Port-au-Prince, que faire quand on ne peut rien faire ?
La question existentielle à se poser ces derniers temps à Port-au-Prince est : que faire quand on ne peut rien faire ?
Chaque Port-au-princien, ceux qui vivent dans les derniers quartiers non encore attaqués par les gangs, se pose cette question en échafaudant des plans, en se demandant combien de temps il leur reste avant de connaître le même sort que les autres. Le sentiment d’abandon est aujourd’hui caractéristique des habitants de la capitale en particulier et des Haïtiens en général.
Cette question : que faire quand on ne peut rien faire ? Les habitants des villes de province se la posent sans doute. Aucune ville n’a des ressources à déployer pour venir au secours de la capitale. Comme après le 12 janvier 2010 et son dévastateur séisme, la province ne peut qu’ouvrir ses bras pour accueillir les réfugiés et leur famille.
Que faire quand vous vivez dans la diaspora haïtienne et que les nouvelles vous parviennent, les unes plus mauvaises que les autres, de votre pays, de votre quartier, de votre famille ? Dans des temps aujourd’hui anciens, les associations d’Haïtiens à travers le monde s'activaient pour mobiliser l’opinion des pays d’accueil au sort de leur terre natale. Aujourd’hui, il n’en est rien. Pas un mot, pas un sitting, pas une manifestation. Aucune nouvelle des figures de la diaspora, artistes ou professionnels. La génération d’immigrants haïtiens, très sensibles et très concernés par ce qui se passe dans le pays natal, qui avait laissé le pays sous la dictature, qui était vaillante après 1986, est trop vieille pour ces combats. Beaucoup de ces femmes et hommes sont décédés.
La nouvelle génération d’ici et d’ailleurs a d’autres préoccupations et tant de distractions qu’elle ne fait plus rien à part envoyer ou attendre l’indispensable transfert qui alimente la vie en Haïti. L’unité d’avant a éclaté en des centaines de milliers d’individualités. Sur les médias sociaux, beaucoup y vont de leurs commentaires, donnent leur opinion, conspuent ici et là, deviennent spécialistes des clashs, font de leur popularité un business – les temps le permettent, tant mieux pour eux -, sans que cela n’ait d’impacts positifs sur le réel.
Quand il y avait encore des partis politiques, un embryon d’opposition, les notes de presse, les appels à la grève, le bouillonnement démocratique poussaient les dirigeants à sortir de leur léthargie pour se mettre à chercher des solutions. Aujourd’hui, l’opposition et le pouvoir sont devenus « farine dans le même sac ». Personne de la classe politique et des secteurs organisés ne veut rater sa chance du jour pour le projet d’un lendemain différent. Le certain difficile est mieux que l’inconnu radieux. Un tien vaut mieux que deux tu l’auras. Ceux qui ne sont pas à bord courent après le bus, comme si une fin du monde était annoncée et qu’aucune autre chance ne se présentera.
Il n’y a aucune réprobation à la capitale, ni en province ni dans la diaspora. Les rares qui disent que ça ne va pas sont inaudibles. Autrefois, il y avait la voix de la communauté internationale. Aujourd’hui, même l’ingérence est en vacances. Chaque ambassade à ses problèmes, la situation de son pays ou ses propres limitations. Les organisations internationales, comme les ONG, ont leurs petits projets à gérer. Tous et chacun regardent les Haïtiens creuser la tombe de leur avenir.
Que faire quand on ne peut rien faire ? Rien et attendre. C’est le parti pris. Et en Haïti on vous certifie que ce n’est pas du défaitisme, mais une façon de cultiver l’espoir et l’espérance.
Frantz Duval
@jbrampy96@Tichlo009 Regardless - you have something on your teeth weighing them down. That can’t be good for your teeth and your gums. It’s a “weight”.