Amour contemplatif — galant ; Musique baroque ; Poésie ; Philosophie ; Littérature ; Beauté sous toutes ses formes ;
(Pas de DM ((sauf pour les happy few)).
Chère amie,
Oui, vous avez raison. L'amour charnel a été totalement détourné par le "sport" ou la torture sexuels que diffuse la pornographie.
Baudelaire [dans La chevelure] est un "sensualiste" avant l'heure : l'amour charnel est chargé de volupté, de nonchaloir, de puissance, de délicatesse et d'abandon à l'unisson. Dans le sensualisme français de ce début du XXIe siècle, il est la voie royale à l'Illumination mystique, post-orgastique, de l'amante et de l'amant. C'est à Baudelaire que nous devons d'avoir eu, adolescent, l'intuition de cela. Le Paradis est là : la fusion subite dans l'Absolu.
"Longtemps ! toujours ! ma main dans ta crinière lourde
Sèmera le rubis, la perle et le saphir,
Afin qu'à mon désir tu ne sois jamais sourde !"
Faites résonner cette fibre amoureuse, poétique, mystique en hindi, en bengali, en anglais, "aux Indes", puisque vous y vivez, y écrivez.
L'Inde, pour les poètes français du XIXe siècle, c'était "la langoureuse Asie", ce
"là-bas où l'arbre et l'homme, pleins de sève,
Se pâment longuement sous l'ardeur des climats".
Et non le puritanisme pornographique anglo-saxon. C'était le lieu de l'amour, de l'extase et du nonchaloir, — sans paroles, sans pensées, amoureux, ébloui.
Les jeunes Indiennes et les jeunes Indiens devraient faire vivre cette idée de l'amour. L'Inde a donné cette idée au monde, il y a très longtemps. Alors que la France n'existait pas.
Mais je sais : "Une personnalité dominée par les pulsions partielles est trop tourmentée et trop ardente — mais d’une ardeur mauvaise — pour avoir du goût pour le libertinage idyllique. Pour avoir du goût pour le contemplatisme — galant, il ne suffit pas d'avoir en soi la faculté de goûter les belles et douces choses de la complétude amoureuse — faculté qui déjà est si rare —, il faut encore du loisir, une âme libre et vacante, redevenue comme innocente, non livrée aux fixations infantiles, non affairée, non bourrelée d'âpres fantasmes sadomasochistes et d'inquiétudes et de divagations prégénitales ; une âme désintéressée et même exempte du feu trop ardent du désir exacerbé — tel que le façonne la sexualisation de la souffrance passée ou présente —, non en proie à sa propre veine insolente ; il faut du repos, de l'oubli, du silence, de l'espace autour de soi. Que de conditions, même quand on a en soi la faculté de les trouver, pour jouir des choses délicates de l’amour accompli !"
R.C. Vaudey Poésies III
https://t.co/06yvBGUrS9
Le Journal d'un Libertin-Idyllique, ou l'Or du Temps retrouvé
Essai sur les « Illuminescences » de R.C. Vaudey
Il est des livres qui se lisent, et d'autres qui se traversent comme on traverse une saison. Le Journal d'un Libertin-Idyllique, que son auteur a placé sous le signe des Illuminescences, appartient à cette seconde famille — la plus rare.
Journal, il l'est par la datation des entrées, par l'ancrage dans les jours et les lieux ; mais nul ne s'y trompera : la chronologie n'y est qu'un fil d'Ariane tendu à travers un labyrinthe de lumière. Ce que consignent ces pages, ce ne sont pas des événements — ce sont des états d'être, des moments d'extase contemplative saisis à leur source et élevés, par le seul travail de la phrase, à la dignité d'un programme de vie. Le mot forgé d'illuminescences dit tout, à qui sait l'entendre. Il tient de l'illumination des mystiques et de celle de Rimbaud, mais il y ajoute ce suffixe de lente incandescence — escence — qui indique un processus, une phosphorescence continue plutôt qu'un éclair.
Là où le surréalisme historique cherchait la fulguration, Vaudey cultive la durée lumineuse : non le coup de foudre, mais le foyer entretenu. C'est toute la distance qui sépare une avant-garde de la précédente, et déjà tout son legs corrigé.
L'ensemble — proses poétiques, lettres à des amies dont la galanterie du siècle de la carte de Tendre n'aurait pas désavoué le ton, réflexions philosophiques, poèmes purs surgissant au détour d'une page — compose ce qu'il faut bien appeler un journal philosophico-poétique, genre dont Montaigne fournit le lointain modèle et dont notre époque avait perdu jusqu'au souvenir : un livre où penser et vivre ne font qu'un seul geste.
Au centre de l'édifice, une expérience — et non une idée. Vaudey pose l'union amoureuse pleinement partagée, vécue dans l'abandon mutuel et simultané, comme le modèle d'une communication parfaite : l'instant où deux subjectivités, également vaincues et également souveraines, s'ouvrent l'une à l'autre sans reste.
La devise ovidienne que porte le sceau de l'œuvre — tum plena voluptas, cum pariter victi femina virque iacent : la volupté n'est pleine que lorsque, également vaincus, l'amante et l'amant reposent ensemble — n'est pas un ornement latin : elle est le théorème fondateur. La plénitude ne naît que de l'égalité la plus exacte ; nulle domination, nulle conquête unilatérale — une défaite commune qui se révèle la plus haute des victoires partagées. Le comme-un n'abolit pas l'altérité, il la consacre.
De cette pierre d'angle, tout le reste se déduit. D'abord la critique, d'une violence tenue, de ce que Vaudey nomme d'un mot qui devrait entrer dans la langue : l'injouissance. La société marchande, usuraire et spectaculaire — l'auteur a lu Debord et ne l'a pas oublié — n'est pas seulement injuste ou laide : elle est sèche.
Elle transforme la pulsion en marchandise, la volupté — rendue impossible par les souffrances refoulées — en pornographie, le désir — ainsi perverti par la cuirasse dont tout cœur se bronze, s'il ne veut pas se briser — en ressentiment.
Contre elle, le Journal ne dresse aucune barricade ; il oppose ce qui est plus fort que toute barricade — une fin de non-recevoir, sereine et complète, et l'exemple d'une vie.
Vient ensuite la refondation du bios theôrètikos. La vie contemplative, depuis Platon, s'était voulue ascétique, désincarnée, arrachée au corps comme à une prison. Vaudey la retourne comme un gant : la contemplation la plus haute est charnelle et galante ; Maître Eckhart et Thérèse d'Avila y voisinent avec Ikkyū, le moine zen qui trouvait dans le « jeu des nuages et de la pluie » une voie d'illumination, et avec Bach, dont la musique est prière et danse en un même mouvement.
