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Mark Carney a prononcé le discours de politique étrangère le plus important d’un premier ministre canadien depuis celui de Lester B. Pearson en 1956 sur le maintien de la paix.
Carney a présenté une vision structurée pour un monde désormais marqué par la rivalité brutale entre grandes puissances.
Au cœur de ce qu’on peut appeler la « doctrine Carney » se trouve un appel aux puissances moyennes, comme le Canada, à cesser de chercher les faveurs des grandes puissances.
Il pose les bases de ce qui ressemble à une nouvelle doctrine, qui tiendra ou non l’épreuve du temps. Mais elle repose en grande partie sur une hypothèse clé, à savoir que d’autres puissances moyennes accepteront d’avancer ensemble, et qu’il existe une réelle différence entre craindre Trump et bâtir volontairement quelque chose de nouveau sans lui.
La colonne vertébrale intellectuelle du propos est l’honnêteté. En invoquant l’idée de Václav Havel de « vivre dans la vérité », Carney soutient que faire semblant que l’ancien ordre existe encore est en soi une faiblesse stratégique.
Je ne suis pas encore convaincu que tout le monde soit passé du réflexe du « faisons plaisir à Trump pour qu’il ne se fâche pas » à un véritable « ça suffit, trop de lignes ont été franchies ».
Il jette les bases de ce qui ressemble à une nouvelle doctrine de politique étrangère canadienne, qui résistera ou non à l’épreuve du réel.
Elle repose sur une hypothèse centrale : que les puissances moyennes sont prêtes à avancer ensemble, non seulement par crainte de Trump, mais par volonté commune de bâtir quelque chose de nouveau sans lui.
Au cœur du discours se trouve un constat sans détour : l’ordre international fondé sur des règles ne fonctionne plus.
Il ne s’agit pas d’une perturbation passagère, mais d’une rupture structurelle. L’intégration économique est devenue un instrument de coercition, à travers les tarifs, les chaînes d’approvisionnement, la finance et la technologie.
Pour les puissances moyennes, la neutralité et le recours aux anciennes institutions ne constituent plus une protection.
La souveraineté y est redéfinie de manière concrète.
Elle ne repose plus sur des garanties juridiques, mais sur des capacités réelles.
Nourrir sa population, sécuriser son énergie, défendre son territoire, protéger ses chaînes d’approvisionnement critiques et encaisser la coercition économique deviennent les véritables indicateurs de l’indépendance. L’autonomie n’est plus idéologique, elle est opérationnelle.
Un pilier central de cette doctrine est la solidité intérieure. La crédibilité internationale est directement liée à la performance économique nationale.
Le risque est évident.
Cette doctrine exige de la cohérence, de la constance et l’acceptation de coûts politiques réels, y compris lorsque les principes s’appliquent à des alliés.
L’épreuve décisive ne sera pas la rhétorique de Davos, mais la capacité du Canada à maintenir cette posture lorsqu’elle deviendra inconfortable. L’idée est cohérente. Son exécution dira si elle devient une véritable doctrine ou simplement un moment bien formulé.
Bien qu’il n’ait jamais nommé Donald Trump, le discours visait clairement les États Unis, notamment dans le contexte des menaces contre l’OTAN, du Groenland et, plus largement, de la souveraineté canadienne dans l’Arctique. Carney a réaffirmé sans ambiguïté le soutien du Canada au Groenland et au Danemark, et leur droit exclusif de déterminer l’avenir du territoire.
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