La morale n’a jamais seulement voulu dire “être gentil”.
Chez les Romains, elle voulait dire : tenir son rang, servir sa cité, protéger sa maison, respecter sa parole, maîtriser ses passions.
C’était une morale de devoir, de force et de transmission.
Elle avait une grandeur que nous avons perdue.
Mais aussi une brutalité que nous ne devons pas regretter.
Puis le christianisme a donné une dignité au faible.
Les Lumières ont donné une dignité à l’individu.
La modernité a donné une place au consentement, aux droits, à la protection.
C’est immense.
Mais notre époque a un problème :
elle sait protéger les faibles, mais elle ne sait plus très bien former les forts.
Elle sait dire : “ne blesse pas”.
Elle sait dire : “respecte”.
Elle sait dire : “protège”.
Mais elle ne sait plus toujours dire :
tiens ton rôle, assume, décide, construis, transmets.
Or une société qui ne forme plus des forts responsables finit toujours par donner le pouvoir aux lâches ou aux brutes.
La morale des bâtisseurs commence là.
Reprendre à Rome la force, sans la brutalité.
Au christianisme la dignité du faible, sans la culpabilité.
Aux Lumières la liberté, sans la naïveté.
À notre époque les droits, sans la mollesse.
Une morale de bâtisseur n’est pas une morale de confort.
C’est une morale pour ceux qui vivent dans le réel :
argent, pouvoir, famille, responsabilités, conflits, fatigue, transmission.
Être fort sans devenir injuste.
Ambitieux sans devenir sale.
Libre sans fuir le devoir.
Protecteur sans glorifier la faiblesse.
Bâtisseur plutôt que consommateur.
Voilà ce que je cherche ici.
Une morale adulte.
Pour ceux qui veulent construire sans se perdre.
#MoraleDesBâtisseurs #morale #transmission
Raymond Aron développe une idée particulièrement provocatrice dans L’Opium des intellectuels (1955).
Il écrit :
« Les idéologues du prolétariat sont des bourgeois. »
À première vue, la formule paraît absurde.
Comment les défenseurs de la classe ouvrière pourraient-ils être… des bourgeois ?
Pourtant, Aron ne parle pas de richesse. Il parle de milieu culturel.
Marx, Engels, Lénine, Trotski… ne sont pas des ouvriers d’usine. Ce sont des hommes très instruits, issus de milieux éduqués.
Plus largement, les grands dirigeants des partis communistes sont rarement des ouvriers. Ce sont des professeurs, des journalistes, des avocats, des écrivains, des universitaires.
Le paradoxe est donc le suivant :
L’idéologie censée représenter le prolétariat a été élaborée presque exclusivement par des intellectuels.
Aron va encore plus loin.
Il affirme que le prolétariat n’a jamais produit, par lui-même, une philosophie complète de l’histoire, de la politique ou de l’économie.
Les ouvriers avaient une culture, des valeurs, une manière de vivre.
Mais la théorie est venue d’ailleurs.
Autrement dit :
Le prolétariat fournissait les troupes. Les intellectuels fournissaient le récit.
Pourquoi ce récit a-t-il eu un tel succès ?
Parce qu’il partait d’un constat réel.
La misère ouvrière du XIXᵉ siècle existait.
Marx ne l’invente pas.
Mais, selon Aron, il transforme cette réalité sociale en une immense théorie de l’Histoire.
Il mêle Hegel, la Révolution française, l’économie politique anglaise et les luttes sociales de son époque pour construire un système intellectuel d’une cohérence remarquable.
C’est précisément ce qu’Aron critique.
Non pas la souffrance des ouvriers.
Mais le moment où une réalité devient une religion politique.
Le prolétariat cesse d’être une classe sociale.
Il devient le peuple élu chargé de sauver l’humanité.
C’est là que ce texte reste étonnamment actuel.
Car le mécanisme dépasse largement le marxisme.
Très souvent, ceux qui parlent le plus au nom d’un groupe n’en font pas eux-mêmes partie.
Des diplômés parlent au nom des classes populaires.
Des militants parlent au nom des entrepreneurs sans avoir jamais créé d’entreprise.
Des experts parlent au nom des agriculteurs sans avoir travaillé la terre.
Cela ne signifie pas qu’ils ont forcément tort.
Mais Aron nous invite à une distinction essentielle :
Parler d’un groupe n’est pas la même chose que parler en son nom.
Et encore moins vivre sa réalité.
C’est peut-être la grande leçon d’Aron.
Les idées doivent toujours être confrontées au réel.
Lorsqu’elles cessent d’observer le monde pour vouloir le faire entrer à tout prix dans une théorie, elles deviennent des croyances.
Et une croyance, aussi séduisante soit-elle, finit souvent par voir le monde tel qu’elle voudrait qu’il soit, plutôt que tel qu’il est.