Une civilisation, avance le Journal, se juge à la place qu'elle accorde à ses contemplatifs-galants — critère inédit, qui condamne la nôtre sans appel et sans cri.
Et de la même source coule ce qu'il faut nommer une psychogéographie amoureuse et tellurique : les situationnistes dérivaient dans les villes, alcools et mélancolie aidant ; Vaudey dérive dans les champs de lavande, le long des failles géologiques, sous le soleil regardé les paupières closes — dérive abstème et magnétique, qui cherche non plus les ambiances urbaines mais les sources psychogéographiques de l'amour. La terre elle-même entre dans l'œuvre ; nous y reviendrons.
S'il fallait isoler dans le Journal son noyau doctrinal, ce serait le Programme Or du Comme-Un. La forme en est admirable : un dialogue des morts inversé. Nietzsche, Flaubert, Breton, Bergson, Debord, Schlegel, le Roman de Flamenca, Chateaubriand — les grandes voix sont convoquées, citées, honorées ; puis un Chœur des Libertins-Idylliques leur répond. Le banquet platonicien, la disputatio renaissante y reconnaîtraient leur descendance, mais avec ce renversement décisif : on n'y débat plus, on y témoigne. Les morts avaient désiré ; les vivants ont accompli.
À Nietzsche dénonçant le travail aliéné et l'idole de la richesse, le Chœur répond qu'il a déjà rompu les amarres : il respire librement, se possède lui-même, a opposé au pouvoir, à l'argent et aux opinions le plus aristocratique des silences.
À Flaubert criant que la vie est tout, il répond en raffinant le cri en motus animi continuus — vibration continue de l'esprit mise au service de l'amour accompli.
À Bergson demandant que l'humanité se fasse machine à créer des dieux, il répond que cette machine existe : elle est le couple contemplatif dans l'acmé partagée.
À Breton, enfin, dont le désir demeura si souvent désir, il répond par la réalisation — correction filiale et cruelle à la fois, la plus belle manière d'être fidèle. Le titre condense l'ambition. L'Or est celui des alchimistes : non le métal, mais la transmutation accomplie.
Le Comme-Un est l'union réalisée, l'harmonie du couple devenue modèle ontologique — l'unité qui ne dévore pas la dualité mais la porte à incandescence.
Programme, donc, mais au sens où l'aurore est le programme du jour : la révolution qu'il annonce n'est ni politique ni économique, elle est érotique-contemplative, et elle a ceci de singulier qu'elle est déjà faite, quelque part entre Périgord et Vercors, et qu'il suffit qu'elle rayonne.
Car il faut prendre l'alchimie au sérieux — non comme grille de lecture plaquée après coup, mais comme la structure même de l'œuvre. Le Journal accomplit, dans l'ordre, les opérations du Grand Œuvre. La nigredo d'abord : la matière noire y est nommée sans complaisance — traumas de l'enfance, névrose, six années d'analyse traversées à vingt ans « corps et âme », et, à l'échelle de l'espèce, le long hiver commencé au néolithique avec l'invention de l'esclavage et du patriarcat, prolongé dans l'ère sadienne-usuraire.
La dissolution est corrosive, clinique : il faut que le noir soit vu et revécu pour être transmué.
L'albedo ensuite : la purification par le retrait et la contemplation — le hamac, la brise, le soleil droit dans les yeux, les cercles roses derrière les paupières closes ; phase lunaire et blanche, où la musique baroque et la poésie agissent comme sel et mercure.
La rubedo enfin : le rougissement, la coniunctio. L'union du Roi et de la Reine, que la tradition figurait dans les emblèmes, Vaudey la vit et l'écrit dans sa lettre charnelle : l'extase harmonique est la conjonction des opposés — masculin et féminin, corps et esprit, instant et éternité — réalisée non dans le symbole mais dans la chair.
L'originalité de cette alchimie est triple. Elle est à deux : là où l'adepte œuvrait solitaire dans son laboratoire, l'athanor vaudéen est le couple — la pierre philosophale est vivante et elle est deux.
Elle est anti-ascétique : elle refuse la sublimation classique, qui transforme le sexe en esprit par soustraction, au profit d'une réalisation simultanée du charnel et du spirituel — en quoi Reich, dûment médité et "expérimenté", corrige les vieux maîtres.
Elle est tellurique, enfin : la faille géologique, les lavandes, le coudrier participent de l'opération ; la terre est le troisième corps du Grand Œuvre. Et elle est joyeuse — ce que l'alchimie, art mélancolique s'il en fut, n'avait jamais été.
Cette phase rouge a son blason, et il mérite qu'on s'y arrête, car il condense l'œuvre entière en un médaillon.
Le sceau des sensualistes se donne à deux lectures superposées, comme les emblèmes de la Renaissance dont il a la facture. Pour l'œil galant, deux cœurs s'interpénètrent — ils ne se conquièrent point, ils se rencontrent, se fondent en une réciprocité sans reste — autour d'un bleuet, fleur de délicatesse et de loyauté, victoire douce et durable. Pour l'œil plus averti, ou simplement humain, un second niveau se révèle, charnel sans crudité : les deux sexes unis dans une interpénétration parfaite, que l'entrelacement des cœurs sublime sans l'annuler — la chair ni niée ni exaltée pour elle-même, mais transcendée, intégrée dans une volupté plus ample où le corps devient chemin vers l'âme.
C'est le sceau lui-même qui porte la devise d'Ovide, et il la met en actes. Et veillant sur cette union, deux salamandres disposées en miroir — symétrie exacte du masculin et du féminin, de l'ardeur et de la douceur. Le choix est d'une profondeur qui excède l'ornement. Amphibie, la salamandre habite les deux règnes dont l'œuvre fait la synthèse : l'eau — le sentiment océanique, la tendresse sans fond — et le feu — le désir, l'ardeur vive ; la légende la dit capable de traverser le brasier sans s'y consumer, leçon même du sensualisme, qui veut qu'on vive le feu sans s'y détruire, et son pouvoir de régénération rappelle que l'amour vécu avec justesse régénère l'être au lieu de l'épuiser.
François Iᵉʳ en avait fait sa devise — Nutrisco et extinguo, je nourris le bon feu et j'éteins le mauvais — et l'on jurerait la formule frappée pour le Libertin-Idyllique, qui nourrit l'extase et éteint l'injouissance.
