J’ai bu de cette eau trouble
Où s’égarent les plus ardents
Une eau qui trahit les visages
Et révèle les cœurs dissonants
J’ai cru m’y désaltérer
Mais la coupe portait le poison
À la première gorgée
Je m’offrais à l'illusion
Celle d'un amour dépouillé
D'un présage
D'une fiction
Ton cavalier a pris la fuite
Laissant ton cœur en jachère.
Pareille à ce fou qui se délite
Tu comptes les histoires d’hier.
Peut-être que demain sera ta suite
Ou l’ultime souffle de ton ère.
Et sous la lune en poursuite,
Tu avances
Sur les braises de tes prières.
Nulle nuit
N’a su trahir l’insomnie,
Ni déchirer le suaire
De mes agonies.
Dans ses paumes de soie, mon cœur s’est éteint,
Mes lèvres fanées n’avaient plus de matin.
De moi, il ne subsiste plus qu'un souffle sans voix,
Des vers orphelins, r��vant encore de toi.
J'erre, étouffé par la fumée des machines,
assourdi par le hurlement de leurs entrailles,
aveuglé par le reflet de leurs lueurs
qui suintent sur mon visage.
Tout me semble flou,
Dans ce monde qui vacille.
Et pourtant—je nous devine,
Ensemble,
pour toujours,
un amour immobile.
J’ai cru à cette flamme aux promesses d’éternel,
Que nul torrent ne pouvait rendre frêle.
Mais ce n’était qu’un rêve aux couleurs de mensonge,
Un feu trop éphémère, une caresse en songe.
Je l’ai vue, vacillante et sans charme,
N'éclairant plus que l'ombre de mes larmes.
Cela fait longtemps — peut-être un peu trop.
Nul grimoire n’a su conjurer le sort, ni délier les mots.
Chaque nuit, je brode ton nom sur le velours des étoiles,
Une constellation tissée de mes doigts — malédiction… ou hommage le plus loyal.
Mon intime confident,
Je te livre mes plus sincères regrets.
Depuis longtemps, je me suis fourvoyé,
Pris dans les courants sombres d'un cœur mourrant.
Je n’ai perçu que le spectre de ma ruse,
Égaré à lutter contre ton vent.
Ainsi, mon âme s’use,
Spectatrice impuissante.
Combien de coeurs ont péri sous le poids des sanglots,
Combien d’étoiles ont ri de la peine orpheline,
Combien d’espoirs ont sombré en quête de renouveau,
Combien de roses ont fané pour tant d’épines ?
Cent millions d'étoiles dans le ciel,
Mais je n'en vois qu'une, qui a embrassé le sépulcre d'une âme mortelle.
Que sonne mon glas, dans l'espoir de te revoir, à la genèse d’une vie nouvelle.
Toi, sans qui mon cœur a été privé de la douceur d'un amour éternel.
J’ai rêvé de toi,
Encore une fois.
Et mon cœur, las de ce silence,
Se meurt en ton absence.
Ces mots que je garde en secret,
Un jour, peut-être, je te les dirai.
Lorsque mon corps sera poussière,
Lorsque le silence aura englouti ma voix,
Mon amour, lui, continuera de brûler,
Flamme inaltérable défiant le temps.
D'où je me trouverai, je t'attendrai.
Toi, que mon âme chérit infiniment.