Les éditos de Patrick Cohen sont d'habitude appréciables. Hélas, celui-ci n'est pas bon et cherche à atténuer la gravité du fait qui se déroule sous nos yeux ainsi que sa dimension politique en multipliant les omissions et les propos désinvoltes qui biaisent le traitement de l'information.
I - « Ils sont venus pour s'amuser et draguer des filles ».
Pardon, mais on ne peut pas à la fois remettre en question - à juste titre - le pacifisme de nazillons qui se baladent avec des barres de fer dans un quartier, et banaliser le fait que des gens s'invitent dans une fête avec des COUTEAUX.
Si le fait de se balader avec des couteaux ne dit rien d'une éventuelle préméditation, cela signale au moins une certaine disponibilité à la violence. Et pourtant, Patrick Cohen balaie ce fait extraordinaire d'un revers de main. Il n'est tout simplement pas évoqué.
Tout comme il tait le fait que l'individu qui a été un temps suspecté d'être l'auteur du meurtre a un casier judiciaire pour recel de vol et pour «port d’arme blanche ou incapacitante de catégorie D sans motif légitime et que certains de ses camarades ont été condamnés « à une peine d’emprisonnement assortie d’un sursis probatoire durant deux ans, pour notamment des faits de violences aggravées » et à « de l’emprisonnement avec sursis pour des faits d’outrage et menace à l’encontre de dépositaire de l’autorité publique (Source : Le Figaro).
Donc, non, visiblement, nous ne sommes pas face à des anges. Le fait de se balader avec un couteau n'est pas une attitude normale. Le fait d'avoir été condamné pour cela n'est pas normal. Le fait de prendre pour amis des gens condamnés pour outrage et menace à l'encontre de dépositaire de l'autorité publique et pour des faits de violences aggravées n'est pas normal. Il est incompréhensible que Patrick Cohen taise le passif des gens suspectés en les présentant comme de simples individus en quête de divertissement.
Viennent ensuite les motifs de l'altercation, qui sont encore flous. En admettant l'hypothèse que ces jeunes ont été provoqués sur leur coupe de cheveux comme on le lit ici et là, il est là encore anormal qu'une mauvaise blague se finisse par des coups de couteau.
Je ne crois pas prendre beaucoup de risques en disant que beaucoup de Français ont déjà fait l'objet de mauvaises blagues sur leur physique au moins une fois dans leur vie. Et je ne crois pas prendre beaucoup de risques en disant que la première réaction qui vient à l'esprit d'une personne normale après une mauvaise blague n'est pas de vouloir casser la figure de son prochain, et de finir par lui donner un coup de couteau.
Là encore, présenter le fait tragique qui s'est déroulé comme la conséquence logique d'une mauvaise blague sans interroger le rapport particulier à la violence et à l'Autre que présuppose une telle réaction, c'est rater l'éléphant dans la pièce et contribuer à la banalisation d'une violence inacceptable.
II - « La plupart habitent la monnaie, un quartier populaire de Romans-sur-Isère »
Là encore, il serait bon que les journalistes cessent d'euphémiser des réalités encombrantes. Non, la monnaie n'est pas simplement ce que Patrick Cohen désigne pudiquement comme un « quartier populaire ». C'est un quartier ciblé par la politique de la ville.
Les quartiers ciblés la politique de la ville se singularisent, notamment, par un taux de pauvreté élevé, une surreprésentation des populations d'origine étrangère, ainsi qu'une surdélinquance par rapport à la moyenne nationale. Le fait que certains participants au drame de Crépol soient issus de ce quartier ou y trainent - comme l'indique le papier de la journaliste Soren Seelow que Patrick Cohen cite - n'est donc pas un fait anodin qu'on peut balayer d'un revers de main.