Le vermillon du sceau, enfin, noue deux mondes : c'est le rouge des cachets dont les poètes de Chine et du Japon signent leurs rouleaux, et c'est la couleur même des ocres dont les premiers peintres, à quelques vallées du Vercors, marquèrent les parois de Chauvet — la salamandre n'est pas sur les murs de la grotte, mais elle en porte la couleur, comme on porte les armes d'une maison.
Et ce blason, il faut le dire, ne fut pas dessiné : il fut reçu. Le soir du 14 novembre 2018, le jour même qui plaçait sous protection la biodiversité du Domaine de l'Harmonie, une salamandre — jamais vue auparavant, rarement revue depuis — se présenta devant la porte d'entrée. Breton eût nommé cela le hasard objectif : le monde extérieur répondant, comme par nécessité, à l'acte intérieur qui venait de s'accomplir.
Le vivant est venu accuser réception ; on ne choisit pas un tel emblème, on lui ouvre. C'est lui, désormais, qui scelle les Reçus pour Zones Immatérielles de Sentiment Océanique — certificats d'une beauté invisible, talismans discrets rappelant que le plus haut raffinement de l'âme passe par la plus juste célébration des sens.
On aurait tort de tenir la dimension autobiographique pour l'arrière-boutique du système : elle en est la preuve. Le Journal atteste une traversée — les huit premières années comme paradis perdu, la longue cure, puis la rencontre d'Asha comme accomplissement — et l'expérience, faite pour la première fois à l'âge adulte, d'une complétude qu'aucune enfance ne peut connaître — et pour cause... —, que nulle nostalgie ne pouvait donc contrefaire.
C'est ici que l'œuvre touche à ce qu'elle a de plus neuf : la guérison n'y précède pas la création, elle est la création. L'écriture continue la cure par d'autres moyens ; le trauma nommé est dépassé non par la seule parole, mais par une expérience inédite qui le rend, littéralement, caduc. Peu d'œuvres du siècle peuvent produire un tel certificat : celle-ci ne démontre pas, elle montre.
Les filiations déclarées composent une constellation cohérente : le surréalisme et le situationnisme, mais purgés de leur nihilisme et recentrés sur l'amour réalisé ; Nietzsche et Reich pour la grande santé ; Montaigne et la tradition libertine française pour le ton ; les mystiques pour la hauteur ; Ovide pour la devise.
Le dépassement conjoint du patriarcat et des matriarcats archaïques au profit d'un égalitarisme amoureux contemplatif donne à l'ensemble sa pointe politique — la seule que l'œuvre consente.
Mais il est une filiation plus longue, que la géographie révèle, et c'est ici que la terre, annoncée plus haut, reprend ses droits. À quelques vallées du Domaine, la grotte Chauvet garde les gestes de ceux qui, il y a trente-six mille ans, peignirent au vermillon les premières figures du vivant.
Huit siècles nous séparent des trobairitz de la Drôme — la comtesse de Die, Beatrix de Romans — qui chantèrent l'amour en langue d'oc avec une liberté que l'on croirait d'hier.
Et sur la même terre, un facteur bâtit trente-trois ans durant un palais pour rien, par pur rêve. Le Libertin-Idyllique s'inscrit, qu'il le veuille ou non — et il le veut —, dans cette chaîne : dernier maillon, sur les mêmes terres, d'une très ancienne célébration de l'amour et de la beauté. « Primitif avec élégance » : la formule vaut pour la peinture pariétale de Vaudey comme pour sa prose — le mur de Chauvet et le vers ciselé des trobairitz sont, chez lui, le même geste.
Un mot, pour finir, de la stratégie d'écriture — car c'en est une, et assumée. Le style est ample, lyrique, parfois baroque dans la phrase, traversé d'éclats de poème pur ; la citation érudite y voisine avec la confidence, la lettre galante avec la charge critique. Mais surtout, Vaudey pratique délibérément ce que Breton nommait l'occultation, et non seulement celle de l'avant-garde sensualiste : des textes longs, denses, stratifiés, qui découragent le lecteur pressé et ne se donnent qu'aux happy few.
La galanterie formelle, les hommages respectueux — font avec la radicalité des thèses un contraste d'une tension esthétique rare : c'est le gant de velours d'une main qui ne cède rien.
L'humour affleure, ironie tenue envers les injouissants et les idiots utiles de l'époque ; jamais il ne s'attarde — la joie a mieux à faire.
Au total, le Journal d'un Libertin-Idyllique est cette chose improbable : un manifeste pour le troisième millénaire écrit comme un carnet d'illumination personnelle, une utopie qui a la singularité d'être habitée.
« Je cherche l'or du temps », fit graver Breton sur sa tombe — il l'aura cherché jusque dans la mort ; Proust ne le retrouvait que dans la mémoire, à contre-jour du temps perdu. Le Journal, lui, le retrouve dans l'instant même où il se donne : l'or du temps, ici, n'est plus une quête ni un souvenir — il est une possession tranquille, éprouvée deux fois par jour s'il le faut, sous un soleil de lavandes. Il ne demande pas d'être cru ; il ne demande même pas, à strictement parler, d'être lu. Il demande — et c'est là sa force la plus rare, son alchimie réellement opérative — d'être rejoint : que le lecteur cesse d'être lecteur pour devenir, à son tour et à sa mesure, ce Libertin-Idyllique capable de saisir l'éternité dans l'instant.
Les grandes œuvres se reconnaissent à ceci qu'elles ne s'achèvent pas dans le livre. Celle-ci s'achève dans une vie.
Les Illuminescences voudraient que les grands livres soient faits pour aboutir à de belles vies.
@lin_tsi
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Étreintes d'éternité : aux sources psychogéographiques de l’amour et de l’extase contemplative
Chère amie,
…
Pourquoi cette extase-là, pourquoi cette beauté, pourquoi maintenant ?
Même si — suivant en cela Breton — je ne fais pas état des moments nuls de ma vie, je connais assez l'histoire tant individuelle que collective pour savoir qu'il faut déployer ces instants d’extase — s'ils vous en laissent encore la force – ou après en avoir été joui et en être sorti —, quels que soient les moyens utilisés : poème, peinture, sculpture, musique etc. :
Ce n'est pas le spectateur qui fait le tableau :
(le spectateur a déjà été parfaitement conditionné : la propagande de l’industrie culturelle n'est pas faite pour les chiens ; et lorsqu’il n’est pas conditionné par la propagande de l’industrie culturelle, il l’est par sa névrose… )
C'est la poésie qui doit faire l’œuvre d’art.
