Cher Peter Komondua,
Je te salue en ce matin du 25 avril 2025. Il y’a quelques jours, le Pape François, un prêtre humble, engagé, proche des pauvres, et qui refusait de juger ses semblables, est décédé. Le monde entier s’est fendu de communiqués de condoléances et de tristesse. Notre Président de la République, nos autorités politiques ne sont pas restés en reste. Certains se sont même rendus chez le Nonce apostolique pour lui exprimer en personne leur solidarité.
Le jour d’après, alors que nous préparions à célébrer le décès il y a neuf ans, d’un Roi de la Sape et la Musique, un Monarque absolu de notre culture, un Empereur de l’ombre, Maitre de la pensée, Inventeur de notre littérature moderne, Guide intellectuel de plusieurs générations d’Africains, d’Afro-américains, d’Afro-européens, mais également de penseurs de toutes les horizons géographiques, Valentin Yves (Vumbi Yoka) est décédé.
Des hommages ont fusé du monde entier, y compris d’ici, des congolais d’ici et d’ailleurs, mais de nos autorités, hormis, les ministres « sectoriels » (culture et ESU), le silence !
J’ai lu ta tribune en forme de lettre ouverte au Président de la République appelant au rappatriement de la dépouille de l’illustre penseur, et à des obsèques nationales pour lui. Et j’avoue que je suis partagé.
Il y a la force du symbole, la Nation exprimant sa gratitude pour un géant absolu, un des inventeurs de ce qu’on est, un champion congolais à l’international. Il y a la force du symbole, pour nos enfants qui suivront à la télé, qui sauront qu’on peut être monté au pinacle sans être musicien ou politicien, que le savoir est une saveur appréciée dans la potion nationale.
Mais il aurait aussi la superficialité d’une symbolique dénaturée qui sera récupérée politiquement mais sans aucune perspective, sans aucun projet, sans une véritable volonté d’appropriation de ce que son œuvre a été et son nom. Il y aura aussi, une occasion de dépenses des fonds publics, occasion de détournement, on verra des personnalités se battre pour savoir qui récupérera le magot, le prestige de l’organisation. Et ce serait lui faire injure.
Je suis partagé. Une telle récupération ressemblera à l’oncle riche qui vient prendre en charge le deuil d’un neveu dont il a ignoré les besoins de son vivant.
Je suis partagé. Ne faut-il pas respecter l’éloignement physique que le Maître a observé scrupuleusement avec l’appareil étatique, et le politique congolais, et même l’éloignement géographique qu’il a observé (même si de cœur il est resté proche de nous, n’a-t-il pas légué sa bibliothèque à l’Université de Lubumbashi ?) ?
Je suis partagé. Peut-être qu’il faut d’abord montrer patte blanche : comme une nouvelle séduction nécessaire, agir concrètement pour se montrer digne de l’héritage littéraire et de pensé de VY. Honorer sa mémoire, en nommant des lieux et des voies importantes à son nom, ériger des monuments pour le placer dans le cœur de nos villes, l’installer plus sérieusement dans les programmes d’études, organiser des colloques pour s’approprier son héritage…
Un bon début serait par exemple de nommer l’université de Lubumbashi de son nom ?
Bref je suis partagé. Je sais que si ton appel est entendu, ce serait déjà une victoire, en général nos politiques ne nous écoutent pas, nous les culturels, ou peut-être si peu, peut-être un peu les musiciens. S’il n’est pas entendu, il sera temps alors de travailler « long » et de nous battre pour la deuxième option.
Je vais pour finir, te remercier d’avoir plu ta plume poétesse pour défendre la mémoire du vieux penseur, et j’espère malgré mes craintes que tu seras entendu, ou en tout cas, que commencera dès maintenant le travail pour nous reapproprier un génie que le monde n’a pas attendu, pour célébrer.
À bientôt cher ami, autour de libations livresques et ivresses.
Biatitudes,
Kinshasa,
25 avril 2025