D'autant que la maire de Romans-sur-Isère a, lors d'une prise de parole assez grave pour une élue locale, manifesté son désarroi devant la délinquance et la violence endémiques qui gangrèneraient le quartier en question, sur fond de « radicalisation ». C'est là un autre fait politique qui renvoie aux éternelles préoccupations sur la faillite de l'intégration/assimilation de certaines populations, et que Patrick Cohen s'abstient de mentionner.
III - Sur le racisme réel ou supposé des personnes qui s'interrogent sur l'origine des auteurs
Patrick Cohen reproche ensuite à certaines forces politiques de se focaliser sur l'origine réelle ou supposée des auteurs présumés de l'agression.
Mais n'en déplaise à certains, la presse et le gouvernement ont grandement participé à politiser les origines des suspects en taisant inhabituellement l'identité des personnes interpellées (ce que Patrick Cohen reconnaît).
Par ailleurs, dans la mesure où certains témoignages concordent pour établir que des propos anti-blanc ont été tenus, l'origine des suspects devient d'intérêt public (tout comme leur âge, leur sexe, la ville où ils habitent, leur statut social, etc.) en raison de la probable dimension inter-communautaire du conflit. Car même si ce conflit n'était pas prémédité, les témoignages susmentionnés suggèrent - à minima - que les responsables des coups de couteau avaient un rapport problématique à l'altérité. Ce qui renvoie une fois de plus aux problématiques d'assimilation mentionnées plus haut.
D'autant que, selon le Parisien, certains d'entre eux auraient envisagé de fuir la France « vers l'Espagne et le Maghreb ». Autrement dit, ce n'est pas l'observateur extérieur qui assigne ces gens à une communauté réelle ou supposée. Les auteurs présumés des actes criminels semblent assez doués pour s'assigner seuls à une communauté particulière, ou, en tout cas, pour s'extraire tout seul de la communauté nationale.
Enfin, ce genre d'affaires ne prendraient pas une tournure politique si elles ne s'inscrivaient pas dans ce que les sociologues appellent depuis Emile Durkheim un fait social, soit des phénomènes collectifs extraordinaires que la statistique peut isoler.
En l'occurrence, il s'agit de la surreprésentation des personnes d'origine maghrébine dans les statistiques de la délinquance. Ce fait amplement documenté par les sciences sociales (1) et les rapports officiels (2) ne signifie pas que « tous les arabes et les noirs » sont des délinquants invétérés.
Cela signifie simplement l'existence d'une anomalie statistique, d'une disproportion entre le poids démographique d'une catégorie sociale et le poids de cette catégorie dans des activités indésirables. Là encore, en taisant ce phénomène, Patrick Cohen montre à minima qu'il ne prend pas la chose au sérieux ou qu'il entretient un tabou, sans doute en raison du malaise que ces questions suscitent, en particulier chez ceux qui croient indisposer l'ensemble des immigrés et de leurs descendants en soulignant la présence, parmi eux, de gens qui ont une plus grande proportion à pourrir leur vie ainsi que celle de leurs concitoyens non immigrés.
IV - Insécurité et homme de paille.
Passons sur le fait que Patrick Cohen disserte comme si les émeutes de l'été dernier - inédites par leur ampleur et pendant lesquelles une tentative de meurtre sur un élu et sa famille a été recensée - n'avaient jamais existé. Passons sur le fait que le pays a récemment appris le décès d'un ancien ministre de l'intérieur d'Emmanuel Macron qui, sur la base des informations accessibles au premier flic de France, a quitté son ministère en évoquant le risque d'une guerre civile (le fameux « côte à côte vs face à face que peu de médias ont étrangement repris).
Passons sur le fait que l'actuel Ministre de l'Intérieur s'était illustré en 2015 dans Libération par une tribune s'inquiétant du même risque (3). Passons sur le fait que le pays a récemment voté une loi pour contrer le séparatisme identitaire et religieux qui affecte une partie de nos concitoyens issus de l'immigration.