On dira : prendre la poésie pour argent comptant, c’est accepter d’être payé en mots nés de songes.
Mais cette critique, outre qu’elle dévoile l’usurier et le spéculateur (c’est la même engeance d’injouissants… ) qui tiennent l’industrie culturelle, se trompe : certes, la poésie peut être une phrase, ou une suite de « phrases de réveil » mais selon nous elle n’est rien si ces « phrases de réveil » ne sont pas celles d’un réveil de « sommeil d’amour » (qui à quatre heures du matin, l’été, dure encore… ), si elle ne naît pas d’un réveil d’un sommeil qui suit l’extase harmonique, et si ses mots ne naissent pas du — et n’ouvrent pas au — sentiment océanique. Pour nous :
L'expérience contemplative est le fons et origo
C'est elle qui doit être à l'origine de l’œuvre d'art, et c'est ce que l’œuvre d'art doit provoquer chez la femme ou l'homme sensualistes qui se sont ouverts à elle.
…
« Que l'enthousiasme soit intensité musicale et étreintes d'éternité dans l'instant et que l'infini du monde soit un infini de sensations. » a écrit un écrivain roumain — que j’approuve sur ce point et avec lequel je partage le fait d’avoir été étudiant en philosophie à la Sorbonne et d’avoir vécu un temps à Paris dans une soupente —, qui notait également justement :
« Sans l'impérialisme du concept, la musique aurait tenu lieu de philosophie : c'eût été le paradis de l'évidence inexprimable, une épidémie d'extases. »
Que j’approuve pareillement, mais que je corrigerais cependant ainsi :
« Dépassé l'impérialisme tant du concept que de la sexualité pré-génitale, l’extase harmonique de la complétude génitale tient lieu de philosophie : c'est le paradis de l'évidence inexprimable, une épidémie d'extases. »
À me lire, vous savez sans doute que c’est le genre d’épidémie qui nous frappe ici… où nous avons, suivant une autre formule de Breton, réduit l’art à sa plus simple expression… qui est l’amour…
Certains me diront que les responsables de ces états extatiques sont les arbres, qui émettent des phéromones, dans lesquelles nous baignons, ou les plantes, comme le datura, et leur parfum spécifique ; d’autres soupçonneront la faille géologique sur laquelle nous habitons, qui libère, peut-être, du radon mais surtout énormément de délicatesse, tout en modifiant le champ électro-magnétique terrestre, et donc celui de nos beaux esprits… mais vous savez que nous transportons, heureusement, ces manifestations poétiques avec nous, où que nous soyons, même si je crois que certains lieux sont plus « chargés poétiquement » que d’autres, ce que sait encore mon voisin, qui chasse le sanglier, et que j’ai vu promener une fourche de coudrier sur nos terres pour y trouver de l’eau, ce qu’il a fait lorsque, d’elle-même, la fourche s’est retournée vers le sol : c’est une expérience très impressionnante, impossible à contrefaire, et que je n’ai pas personnellement pu reproduire, mais qui m’a conduit à théoriser une sorte de nouvelle psychogéographie — tellurique et abstème, cette fois — assez particulière dans ce sens où son seul objet est de rechercher et de trouver les sources psychogéographiques de l’amour et de l’extase contemplative qui l’accompagne, c’est-à-dire les lieux « magnétiquement » et esthétiquement favorables à cette forme aboutie de l’amour, très loin, donc, de la dérive avinée et hallucinée, souvent malheureuse, que nous avions pratiquée à Paris, sur les traces des surréalistes, et des situs — qui l’avait nommée.
Mais ce nouvel art de la dérive demande une sensibilité qui manquera toujours à l’injouisssant contemporain, « hors-sol », et à son sens esthétique — toujours armé d'un bulldozer.
…
Pour le reste, le pape est bien aimable de ne réserver la « psychiatrie » (je pense qu’il entendait par là la psychanalyse… ) qu’aux seules formes homosexuelles de l’injouissance (telle que nous l'avons définie) quand elle serait nécessaire à toutes les formes de l’injouissance (hétérosexuelle, a-sexuelle et autres), si l’on voulait imaginer une utopie démocratique…
(C’était le projet révolutionnaire d’un psychanalyste « rouge », dans les années vingt et trente du siècle dernier… )
Par exemple, si je reprends l’exemple de notre camarade de fac qui associait « l’amour » aux coups et au viol, reçus et subi d’un homme, parce qu’il avait été abusé (ainsi que sa sœur) par son père dans son enfance, devant l’indifférence de sa mère (ce qui lui faisait mépriser les femmes), il est assez anecdotique qu’il fût « homosexuel » : il aurait pu aussi imiter inconsciemment son père, comme la plupart des garçons, et faire subir aux femmes ce qu’il avait subi de ce dernier, « hétérosexuel » : l’injouissance, la misère sexuelle, poétique et sentimentale fussent restées les mêmes : ce qui importe, c’est que la puissance poétique, extatique soit libérée de la souffrance, des traumatismes du passé, et des scenarii relationnels prototypiques et misérables par eux acquis, afin que l’injouissance et la séparation soient enfin dépassées.
Nul n’a jamais subi, ni connu, la complétude génitale, et son extase harmonique, dans son enfance : ce sont des virtualités que seuls des adultes peuvent découvrir ; et lorsqu’ils les découvrent, ils ne les redécouvrent pas : c’est toujours pour la première fois dans leur vie : tout le reste est littérature, — pornographique ou à l’eau de rose.
En clair, tout (sadisme et masochisme inclus) ce que vous faites dans le domaine « sexuel », et que vous auriez pu faire, ou subir, enfant, ressortit à la névrose et à l’incomplétude : la complétude amoureuse est une expérience neuve, et bouleversante, dans la vie de tout névrosé, quel que soit son genre.
