@Liona543J Je vous remercie et vous souhaite une heureuse relecture, en gardant en tête ce que Hugo écrivait à Zola : « Le succès, c'est d'être lu ; le triomphe, c'est d'être relu. »
1/2
J’ai vu Les Misérables.
Il y a un absent : les pauvres. Curieuse tendance à parler d’eux à chaque phrase sans jamais les voir vraiment. On n’a sans doute jamais mis autant d’ardeur à saccager un chef-d’œuvre. Le réalisateur, Cavayé, trahit l’auteur, Hugo. Messieurs de l’Académie, s’il vous plaît, un César pour Brutus.
On invente des scènes, on en supprime à sa guise. Il faut dire qu’Hugo mérite la rature. Le réalisateur a envers lui la fidélité des Thénardier. Ah ! ces fameux Thénardier ! Lavernhe joue le mari, Cottin l’épouse. Il n’eût pas été inconvenant d’inverser les rôles. L’homme a la dentition blanche, la femme une peau parfaite ; ces Thénardier, plutôt zadistes que miséreux, viennent peut-être de Saint-Germain.
Le personnage masculin le mieux réussi est sans doute Monsieur Fauchelevent. Pourquoi ? C’est qu’il n’apparait pas dans le film.
Le personnage féminin le plus abouti est sans doute Fantine. Pourquoi ? C’est qu’on a daigné lire ses pages.
L’évêque Bienvenu, hapax moral dans la vie de Valjean, disparaît en trois minutes ; une le temps de le regarder boire sa soupe, les deux autres pour lui donner les chandeliers. On ne mentionne pas sa mort. C’est bête. Référence manquée à l’un des plus beaux chapitres de toute l’œuvre hugolienne (Monsieur Madeleine en deuil). On voit Madame Magloire, on ne voit pas Mademoiselle Baptistine.
Cosette fille est réussie, Cosette femme est ratée. La vieillesse est un naufrage. On invente Cosette dame, nouvelle narratrice on ne sait d’où venue.
Marius va sur les barricades comme à la fête foraine. Il n’écrit plus à Cosette. Le banc en pierre du jardin de la maison de Cosette sur lequel il dépose ses lettres enflammées n’existe plus. D’ailleurs, le jardin de cette maison n’existe plus. Marius ne lui dit plus « Vous qui souffrez parce que vous aimez, aimez plus encore. Mourir d’amour, c’est en vivre. » Trop lyrique. Marius ne lui dira rien, c’est mieux. L’amour est une amourette sans charme. L’idylle rue Plumet est une passade.
Puis Marius n’a pas de temps à consacrer à son père mort, à connaître le deuil, à « se vêtir de la nuit » pour s’habiller en noir, ni celui de se disputer pendant des pages entières avec son grand-père royaliste Gillenormand.
Sur les barricades, Enjolras ne discourt plus. Le vocabulaire lui manque. Lui qui avait le marbre d’un Mirabeau est taillé dans la faïence d’un Léaument. Lui qui était si grand dans le livre est si petit dans le film.
Grantaire ne meurt plus en criant vive la République ; Courfeyrac est invisible ; Prouvaire est introuvable ; plus personne ne pleure sur la dépouille de Gavroche, hormis son père, qui est mystérieusement là. Gavroche, qui a fait une teinture, se vautre davantage dans le caniveau de Cavayé que dans le ruisseau de Rousseau. Il ne chante pas Voltaire. Gavroche est déraciné. Hugo montre le gamin de Paris, Cavayé montre un môme quelconque. Et puis, fratricide inexpliqué, on ôte à Gavroche ses deux frères, « ses enfants », comme le dit Hugo. Ils ne méritent pas d’apparaitre à l’image. Éponine, fille Thénardier, n’a plus sa sœur, Azelma. Parité, nous dira-t-on, sans doute.
Il n’est pas question de regarder scrupuleusement l’écran avec le livre sur les genoux, cherchant le moindre écart. Il s’agirait seulement de respecter l’œuvre en question, en l’occurrence peut-être la plus grande de la littérature française.