#RaymondAron #Philosophie #Économie #MoraleDesBâtisseurs
Machiavel développe ici deux idées complémentaires dans deux œuvres différentes : Le Prince (1513), consacré à l’action du dirigeant, et les Discours sur la première décade de Tite-Live (1531), consacrés aux institutions et à la liberté politique.
L’idée centrale est la suivante :
Dans toute société, il existe une tension permanente entre deux groupes : le peuple et les grands, c’est-à-dire les élites.
Machiavel écrit :
« Le peuple désire ne pas être commandé ni écrasé par les grands, et les grands désirent commander et écraser le peuple. »
Cette phrase est volontairement provocatrice.
Il ne dit pas que chaque noble est un tyran ou que chaque riche veut opprimer.
Il décrit une logique politique : ceux qui possèdent déjà le pouvoir cherchent naturellement à le conserver et à l’étendre, tandis que le peuple cherche avant tout à ne pas subir cette domination.
Une idée surprenante : le conflit est utile
Dans les Discours sur la première décade de Tite-Live, Machiavel développe une idée encore plus originale.
Nous avons tendance à penser qu’une bonne société est une société sans conflits.
Machiavel affirme presque l’inverse.
Il prend l’exemple de Rome :
- les conflits entre le Sénat, représentant les grands, et la plèbe étaient nombreux ;
- pourtant, ces conflits ont produit les institutions qui ont garanti la liberté romaine.
Il écrit même que beaucoup de personnes condamnent ces « tumultes » sans voir qu’ils ont permis de créer de bonnes lois.
Autrement dit :
La liberté ne naît pas malgré les conflits politiques, mais souvent grâce à eux.
Ce n’est pas la guerre civile qu’il célèbre.
Il affirme que lorsqu’un conflit est contenu par des institutions - tribuns, assemblées, lois - il oblige chaque camp à faire des concessions et produit un meilleur équilibre.
La liberté vient de l’équilibre des forces
Pour Machiavel, il existe deux manières de maintenir un État :
1) soit un seul groupe domine totalement ;
2) soit plusieurs forces se limitent mutuellement.
Rome est grande parce qu’aucun groupe n’a pu monopoliser durablement le pouvoir.
On retrouve ici une intuition qui inspirera plus tard la séparation des pouvoirs chez Montesquieu.
Le passage sur Cyrus
Dans Le Prince, Machiavel rappelle une autre idée essentielle.
La fortune offre des occasions, mais seule la virtù — l’énergie, le courage, la capacité d’agir — permet d’en profiter.
Autrement dit :
La chance crée les circonstances ; le caractère construit l’histoire.
#machiavel #leprince #DiscourssurlapremièredécadedeTiteLive
On réduit souvent Machiavel à une phrase qu’il n’a jamais écrite : “La fin justifie les moyens.”
C’est passer à côté de son œuvre.
La question qui l’obsède est beaucoup plus intéressante :
Pourquoi certaines républiques restent-elles libres pendant des siècles, tandis que d’autres sombrent dans la corruption ou la tyrannie ?
Sa réponse est contre-intuitive.
Une démocratie solide n’est pas une démocratie sans conflits.
C’est une démocratie où les conflits sont contenus par des institutions assez fortes pour empêcher qu’un camp écrase définitivement l’autre.
Autrement dit :
Le problème n’est pas le conflit.
Le problème est l’absence de règles pour le rendre fécond.
C’est vrai pour une cité.
C’est vrai pour une entreprise.
C’est vrai pour une association.
C’est vrai pour une famille.
Les organisations les plus fragiles ne sont pas celles où l’on se dispute.
Ce sont souvent celles où plus personne n’ose se dire la vérité.
#machiavel
Chez Braudel, l’économie n’est pas plate. Elle a des étages.
En bas : la vie matérielle. C’est le pain, le blé, l’atelier, le champ, le transport, les gestes, les outils. Le monde de ceux qui font tourner la société sans apparaître dans les grands récits.
Au milieu : l’économie de marché. On échange, on vend, on achète. Les prix sont visibles. La concurrence existe. C’est le marché au sens presque concret : une place, des produits, des vendeurs, des acheteurs.
En haut : le capitalisme. Et là, Braudel est très intéressant, parce qu’il ne le confond pas avec le marché. Le capitalisme, chez lui, c’est souvent le surplomb : ceux qui contrôlent les flux, les distances, le crédit, les stocks, les routes, l’information, les monopoles, les accès au pouvoir.
C’est pour ça que Jacques Cœur est un exemple magnifique. Il ne devient pas puissant parce qu’il “travaille plus” qu’un artisan ou qu’un marchand local. Il devient puissant parce qu’il sait relier des mondes éloignés : Bourges, la cour du roi, les routes du Levant, le crédit, les marchandises rares, les besoins de l’État, les informations que les autres n’ont pas.
Son avantage n’est pas seulement dans la marchandise. Il est dans la position.
Il sait où acheter.
Où vendre.
À qui prêter.
Quand attendre.
Qui connaître.
Quel trajet vaut le risque.
Quelle information vaut de l’or.