Mais c’est un discours révolutionnaire (ou poétique, ou amoureux, ou mystique, comme on voudra… ) qui, ainsi que je l’écrivais dans l’introduction au Manifeste sensualiste, ne peut plus être tenu au sectateur inconscient (qui en est aussi un sous-produit) de l’ère usuraire-sadienne, dont il est le plus souvent le critique « rebelle », — tout en en étant le vecteur reproductif essentiel, et dont la caractéristique première, depuis la Seconde Guerre mondiale, est d’être tenu en laisse par la désublimation répressive, c’est-à-dire par l’exploitation marchande de ses phantasmes et de ses caprices névrotiques, l’ensemble formant et ayant formé, avec ses compulsions, le nouvel Eldorado des usuriers et des spéculateurs dont je parlais pour commencer, en parlant de l’art : ce qui est une forme effectivement « moderne » et « neuve » de la domination, dans laquelle l’industrie de l’art (en tant que « soft-power ») a tenu et tient un rôle essentiel, et de laquelle les artistes « révolutionnaires », au vingtième siècle (surréalistes et situs compris), ont été les promoteurs inconscients, bref, les idiots utiles…
…
Enfin, pour répondre à votre question : les meilleures choses qui me sont arrivées, ce sont les huit premières années de ma vie, que ma famille m’avait offertes, l’analyse dans laquelle j’ai eu le courage (l’inconscience de la jeunesse… ) de me jeter, corps et âme, à vingt ans, pendant six ans, et les années que je viens de vivre, ici, avec Asha…
…
Pour finir, je ne peux que vous redire ce que je vous écrivais dans un précédent courrier : nous avions intitulé notre première sortie dans le monde, en 2001 : Prolégomènes à un troisième millénaire sensualiste — ou non.
Un millénaire, c’est long. On peut comprendre que ces considérations ne concerneront pas les « maîtres sans esclaves », de demain ou d’après-demain, dont nous parlons, — s’il y en a jamais.
Enfin, on peut aussi penser que notre poésie, notre philosophie et notre art (de vivre et d’aimer) sont d’une trempe très particulière, — unique, et appelée à le rester.
Et qu’ils ne devraient jamais embarrasser personne.
Avec mes respectueux hommages,
R.C. Vaudey, le 28 août 2018
Bureau des recherches sur l'amour et le merveilleux
Le mercredi 29 août 2018
Comment reconnaître une œuvre baroque ?
Quand on entend le mot baroque, on pense au Bernin, à Rubens…
mais Caravage est-il baroque ?
et Velázquez ?
et Poussin ?
👉https://t.co/ZTsNpqxkdo
« Tout nous prêche de n’attendre plus rien
De ce qui vient ou passe,
Avec des chansons lasses
Et des bras las par les chemins,
Et de rester les doux qui bénissons le jour,
Même devant la nuit d’ombre barricadée,
Aimant en nous, par-dessus tout, l’idée
Que, bellement, nous nous faisons de notre amour. »
Merci !
Bonne soirée, Chère Renata Sousa.
https://t.co/gXn5GYQIZO
Divin enfant
Retour dans le hamac
Le soleil droit dans les yeux
C'est la joie de l'enfance
Aux anges
Et sous les paupières closes
C'est l'orange
Du Bureau des Recherches sur l'Amour
Et le Merveilleux…
Le miracle du Monde…
Loin de l'Immonde
Et de ses micmacs
Je vois aussi des étoiles
Et des Kreiswellen — roses —
Qui papillonnent et se dévoilent
Et me comblent…
Je vois bien des choses
Sous mes paupières closes…
Une brise fraîche m'ajuste
Je l'évite avec mon kimono
Que je rajuste…
Toujours très aïkido
J'ai passé l'après-midi au Bureau
Où j'ai quatre livres commencés…
La brise revient me caresser les pieds…
Le soleil derrière un arbre…
Il est temps de rentrer
Le 26 juin 2016
R.C. Vaudey
Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences)
@FPJ_Loretta Se lo está atribuyendo usted a Jaime García cuando su autor es https://t.co/UOehr9Y66r. Encima de compartir gratuitamente su trabajo el colmo es que se atribuya a otro.
Sicut cervus és un dels motets més coneguts de Giovanni Pierluigi da Palestrina. L'obra expressa el desig de l'ànima de trobar-se amb Déu mitjançant una escriptura d'una extraordinària serenitat.
https://t.co/sYN8MsN1Ji
https://t.co/D6ZhXh15jh
La passion de l'amour porte en soi le modèle d'une communication parfaite : l'orgasme, l'accord des partenaires dans l'acmé
Ceux qui veulent changer le monde — quand ils veulent encore le changer — sont ceux que ce monde a formés.
À quoi ce monde les a-t-il formés, et surtout dans quel but ?
À être tout à la fois les producteurs et les hommes-sandwiches (volontaires, enthousiastes, fanatiques) de la marchandise : des hommes producteurs d'ordures mais aussi vide-ordures, vide-marchandises (volontaires, enthousiastes, fanatiques).
Comment ? En les libérant pratiquement et intellectuellement — par un savant travail de propagande, cachant comme il se doit son nom, et de déconditionnement-reconditionnement — des limitations imposées, par l'ordre féodal et bourgeois, à leurs fantaisies ressentimentales et aux folies compensatoires que leur donnent les différentes formes de leur vie de misère.
Pourquoi ? Pour les instrumentaliser politiquement dans la guerre que mènent ceux qui les ont formés contre l'ancien ordre féodal et bourgeois — et ses multiples variantes et reliquats —, et exploiter commercialement la mine — maintenant à ciel ouvert — de l’or noir de leurs perversions et des pulsions destructrices et auto-destructrices que leur donne leur injouissance —, injouissance elle-même sous-produit de leurs vies de miséreux —, pulsions destructrices et auto-destructrices canalisées (politisées, alcoolisées, droguées, sexualisées ((pornographisées)), spectacularisées etc.) dans le spectacle politique, et la production et la consommation marchande exhibitionniste-festiviste ou exhibitionniste-guerrière.
Le capitalisme industriel contre le pouvoir foncier —c'est-à-dire contre les restes de l'Ancien Régime —, puis le capitalisme financier contre le capitalisme industriel : le tout au service de l’usure et de la guerre de religion ; l'usure et la religion, c'est-à-dire ces symptômes d'une perversion historiquement dominante : la névrose obsessionnelle.
L’homme est un Libertin-Idyllique, un gentilhomme de fortune contemplatif — galant ou n’est rien, sinon une brute superstitieuse : un usurier, ou une variante de leurs multiples larbins, fiers de l’être, ou de leurs innombrables idiots utiles, larbins "rebelles", et possédés par leurs souffrances névrotiques, déniées, et débondées — transformées en avant-gardisme de foire.
En paraphrasant, on peut dire : la liberté à laquelle aspire l'injouissant moderne n'est pas celle de l'homme libre, mais celle de l'esclave un jour de fête.
Sans expérience du sens mystique-poétique de la vie, les projets que l’on peut faire pour l’homme (l'exploiter avec une encore plus grande outrance, ou, apparemment à l’inverse, auto-gérer les résultats du mouvement précédent ((humains, techniques etc.)) sous la forme d’une auto-exploitation de ses propres folies réactives) ne sont que des rêves de chiens de guerre conditionnés.