2/2
Adapter l’histoire est acceptable, massacrer les dialogues ne l’est pas. Hugo fait une digression (centrale) de trente pages sur l’argot. Avec cette formule : « l’argot, c’est la langue de la misère. » Seul à un moment Gavroche crie au « cogne » pour désigner le policier Javert. Voilà tout. Ici les pauvres parlent comme les bourgeois, qui parlent comme tout le monde. La langue est indifférenciée. Même Thénardier rehausse le classement PISA en dictée : il ne fait plus de fautes. Les Thénardier n’ont plus la hauteur de leur bassesse.
Javert est ici un tyran, aveugle. Sa seule bonté est son suicide un peu freudien. On lui ôte sa conscience qu’Hugo pénètre sur tout le roman. Sans parler de celle de Valjean…
Les deux meilleures performances sont assurément les deux chandeliers, qui ont des leçons à donner pour entrer dans un rôle.
Ce serait un bon film s’il n’était pas une piètre adaptation. Il manque le caractère essentiel : l’épopée. L’insurrection vient de nulle part et revendique timidement la liberté. C’est Hugo sans souffle. On vient en ayant en tête Gabin ou Ventura jouant Valjean, on repart avec le Lindon de Welcome. C’est le Lindon de cette farce.
On croyait voir Les Misérables, on a vu un semblant de misérabilisme.
Les reportages de Kessel, c'est du journalisme ou de la littérature ?
Les essais de Milosz, de Koestler ou de Michael Anton, on aurait pu les écrire en IA?
Les oeuvres de F. Braudel ou de G. Duby, en histoire, on aurait pu les écrire en IA ?
Le style et l'écriture vont ensemble, dès qu'une voix s'impose, ou cherche à se faire entendre.
Il y a dans ce désir de grand-remplacer l'homme par la machine pensante quelque chose de terrifiant.
Et plus encore dans l'enthousiasme qui porte les destructeurs du "vieux monde".
"Il faut, pour rendre compte de cet aspect de l’art balzacien, venir à l’image hermétique du poète Robert Marteau qui comparait la Comédie humaine au Grand Œuvre alchimique :
« L’art d’alchimie, rappelle-t-il dans sa Récolte de la Rosée, consiste à volatiliser le fixe et à fixer le volatil ; encore à sublimer la matière et à fixer l’esprit. »
C’est la règle traditionnelle du Magistère : « Solve et Coagula » ; et c’est bien ce que fait Balzac, comme l’a compris le poète :
« C’est selon ces vues, et selon cette science, que Balzac va se saisir du magma ou chaos social que présente la société organisée et policée de son temps pour opérer, à l’imitation de l’alchimiste qui extrait des ténèbres la matière nécessaire aux opérations devant lui permettre de réaliser le Grand-Œuvre. »
Ainsi est, par Balzac, dissoute la matière socio-historique du monde, pour être, par son génie, coagulée dans la spiritualité du mythe. Et la comparaison alchimique n’est pas seulement le fait du poète : Balzac l’a faite lui-même, et pour son propre compte, dans une lettre à Zulma Carraud, quand il évoque la tâche qui l’attend :
« J’ai, pendant un mois, à ne pas quitter ma table, où je jette ma vie comme un alchimiste son or au creuset. »
Et cela vaut pour toute son œuvre. Balzac a effectivement brûlé sa vie pour alimenter son fourneau d’« artiste », afin que la réalité matérielle du monde soit transmuée en vérité spirituelle du mythe, et qu’il soit lui-même métamorphosé d’homme grossier en homme subtil. Comme le veut toute authentique alchimie." Roger Parisot.
🇫🇷 8 juillet 1964, le Général de Gaulle à A. Peyrefitte : « La légalité était contre la France libre ! »
« Le Général me demande de me préparer à prononcer un discours sur Péguy à Orléans, pour le cinquantième anniversaire de sa mort.
