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📖[ "Gol di Grosso", 20 ans ]
Et à la fin, c’est toujours l’Allemagne qui gagne.
Ouais, enfin pas toujours non plus. En réalité, cet adage énoncé par Gary Lineker s’applique à tous les pays du monde…sauf à l’Italie. Entre l’Allemagne et l’Italie, à la fin, ce sont toujours les Italiens qui gagnent.
Je pourrais vous mentionner des tonnes de matchs légendaires entre ces mastodontes. De la demi-finale de Coupe du Monde 1970, aux dimensions mythologiques, à celle de l’Euro 2012, le fameux « Balloteli Game », en passant par la Finale du Mondial 1982. Mais c’est un autre qui me vient en tête plus particulièrement : la demie finale de la Coupe du Monde 2006. En Allemagne.
Le match, ce sont 120 minutes d’une intensité incroyable, et un finish de folie. Deux monstres qui se tiennent tête durant l’intégralité de la rencontre. Au delà de l’affrontement très dur dans le jeu, c’est aussi le contexte qui donne évidemment encore plus de saveur à tout cela. Une place en Finale de Coupe du Monde en jeu, la pression du pays hôte, des très grands joueurs sur le terrain, ou même le fait que ce sont les deux plus grosses nations historiques du vieux continent qui se retrouvent.
L’indécision n’en est que plus étouffante, l’émotion que procure ce match, plus incroyable.
Ça pousse des deux côtés, les deux nations se livrent corps et âme dans la bataille, les occasions se multiplient dans les deux camps. A la fin du temps réglementaire, toujours 0-0. On se ronge les ongles jusqu’au sang, sans oublier néanmoins de remercier le ciel de nous offrir 30 minutes supplémentaires d’un tel spectacle.
30 minutes de prolongations avec la même intensité de jeu, et la même indécision qui plane. On commence déjà à penser aux tirs au but, un exercice où l’Italie perd souvent et l’Allemagne jamais. On imagine déjà les possibles exploits de Gigi Buffon sur sa ligne, meilleur gardien du monde déjà. Ou ceux de Jens Lehman qui, au moyen d’une liste préparée et de beaucoup de bluff face à Esteban Cambiasso, a déjà éliminé l’Argentine au tour précédent sur une séance de tirs au but. On pense déjà en avoir pour une demi-heure supplémentaire de pure crispation à voir s’avancer lentement les tireurs, un à un, le poids de tous leur pays sur le dos, les traits du visages semblables à ceux d’un condamné à mort qui se rend à l’échafaud. On y croit vraiment, on se projette déjà dans cette séance de tirs au but.
Et là, tout s’écroule.
Une minute à jouer dans les prolongations. Buffon dégage un long ballon, l’Allemagne repousse et le ballon finit dans les pieds de l’arrière droit Zambrotta qui rebalance devant immédiatement. Un centre que réussit à dévier Gilardino, pour Iaquinta, qui donne immédiatement à Pirlo. Tout seul entre deux lignes de la défense et du milieu de terrain. Contrôle de la poitrine, parfaitement réussi, il avance balle au pied. Per Mertesacker, le géant défenseur allemand, ne monte pas sur lui, et défend en reculant. Pirlo s’avance. Il a tout le temps d’armer sa frappe à l’entrée de la surface de réparation. Il arme. Il frappe. Le ballon fuse.
C’était sans compter sur Jens Lehman qui s’envole pour dévier ce ballon. Le portier allemand vient sans doute de sauver les siens.
Corner pour l’Italie. L’Allemagne à peur. Mais elle tient, comme durant tout le match. C’est l’attaquant phare de la Juventus de Turin, Alessandro Del Pierro qui se charge de ce corner. Très bien tiré, premier poteau au niveau de la ligne des 5.50m. Gilardino semble être à la réception, mais l’arrière droit Arne Friedrich surgit et dégage de la tête ce ballon dangereux.
Manque de chance, le ballon atterrit tout droit dans les pieds de Pirlo, qui rôdait plein centre, seul, à l’entrée de la surface de réparation. N’importe qui d’autre aurait tenté sa chance. N’importe qui d’autre, avec autant d’espace, aurait armé et frappé, pour que le ballon s’écrase sans doute sur la marée humaine de joueurs à quelques mètres devant lui. Mais pas Pirlo. Il contrôle. Friedrich surgit sur lui, Pirlo pousse un peu son ballon pour l’éviter. Metzelder sort sur lui, mais Pirlo pousse encore un peu plus, un chouilla juste. Et là, tout d’un coup, l’ouverture est faite. Un rideau de quatre défenseurs se tient devant Pirlo, qui arme sa frappe. Lehman retient son souffle. Le stade de Dortmund retient son souffle. L’Allemagne entière retient son souffle et prie le bon Dieu.