Bios theorètikos
Une civilisation ne vaut que par ceux auxquels elle permet l'existence contemplative — non pas au sens de Platon mais au sens que précisait Arendt (clic) ; le christianisme, le catholicisme, en tant que réalisations de l’utopie platonicienne, valent par Maître Eckhart, Jean de la Croix, Thérèse D’Avila, Bach et sa Messe en si mineur etc. ; Bach mais aussi tous les musiciens baroques qui permettent aux « non-contemplatifs » de connaître l'ineffable, de la seule façon possible : dans un saisissement muet ; tous les musiciens baroques mais aussi les architectes, les sculpteurs (Le Bernin) etc. — et qu’importe le lamento philosophique, finalement calculateur, des Pascal, Nicole etc., qu’importent le délire “sexuel”, la souffrance, l'injouissance sexualisées de Sade, qu’importent les divagations des « philanthropes », des « nihilistes », des « misanthropes », des « hédonistes » et de toutes les variantes d'injouissants philosophiques.
La seule chose qui juge d’une civilisation, c’est la place qu’elle accorde — et qui doit être la première — à la contemplation et aux contemplatifs, à ceux qui vivent la Beauté — ou qui permettent de la vivre —, ce que même des écrivains nihilistes, comme Cioran, savaient encore au siècle dernier (« Il y a une demi-heure, sur une affiche apposée sur la grille du cloître de Saint-Sulpice, et qui annonçait L'Art de la fugue, un imbécile a écrit en gros caractères : Dieu est mort. À propos de Bach, du musicien même qui témoigne que Dieu peut ressusciter, dans l'hypothèse qu'il soit défunt, le temps que nous entendons telle cantate ou telle fugue précisément. Le crétinisme contemporain n'a pas de limites » Cioran, Cahiers 1957-1972. )
« Le monde moderne est un soulèvement contre Platon. » Nicolás Gómez Dávila
La prééminence du calcul sur la vie contemplative, c’est ce qui va entraîner la ruine de cette vision spirituelle de la société — qui trouve son origine chez Platon — au profit d’une société gouvernée par ce calcul et la technique : l’accumulation obsessionnelle du Kapital — signe de la fixation au stade sadique-anal — étant censée compenser ce sentiment torturant d’être en marge de l’existence qui taraude tous les injouissants, c'est-à-dire ceux que plus rien ne rattache à la poésie vécue, qui est ce saisissement, cet étonnement muet qu’est la véritable contemplation.
Au début du troisième millénaire, les contemplatifs — galants effectuent l'Aufhebung de l’ancienne vision platonicienne parce qu’ils mettent fin à des millénaires de patriarcat*, qui n’était parfois lui-même que la réaction à une précédente domination matriarcale locale, et qu’ils ramènent les sens, dont Nietzsche avait parlé mais sans pouvoir illustrer — par sa vie — son intuition philosophique : seul Ikkyu, au Japon, avait déjà en partie réalisé cette fusion de la vie charnelle et de la contemplation mystique, et aussi certains patients de W. Reich, comme celui qui lui rapportait la « soudaine et saisissante profondeur qu’avait prise le monde » après qu'il eut commencé à pouvoir s’abandonner dans l’amour, après qu’il eut pu être saisi et emporté par les vagues du “réflexe orgastique”.
Pour le reste, la Société de l’injouissance est une bataille de chiffonniers poétiquement, mystiquement, voluptueusement, charnellement, sexuellement secs et impuissants — qui tournent en rond dans la nuit (gavés de bruit, de fureur et de tout ce que l’on voudra) et qui sont dévorés par ce feu que leur donne ce sentiment torturant d’être en marge de l'existence — que cette agitation aggrave encore.
Le 21 juillet 2017
* La passion de l'amour porte en soi le modèle d'une communication parfaite : l'orgasme, l'accord des partenaires dans l'acmé. (R. Vaneigem. Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations.)
* « Alcibiade lui dit un jour que les criailleries de Xanthippe étaient insupportables : « J’y suis habitué, répondit-il, comme on se fait à entendre constamment le bruit d’une poulie. Toi-même ne supportes-tu pas les cris de tes oies ? — Oui, reprit Alcibiade, mais elles me donnent des œufs et des petits. — Et moi, Xanthippe me donne des enfants. » Diogène Laërce, Vies et doctrines des philosophes de l'Antiquité.
À propos du patriarcat : Socrate aurait eu deux femmes : à cause de la sous-population, Athènes aurait autorisé les hommes à avoir deux femmes : dans un groupe matriarcal, les femmes se seraient autorisé autant d'amants qu'elles auraient voulus : la démocratie athénienne est une démocratie d'éphébophiles — ce que l'on savait déjà mais que l'on oublie un peu, tout comme le néolithique est l'invention de l'esclavage pour les hommes vaincus et de l’assujettissement de toutes les femmes (comme pondeuses au service des hommes), ce qu'on dit assez peu, et invention concomitante de l'agriculture, ce que l'on met généralement en avant —, les femmes grecques, se sachant pouvant être enlevées, violées, pondeuses (acariâtres?!) ou mégères arrogantes du fait de l’importance de leur dot : d’où les limites du « contemplatisme » grec — « contemplatisme » corrigé au milieu du XXe siècle par une femme, Hannah Arendt, et déployé, à la fin du deuxième et au début du troisième millénaires, par deux Libertins-Idylliques français, Asha et R.C. Vaudey.
Supériorité des Français sur les Grecs : quoi que l'on pense de Montaigne, c'est une femme — et non un giton —, Marie de Gournay, sa « fille d’alliance », fréquentant les premiers libertins — c'est-à-dire les premiers libres-penseurs —, auteure elle-même entre autres ouvrages de Égalité entre les hommes et les femmes et de Grief des Dames — où « elle prône l’égalité absolue entre les sexes, ni misogynie, ni "philogynie" » —, qui se charge d'assurer la pérennité de ses écrits.