AP : «Vous m'avez cité un jour une formule de Péguy: "L'ordre, et l'ordre seul, fait en définitive la liberté. ". Vous sembliez y attacher une certaine importance. Ne croyez-vous pas, mon général, que la formule est réversible : "La liberté, et la liberté seule, fait en définitive l'ordre" ? »
Le Général esquisse un sourire : « Il arrive que les meilleures formules se retournent... Ces deux notions se commandent. En juin 40, l'ordre était jeté bas, comme il le fut rarement dans notre histoire. Il n'y avait plus ni ordre, ni liberté. Il était clair qu'un ordre nouveau ne pourrait se rebâtir qu'à partir de la liberté. C'est-à-dire à partir des Français libres, et seulement dans une France libérée. L'ordre de Vichy était caduc, par le fait même que ce régime n'était pas libre. Ces gens ont commis l'erreur de croire qu'ils allaient pouvoir faire une Révolution nationale, tout en étant asservis. C'est alors que la nécessité m'a précipité hors des routes légales. »
La « nécessité », ou plutôt sa foi en la patrie et en lui-même...
AP : « C'est pour ça que vous avez inventé le concept de légitimité ?
GdG. — Tout au plus, je l'ai réinventé : il était très vivant au siècle dernier, et même dans les siècles précédents. J'ai invoqué la légitimité, parce que la légalité était contre la France libre. Tout ce qui représentait la légalité s'est éloigné alors de moi. À part de rares exceptions, les fonctionnaires de métropole et d'outre-mer, l'armée, l'aviation. La marine a préféré se faire couler à Mers-el-Kébir, ou se couler elle-même à Toulon, ou s'empailler à Alexandrie. Le pire : les Français de l'étranger. André Maurois, Jules Romains, Alexis Léger4 et tant d'autres ont choisi confortablement de s'installer aux États-Unis ; quitte à se donner bonne conscience en montant Roosevelt et le Congrès contre moi.
À Londres, dans une revue qui avait eu le culot de s'intituler La France libre, Raymond Aron et André Labarthe ne cachaient pas leur hostilité à mon égard. Raymond Aron me traitait de Badinguet. Il a contribué à répandre aux États-Unis l'idée que je n'étais qu'un général de pronunciamento, de type latino-américain. »
Ce n'est sûrement pas par américanisme qu'en février 1959, des normaliens d'extrême- gauche l'avaient, eux aussi, traité de la sorte... En 1940, « quarante millions de Français », respectueux de la légalité, se rangeaient ainsi derrière Pétain. Il avait fallu attendre le 11 novembre 1940 pour qu'apparût en métropole le premier signe tangible de sympathie à l'égard du gaullisme : des étudiants portant deux gaules s'étaient massés autour de l'Arc de Triomphe, avant que la police les poursuivît.
L'appel du 18 Juin était illégal. Au nom de la légalité, Weygand fit tenir au Général un télégramme le sommant de revenir, puis le traduisit devant un tribunal militaire. Au nom de la légalité, l'ambassade de France à Londres s'en alla tout entière dès qu'elle eut reçu l'ordre de rejoindre Vichy, après Mers-el-Kébir, sans qu'aucun de ses membres restât auprès de De Gaulle. Un diplomate déclara à son camarade Geoffroy de Courcel : « Vous devriez avoir honte de rester avec de Gaulle. » »
🇫🇷 IN MEMORIAM | Il y a trois ans jour pour jour, le professeur de lettres Dominique Bernard était tué lors d’une attaque terroriste islamiste dans un lycée d’Arras.
🇫🇷🇻🇦✝️ L'IMAGE | Derrière cette image marquante du voyage du pape en France, où Léon XIV bénit une petite fille polyhandicapée, se cache une histoire bouleversante. Née sous X, Marie-Garance, 11 ans, a été adoptée à l’âge de 16 mois par Clotilde et Nicolas Noël, déjà parents de six enfants. Le couple a depuis adopté trois autres enfants en situation de handicap.
Atteinte notamment du syndrome de West, Marie-Garance connaît de fréquentes hospitalisations et a plusieurs fois frôlé la mort.
Samedi, alors qu’elle assistait au passage du pape en fauteuil roulant, des gendarmes du Vatican l’ont conduite jusqu’à Léon XIV, qui lui a caressé les cheveux avant de la bénir. (Le Figaro)
📷 @ludovic_marin
🚨 INFO FRONTIÈRES - Lors du blocage du lycée Paul Eluard, à Saint-Denis (93), Bally Bagayoko a été filmé en train de participer aux débordements ainsi que de célébrer ces derniers autour d’une poubelle incendiée. (@Jules_Laurans)