J'ai lancé mes agents IA sur un projet : optimiser la France comme on optimise un logiciel.
En informatique, quand on conçoit un système, il arrive un moment où on accumule ce qu'on appelle de la dette technique. C'est quand tu empiles des couches de code, des modules, des dépendances, sans jamais nettoyer. Au début ça marche. Puis ça ralentit. Puis ça bugue. Puis ça coûte 10 fois plus cher de maintenir que de reconstruire. La France c'est exactement ça. Un système d'exploitation lancé dans les années 50, jamais refactoré, avec 70 ans de dette technique accumulée. Voilà l'audit.
Le système actuel :
1 153 organismes publics nationaux recensés par la direction du budget en 2025. Dont 434 opérateurs de l'État, environ 700 ODAC (organismes divers d'administration centrale), 317 commissions consultatives, 24 autorités indépendantes. Et le plus beau : personne ne sait exactement combien il y en a. En 2012, le Conseil d'État en comptait 103, l'Inspection des Finances 1 244. Pour le même sujet. C'est comme si ton CTO te disait "on a entre 100 et 1 200 microservices en prod, on sait pas trop". Dans n'importe quelle boîte privée, il serait viré dans l'heure.
Budget total : 156 milliards d'euros en 2024, soit 5.3% du PIB. Plus que le budget de l'Éducation nationale. 491 000 employés. Des effectifs multipliés par 3.6 depuis 1996. Masse salariale en hausse de 15.5% rien qu'entre 2021 et 2024. Le poids budgétaire des opérateurs est passé de 1.4% du PIB en 2007 à 2.7% en 2023. Le système consomme de plus en plus de RAM pour produire de moins en moins de résultats.
Les doublons identifiés, le coeur de la dette technique :
En informatique, la dette technique la plus toxique c'est la duplication. Deux modules qui font la même chose. Tu paies deux fois la maintenance, deux fois les bugs, deux fois les mises à jour, et les deux divergent lentement jusqu'à produire des résultats contradictoires. L'État français c'est ça à l'échelle industrielle.
Santé : le ministère emploie 13 000 personnes dont 8 000 dans les ARS (agences régionales). En parallèle, la Caisse nationale emploie 2 200 personnes en central et 70 000 dans les caisses départementales. Tu as littéralement deux ministères de la santé : un découpé en régions, l'autre en départements. Et en plus tu as l'ANSM (1 000 agents), l'Anses (1 400 agents), la Haute Autorité de santé (443 agents), Santé publique France (590 agents). Toutes se chevauchent. En dev, on appelle ça un God Object : une classe qui fait tout et que plus personne n'ose toucher.
Agriculture et alimentation : au moins 5 agences sur le même périmètre dont FranceAgrimer et l'INRAE. Cinq services qui font des requêtes sur la même base de données mais qui ne se parlent pas entre eux.
Environnement : l'Établissement public du Marais Poitevin doublonne avec le Conservatoire de l'espace littoral, les directions départementales des territoires de 3 départements, les directions régionales de l'environnement ET l'Agence de l'eau Loire-Bretagne. 6 services pour un marais. La Cour des comptes et le Sénat ont recommandé la fusion en 2018 et 2019. On est en 2026. Le ticket Jira est ouvert depuis 8 ans, personne n'a merge le fix.
Comités Théodule : 317 commissions consultatives pour 30 millions d'euros par an. Dont la Commission d'enrichissement de la langue française (doublon avec l'Académie française), le Comité des achats des établissements publics (doublon avec la Direction des achats de l'État), le Conseil consultatif de gestion du corps des administrateurs des postes et télécommunications (il n'y a plus d'embauche d'agents statutaires dans ce corps). Des endpoints morts dans une API que personne n'a nettoyée.
Le memory leak : des milliards dormants. Fin 2023, l'ADEME avait 2.4 milliards d'euros de trésorerie excédentaire. France Compétences 1.5 milliard. Les universités 4.2 milliards. L'Inspection des Finances a identifié 2.5 milliards mobilisables immédiatement. Pendant ce temps, l'État emprunte à 3% pour financer son déficit. C'est l'équivalent d'allouer 8 Go de RAM à un process qui idle pendant que ton app principale crash par manque de mémoire.
Pourquoi personne ne refactore :
En informatique, la dette technique survit parce que personne ne veut toucher au legacy. "Ça marche, on touche pas." Sauf que ça marche pas, ça tient avec du scotch. Dans l'État français c'est pareil, avec un incentive supplémentaire : chaque agence c'est des postes de direction entre 150 000 et 200 000 euros par an. L'État emploie 100 500 cadres A+ et 86% sont dans l'État et ses agences. Il faut bien leur trouver des postes. Le foisonnement des agences c'est pas un accident, c'est un programme de création d'emplois pour hauts fonctionnaires. La dette technique est feature, pas bug.
