Je m’appelle la Dette Publique française. J’ai 45 ans. Je suis née en 1981, l’année du changement.
Au début, j’étais modeste. 22% du PIB. Presque timide. Une petite ardoise, rien de méchant. On allait régler ça vite fait.
Mitterrand m’a adoptée avec enthousiasme. Chirac m’a agrandie avec philosophie. Jospin m’a rationalisée avec méthode. Sarkozy m’a doublée avec ambition. Hollande m’a optimisée avec bienveillance. Macron m’a monumentalisée avec modernité.
Sept présidents. Zéro remboursement. Pas un centime. Même mon ex ne m’a jamais autant ignorée.
Aujourd’hui je pèse 3 200 milliards d’euros. Je représente 112% du PIB national. Je suis littéralement plus grande que la France. C’est beau, non ? C’est même poétique.
Chaque Français me doit 47 000 euros à sa naissance. Le bébé qui crie dans la maternité ce matin ne le sait pas encore, mais il bosse déjà pour moi.
Et voilà le truc le plus drôle : personne n’en parle vraiment. On parle de tout. Du climat, du gluten, du genre, du racisme systémique, de la diversité dans les jurys de festivals. Mais moi ? Je grossis en silence, dans la rubrique économie que personne ne lit.
Je suis le secret de famille qu’on installe au bout de la table à chaque repas électoral, et dont personne ne croise le regard.
Les politiques ont trouvé la solution : m’appeler “investissement”.
Bonne chance, les enfants. 🤚
La triple peine pour les Français c'est :
- d'assister impuissants au saccage de la capitale
- de voir les fauteurs de trouble ressortir libres du tribunal
- et de subir le lendemain leurs jérémiades et leurs inversions accusatoires à la télé