Pour finir, la position dépressive de Mélanie Klein, ce deuil normal de la première année. Et une mise en garde méthodologique que je veux garder : ne jamais réduire un sujet à une variation quantitative. Écouter sa singularité, avant tout.
Freud, avec l'hystérie, déplace tout. La paralysie du bras d'une patiente n'est pas neurologique, elle est faite de mots, pas d'organes. Une anatomie quadrillée par le langage.
L'histoire de la paralysie générale, dite maladie de Bayle, m'a marquée. Longtemps prise pour une maladie psychiatrique pure, jusqu'à ce qu'on découvre que c'était une complication de la syphilis. Toute une génération de psychiatres a espéré retrouver une lésion pour chaque folie
Détour par Canguilhem. Deux façons très anciennes de penser la maladie, un être étranger qui envahit, ou un déséquilibre à l'intérieur. Dans les deux cas, une lutte.
Une question qui m'a arrêtée : d'où parlons-nous, comme praticiens ? Freud n'a jamais cédé sur ses théories sexuelles infantiles. Toute théorisation adulte, même celle du physicien, reste prise dans le fantasme d'où viennent les enfants.
Retour à l'enfant. Dès le début la vie humaine est associée à la demande. Le cri du nourrisson est interprété par la mère, et c'est cette interprétation qui donne prise, qui fait emprise, sur un corps qui ne peut pas encore se faire entendre autrement.
Ce qu'on attend du thérapeute en séance, ce n'est pas le silence qu'on croit. C'est un silence actif, qui invite la parole plutôt qu'il ne la contraint. Un dire se fait entendre derrière ce qui se dit.
Le cas Schreber, toujours aussi frappant. Sa décompensation psychotique survient au moment de sa nomination comme magistrat. Un événement symbolique peut faire vaciller les coordonnées d'un sujet entier.
Un développement psychique suffisamment accompli, c'est celui qui va de l'aliénation primitive absolue à l'autonomie relative. Mais c'est un idéal introuvable. Avec nos téléphones greffés à la main, on est tous de grands dépendants.
Et l'angoisse, dans tout ça, vient d'un trou dans le langage. Un endroit où rien ne vient dire. On essaie de le combler avec du sens, mais le sens lui-même est équivoque, il se dérobe.
Il propose aussi un mot nouveau : la logopathie. Quand on souffre, on est pris dans le langage, quelle que soit la forme que prend cette souffrance, névrose, psychose, phobie, ou ce fourre-tout qu'on appelle borderline.
Thibierge fait une distinction que je trouve juste pour comprendre notre époque : l'énoncé, ce qui est dit et figé, contre l'énonciation, l'acte même de dire. Notre ambiance privilégie le premier, fige le signifiant dans l'image, au détriment du second.
Et le « je », dans cette perspective, n'est jamais totalement saisi par les mots qui le représentent. Il reste un reste, un résidu qui échappe à la symbolisation.
Ce qui m'a marquée : de toute cette chaîne, l'enfant va perdre la mélodie, l'accent, le rythme. Il ne garde que le signifiant et la trace écrite, la lettre. La jouissance cède la place au sens.
L'enfant baigne d'abord dans le langage sans le comprendre, un vrai bain sonore. Peu à peu il repère des signifiants qui reviennent, et commence à les lire dans ce flux continu.
Ce qui reste de tout ça, pour moi : le narcissisme n'a pas disparu dans la mélancolie. Il s'est retourné en son contraire, jusqu'à l'anéantissement de soi.
Une camarade a posé une question en cours aujourd'hui qui m'occupe encore : quel rapport entre narcissisme et mélancolie ? La réponse du prof m'a saisie.
Le mélancolique n'a que faire de son image, c'est vrai. Mais ce désintérêt-là ne fait pas disparaître le narcissisme. Il le retourne. « Je ne suis rien » est encore un discours sur soi, juste inversé jusqu'à l'anéantissement.