Mais là, sans prévenir, l’artiste italien produit une de ses plus belles inspirations en carrière, pourtant nombreuses et brillantes. Seul derrière ce rideau de défenseurs se tient Fabio Grosso. L’arrière gauche, monté au avant poste, esseulé dans la surface excentré côté droit. L’image de Thuram assassinant la Croatie huit ans plus tôt apparaît en un éclair dans mon esprit sans que je puisse m’en rendre compte.
Pirlo glisse la balle avec délicatesse et précision. Le cuir caresse la pelouse dans un silence de cathédrale, sans qu’aucun obstacle ne puisse l’empêcher d’atteindre le pied de Grosso, déjà armé. Le gaucher, côté droit, est en parfaite position pour déclencher sa frappe. L’angle est fermé, mais pas complètement. Comme un symbole, c’est Michael Ballack, l’homme maudit, le capitaine brillant mais jamais vainqueur, l’incarnation même du joueur à qui les Dieux du football n’ont jamais voulu sourire dans quelconque finale majeure, c’est lui qui accourt pour tenter de dévier la balle. Vainement. Le jeune David Odonkor, positionné au second poteau sur le corner, avait abandonné son poste et commencé à remonter avec son bloc équipe au moment où Pirlo hérite de manière miraculeuse du ballon. Il est donc vide, ce second poteau, au moment où Fabio Grosso enroule sa frappe de son bon pied comme un Ave Maria de la dernière chance.
La balle tourne sur elle même avec juste assez d’effet pour décrire la parfaite trajectoire courbée. Suffisamment pour ne pas s’écraser sur le poteau, mais pas trop pour qu’il ne soit pas à la portée de Lehman. Le temps s’est arrêté. Le poids de l’histoire est en marche et nul ne va contre la volonté des Dieux. L’air est fendu par ce missile improbable qui file tout droit vers la cage de but. L’espace d’un quart de seconde, les yeux du mondes sont rivés sur cette petite boule de cuir qui va départager ce duel dantesque.
La balle traverse la ligne de but et s’écrase dans les filets.
Gol di Grosso.
Ce même Grosso qui obtient le penalty de la qualification en huitième de finale face à l’Australie, à la toute dernière seconde du temps réglementaire. Ce même Grosso qui cinq jours plus tard enfoncera le dernier clou de notre cercueil bleu blanc rouge, crucifiant Fabien Barthez sur l’ultime tir au but d’une finale qui aurait du raisonner français.
Les Allemands ont un genoux à terre. Ils pensaient l’avoir fait. Ils pensaient y être arrivés, avoir tenu les 120 minutes du match, avoir résisté à la force du destin qui les fait fléchir encore et toujours devant la Squadra Azzura. Il y avait eu 1970, et cette demi-finale extraordinaire perdue 4 à 3 face à ces diables d’italiens, au cours d’une prolongation folle où le génial Gianni Rivera inscrivit le but de la délivrance. Il y a désormais 2006, même tournoi, même enjeu, même stade de la compétition, même prolongation hors du temps. Sauf qu’en plus, cette fois c’est chez eux. Les Allemands n’y croient pas.
Ils se refusent tellement d’y croire qu’ils vont lancer leurs ultimes forces dans la bataille pour tenter par miracle d’égaliser. De toute façon, ce match se déroulant dans un univers parallèle où les lois du monde, de la logique de la raison ne semblent plus s’appliquer, pourquoi pas deux miracles pour le prix d’un ? Le public, le pays veulent y croire dur comme fer, mais ne sont pas sûrs de réellement avoir la foi.
Et ce qui devait arriver arriva.
Les Germaniques montent en nombre, y compris le défenseur central Mertesacker qui abandonne la défense pour apporter sa taille dans la surface. Nous sommes une minute à peine après la patte gauche de Grosso. Le capitaine Michael Ballack est excentré côté gauche, et centre le ballon de la dernière chance dans la surface. Sur Mertesacker. Mais c’est repoussé, le ballon monte en cloche et semble retomber sur Lukas Podolski à 30 mètres du but.