Patrick Cohen balaie d'un revers de main le risque sérieux qui pèse sur la paix civile au motif que la majorité des personnes issues de l'immigration réprouvent les violences qui défraient la chronique. Mais ce commentaire est hors sujet. Dans une société, des petites minorités agissantes et radicalisées suffisent à fracturer un ordre social, en particulier lorsqu'elles bénéficient de l'apathie d'une majorité silencieuse et léthargique.
Enfin, le journaliste prétexte la diminution (réelle) des homicides pour balayer d'un revers de main le fameux ensauvagement que déplorent certains. Il oublie un peu vite que les homicides constituent un indicateur fort imparfait pour évaluer la violence dans une société, en particulier quand les progrès de la médecine font que l'on meurt moins de ses blessures quand on est agressé (4). Ainsi, le média public France Info estimait en 2021 que « les tentatives d'homicides ont été multipliées par trois depuis vingt ans » (5).
Dans ces conditions, conclure son édito avec un petit ricanement en nous disant que les bals tragiques ont toujours existé (en mettant sous le tapis tous les phénomènes extraordinaires listés plus haut) ne semble pas à la hauteur de la réputation d'un journaliste qui nous avait habitué à des analyses plus perspicaces.
(1) Les jeunes délinquants issus de l'immigration postcoloniale africaine, Jean-Claude Sommaire. https://t.co/hCZiFcsRgL
(2) Surdélinquance des jeunes issus de l'immigration, rapport du Sénat. https://t.co/AxvThEwRuW
(3) Darmanin, La Concorde avant la discorde, Libération. https://t.co/DHcjxypFlY
(4) Le Parisien, « Le nombre d'homicides a chuté de moitié en quinze ans » https://t.co/M0UPIrbDXQ.
(5) France Info. Non, le nombre d'homicides n'a pas doublé en vingt ans. https://t.co/7oEHfN8Mvp
Comme toujours, #Annecy fera parler qq heures. Dessins, bougies, minute de silence. Nous redirons ce que nous répétons depuis des années. Les bien-pensants feront les sourds. Récupération, honte, etc. On passera à autre chose et rien ne changera.
Bonne chance, à la prochaine fois
La tentative d’assassinat de #SalmanRusdhie montre combien l’influence des extrémistes islamistes reste forte et nous rappelle que tous les citoyens, musulmans compris, doivent se positionner résolument contre cette influence. Mon article pour @Causeur https://t.co/UHHBjyVhCq
Formation obligatoire à la transition écologique pour le président @EmmanuelMacron et le gouvernement #Formation20heures - Signez la pétition ! https://t.co/u0ECT7DYPg via @ChangeFrance
🟥 Cela suffit ! Honte à la sauvagerie, incompréhensible cette nouvelle agression vis à vis des sapeurs-pompiers de Paris dans l’exercice de leurs fonctions, protéger les personnes, les biens de la Cité et le bon déroulement de la manifestation. #1erMai
In Iran I was told if I don’t wear hijab, I get kicked out from school, I get jailed, lashes, beaten up, and kicked out from my country. In the West I’m told, sharing my story will cause Islamophobia.
I’m a woman from Middle East and I am scared of Islamic ideology. Let us talk.
TADAM!
Notre premier titre de la rentrée de l'automne sera signé @JuliaKerninon. Vous dire à quel point son roman "Liv Maria" est puissant!
C'est pour septembre.
📷 Julien Alcacer
Dans ce roman de Vincent Giudicelli @normanklee52, c'est collant, il y a de la musique, un road trip, une Marie derrière laquelle courir... Un #MardiConseil à lire en écoutant @Pat_Miche :-)
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"Il y a des passages là-dedans qui vont m'habiter très très très longtemps." @julielitaulit à propos d'ERRANCE de @MattiaScarpulla!
Pour ses 2 autres suggestions et celles de @billyrobinson
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La librairie de quartier Le mot de tasse à #Québec place bien en vue les livres des auteurs du quartier, dont notre tout chaud ERRANCE, de @MattiaScarpulla.
#lisezbleu