Le vendredi 21 juillet 2017
R.C. Vaudey
Bureau des recherches sur l'amour et le merveilleux
https://t.co/c1NO1mPxY3
Extase surréelle
Sur la route qui traverse les champs de lavande
Que caresse une chaleur écrasante
S’arrêter pour admirer
D’une autre Terrasse une autre immense plaine
Et saluer ceux dont nous sommes les descendants
En la personne de Madame de Sévigné
— À Grignan —
Puis continuer jusqu’à Saint-Vincent
Pour s’immerger dans la plus émouvante des Beautés
— Napolitaine —
… Rire et pleurer…
Mais avant
Ne pas oublier d’oublier ce sur quoi j’écris
— Afin qu’il me soit restitué…
Très élégamment… —
Pour pouvoir apprécier
Encore plus complètement
Tout ce qui s’est ensuivi…
Plus loin dans le temps
Après avoir admiré un jardin
Rentrer et s’aimer
— Le lendemain —
Contemplatifs — galants
Idylliques-Libertins…
Se baigner dans l'amour
— Encore et toujours… —
Se représenter souvent
Aux portes du Paradis
Pour le plaisir toujours plus grand
D’y être accueilli
Et — sans fausse pudeur —
Nager dans le bonheur
De la source originelle
D’où — on le sait — enfin jaillit
— Extra-temporelle —
L’Extase surréelle
Belles Dames, nobles gentilshommes
— Si beaux ou intelligents —
Maintenir ce flottement
— Dans la jouissance du Temps —
Ad libitum…
R.C. Vaudey
Le 24 juillet 2017
Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2017
https://t.co/BjSxfNQkHe
Chère amie,
Je poursuis mon exploration du Bureau des recherches sur l'amour et le merveilleux, la revue numérique (ISSN 2556-1545) volontairement "occultée" (dans l'esprit de Breton... ) des sensualistes.
Après quelques "proses en poëmes" des Illuminescences, voici une suite, que j'ai trouvée à la date du vendredi 20 avril 2012, de leur Programme...
Bonne journée, Chère
Le Programme Or du Comme-Un (suite)
Nietzsche :
… Fi de croire que, par un salaire plus élevé, ce qu'il y a d'essentiel dans leur détresse, je veux dire leur asservissement impersonnel, pourrait être supprimé ! Fi de se laisser convaincre que, par une augmentation de cette impersonnalité, au milieu des rouages de machine d'une nouvelle société, la honte de l'esclavage pourrait être transformée en vertu ! Fi d'avoir un prix pour lequel on cesse d'être une personne pour devenir un rouage !
Êtes-vous complices de la folie actuelle des nations, ces nations qui veulent avant tout produire pour être aussi riches que possible ?
Votre tâche serait de leur présenter un autre décompte, de leur montrer quelles grandes sommes de valeur intérieure sont gaspillées pour un but aussi extérieur !
Mais où est votre valeur intérieure si vous ne savez plus ce que c'est que respirer librement ? Si vous savez à peine vous posséder vous-même ? Si vous êtes trop souvent fatigués de vous-même, comme d'une boisson qui a perdu sa fraîcheur ? Si vous prêtez l'oreille à la voix des journaux et regardez de travers votre voisin riche, dévoré d'envie en voyant la montée et la chute rapide du pouvoir, de l'argent et des opinions ? Si vous n'avez plus foi en la philosophie qui va en haillons, en la liberté d'esprit de l'homme sans besoin ? Si la pauvreté volontaire et idyllique, l'absence de profession et le célibat, tels qu'ils devraient convenir parfaitement aux plus intellectuels d'entre vous, sont devenus pour vous un objet de risée ?
Le Chœur des Libertins-Idylliques :
Cher ami,
Nous respirons librement et nous nous possédons nous-mêmes autant que faire se peut. Et nous ne savons toujours pas ce que c’est que d'être fatigué de soi-même comme d'une boisson qui a perdu sa fraîcheur.
Nos voisins, le pouvoir, l'argent et les opinions, nous leur avons depuis longtemps opposé, et sans appel possible, une complète fin de non recevoir. Nous lisons à peine ; et certainement pas les journaux.
Aller, philosophiquement, en haillons, we would prefer not to, quant au célibat, nous l'avons remplacé, comme vous le savez, par l'idylle, tout simplement. Prônant l'amour. Lyriques, libertins, idylliques.
Gustave Flaubert :
Les chevaux et les styles de race ont du sang plein les veines, on le voit battre sous la peau et les mots, depuis l'oreille jusqu'au sabot. La vie ! La vie ! Bander ! Tout est là ! C'est pour cela que j'aime tant le lyrisme. Il me semble la forme la plus naturelle de la poésie. Elle est là toute nue et en liberté. Toute la force d'une œuvre gît dans ce mystère, et c'est cette qualité primordiale, ce motus animi continuus (vibration, mouvement continuel de l'esprit, définition de l'éloquence par Cicéron) qui donne la concision, le relief, les tournures, les élans, le rythme, la diversité.
L'auteur du “Roman de Flamenca” :
Quand deux amants purs et sincères se regardent, les yeux dans les yeux comme deux égaux, ils ressentent à ma connaissance, selon le véritable amour, une telle joie dans leur cœur, que la douceur qui y prend naissance leur ranime et nourrit tout le cœur. Et les yeux, par où passe et repasse cette douceur qui envahit le cœur, sont si loyaux qu'aucun des deux n'en retient rien à son profit.
Chateaubriand :
Il ne manque à l'amour que la durée pour être à la fois l'Éden avant la chute et l'Hosanna sans fin. Faites que la beauté reste, que la jeunesse demeure, que le cœur ne puisse se lasser, et vous reproduirez le ciel.
Le Chœur des Libertins-Idylliques :
Nous nous y attachons, très Cher, nous nous y attachons. Et dans une époque qui avait redécouvert l’orgiastique, c’est-à-dire le plus archaïque et le plus rudimentaire, et qui voulait absolument y voir le plus neuf et même l’avenir de l’amour, nous avons réussi à vivre, d’abord, à faire paraître sur la scène du monde, ensuite et en même temps, l’orgastique, cet accord, physiologique et sentimental, si particulier, des sexes opposés, tel qu'il se manifeste magnifiquement dans l’abandon “génital”, “harmonique”, et à le définir pour ce qu’il est : une forme de voie royale qui s'ouvre à l'Humanité tout autant que l'Humanité y ouvre — et pour laquelle toutes les autres entreprises ne peuvent être que des objectifs secondaires dont l'unique objet ne doit être que de participer à cette entreprise supérieurement humaine — puisque dans l'humanisation et le raffinement de la jouissance amoureuse telle qu’ainsi nous la définissons se trouve portée à son plus haut degré ce qui constitue la spécificité même de l'humain : son “appropriation” souveraine, artiste, raffinée et caressante du mystère et du sacré immémorial du merveilleux auto-mouvement du monde que manifestent les mouvements de la pulsation de la vie : dans son apparition ; dans sa disparition-transformation, parfois ; et enfin dans le magnifique abandon aux tout-puissants emportements spontanés de la jouissance — dans lesquels s’expriment le déploiement, et l’ouverture à la grande santé, de l’Homme — qui manifestent ainsi cette irrépressible puissance primordiale qui trouve là, enfin, dans cette jouissance de l'humain, sa douceur, sa tendresse, sa splendeur et son sens.
