Je défends l’Afrique. La vraie.
Celle de nos ancêtres, pas celle de nos lâchetés.
Celle qui respectait les femmes avant qu’on déguise le machisme en culture.
Celle qui transmettait, pas celle qui contrôle.
Celle qui honorait la dignité, pas celle qui humilie pour exister.
Pas pour le clash.
Pour la mémoire.
Et la mémoire dérange ceux qui ont menti longtemps
Alors avant de dire “je suis le chef”, pose-toi une question simple :
si tu disparaissais demain, qu’est-ce qui s’effondrerait vraiment ?
Si la réponse est “rien”, tu n’es pas un chef.
Tu es juste assis à la meilleure place.
Aujourd’hui, certains veulent l’inverse :
toute l’autorité, aucune des charges.
Le respect du roi, l’effort de personne.
Ce n’est pas une tradition.
C’est un privilège qui cherche un déguisement.
Dans plusieurs sociétés africaines, l’autorité venait avec la responsabilité.
Tu commandais parce que tu protégeais, tu nourrissais, tu réparais, tu transmettais.
Le titre se gagnait.
Il ne se réclamait pas au nom d’un sexe.
Beaucoup d’hommes réclament le titre de “chef de famille”.
Mais demande-leur ce qu’ils dirigent réellement.
Pas ce qu’ils contrôlent.
Ce qu’ils portent.
Là, le silence commence.
Et pendant ce temps, qui tient vraiment la maison debout ?
Souvent une femme.
Une mère.
Une grand-mère.
Celles-là ne réclamaient pas de titre.
Elles faisaient le travail.
Ta femme gère la maison, l’argent, les enfants, ta mère et tes mensonges.
Et tu oses encore dire que c’est toi le chef.
Chef de quoi ?
Du travail des autres ?
Tu dis “nos ancêtres” mais tu ne connais même pas le nom de ta grand-mère paternelle.
Tu ne défends pas une mémoire.
Tu défends un mot que tu trouves joli dans ta bouche.
Chez nous, on ne disait pas “je t’aime”.
On disais : as-tu mangé ?
On laissait une lampe allumée.
On gardait ta part dans la marmite.
L’amour ne se déclarait pas. Il se prouvait.
Et on l’a appelé “froideur africaine” parce qu’on ne savait plus le lire.
Le même homme qui interdit à sa fille de sortir le soir passe ses nuits à écrire à des filles qui ont l’âge de la sienne.
La pudeur, chez lui, c’est pas une valeur.
C’est un outil. Et il ne le sort que pour les autres.
Tu as plus peur de la vieille femme de ton village que du pasteur qui t’a vidé les poches dimanche dernier.
Et tu oses parler de “retour aux sources”.
Tu n’es pas revenu aux sources. Tu as juste changé de maître.
On confond souvent tradition et habitude.
La tradition vient des ancêtres.
L’habitude, elle, vient seulement de ceux qui ont eu le pouvoir de répéter une chose assez longtemps pour qu’on cesse de la questionner.
Beaucoup de pratiques qu’on défend aujourd’hui comme “africaines” sont en réalité un mélange.
Un peu d’ancestralité.
Beaucoup de colonisation.
Un peu de religion importée.
Et énormément d’orgueil masculin.
Dans plusieurs sociétés africaines, les femmes négociaient, dirigeaient, tranchaient, possédaient.
Ce n’est pas une invention moderne.
C’est une mémoire qu’on a effacée parce qu’elle dérangeait ceux qui voulaient régner sans partage.
Quand un homme te dit “c’est notre tradition” pour justifier qu’une femme se taise, demande-lui de quelle tradition il parle exactement.
De quel peuple.
De quelle époque.
De quel ancêtre précisément.
Tu verras qu’il ne sait pas.
Les vrais gardiens de la mémoire ne crient pas.
Ils transmettent.
Et ce qu’ils transmettent ne ressemble presque jamais à ce que les faux traditionalistes brandissent pour avoir raison.
Ma grand-mère lisait une maison avant d’y entrer.
Le seuil, l’odeur, le silence, la lumière, les regards.
Elle ne disait pas qu’elle “voyait”.
Elle disait simplement : cette maison n’est pas droite.
Et elle avait toujours raison.
Le jour où l’Afrique cessera d’attendre qu’on l’invite à sa propre table, beaucoup de choses changeront.
À commencer par le regard que les Africains posent sur eux-mêmes.
On a tellement diabolisé nos savoirs qu’aujourd’hui un Africain a moins peur d’un pasteur étranger que d’une vieille femme de son propre village.
Le problème n’est pas la vieille femme.
Le problème, c’est ce qu’on nous a appris à mépriser.