Le merge plan, si on traitait la France comme un repo :
Étape 1 : un git blame complet. Budget base zéro. Chaque organisme justifie son existence ligne par ligne. Pas un rabot de 3% sur tout le monde, un audit ligne par ligne. Qui a créé cette agence, pourquoi, est-ce que la mission existe encore, est-ce que quelqu'un d'autre la fait déjà.
Étape 2 : identifier et merger les doublons. Santé : un seul opérateur national au lieu de 6 agences qui se chevauchent. Agriculture : une seule agence au lieu de 5. Environnement territorial : un seul interlocuteur par bassin au lieu de 6 structures empilées. En dev on appelle ça un merge de branches. Tu gardes la meilleure implémentation, tu supprimes les autres, tu résous les conflits.
Étape 3 : sunset les endpoints morts. Les 317 comités Théodule passent en revue. Chaque commission doit prouver qu'elle a produit un output utilisé par quelqu'un au cours des 2 dernières années. Si non, suppression automatique. C'est un garbage collector. Tu libères de la mémoire.
Étape 4 : des health checks automatiques. Chaque organisme conservé a des KPIs publics, mesurables, auditables. Sunset clause de 5 ans : si les KPIs sont pas atteints, dissolution automatique. En informatique c'est un circuit breaker. Si le service répond plus, on le kill et on reroute.
Étape 5 : automatisation massive. La moitié de ces structures existent parce que des process manuels n'ont jamais été automatisés. Un agent IA peut compiler un rapport que 12 personnes mettent 6 mois à produire. Pas dans 10 ans. Maintenant.
Les économies estimées : l'IFRAP chiffre le minimum à 7 milliards d'euros par an d'ici 2029. Le Sénat dit 2 à 3 milliards. La ministre des Comptes publics elle-même a parlé de 2 à 3 milliards juste sur la restructuration des agences. La réalité c'est que personne ne sait vraiment parce que personne n'a jamais fait l'audit complet. L'État français ne connaît pas son propre code source.
En informatique, un système dans cet état, on a deux options : on refactore sérieusement, ou on réécrit from scratch.
La France a besoin d'une v2. Et la bonne nouvelle c'est qu'avec l'IA, pour la première fois, on a les outils pour le faire.
Je vais prendre le temps de répondre sérieusement parce que ce tweet est un excellent résumé de pourquoi le débat économique tourne en rond en France. C'est un raisonnement qui a l'air logique, qui sonne juste intuitivement, et qui est faux. Et comprendre pourquoi il est faux c'est comprendre 80% de l'économie.
L'argument repose sur un axiome : "seul le travail crée la richesse." Ça vient de Marx, qui l'a lui-même hérité de Ricardo et Smith (ironie du pseudo). C'est la théorie de la valeur-travail. Et c'est le socle de tout le raisonnement. Si cet axiome est vrai, alors oui, logiquement, le capitaliste "vole" le travailleur. Si cet axiome est faux, tout l'édifice s'effondre. Spoiler : il est faux. Et on le sait depuis 1871.
Premier problème : la valeur ne vient pas du travail, elle vient de l'utilité. Si je passe 10 000 heures à peindre un tableau que personne ne veut acheter, j'ai travaillé, mais j'ai créé zéro richesse. Si je trouve un diamant par terre en 2 secondes, j'ai créé énormément de valeur sans presque aucun travail. La valeur d'un bien est déterminée par ce que quelqu'un est prêt à payer pour l'obtenir, pas par le temps qu'il a fallu pour le produire. C'est la révolution marginaliste de 1871 (Jevons, Menger, Walras), et aucun économiste sérieux dans le monde ne la conteste aujourd'hui.
Deuxième problème : "le capital ne fait que multiplier la productivité du travail." C'est présenté comme si c'était anodin. Mais multiplier la productivité du travail c'est littéralement la chose la plus importante de l'histoire économique humaine. Un ouvrier avec une pelle déplace 1 tonne de terre par jour. Le même ouvrier avec une pelleteuse en déplace 500. La différence c'est quoi ? Le capital. Quelqu'un a investi de l'argent pour concevoir, fabriquer et mettre à disposition cette pelleteuse. Sans ce capital, l'ouvrier est toujours à la pelle. La pelleteuse n'est pas tombée du ciel. Elle existe parce que quelqu'un a renoncé à consommer son argent aujourd'hui pour l'investir dans un outil productif. Ce sacrifice s'appelle l'épargne, et sa mise en oeuvre productive s'appelle le capital. Et c'est ça qui transforme une heure de travail humain en quelque chose de 500 fois plus productif.
