mondes ?… Pourquoi tout ? Pourquoi suis-je là ? Oh ! il y a deux infinis qui me perdent : l’un dans mon âme, il me ronge ; l’autre autour de moi, il va m’écraser.
(Smarh)
Tu m’as dit un mot qui me va au cœur : « Je ferai quelque chose de beau, dussé-je en crever. » Voilà un mot, au moins. – Reste toujours ainsi, & je t’aimerai de plus en plus, si c’est possible.
(À Louise Colet)
Un temps va venir où tout le monde forcément sera « homme d’affaires » (mais dans ce temps-là, dieu merci, je ne vivrai plus). Tant pis pour nos neveux ! Les générations futures seront d’une grossièreté ignoble.
(Novembre 1876)
Extrait d’une lettre à Ivan Tourgueniev (21 janvier 1880).
« Merci de m’avoir fait lire le roman de Tolstoï. C’est de premier ordre ! Quel peintre & quel psychologue ! Les deux premiers volumes sont sublimes. »
En fait de lectures, je viens d’avaler tout l’odieux Joseph de Maistre. Nous a-t-on assez scié le dos avec ce monsieur-là ? & les socialistes modernes qui l’ont exalté ! à commencer par les st simoniens pour finir par A. Comte.
(À George Sand)
Je suis resté bien des jours, bien des ans, assis à ne penser à rien, ou à tout, abîmé dans l’infini que je voulais embrasser, et qui me dévorait.
(Mémoires d’un fou)
Savez-vous combien j’ai avalé de volumes depuis le 20 septembre dernier ? 194 ! & dans tous, j’ai relevé des notes ; de plus, j’ai écrit une comédie & fait le plan d’une autre. Ce n’est pas l’année d’un paresseux.
(Août 1873)
D’un homme à un autre homme, d’une femme à une autre femme, d’un cœur à un autre cœur, quels abîmes ! La distance d’un continent à l’autre n’est rien à côté.
– Ce qu’il y a de plus lamentable, n’est-ce pas, c’est de traîner, comme moi, une existence inutile ? Si nos douleurs pouvaient servir à quelqu’un, on se consolerait dans la pensée du sacrifice !
(Madame Bovary)
Il me semble que Michel-Ange est quelque chose d’inouï, comme serait un Homère shakespearien, un mélange d’antique et de Moyen Âge, je ne sais quoi.
(À Louis Bouilhet)
Plus sombre et plus abattu que le lendemain d’une orgie, les évènements passés lui faisaient l’effet d’un de ces rêves sans nom, où l’on a vu des beautés surhumaines et des splendeurs inouïes, et dont le souvenir vague est un supplice.
(L’Éducation sentimentale, version de 1845)
Écrire, oh ! écrire, c’est s’emparer du monde, de ses préjugés, de ses vertus et le résumer dans un livre. C’est sentir sa pensée naître, grandir, vivre, se dresser debout sur son piédestal, et y rester toujours.
(Un parfum à sentir)
Lettre à Félix Archimède Pouchet (9 janvier 1864).
« Je suis ébloui par vos démonstrations, convaincu par votre logique, entraîné par la suite de vos idées, et quelque chose en moi me crie : « Il a raison ! c’est vrai ! ses adversaires sont des imposteurs ou des crétins. » »
Je suis toujours tenté de m’écrier comme saint Polycarpe : « Ah ! mon Dieu ! mon Dieu ! dans quel siècle m’avez-vous fait naître ? » et de m’enfuir en me bouchant les oreilles, ainsi que faisait ce saint homme, lorsqu’on tenait, devant lui, quelque proposition malséante.
Elle confondait, dans son désir, les sensualités du luxe avec les joies du cœur, l’élégance des habitudes et les délicatesses du sentiment.
(Madame Bovary)
Il tendait sa main aux cavaliers sur les routes, avec des génuflexions s’approchait des moissonneurs, ou restait immobile devant la barrière des cours ; et son visage était si triste que jamais on ne lui refusait l’aumône.
(La Légende de saint Julien l’Hospitalier)