Diomaye, un Président bien conseillé !
Arrivé au pouvoir en néophyte le 24 mars 2024, le Président Bassirou Diomaye Faye a été confronté à une épreuve singulière : gouverner en tandem forcé avec celui qui est présenté à, tort ou à raison, son faiseur de roi. Deux tempéraments si opposés que l’un allait devenir par contraste le miroir involontaire de ses propres qualités vertueuses : celles d'un chef d'État qui a compris que la magistrature suprême impose une autre grammaire que la lutte politique.
Quand son Premier ministre le toise, lui reproche publiquement un « problème d'autorité » allant jusqu’à le défier publiquement depuis la tribune de son parti : « Si le président ne veut plus de moi, qu'il me limoge ! » le Président se tait, absorbe, dialogue, consulte les forces vives de la nation pendant dix jours consécutifs.
Dix mois plus tard, il frappe d'un limogeage que la presse sénégalaise résume en trois mots : « Diomaye s'assume. »
La première preuve d'un président bien conseillé, c'est sa capacité à contenir son égo et à protèger la fonction qu'il incarne. Et cette discipline-là, dans un monde politique saturé de réactions immédiates et de sorties de route, qui est appréciable.
La où les mauvais conseillers encouragent les réponses épidermiques et émotives, les rappellent à l'autorité que les meilleures réactions sont parfois celles qui sont différées. Diomaye Faye attend, observe, laisse les désaccords se documenter, les excès se répéter…. Ce n'est que dix mois plus tard, après une ultime déclaration publique qu'il pose l'acte chirurgical. Le limogeage ne ressemble pas à une vengeance. Il ressemble à l'aboutissement logique d'un processus institutionnel mené avec méthode.
Enfin, Diomaye Faye parle peu. Mais chacune de ses interventions poursuit un objectif identifiable : rassurer, expliquer, projeter une vision. Son discours du 31 décembre 2025, qualifié de « discours de vérité et de méthode », sa prestation au Forum Invest in Sénégal où il incarne, face à un parterre d'investisseurs, un « leadership apaisé et visionnaire. Il gouverne davantage par ses actes que par ses déclarations. Au fond, la véritable leçon de cette séquence Diomaye-Sonko dépasse les deux hommes.Elle concerne la nature même du pouvoir.
Le Sénégal a assisté, pendant deux ans, à la coexistence de deux styles de leadership au sommet de l'État. Mais une chose apparaît déjà clairement : les comportements observés depuis deux ans ne sont pas ceux d'un président livré à ses instincts ou isolé dans son palais. Ils portent la marque d'un entourage qui comprend les exigences de la fonction présidentielle. La meilleure preuve qu'il est bien conseillé n'est pas ce qu'il a dit. C'est précisément tout ce qu'il a refusé de dire.@users
Le réparateur de failles… et ses propres failles
En parcourant le réseau X, je suis tombé sur une réplique de M. Alioune Badara Diop à un tweet du Ministre Doudou KA. Amateur de latin et attentif à la vie institutionnelle de mon pays, je n’ai pu résister à l’envie de m’inviter dans ce débat. Car derrière les formules savantes se joue une question essentielle : Ousmane Sonko peut-il juridiquement prétendre au statut de député de la XVe législature ?
La thèse défendue par M. Doudou KA est simple : Sonko, nommé Premier ministre du 2 avril 2024 au 22 mai 2026 sans interruption, n’a jamais exercé le mandat parlementaire. Un mandat ne se réduit pas à une proclamation électorale ; il prend corps dans des actes précis.
Or Sonko n’a jamais participé à la session inaugurale, jamais prêté serment, jamais occupé son siège ni participé au fonctionnement de l’Assemblée. En pratique comme en droit, il n’a donc jamais été député au sens organique et fonctionnel du terme.
Il ne pouvait d’ailleurs être simultanément Chef du gouvernement et député sans violer la Constitution.
Dès lors, la lettre de suspension invoquée n’avait aucune portée juridique, puisqu’elle supposait une qualité qu’il n’exerçait pas.
Prétendre aujourd’hui le « réintégrer » reviendrait ainsi à créer rétroactivement un mandat jamais exercé : une véritable contrefaçon constitutionnelle.
C’est cette analyse que M. Alioune Badara Diop a tenté de réfuter à travers plusieurs maximes latines. Il faut reconnaître l’élégance des références. Mais l’élégance d’une formule ne garantit pas la solidité du raisonnement.
Notre contradicteur soutient que Sonko aurait acquis le mandat dès son élection. Certes, le Conseil constitutionnel transmet automatiquement la liste des élus à l’Assemblée nationale. Mais cette formalité administrative ne suffit pas à faire exister pleinement un mandat. L’entrée effective dans la fonction suppose une prise de possession concrète du siège.
Or Sonko n’a accompli aucun de ces actes. Dès lors, la maxime se retourne contre celui qui l’invoque : « suspendere praesupponit incepisse ». (Ce qui n’a jamais commencé ne peut être suspendu.)
Par ailleurs, une loi adoptée en 2025 ne peut rétroagir sur une situation née en avril 2024. Le principe de non-rétroactivité, consacré notamment par la doctrine de Paul Roubier, interdit précisément cette reconstruction a posteriori.
L’article 59 de la Constitution autorise la loi organique à fixer les incompatibilités ; il ne lui permet pas de « réanimer » un mandat jamais exercé. Ce qui est présenté comme une adaptation technique relève en réalité d’une création institutionnelle nouvelle. Une majorité parlementaire, même forte de 138 voix, peut voter la loi, mais elle ne peut se substituer à la Constitution : « Vox majoritatis non est vox constitutionis ».
Quant au principe invoqué par notre contradicteur, il ne vaut que pour les situations envisagées par le texte. Or la Constitution sénégalaise n’a jamais prévu le cas d’un élu resté au gouvernement sans avoir siégé à l’Assemblée. Ce silence n’est pas une autorisation implicite : les vides constitutionnels ne se comblent ni par opportunité politique ni par la seule volonté d’une majorité.
Au fond, le problème est moins technique que démocratique. Ce que l’Assemblée nationale s’apprête à voter ressemble moins à une réintégration qu’à la création rétroactive d’un mandat parlementaire par décision majoritaire ! « Ex nihilo nihil fit. » (Rien ne naît de rien.)
Malick SONKO @dr_aliounedione