Troisième problème : "il y a toujours un travailleur pour actionner la machine." Oui. Et il y a toujours quelqu'un qui a conçu la machine, quelqu'un qui a financé sa fabrication, quelqu'un qui a identifié le besoin du marché, quelqu'un qui a organisé la production, quelqu'un qui a trouvé les clients, quelqu'un qui a pris le risque que tout ça foire. Le travailleur qui actionne la machine est un maillon indispensable de la chaîne. Mais il n'est pas le seul maillon. Et dire que seul son maillon compte c'est nier l'existence de tous les autres.
Quatrième problème : "le milliardaire s'accapare les fruits d'un travail qu'il n'a pas réalisé." Le milliardaire n'a pas réalisé le travail manuel. Mais il a réalisé autre chose : l'allocation du capital. C'est-à-dire décider où investir les ressources pour qu'elles produisent le maximum de valeur. Et c'est un travail extraordinairement difficile et rare. Si c'était facile, tout le monde serait milliardaire. Pour chaque Elon Musk qui réussit, il y a 10 000 entrepreneurs qui ont tout perdu. Le milliardaire qui reste milliardaire c'est celui qui alloue le capital mieux que les autres, c'est-à-dire celui qui prédit mieux que les autres ce dont la société a besoin. Quand il se trompe, il perd tout. Quand le salarié se trompe, il touche quand même son salaire.
Et c'est ça la réalité que cet axiome de départ masque. Le capitaliste ne "prend" pas au travailleur. Le capitaliste fournit au travailleur les outils sans lesquels son travail ne vaudrait presque rien. L'ouvrier à la pelleteuse est 500 fois plus productif qu'à la pelle. Le "profit" du capitaliste c'est une fraction de ces 499 unités de productivité supplémentaire qu'il a rendues possibles en fournissant la pelleteuse. Sans lui, l'ouvrier a toujours sa pelle et sa tonne de terre par jour.
La vraie question c'est pas "est-ce que le milliardaire mérite sa fortune." C'est "est-ce que le système qui produit des milliardaires produit aussi une amélioration des conditions de vie de tout le monde." Et la réponse, factuelle, empirique, répliquée sur 200 ans de données dans tous les pays du monde, c'est oui.
Et un dernier mot pour les plus jeunes qui lisent ça. Je sais que le marxisme est séduisant quand t'as 18 ans. J'y suis passé aussi. L'idée que le monde se divise en exploiteurs et exploités, c'est simple, c'est beau, ça donne un sens, ça désigne un ennemi. C'est confortable intellectuellement. Et quand t'as jamais eu de thune, quand tu vois des gens riches et que tu comprends pas comment ils le sont devenus, c'est tentant de conclure qu'ils ont forcément volé quelqu'un.
Mais la réalité est plus complexe et plus intéressante que ça. Et le meilleur service que vous pouvez vous rendre c'est de lire les deux camps. Lisez Marx, oui. Mais lisez aussi Hayek, Bastiat, Mises, Friedman, Sowell. Lisez les marginalistes. Lisez l'histoire économique réelle des pays qui ont essayé le socialisme. Pas les versions romancées, les faits. Confrontez les théories au réel. Et faites-vous votre propre avis avec toutes les cartes en main, pas avec la moitié du jeu.
On passe presque tous par une phase où on croit que le système est contre nous. Et puis un jour tu te mets à créer, à entreprendre, à prendre des risques, et tu comprends. Le capital c'est pas ton ennemi, c'est l'outil qui te manque. Et le capitalisme c'est le seul système qui te laisse aller le chercher.
@FrenchB97@OlivierBabeau Vous avez peut être remarqué que nous avons des pays voisins ?
Effectivement anthropic a besoin d’employés en France pour le marché français - mais les jobs européens à forte valeur ajoutée risquent fort d’être staffés en dehors de France…
@Aouizille Ils ne confisquent rien du tout - ils créent de la valeur malgré l’environnement fiscal / réglementaire délirant contre lequel ils doivent se battre toute leur vie - manifestement la création de valeur n’est pas votre truc
@CaronAymericoff Ça c’est intelligent :
- y a pas assez d’offre locative
- du coup on devrait interdire d’investir dans des appartements pour les louer
Consternant