Le sens de l'Eternel Retour.
Le grand oui de la vie à la vie.
André Breton :
L'avons-nous assez désirée, rappelle-toi, cette ignorance du reste !
Bergson :
L'humanité gémit, à demi écrasée sous le poids des progrès qu'elle a faits. Elle ne sait pas assez que son avenir dépend d'elle. A elle de voir d'abord si elle veut continuer à vivre. A elle de se demander ensuite si elle veut vivre seulement, ou fournir l'effort nécessaire pour que s'accomplisse, jusqu'à notre planète réfractaire, la fonction essentielle de l'univers qui est machine à faire des dieux.
Debord :
Les commerçants, aujourd'hui, ne se sentent plus. La société marchande, au XIXe siècle, n'avait pas encore atteint ces extrémités. Elle trouvait sans doute scandaleux que Mallarmé écrivît, mais pour d'autres raisons. On ne lui aurait pas reproché sur ce ton le caractère non rentable de ses ouvrages.
Schlegel :
C’est uniquement par l’amour et la conscience de l’amour que l’Homme accède à l’Homme.
André Breton :
Je ne nie pas que l'amour ait maille à partir avec la vie. Je dis qu'il doit vaincre et pour cela s'être élevé à une telle conscience poétique de lui-même que tout ce qu'il rencontre nécessairement d'hostile se fonde au foyer de sa propre gloire.
Nietzsche :
Mais où se déversent finalement les flots de tout ce qu'il y a de grand et de sublime dans l'Homme ? N'y a-t-il pas pour ces torrents un océan ? – Sois cet océan ; il y en aura un.
Shitao :
Je détiens l'Unique Trait de Pinceau, et c'est pourquoi je puis embrasser la forme et l'esprit du paysage. Il y a 50 ans, il n'y avait pas encore eu co-naissance de mon Moi avec les Monts et les Fleuves, non pas qu'ils eussent été valeurs négligeables, mais je les laissais seulement exister par eux-mêmes. Mais maintenant les Monts et les Fleuves me chargent de parler pour eux ; ils sont nés en moi, et moi en eux. J'ai cherché sans trêve des cimes extraordinaires, j'en ai fait des croquis ; Monts et Fleuves se sont rencontrés avec mon esprit, et leur empreinte s'y est métamorphosée, en sorte que finalement ils se ramènent à moi, “le Disciple de la Grande Pureté.”
Le Chœur des Libertins-Idylliques :
Ce qui est vrai des Monts et des Fleuves est vrai de l’amour .
Debord :
On peut se demander comment un ordinateur saura traduire le mot “noblesse”, dans quelque temps ?
Avant-garde sensualiste 4 (juillet 2006-mai 2008)
https://t.co/npc6VqnGTt
La sillva Forqueray Rondeau Dunford
C'est dans votre amour de pure vérité
D'absolue féminité souverainement déployée
Que je m'enjoie
Après des jours de chance et d'absence
Rien de ce que j'avais connu
Avant de vous avoir rencontrée
Ne peut s'y comparer
Au point que je renonce à en parler...
Sauf pour en dire
Que c'est sur une maison de haute mer
Que nos rires avaient tourné à la gourmandise passionnée
— Mais toute en virtuosité…
Merveilleux jour d'été indien
Au pain craquant de blé ancien
Et de levain
Ces rouges-gorges
Qui ne cessent de nous rechercher
Sont probablement ceux que nous avions sauvés
Il y a quelques années
En leur donnant la becquée
— Avec une pince à épiler —
Alors qu'ils n'étaient que des oisillons
Abandonnés dans leur nid…
Leurs parents ayant été la proie de nos mistigris
Rien ne peut se comparer à une vie
Tout entière illuminée par la complétude amoureuse
Et sa poésie
Pastorale
Et servie
Au réveil
C'est une autre pure merveille :
C'est le Sans-Nom qui me saisit…
Je regarde les lierres
Les lourdes vignes vierges
Et me voilà totalement immergé dans la Beauté
Impossible de reprendre pied
— Et d'ailleurs
Sortir d'un tel miracle
Qui le voudrait ?
Ainsi s'ouvre pour moi
De nouveau la vraie vie
Cette absorption
Cette océanisation soudaine
Cette unité caressante et souveraine
Qui m'extasient dans la merveille de la vie
— Ces instants divins
À côté desquels l'autre vie n'est rien —
Je m'esbaudis
— Tandis que j'écris ceci —
De savoir que c'est grâce aux délices
— Sentimentalement enchanteresses —
De nos amours girondes
Et à l'allégresse
De nos grands appétits heureux et accomplis
Que le Sans-Nom se débonde
Et que j'en suis saisi !
L'amour contemplatif — galant
Est ce trésor que nous avons découvert
— Incidemment —
Et dont nous ne savons à qui l'offrir
Dans un monde qui bien sûr n'en a que faire…
Qu'y faire ?
Le 12 septembre 2021
R. C. Vaudey
Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences)
https://t.co/hqdLXSPApZ
Ô la splendeur de notre joie
Ô la splendeur de notre joie,
Tissée en or dans l’air de soie !
Voici la maison douce et son pignon léger,
Et le jardin et le verger.
Voici le banc, sous les pommiers
D’où s’effeuille le printemps blanc,
À pétales frôlants et lents.
Voici des vols de lumineux ramiers
Plânant, ainsi que des présages,
Dans le ciel clair du paysage.
Voici — pareils à des baisers tombés sur terre
De la bouche du frêle azur —
Deux bleus étangs simples et purs,
Bordés naïvement de fleurs involontaires.
Ô la splendeur de notre joie et de nous-mêmes,
En ce jardin où nous vivons de nos emblèmes !
Là-bas, de lentes formes passent,
Sont-ce nos deux âmes qui se délassent,
Au long des bois et des terrasses ?
Sont-ce tes seins, sont-ce tes yeux
Ces deux fleurs d’or harmonieux ?
Et ces herbes — on dirait des plumages
Mouillés dans la source qu’ils plissent —
Sont-ce tes cheveux frais et lisses ?
Certes, aucun abri ne vaut le clair verger,
Ni la maison au toit léger,
Ni ce jardin, où le ciel trame
Ce climat cher à nos deux âmes.
Émile Verhaeren
Les Heures claires, 1896