Et si l’Europe, en colonisant le monde, s’était aussi abîmée elle-même ? Et si le travail de décolonisation commençait d’abord à l’intérieur, dans notre regard, dans nos mots, dans nos habitudes de pensée ?
Voilà les questions que pose Aimé Césaire dans son Discours sur le colonialisme. En transformant les peuples en objets, les terres en butin, l’Europe s’est ensauvagée.
Première leçon de ce texte : une civilisation se juge à la manière dont elle traite ceux qu’elle pourrait vouloir écraser.
Deuxième leçon : la langue est un champ de bataille. Césaire s’attaque aux mots qui anesthésient, comme ces « missions civilisatrices » qui, en réalité, sont une entreprise méthodique de déshumanisation. Il nous impose une discipline de fer : nommer avec justesse. Car mal nommer l’inacceptable, c’est lui permettre de s’accomplir sous le couvert de la respectabilité.
Troisième leçon : l’universel n’est pas un masque à géométrie variable. Il n’existe pas de droits de l’homme qui s’arrêtent aux frontières ou à la couleur de peau. Accepter que certains soient « moins humains » que d’autres, c’est permettre la destruction de l’édifice entier de notre dignité.
La quatrième leçon, enfin, c’est que l’indifférence est une complicité. Le colonialisme prospère dans l’habitude et le confort des consciences qui s’accommodent de la souffrance lointaine. Dès que la vie de l’autre devient une statistique ou un « dossier », nous préparons le lit des barbaries futures.
Lire Césaire aujourd’hui est un acte de vigilance absolue : c’est refuser la chosification sous toutes ses formes, qu’elles soient économiques ou sécuritaires, et tenir l’humanité entière pour seule mesure afin de ne plus jamais laisser la force devenir la loi.
Ndugu Albert (@rufagari), je crois au récit de notre aîné JC Embumba (@jcembumba) et j'apprécie la richesse des détails qu'il a partagés. 30 ans plus tard, il est tout à fait normal que certains éléments échappent à la mémoire ou soient rapportés avec de légères imprécisions. Cela n'entame en rien la crédibilité ni la valeur globale de son témoignage.
Mon analyse personnelle de son témoignage est celle-ci :
=> Beaucoup se sont empressés de qualifier Ngbanda et son jeune frère de traîtres. Pourtant, JC Embumba lui-même a clairement précisé dans un commentaire que la cargaison avait été détournée à Goma par ceux qui étaient censés stopper la progression de l'AFDL. La personne destinataire a même été délibérément empêchée de les rencontrer. Ceux qui ont envoyé la cargaison depuis Kinshasa ont simplement constaté l'échec de l'opération.
=> JC Embumba a dit dans son récit que la cargaison d'armes qu'il a ramenées de Kinshasa a certainement servi à la prise de Bukavu. Je ne pense pas que ça soit une analyse correcte de la situation. Pourquoi? Déjà à partir du 18 octobre 1996, les rebelles avaient mis en déroute les Forces Armées Zaïroises (FAZ) sur tous les fronts de la Plaine de la Ruzizi (et donc bien avant l'arrivée de cette cargaison). Même les redoutables Para-Commando de Luberizi n'avaient pas su résister aux rebelles et tous s'étaient déjà retranchés vers Bukavu. Les unités qui se sont emparées de Bukavu étaient venues majoritairement du "sud" (la plaine de la Rusizi), avaient traversé par Kamanyola et Mumosho (Ruzizi 2). Par où sont passées ces tonnes d'armes de Goma pour atteindre les rebelles en seulement deux jours, alors que la frontière avec le Rwanda était déjà fermée aux véhicules? Par la Route Nationale 2? Non! Il fallait traverser les camps des réfugiés rwandais de Mugunga et Kashusha, ce que les ex-FAR et Interahamwe, maîtres de ces camps, n'allaient pas accepter.
=> En conclusion, il est très fort probable qu'avec l'affairisme des généraux de Mobutu, ces armes aient pris la direction du camp de Mugunga ou de Katale pour armer les ex-FAR et les Interahamwe... ces endroits où, comme on le sait et d'après les récits des belligérants, avaient résisté pendant plusieurs jours aux assauts des troupes de l'AFDL, les repoussant même à plusieurs reprises (Goma est tombée le 1er novembre 1996, mais le camp de Mugunga, à quelques kilomètres de là, n'a été pris que presque 1 semaine plus tard).
Voilà mon analyse!
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