Toute l’équipe ou presque est aux avant-postes, et attend que le ballon soit remis dans la boîte. Mais le tout jeune attaquant de la Mannchaft, impressionnant de maturité durant la compétition, véritable révélation du tournoi dont il sera d’ailleurs élu meilleur jeune joueur, qui d’un doublé plein d’audace à éliminé la Suède à lui tout seul en huitième de finale ; cette fois-ci pour Lukas Podolski, ça en est trop. Il voit le ballon redescendre vers lui depuis une altitude impressionnante, et comme si la grandeur de l’enjeu avait rattrapé ce gamin de 20 ans, Podolski recule. Il fait marche arrière, apeuré. Il craint cette boule de cuir, symbole de l’enjeu monstrueux et des attentes démesurées de tout un pays, qui fonce sur lui avec une puissance effrayante. Il recule, titube, et rate son contrôle en partant vers l’arrière. Il vacille, trop frêle devant la magnitude du moment et la dureté du très haut niveau. La balle lui échappe. Il vient de laisser filer sa carrière.
Faisant confiance à un instinct d’anticipation extraordinaire, le capitaine de la Squadra Azzura Fabio Cannavaro surgit alors comme un diable. Ce même Cannavaro qui avait dégagé de la tête le centre de Ballack trois secondes plus tôt avant d’immédiatement entamer une course de vingt mètres vers Podolski. Dans un moment où l’Italie est en marche arrière, et prie pour conserver ce résultat, le capitaine et leader magnifique sonne la révolte sur cette charge. Il s’impose devant Podolski, il lui passe devant. Il lui subtilise la gonfle avec rage et détermination pour lui faire comprendre que le patron c’est lui, et que c’est l’Italie qui va gagner ce match. Podolski, dans son tee-shirt trop grand, a l’air d’avoir huit ans et de s’être fait agresser par la brute du quartier.
Avec sa tête qui repousse le centre allemand, Cannavaro s’assure de disputer la finale. Lorsqu’il termine sa charge vers l’avant pour braquer Podolski et l’Allemagne, il vient de conquérir son futur ballon d’or.
Cette charge, elle ne rassure pas seulement sa défense. Elle va aussi faire poser à terre le second genoux de l’Allemagne. En une prise de balle, Cannavaro laisse derrière lui pas moins de huit joueurs germaniques, impuissants, tandis que l’Italie est prête à contre-attaquer.
L’instinct meurtrier du prédateur les animent. Celui-là même que le loup ressent lorsqu’il sait que le sort de sa proie est scellé. Les crocs acérés et de la glace pilée coulant dans leur veine, les italiens sont calmes et déterminés. Ils ne vont pas se priver d’achever l’animal.
Francesco Totti arrache la balle des pieds de son capitaine dès l’instant même où celui-ci termine sa course. Merci patron, on se charge du reste. Totti lève la tête. Deux défenseurs allemands, et Alberto Gilardino qui part comme une fusée sur l’aile gauche. Ni une ni deux, la légende romaine propulse l’avant centre milanais dans la profondeur. Metzelder est à la peine, mais il arrive à le rattraper et même à se positionner devant lui, pendant que Philipp Lahm et Arne Friedrich, épuisés reviennent en petite foulée vers le centre du terrain. Comme s’ils savaient déjà.
Gildardino crochète soudainement à l’intérieur. Il a son plan en tête, il a vu. Il sait ce qu’il va faire. Mais il prend son temps. Il feint la frappe et revient tout doucement vers le centre du terrain. Les trois vaillants défenseurs se resserrent autour de lui et absolument personne n’a remarqué Alessandro Del Pierro, ce diable de Del Pierro, qui surgit de nulle part comme un boulet de canon sur l’aile gauche. Gilardino, le sourire en coin, fixe Metzelder et glisse une petite passe vers l’aile gauche. Del Pierro ouvre son pied, lucane opposée. Lehman est amorphe, les bras le longs du corps. Il n’a rien pu faire.
Désespoir. Fatalité. Del Pierro vient crucifier toute une nation avec cette frappe de balle sanglante. L’Allemagne se refusait d’y croire au premier but. Elle fuyait cette réalité en abonnant ses dernières forces dans la bataille, espérant que les Dieux leur viennent à l’aide. En vain. La contre-attaque chirurgicale des Italiens leur impose la décision divine déjà énoncée. Elle soumet à leurs yeux incrédules cette vérité brutale et irrémédiable. Elle achève la bête blessé qui suffoque encore, qui n’a aucune chance de s’en sortir mais refuse de s’abandonner à la mort. Cette fois, la bête ne peut plus rien, elle ne bouge plus, ne respire plus.
La Mort l’a emporté, à tout jamais.
D’une cruauté sans nom.
Et à la fin, c’est l’Italie qui gagne.
Future really isn’t joking by the way…
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• Rapper with 2nd most charting songs on Billboard Hot 100, only behind Drake
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League of his own.