On vit une drôle d’époque, les avocats qui font exactement ce pour quoi ils ont prêté serment deviennent des cibles publiques.
J’ai prêté serment après le procès des attentats du 13 novembre, après avoir travaillé dessus comme élève-avocate. C’est le procès sur lequel j’ai grandi comme jeune avocate, aux côtés de confrères représentant une vingtaine de rescapés. J’y ai appris une chose essentielle : on ne rend pas justice aux victimes en piétinant les droits de la défense. On les trahit.
Mon éminente Consoeur @OliRonen , comme elle l’a fait avec @MartinVettes , a exercé et exerce son office avec une rigueur et une tenue qui forcent le respect.
Toujours dans la nuance, jamais dans le misérabilisme, jamais dans la provocation gratuite. Elle a défendu, tout simplement. Elle a rappelé que le droit pénal ne se rend pas à l’émotion, même lorsque l’horreur est à son comble. C’est ce qui m’a inspirée comme jeune élève-avocate, et ce qui continue de m’inspirer aujourd’hui.
Que l’on discute, critique, contredise ses positions, c’est le jeu normal du débat démocratique.
Qu’on la voue au lynchage médiatique, qu’on l’accuse, qu'elle subisse des insultes antisémites est une dérive inquiétante.
La défense de la mémoire des victimes du 13 novembre est le combat que nous menons. Mais la brandir comme arme pour abattre un avocat qui fait son travail, c’est affaiblir à la fois la lutte contre la haine et l’État de droit.
Un avocat n’est pas son client. Un avocat n’est pas la cause qu’il défend. Un avocat est la condition pour que la justice reste justice, y compris - surtout - dans les affaires les plus insupportables.
Le traitement qu’on réserve à Olivia Ronen aujourd’hui est indigne de notre profession et dangereux pour tous.
Aujourd’hui, c’est elle. Demain, ce sera un autre. À la fin, ce sont les victimes et la justice qui perdent.