#braudel #economie #capitalisme
Braudel est précieux parce qu’il oblige à sortir des slogans.
Il ne confond pas marché et capitalisme.
Le marché, c’est l’échange visible (le magasin de rue, l’artisan, le supermarché, ect).
Le capitalisme, c’est souvent le surplomb : contrôler les flux, le crédit, l’information, les distances, les stocks, les accès au pouvoir.
Le petit marchand subit le marché.
Le grand capitaliste organise les conditions du marché.
Jacques Cœur l’avait compris avant beaucoup d’autres : la richesse naît souvent de la capacité à relier deux mondes que les autres ne savent pas relier.
Ce qui est banal ici peut devenir précieux là-bas.
À condition d’avoir le capital, le réseau, l’information, le temps et le courage du trajet.
La vraie question morale n’est donc pas seulement : “combien as-tu gagné ?”
Mais :
as-tu créé de la valeur, ou seulement capturé une rente ?
#braudel #economiedemarche
Braudel est précieux parce qu’il oblige à sortir des slogans.
Il ne confond pas marché et capitalisme.
Le marché, c’est l’échange visible (le magasin de rue, l’artisan, le supermarché, ect).
Le capitalisme, c’est souvent le surplomb : contrôler les flux, le crédit, l’information, les distances, les stocks, les accès au pouvoir.
Le petit marchand subit le marché.
Le grand capitaliste organise les conditions du marché.
Jacques Cœur l’avait compris avant beaucoup d’autres : la richesse naît souvent de la capacité à relier deux mondes que les autres ne savent pas relier.
Ce qui est banal ici peut devenir précieux là-bas.
À condition d’avoir le capital, le réseau, l’information, le temps et le courage du trajet.
La vraie question morale n’est donc pas seulement : “combien as-tu gagné ?”
Mais :
as-tu créé de la valeur, ou seulement capturé une rente ?
#braudel #economiedemarche
@plbiojout Un ancien de l’X donne 50 millions pour financer des maths.
On peut discuter du cadre, de la gouvernance.
Mais si le premier réflexe est d’y voir une humiliation, une soumission ou un scandale, le problème n’est peut-être pas Bernard Arnault.
Mais le rapport à ceux qui font.
Un bâtisseur, ce n’est pas seulement un entrepreneur tech ou un patron.
C’est aussi :
le médecin qui monte un service,
l’artisan qui forme un apprenti,
le fonctionnaire qui simplifie au lieu de bloquer,
le professeur qui transmet,
le parent qui tient une famille,
l’infirmière qui ne lâche pas,
le maire qui fait avancer sa commune,
l’ingénieur qui résout un problème,
le salarié qui prend soin de son métier.
#morale #moraledesbatisseurs
On peut distinguer plusieurs grands âges de la morale.
1) Rome :
Morale du rang, du devoir, de la cité, de la famille, de la parole donnée, de la maîtrise de soi.
Une morale de force et de transmission, mais aussi une morale brutale, hiérarchique, esclavagiste.
2) Christianisme :
Immense renversement moral.
Le faible, le pauvre, le malade, le pécheur deviennent moralement visibles.
Naissance d’une dignité du faible.
Mais aussi risque de culpabilité, de méfiance envers la puissance, de soupçon sur l’ambition.
3) Lumières / modernité :
Morale de la liberté, de la raison, des droits de l’homme, de la dignité individuelle, du consentement, de l’égalité morale.
Très grande conquête.
Mais aussi risque de naïveté, d’individualisme, de perte du devoir.
4) Époque contemporaine :
Morale de la protection des vulnérables, du refus de la domination, du consentement, marquée par les traumatismes du XXe siècle.
C’est précieux.
Mais aussi risque de fragilité, de victimisation, de peur du conflit, et de difficulté à penser la force, le sacrifice, la verticalité.
#morale #philosophie #empireromain
Ensuite, on passe à l’étape de fine-tuning.
Ici, #ChatGPT est affiné avec des données étiquetées, où chaque entrée a une sortie souhaitée.
Par exemple, il apprend à répondre à des questions spécifiques ou à suivre des instructions précises.
🔄 Le pré-entraînement est crucial.
#ChatGPT est d’abord formé sur un large corpus de texte non étiqueté, où il apprend à prédire le mot suivant dans une phrase.
Cette étape, basée sur l’apprentissage non supervisé, permet au modèle de capter les structures linguistiques.
👇🏻
@OlivierBabeau La France est un pays socialiste,
Avec des poltitiques socialistes depuis 40 ans,
La droitisations de la France est un mirage, le programme du fN est un programme socialiste,
Et l’umps n’ont fait que augmenter les impôts et poids de l’états dans le PIB
@FerghaneA@p_duval@sunofwisdom Non ferghane,
Souvent d’accord avec vs, cette parodie est drôle, parodie p-e un homme menacé de mort, mais avant tout homme public,
Il y a le droit de blasphème en France de surcroît le droit de parodier cette homme,
Il y’en a marre des moralistes,
Et oui vs êtes insultant